‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 9 sur 49 · DÉFINITION ET DESCRIPTION DES CATACOMBES · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET DESCRIPTION DES CATACOMBES

Les catacombes de Rome sont des souterrains creusés par les chrétiens des premiers siècles pour y ensevelir leurs morts, pour y exercer les cérémonies du culte et pour y trouver une retraite dans les temps de persécution.

Les auteurs ecclésiastiques ne sont pas d'accord sur Tétymologie du mot catacombe. Les uns le font dériver des mots TutTCL^ sous, et xyfAêoç, excavation; d'autres de rufAêoç, tombeau, tumultes, ou de xvfAêîj, vide d^une barque. Le P. Marchi lui donne pour racine le verbe latin cumbo qui, dans ses composés accumbo, decumbo, signifie être couché,

La dénomination de catacombes, pour désigner l'ensemble des cimetières pratiqués sous le sol de la campagne romaine, n'était pas en usage pendant les premiers siècles. On appelait alors ad catacumbas la partie du cimetière de Saint-Calliste, près de l'église de Saint-Sébastien, où, selon une pieuse tradition, les Romains avaient déposé momentanément les corps des apôtres S. Pierre et S. Paul, pour les soustraire aux recherches des chrétiens d'Orient qui étaient venus à Rome pour les enlever. Ce n'est qu'au moyen âge que le nom de catacombes fut donné à tous les cimetières souterrains de Rome indistinctement, et même à ceux qui ont été

trouvés dans d'autres localités.

Les catacombes, d'après la définition que nous en avons donnée, avaient trois destinations :

1** La première et la principale était de servir de cimetières aux chrétiens. C'est pour cette raison qu'elles forment avant tout un vaste réseau de galeries destinées, non pas à servir de passage ou de communication d'un lieu à un autre,

mais à recevoir, dans leurs parois, des tombeaux, disposés les uns au-dessous des autres, par rangs plus ou moins multipliés, depuis trois jusqu'à douze, selon le plus ou moins d'élévation de la galerie, et le plus ou moins de solidité de la roche. Les corps étaient placés dans des niches oblongues, appelées loculi et fermées par des tablettes de marbre, ou par des briques (ordinairement au nombre dé trois) cimentées exactement avec de la chaux, afin que Todeur des corps en putréfaction ne pût s'en échapper. Les figures suivantes donneront une idée exacte de la manière dont les tombeaux étaient scellés.

Loculus fermé par trois briques et une plaque de marbre avec inscription, au cimetière de Saint-Calliste.

Loculus fermé par une plaque de marbre avec symboles et inscription, au cimetière de Saint-Calliste.

La plupart des loculi ne renfermaient qu'un seul corps. Il y en^avait cependant aussi qui en contenaient deux, trois et quatre, nommés pour cette raison bisomus, trisomuê et qtiadrisomus (des mots latins bis^ ter y quater, et du mot grec fTtù}M, corps), Quadriscmus est le terme collectif le plus étendu que fournissent les inscriptions appliquées aux tombeaux, pour caractériser un tombeau à plusieurs cadavres. On a ce-

pendant trouvé, dans un même loculua, huit et jusqu'à quinze corps, en certains lieux où la nature de la roche offirait assez de consistance pour permettre, sans danger d'éboulement,rexcavation d'une gaine si profonde ; et on se trouvait rarement dans ces favorables conditions. Le mot polyandre a été adopté par les antiquaires modernes pour désigner une sépulture collective dépassant le nombre de quatre.

Ce qui nous frappe le plus, lorsque nous examinons attentivement le plan des catacombes, c'est la régularité que présentent les galeries. Quelques-unes courent en ligne droite sur une longueur assez considérable et sont coupées, à des distances irrégulières, par d'autres allées qui le sont à leur tour par de nouveaux embranchements. Elles sont si étroites que d'ordinaire deux personnes ne pourraient y marcher de front. C'est un véritable labyrinthe où il serait téméraire et dangereux de se risquer sans guide. Voyez ci-dessous, p. 56, le plan d'une partie du cimetière de Saint-Calliste.

