Croix (le passion et croix de résurrection. On appelle
croix de passion celle qui, composée d'une tige et d'une ou de deux traverses, représente ou imite les proportions des différentes parties de la croix, instrument de supplice, comme on se figure qu'elles ont été en réalité. La croix de résurrection n'est qu'un symbole de la croix réelle ou de passion , c'est une petite croix au bout d'une hampe ou d'un bâton, comme celle que tient le Christ p. 245, et l'Agneau divin p. 451. " Elle n'est autre, dit Didron, qu'un étendard dont la hampe se termine en croix au lieu de s'aiguiser en pique... La croix de passion, la vraie croix est souffrante; la croix de résurrection est triomphante. La seconde a la même forme générale que la première, mais elle est spiritualisée ; c'est le gibet transfiguré. « Iconographie , p. 369 et suiv. Une bannière ou une flamme flotte quelquefois au haut de la hampe, sous la croix. On place la croix de résurrection entre les mains du Sauveur lorsqu'on le représente sortant du tombeau et montant au ciel, ou terrassant ses ennemis après sa résurrection glorieuse.
§ 5. — La sainte Vierge.
Pendant les douze premiers siècles la sainte Vierge est représentée seule ou accompagnée de son divin Fils.
a) La Vierge sans VEnfant se trouve régulièrement entre deux arbres ou deux saints, et tient les bras étendus et levés comme les orantes (voyez ci-dessus p. 111). Souvent les artistes placent, près de sa tête, le sigle mF ër, c'est-à-dire MflTijp 0SOJ, Mère de Dieu. Deux verres dorés, reproduits cidessus p. 138, et le revers de la croix de saint Badilon, gravé p. 421, off^rent des exemples de cette manière de figurer la sainte Vierge. Ce mode de représentation, très usité du iv^ au vi® siècle, tomba insensiblement en désuétude pendant les siècles suivants.
h) La Vierge avec r Enfant. Il y a deux manières de représenter la Vierge avec l'Enfant. «Nous distinguerons, dit Didron, en historiques ç,t poétiques les scènes où l'on voit le groupe de la Vierge tenant Jésus. Quand la scène est imaginée pour rendre hommage à Marie, nous disons qu'elle est poétique. Quand les rois mages, par exemple, viennent apporter leurs présents à Jésus tenu par sa Mère, la scène est purement Jnstorique. •> Annales d'archéologie, 1, p. 216.
Pendant la période latine et la première partie de la période romane, le groupe historique se rencontre le plus souvent. On le trouve dans différentes scènes de la vie de Notre-Seigneur, mais surtout dans celle de l'adoration des mages. Ce dernier sujet se voit fréquemment sur les sarcophages et autres monuments chrétiens de cette époque.
Le groupe poétique peut se réduire à deux types distincts. Le premier, que nous appellerons çrec ou byzantin, consiste à figurer la Vierge tenant les bras étendus en forme d'orante, tandis que l'Enfant, placé devant elle, bénit à la manière grecque, soit des deux mains, soit de la droite seulement. Ce type se rencontre déjà dans les catacombes; nous en avons donné un exemple à la page 98. Les Byzantins s'en servirent pendant tout le moyen âge, et les Grecs l'emploient encore aujourd'hui. Le Guide de la peinture vexit qu'on représente Marie les mains élevées en'l'air, et devant elle le Christ
bénissant de deux côtés, et l'Evangile sur la poitrine. Voici la gravure du sceau quadripartite des épistates (i) qui dirigaient le couvent du mont Athos en 1829. On y voit la Vierge, avec l'Enfant bénissant de la droite et tenant un livre de la gauche , représentée d'après
le type grec ou byzantin.
Sceau des épistates du mont Athos.
(1) Ces épistates sont au nombre de quatre ; chacun est dépositaire d'une partie du sceau. Quand il y a un acte à sceller, chacun apporte son quart de sceau. Le secrétaire réunit les différents quarts, au moyen d'une vis ou d une clef, et scelle la pièce approuvée de commun accord.