A ces galeries viennent aboutir, en plusieurs endroits, des chambres sépulcrales que l'on appelle cubicula. Ce sont des espèces de caveaux de famille, au fond desquels se trouve assez souvent, sous un monument arqué nommé arcosolium (i), un tombeau renfermant les restes mortels de quelque illustre martyr. Ces monuments (que l'on rencontre cependant aussi, en assez grand nombre , dans les galeries comme tombeaux de simples fidèles, élevés à leurs propres frais) étaient construits habituellement dans les cubicula par toute la communauté chrétienne ; ils servaient d'autel lorsqu'au jour anniversaire du martyre les chrétiens venaient près de cette tombe tenir les assemblées appelées stations {2).

(1) Voyez à la page 45 la coupe de la basiliqae da cimetière de Sainte- Agnès.

(2) On appelle staHo» la célébration des saints Mystères qui avait lieu autrefois sur les tombeaux des martyrs dans les catacombes, et ont encore lieu de nos jours dans les différentes églises de Kome. Ce nom doit probablement son origine à Tusage qu'avaient les fidèles de se rendre processionnellement dans ces lieux vénérés et de s'y arrêter ^ tiare, pour offrir le sacrifice de la messe. Quelques auteurs pensent que ces assemblées ont reçu le nom de siadom, parce qu'elles se tenaient chaque année à un jour fixe, staio die.

Jj arcosolium fait entièrement défaut dans les parties les plus anciennes de quelques cimetières souterrains, ou, s'il y parait, il y a été introduit à une époque plus récente. C'est ainsi, par exemple, qu'on remarque l'absence complète de Varcosolium dans les galeries et les cubicula qui constituent le premier noyau du .cimetière' de Saint-Calliste. Quelques tombeaux, au lieu d'être surmontés par un arcosolium, le sont par une niche quadrangulaire.

La forme des cubicula est très variée; il en est de circulaires, de semi-circulaires, d'octogones, d'hexagones, de pentagones ; cependant la plupart sont carrés. Voici la vue perspective d'un cubiculum carré, sans arcosolium et décoré de peintures :

Cubicalnm ou cbambre sépulcrale du m* siècle, an cimetière de Saint-Calliste.

Il est des cubicula qui contiennent jusqu'à soixante-dix loculi, rangés en dix étages. Les premiers chrétiens tenaient beaucoup à ce que leur sépulture fût placée le plus près possible de celle des saints. C'est ce qu'ils appelaient être euse-

veU ad martyres^ ad, ante, supra ou rétro sancfos. La pieuse dévotion de reposer dans le voisinage du tombeau d'un martyr était telle que, quand la chambre sépulcrale n'était pas assez spacieuse pour recevoir tous les membres d'une seule famille, on creusait des loculi dans les galeries, et l'on y plaçait une inscription pour dire qu'ils appartenaient à la sépulture collective du cubiculum contigu. Le P. Marchi , dans son excellent ouvrage sur les catacombes (page 101), en cite des exemples. D'autres fois, quand toutes les parois étaient garnies de tombeaux , on ne se faisait aucun scrupule d'entamer, pour se creuser de nouvelles niches, les décorations dont les chambres étaient ornées. C'est une des causes qui nous ont fait perdre un grand nombre de peintures murales des plus remarquables appartenant pour le moins au deuxième siècle.

Saint Damase, qui gouverna l'Eglise de 366 à 384, fait allusion à cet usage dans les deux derniers vers de la célèbre inscription qu'il composa pour la chambre sépulcrale du cimetière de Saint-Calliste renfermant les restes mortels d'un grand nombre de ses prédécesseurs. Voici comment il s'exprime :

HIC CONGESTA JACBI QUAEBIS SI TUBBA PIOBUM COEPORA SANCTOEUM EETINENT VENBRANDA SEPULCEA SUBLIMES ANIMAS EAPUIT SIBI BEGIA COBLI HIC COMITES XTSTI POETAKT QUI BX HOSTE TBOPAEA HIC KUMEEUS PEOCBEUM SEEVAT QUI ALTAEIA CHEISTI HIC POSITUS LONOA YIXIT QUI IN PACB 8ACBED0S HIC CONFESSOEES SANCTI QUOS GEAECIA MISIT HIC JUYENES PUEEIQUE SENES CASTIQUE NEPOTES QUIS MAGE YIBGINEUM PLaCUIT EETINEEE PUDOEEM HIC FATEOE DAMASUS 70LUI MEA CONDERE MEMBEA SEO CINEEES TIMUI SANCTOS YEXAEE PIOBUM.