Dans l'autre type du groupe poétique la sainte Vierge est représentée soit debout avec l'Enfant sur le bras, soit assise et tenant l'Enfant sur les genoux. Nous donnerons à ce type le nom dC occidental, non pas parce qu'il était inconnu chez les Grecs, car ils s'en sont servis conjointement avec le type
byzantin, mais parce qu'il a été le seul usité en Occident pendant tout le moyen âge. Il fut introduit ou du moins s'est généralisé insensiblement dans l'iconographie chrétienne après la condamnation de Nestorius par le concile d'Ephèse, célébré en 431. Cet hérésiarque niait *que Marie fut la Mère de Dieu.
Pour affirmer le dogme de la maternité divine de Marie, on la représenta portant l'Enfant, et souvent accompagnée de l'inscription ii Aru ©eotgkoc c'est-à-dire, sancta Deipara ou la sainte M ère de Dieu (i). Voici le revers d'une croix-reliquaire du musée du Vatican, datant du vif siècle ; on y voit la Vierge avec l'Enfant sur les bras. Le plus souvent Marie est assise sur un siège et porte sur ses genoux l'Enfant qui bénit au moins d'une main. Telle on la voit dans plusieurs mosaïques de Rome et d'Italie qui datent de la première moitié du ix*" siècle; voyez la gravure de la page suivante.
Pendant toute la période romane ces représentations de la Mère avec l'Enfant se distinguent par une grandeur et une noblesse de sentiment que l'on ne rencontre plus que rare-
Reve.'s d'une croix- reliqnaire du vue ou viiie siècle.
(2) Les artistes chrétiens ayant, dès le ve siècle, adopté l'action de porter l'Enfant comme le symbole de la maternité divine de la sainte Vierge, nous ne pouvons approuver les peintres ou sculpteurs modernes qui représentent saint Joseph avec l'Enfant sur les bras. Saint Joseph n'est pas le véritable père du Sauveur, mais seulement son père nourricier ou putatif; c'est l'idée que l'art du moyen âge a voulu exprimer en figurant l'Enfant conduit à la main.
La Vierge avec l'Enfant tirée de la mosaïque de Sainte- Marie-inDomnica, à Rome.
(Premier quart du ixe siècle).
ment dans les siècles suivants. La sainte Vierge a ordinairement devant elle l'Enfant complètement habillé. Celui-ci ne joue pas avec sa Mère, mais bénit ceux qui viennent lui rendre hommage. Il tient dans la main une boule, et plus souvent encore un livre, ou un rouleau, volumen , symbole de la doctrine de la Loi nouvelle qu'il est venu apporter au monde. "Marie, dit Didron, touche à peine Jésus. Créature pleine de respect pour le Créateur sorti de son sein, elle l'a devant elle et n'ose le tenir en quelque sorte, encore moins le porter. Elle l'offre à l'adoration des fidèles comme un héraut qui commande la vénération pour un roi, bien plutôt que comme une mère fière de son fils ; il y a entre Marie et Jésus la distance commandée entre la femme mortelle et le Dieu éternel. » Jnn. arc/iéol.,1, p. 219. En Grèce et en Orient, les peintres et les sculpteurs couvrent ordinairement la tête de la sainte Vierge d'un voile; les artistes occidentaux aussi ont conservé cette tradition pendant quelque temps; mais, à partir du ix^ siècle, ils donnent le plus souvent à Marie une couronne royale ou crénelée, et quelquefois une espèce de toque.
Il ne reste en Belgique qu'un nombre restreint de statues de la sainte Vierge datant de la période romane. Nous citerons les suivantes :
1° La statuette de la Mère avec l'Enfant, en cuivre doré et émaillé, conservée au musée de la porte de Hal, à Bruxelles. Nous en donnons une gravure à la page suivante.
2° La belle statue de Notre-Dame des Deux-Acren (Hainaut). La sainte Vierge assise porte une couronne murale; l'Enfant Jésus bénit de la main droite et tient une boule dans la gauche. Le sceptre que porte la sainte Vierge est moderne.
Statuette de la sainte Vierge, au musée de Bruxelles.
3° La statue de Notre- Dame de Walcourt paraît aussi remonter à une époque assez reculée, mais elle a été recouverte plus tard de feuilles d'argent, de manière que la statue primitive est entièrement cachée.
La Vierge que l'on vénère à l'église de Saint-Pierre, à Louvain , sous le titre de Sedes Sapie7îtiae , bien qu'elle ne date que de l'année 1442, présente, si l'on excepte les vêtements, presque tous les caractères des vierges romanes.Ilest probable qu'elle a été copiée, au xv^ siècle, sur une statue romane.
Rarement la sainte Vierge
est représentée en buste comme sur la couverture d'évangéliaire reproduite à la page 426.
Les anges.
Les anges ont été figurés sur les monuments chrétiens depuis le iv® siècle: On les représenta d'abord sans ailes, mais à partir du v® siècle ils sont habituellement ailés et décorés du nimbe. Ils portent une longue tunique, bordée de deux bandes en forme de clavi, et tiennent quelquefois en main le sceptre ou bâton de messager. Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël se rencontrent le plus souvent.
Les anges ont toujours les pieds nus. On symbolisait de cette manière leur qualité de messagers célestes.
^7. — Les évangélistes et leurs symboles.
L'usage de représenter les évangélistes sous la forme humaine ou par des symboles date pour le moins du iv'' siècle.
Sous la forme humaine on les trouve principalement clans les miniatures des évangéliaires. Ils sont régulièrement assis sous un portique , ayant devant eux un pupitre appelé scriptionale , sur lequel est déployée une feuille de parchemin, avec le titre ou les premiers mots de leur Evangile. Ils ont toujours les pieds nus et sont souvent accompagnés de leur animal symbolique.
Les symboles ordinaires pour figurer les évangélistes sont les suivants :
a) Les quatre jleuves du Paradis. La manière de figurer symboliquement les évangélistes par les quatre fleuves du Paradis : le Pinson, le Géhon, le Ti^re et VEuphrate, remonte à une époque très reculée. Les plus anciennes mosaïques et les catacombes elles-mêmes nous ofî'rent des exemples de
cette représentation. Le Sauveur, sous la forme humaine ou sous celle de l'Agneau divin, se trouve sur un tertre dont s'échappent quatre fleuves , emblèmes des Évangiles, lesquels, émanés de la source de la vie éternelle, ont porté dans le monde entier l'abondance et la fertilité de la doctrine du Christ.
Chaque fois que l'Agneau symbolique occupe la place du Christ, les apôtres sont représentés par douze brebis placées aux deux côtés du tertre, se dirigeant six par six vers l'Agneau, et semblant sortir des villes de Bethléem et de Jérusalem, figurées aux extrémités du tableau sous la forme de deux portes fortifiées (voyez la gravure de la page 186). Cette manière (Je symboliser les évangélistes se retrouve, avec quelques changements, jusqu'à la fin de la période romane. D'autres fois les fleuves sont figurés par quatre urnes répandant des eaux, ailleurs par quatre personnages appuyés sur des urnes dont s'échappe une source abondante; voyez le nœud du calice de AVilten, p. 414, et le pied du chandelier de Postel, p. 429.