Quelquefois aussi on fit des enterrements sous le pavement des cubicula.

2° La seconde destination que les chrétiens donnaient aux catacombes était de servir de lieu de réunion pour y célébrer les cérémonies du culte toutes les fois que, par les édits des empereurs, ils étaient empêchés de le faire au dehors.

Les cryptes souterraines des catacombes n'avaient été creusées primitivement que pour servir à l'inhumation des

chrétiens (i). Les persécutions cruelles et sanglantes que TEglise eut à soufiir, pendant les trois premiers siècles, furent cause que les catacombes devinrent bientôt aussi les lieux où les fidèles se réunissaient pour la célébration des saints Mystères. C'est pour tenir leurs assemblées religieuses, que les premiers chrétiens ont construit, dans leurs cimetières souterrains, ces oratoires, composés le plus souvent de deux ou trois cubicula contigus, que l'on désigne sous le nom à^égliBe% ou de badiliques des catacombes.

« Ces églises, ditMartigny, sont d'une grande simplicité; quelquefois elles sont revêtues de stuc, décorées de peintures, de colonnes, de pilastres et d'autres ornements sculptés dans la roche elle-même. Dans les parois latérales sont disposés parallèlement des tombeaux sur 4 ou 5 rangs, et même plus, suivant l'élévation de la crypte. Un arcosolium, qui servait ordinairement d'autel, se trouve au fond, de l'abside, à moins que cette place ne soit occupée par la chaire du pontife : auquel cas, ou Y arcosolium manque ou il se trouve trop élevé pour que les saints mystères aient pu y être célébrés... Ces chapelles souterraines ont une élévation bien supérieure à celle des corridors ou voies sépulcrales, et à celles des simples chambres funéraires appelées (?«Â«Wa;... elles sont disposées de façon à se prêter au déploiement des cérémonies, tel qu'il pouvait être en de pareils temps, et aussi à admettre des réunions considérables, lesquelles néanmoins ne pouvaient guère dépasser le nombre de soixantedix ou quatre-vingts fidèles. « Dictionnaire des antiquités chrétiennes, art. Basiliques.

On trouve de ces oratoires dans la plupart des cimetières souterrains. De Rossi en signale plusieurs dans la catacombe

(1) D*après Michel de Rossi (RomM soiteranea, I, Analisi geologiea ed arcki* ieitonica,^, 23 et suivantes) le mot crypiae, au pluriel, désigne Tensemble des souterrains, c'est-à-dire tant les galeries que les chambres sépulcrales, et crypta t au singulier,. l'une ou l'autre à volonté. Selon le P. Marchi et les auteurs plus anciens, ce terme aurait été en usage pour indiquer les petits oratoires où les fidèles se réunissaient, à certaines solennités,pour célébrer les Saints Mystères. C'est dans ce dernier sens qu'il est communément employé par les auteurs qui ont écrit sur les catacombes.

de Saint-Calliate {Borna sotterranea, II, p. 297). Pour donner une idée claire et précise de ces basiliques souterraines, *nons reproduisons, d'après le P. Marchi {Monumenti primitive), et d'après 'Pie^nnET {Catacombes de Rome), le plan et la coupe d'une de ces chapelles, découverte en 1842 au cinaetière de Sainte-Agnès, et qui, selon toutes les probabilités, est antérieure au m* siècle.

Plan d*ane basilique souterraine, au cimetière de Sainte-Agnès.

Conpe d'une partie de la même basilique.

On arrive à la chapelle par deux galeries I et G. Ces deux entrées rappellent la discipline de l'Eglise touchant la séparation des sexes. L'ensemble de l'oratoire se divise en quatre I. 4

parties principales : le presbytère K, la salle J destinée aux hommes, la salle O destinée aux femmes, et enfin la salle H.

Le presbytère K était exclusivement réservé aux membres du clergé. Au centre s'élève, taillé dans le tuf delà paroi, le siège L, qui servait au pontife. De chaque côté du presbytère, des bancs M, également taillés dans le tuf (dans Tintérieur desquels on a pratiqué des loculi b pour la sépulture d'enfants) sont adossés aux parois et destinés aux assistants du pontife. L'autel se plaçait au milieu. Le presbytère contient trois arcosolia a ; il est séparé de la salle J par deux colonnes c sculptées dans le tuf et revêtues de stuc.

La salle J est divisée en deux parties égales par deux piliers supportant un arc doubleau; chacune de ces parties renferme deux arcosolia a,

La salle O, qui contient quatre arcosolia a, est divisée en deux parties presque égales par deux colonnes adossées aux parois et surmontées d'un arc. On voit, à l'endroit P, des vestiges d'un pavement en marbre.

La salle H a deux arcosolia a. Elle est divisée en deux parties par la galerie IG. C'était une sorte de vestibule destiné sans doute aux catéchumènes et aux pénitents.

Au-dessus de la galerie, au point d'intersection N de la galerie GI et des entrées des salles J et 0, s'ouvre un luminaire, luminare cryptae. On appelle ainsi l'ouverture verticale ou oblique, d'environ un mètre carré, pratiquée dans la voûte et donnant sur la campagne, ou plutôt dans les jardins et les vignes possédés par des chrétiens. Cette ouverture servait à faire pénétrer l'air et le jour jusque dans les galeries. A l'extérieur elle était entourée d'un petit mur qui empêchait l'eau de pluie d'y entraîner des alluvions. On ne peut mieux comparer ces luminaires qu'à nos cheminées. Lorsqu'ils traversent des couches de tuf granulaire ou lithoïde, ils sont sans revêtement, s'ils rencontrent des couches sablonneuses, leurs parois sont retenues par un ouvrage de maçonnerie. Voyez à la page 53 la figure représentant la coupe d'une catacombe, à la lettre b.

Les chambres sépulcrales éclairées par un luminaire s'ap-

pelaient cubicula clara. Dans les endroits qui ne recevaient pas de jour, on se servait de petites lampes destinées à guider la marche des fidèles et à éclairer les cérémonies religieuses qui se pratiquaient dans ces souterrains.

3** La troisième destination des catacombes était de servir de retraite au souverain pontife, au clergé et aux fidèles dans les temps de persécution.

Saint Alexandre y trouva un asile au commencement du deuxième siècle. Vers Tan 220, saint Calliste séjourna quelque temps dans le cimetière qu'il avait fait restaurer, et qui aujourd'hui porte encore son nom. Saint Etienne et saint Sixte II subirent le martyre dans les catacombes, le premier en 257, le second Tannée suivante. Saint Caius s'y tint caché pendant environ huit ans.

Qu'on nous permette, en terminant ce paragraphe, de mettre sous les yeux du lecteur la description que saint Jérôme, dans son Commentaire sur Ezéchiel, nous a laissée des catacombes; elle est encore en tout point exacte de nos jours : « Lorsque jeune encore je me trouvais à Rome, pour m'y instruire aux belles- lettres, j'avais coutume, le dimanche, de parcourir, avec des condisciples de mon âge, les tombeaux des apôtres et des' martyrs; et souvent je descendais dans les cryptes. Ces excavations sont creusées dans le sol à une profondeur considérable. A droite et à gauche, dans les murs, se trouvent les sépultures. L'obscurité est si épaisse qu'on croirait presque à la réalisation des paroles du prophète -.les vivants descendent dans l'enfer (i) (Ps. LIV, 16). Quelques rares rayons de lumière tombent de l'orifice supérieur et adoucissent un peu l'horreur de ces ténèbres; on s'imaginerait que c'est bien plutôt une simple ouverture qu'une fenêtre, <!^ui livre passage au jour. On n'y peut d'ailleurs avancer qu'à petits pas. Une nuit profonde règne de toutes parts et fait songer au vers de Virgile :

■ Horror ubîque animos, simul ipsa silentia terrent. (Jen., II, 755). •

(1) Dans le langage des Livres saints le mot enfer ^ in/ernus et inferi, signifie le plus souvent tombeau, C'eat en ce sens qu'il est employé dans Teudroit cité par saiut Jérôme.

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