Sculpture d'un sarcophage du Vatican.
b) Les animaux syynboîiques . Les évangélistes sont le plus souvent symbolisés par quatre figures ailées : un homme, un aigle, un lion et un veau. Ces symboles doivent leur origine aux visions du prophète Ézéchiel (eh. I) et de l'apôtre saint Jean {Apoc. IV, 6 et 7). "Je vis, dit ce dernier, autour du trône de l'Agneau quatre animaux..-. Le premier avait l'aspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle en plein vol. »
Les saints Pères ont appliqué ces visions aux évangélistes, en donnant comme symboles : l'homme à saint Mathieu, l'aigle à saint Jean, le lion à saint Marc et le veau ou le bœuf à saint Luc. La plupart, entre autres saint Augustin et saint Jérôme, ont attribué le symbole de l'homme à saint Mathieu, parce que cet évangéliste commence son Evangile par la généalogie humaine du Sauveur : Liber gêner ationis Jesu Christi , Jilii David, Jilii Abraliam; l'aigle à saint Jean, parce que, prenant son essor, il s'élève au-dessus des autres évangélistes pour décrire la génération éternelle et divine de Jésus-Christ : Ln priticipio erat Verbum; le lion à saint Marc parce que, au commencement de son Evangile, il parle de la voix du lion rugissant dans le désert : Yox clamantis in deserto ; à saint Luc le veau ou le bœuf, parce qu'il ouvre son récit par le sacrifice de Zacharie.
Les animaux symboliques ont été en usage dès le iv^ siècle. La célèbre mosaïque de l'église de Sainte-Pudentienne, à Rome, nous paraît offrir un des premiers exemples connus de leur emploi. Ce monument, qui date probablement du iv^ siècle, les représente sans nimbe. A partir du v" siècle, ils sont ordinairement décorés du nimbe, et portent soit un livre soit un phylactère ou banderolle avec ou sans inscription. Rarement ils sont accompagnés de la figure des évangélistes qu'ils représentent.
On rencontre le plus souvent les animaux symboliques : 1° sur les couvertures d'évangéliaires ; 2° aux quatre extrémités des croix processionnelles ou d'autel; et 3" aux quatre angles de la représentation du Christ dans sa gloire, telle
Homme.
Aigle.
Lion.
Veau.
Lion.
Veau.
qu'on la trouve sur les faces des autels et les tympans des portes d'église du xi^ et du xii^ siècle. Lorsque les animaux symboliques ornent les quatre angles d'une surface carrée ou quadrangulaire, comme les couvertures des livres, les
tympans des portes ou les faces d'autel, ils ont des places déterminées par l'usage : l'homme ailé (auquel beaucoup d'auteurs donnent abusivement le nom à^angé) occupe l'angle supérieur droit (à la gauche du spectateur), l'aigle l'angle supérieur gauche, le lion l'angle inférieur droit, et le veau l'angle inférieur gauche.
Voyez les gra vu res des pages 318, 385, 391 et 426.
Lorsqu'ils sont placés aux extrémités des quatre branches de la croix, l'aigle se trouve au sommet, l'homme à l'extrémité inférieure, le lion au bras droit, et le veau au bras gauche delà croix. Voyez la gravure de la page 432.
Pendant tout le moyen âge on a souvent mis en parallèle les évangélistes, ou leurs symboles, avec les quatre grands prophètes de l'ancien testament : Daniel, Jérémie, Isaïe et Ezéchiel.
On réunit quelquefois les quatre animaux symboliques en une seule figure, à laquelle on donne le nom de tétramorphe, mot dérivé de deux mots grecs signifiant quatre ei forme. Cette réunion a lieu de deux manières principales. On la fait d'abord en juxtaposant simplement sur un même objet les attributs des quatre évangélistes; c'est ainsi par exemple, qu'à la cathédrale de Tournai, dans la galerie supérieure du transept méridional, on trouve un chapiteau dont les quatre angles sont occupés par les symboles des évangélistes, avec cette anomalie cependant que le lion de saint Marc est remplacé par un personnage revêtu des habits
pontificaux, les mains ouvertes et les bras étendus. La seconde manière de composer le tétramorphe consiste à représenter soit un des animaux ailés à quatre têtes de la vision d'Ézécliiel, d'après la description qu'on lit au premier chapitre de la prophétie, soit un de ceux que l'apôtre saint Jean raconte avoir vus {Apoc, IV, 6 et svv.). Ézéchiel, décrivant la vision qu'il eut sur les bords du fleuve Chobar, dit qu'il aperçut au milieu des flanuues quatre animaux présentant l'aspect d'un être humain. Ils avaient chacun une quadruple face , quatre ailes et des pieds droits se terminant comme ceux d'un veau. La quadruple face avait une tête d'homme au centre, de lion à droite, de veau à gauche, et d'aigle au sommet; des mains d'homme se trouvaient sous les ailes, dont deux s'étendaient en haut et deux autres s'abaissaient pour voiler le corps. » Tandis que je regardais ces animaux, dit le prophète, je vis paraître près de chacun d'eux une roue qui se trouvait sur la terre... Elles se ressemblaient toutes quatre, et paraissaient dans leur forme et leur mouvement, comme si une roue se trouvait dans une autre roue... Tout le corps de la roue était plein d'yeux. Lorsque les animaux marchaient, les roues marchaient également près d'eux; lorsqu'ils s'élevaient, les roues s'élevaient avec eux et les suivaient». Les animaux de l'Apocalypse diffèrent un peu de ceux de la vision d'Ezéchiel : " Au milieu du trône, dit saint Jean, et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux par devant et par derrière. Le premier offrait l'aspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient six ailes; et ils étaient pleins d'yeux alentour et au dedans. »
Les Byzantins surtout aimaient à représenter sur leurs monuments le tétramorphe des visions d'Ézéchiel et de saint Jean. Nous en avons cependant aussi en Belgique des exemples intéressants; ce sont deux miniatures : l'une se trouve dans un manuscrit à Liège, et l'autre dans une Bible, écrite par un moine de l'abbaye de Lobbes au xi'^ siècle
et conservée à la bibliothèque du séminaire de Tournai. Voici une gravure du tétramorphe de Tournai :
jfMBiaet^^eR
Tétramorphe de la Bible de Lobbes (xie siècle).
L'auteur de cette curieuse miniature s'est évidemment inspiré du texte du chapitre I d'Ézéchiel. Seulement il semble avoir perdu de vue la partie du texte du prophète où il est dit que tout le corps de la roue était plein d'yeux ; et il n'a pas fait attention aux paroles du prophète (ch. X, v. 12) affirmant que les roues étaient garnies d'ailes.
§ 8. — Les apôtres.
Saint Pierre et saint Paul sont les seuls apôtres qu'on a représentés pendant la période romane d'après un type uniforme. Dès les temps les plus reculés, saint Pierre porte une croix ou les clefs et, comme nous l'avons déjà fait remarquer ci-dessus p. 138, il a ordinairement la tête chevelue tandis que saint Paul a la tête chauve. Jusqu'au xiii^ siècle, les autres apôtres n'ont aucun attribut caractéristique. On les représente tous de la même manière, tenant un livre ou un rouleau dans la main.
Lorsque le Christ est figuré au milieu de deux ou de plusieurs apôtres, on trouve, surquelquesmonuments, saint Pierre placé à la gauche du Sauveur et saint Paul à la droite; voyez les gravures des pages 203 et 389. Tous les monuments qui présentent cette particularité sont d'origine grecque ou copiés sur des modèles byzantins. Chez les Grecs la place d'honneur était à la gauche du personnage principal.
Les apôtres, même Judas, ont les pieds nus. Les artistes du moyen âge symbolisaient par ce signe iconographique la mission sublime, confiée aux apôtres, de répandre par toute la terre la doctrine évangélique. D'ailleurs Jésus-Christ avait recommandé à ses apôtres de ne pas se servir de chaussures : Nolite portare sacculum, neque peram, neque calceamenta, (Luc X, 4); et saint Paul dit en parlant des apôtres : Qu'ils sont heaux les pieds de ceux qui annoncent la paix et qui jjréchent le bonheur; quam speciosi pedes evançelizantium pacem, evancjelizantium hona. Rom. X, 15.
Les Byzantins inscrivaient souvent le nom des apôtres ou des autres saints à côté des images qui les représentaient. Ils plaçaient les lettres du nom, non pas de gauche adroite, comme nous le ferions d'après notre méthode actuelle d'écrire, mais bien de haut en bas en les superposant les unes au-dessus des autres ; voyez les gravures des pages 462 et 480. Les occidentaux, surtout les Romains dans les peintures des catacombes, ont imité quelquefois cette manière d'inscrire les noms à côté des images des saints.
§ 9. — Sujets religieux représentés sur les monuments
DU XI® ET DU Xll® SIÈCLE.
Ces sujets, empruntés pour la plupart à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament, n'étaient pas très variés, et on les traitait presque toujours de la même manière, de sorte qu'une fois qu'on a saisi le type, on reconnaît au premier coup d'œil les représentations.
Voici les sujets îe plus fréquemment reproduits : 1° La tentation de nos premiers parents ; 2° le sacrifice d'Abraham ; 3° l'annonciation; 4'' la Visitation de la sainte
Vierge; 5° la naissance de Notre-Seigneur; 6° l'adoration des Mages; 7° le massacre des Innocents; 8" la fuite en Egypte; 9° la présentation de l'Enfant Jésus au temple; 10» le baptême de Notre-Seigneur; llo l'entrée triomphale à Jérusalem ; 12° la transfiguration ; 13° la dernière cène ; 14° le crucifiement; 15° la descente de la croix; 16° la résurrection; 17° les saintes femmes au tombeau; 18° l'ascension de Notre-Seigneur. La nativité, l'ascension, le crucifiement et une sainte femme au tombeau, sont représentés sur la couverture d'évangéliaire dont nous avons donné la gravure, p. 426.
Sur les façades des églises romanes on rencontre quelquefois l'histoire de Samson, ou bien un cavalier dont le cheval foule aux pieds un personnage couché. Cette dernière représentation paraît être la traduction d'un passage du chapitre III du second livre des Machabées, où il est raconté qu'Héliodore, chargé par le roi Séleucus d'enlever le trésor du temple de Jérusalem, aperçut, au moment d'accomplir sa mission criminelle » un cheval recouvert d'étofies précieuses sur lequel était monté un homme terrible qui, se précipitant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa des pieds de devant. » Vers la fin de la période romane, on commença aussi à figurer, sur les tympans des portes principales des façades, la terrible scène du jugement dernier, et celle qu'on est convenu d'appeler \epèsement des âmes. Nous reviendrons sur ces deux dernières représentations en traitant de l'iconographie de la période ogivale.
^ 10. — Représentations symboliques des vertus
et des vices.
Les artistes chrétiens du moyen âge aimaient à symboliser les vertus et les vices. Pendant la période romane les vertus sont représentées sous la figure de femmes nimbées, rarement ailées ou coiffées d'un casque. Leur nom est inscrit à côté d'elles ou sur un objet qu'elles tiennent â la main; quelquefois elles portent un emblème. On figure les vices soit par des monstres fantastiques, soit par des hommes ou
des femmes se livrant aux excès de leurs passions, et on les met souvent en opposition avec les vertus sur le même monument.
§ 11. — Animaux fantastiques.
Les monuments de la période romane nous offrent la représentation d'une multitude d'animaux réels et fantastiques. Nous indiquerons quelques-uns de ces derniers.
V Le basilic est un animal ayant la forme d'un coq, mais
dont la queue se termine en serpent. Il était censé provenir d'un œuf de coq couvé par un reptile. Le basilic s;ymbolisait le démon.
2° L'aspic est une espèce de serpent que la légende prépose à la garde de l'arbre à baume.
Si l'homme veut approcher de l'arbre pour en cueillir le baume, il faut qu'il endorme d'abord ce serpent par enchantement; mais celui-ci, pour se soustraire à l'incantation, se bouche une oreille avec sa queue, et remplit l'autre de terre en se vautrant dans la boue. L'aspic est la figure de ceux qui restent volontairement sourds aux commandements du Seigneur.
3° Le griffon est un quadrupède ailé, à tête d'aigle.
Il symbolise le démon. On le rencontre très souvent sur les monuments romans du xi^ et du xii* siècle.
4° La sirène est un monstre moitié femme moitié
Le griffon. Sculpture de la cathédrale poisson . La partie Supé-
de Fribourg en Brisgau. rieure , qui comprend la
tête, les bras et le corps jusqu'à la ceinture, a la forme humaine ; la partie inférieure celle d'une queue de monstre
Le basilic.
Sculpture à l'église de Vézelay.
marin. Chez les Grecs et les Romains les sirènes se terminaient en oiseau et non pas en poisson; elles étaient au nombre de trois, et habitaient des rochers escarpés entre l'île de Capri et les côtes d'Italie ; leur chant avait le pouvoir de faire oublier aux navigateurs le pays d'où ils venaient. Pendant le moyen âge la sirène a été le symbole de la séduction causée par les attraits des personnes du sexe.
Les Mélanges d' archéologie ont publié (t. II, III et IV) plusieurs textes d'un écrit très ancien connu sous le nom de Physiologus ou Bestiaire, dans lequel on trouve la description et des gravures de tous les animaux réels et fabuleux du moyen âge, ainsi que leur signification symbolique.
On rencontre aussi, sur plusieurs monuments, les douze signes du zodiaque. Ils sont souvent accompagnés des travaux de l'année qui leur correspondent. On s'en servait fréquemment pour orner les archivoltes des portes principales des églises. En 1851, on a découvert, près de la cathédrale de Tournai, un fragment de zodiaque qui avait servi autrefois d'encadrement au tympan d'une des portes de la façade occidentale. On y reconnaissait facilement les signes du Verseau et du bélier. Ce fragment a été gravé dans les Bulletins de la Société historique de Tournai, III, p. 24.
§ 12. — Donateurs et donatrices.
Lorsque les donateurs ou les donatrices d'un monument voulaient conserver aux générations futures le souvenir de leur bienfait, ils se faisaient reproduire, dans de très petites proportions, humblement prosternés aux pieds du Sauveur, de la sainte Vierge ou d'autres saints. Dans le retable d'or provenant de la cathédrale de Bâle, dont nous avons parlé ci-dessus, p. 387, les donateurs, l'empereur saint Henri et l'impératrice sainte Cunégonde se sont fait représenter étendus le front contre terre, aux pieds de Jésus-Christ bénissant; leurs images n'ont que dix centimètres environ tandis que celle du Sauveur en a au moins cinquante. Dans un vitrail du xii*' siècle, Suger, abbé de Saint-Denis, s'est fait peindre en adoration devant la sainte Vierge si petit qu'on ne l'aperçoit pas au premier coup d'œil.
Quelquefois aussi les donateurs étaient figurés dans une partie secondaire du monument, présentant à Dieu ou portant tout simplement sur les mains un petit modèle de l'église, de l'autel ou de l'objet qu'ils avaient offert. Nous avons signalé, pp. 384 et 390, deux exemples de ce mode de représenter les donateurs. Dans le premier, Angilbert, archevêque de Milan, présente à saint Ambroise le modèle de l'autel d'or émaillé qu'il avait fait faire en l'honneur du saint par l'orfèvre Wolviiiius ; dans le second, un personnage, dont le nom est inconnu, offre à un saint, probablement aussi saint Ambroise, une réduction du ciborium construit par ses ordres. Ces deux sujets n'ont que de faibles proportions et sont placés, non pas sur la face principale et le plus en vue, mais sur une des faces secondaires de l'autel et du ciborium.