‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 10 sur 69 · MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION, APPAREILS DE MAÇONNERIE, ETC · texte numérisé non relu

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION, APPAREILS DE MAÇONNERIE, ETC

I . Jtlate'riûUV. Les Grecs et les Romains se servaient de marbres^ de pierres et de briques dans la construction de leurs édifices. Le marbre ne s'employait que pour les grands monuments : dans les temples, les basiliques, les arcs de triomphe, etc. ; les pierres et les briques étaient les matériaux ordinaires. On faisait usage de pierres de différentes dimensions : elles étaient tantôt grandes, tantôt petites ; tantôt régulièrement taillées, tantôt irrégulières. Les briques des Grecs et des Romains diffèrent notablement des nôtres ; elles présentent la forme carrée, et sont plus grandes, mais plus Fig. 33. minces que celles dont on se sert aujourd'hui dans nos contrées. Elles n'ont guère que 4 1/2 centimètres d'épaisseur ; leur longueur et leur largeur est de quatre ou cinq palmes (40 ou 5o centimètres environ) ; les premières portent le nom de tetradoron (de rsTo-àpsç, quatre, et c^wpov, Brique romaine, palme), les dernières celui de pentadoron (de nk^zs, cinq, et '^Mooj, palme). On trouve aussi parfois des briques de forme rectangulaire ou triangulaire.

Les fabricants de briques avaient l'habitude de placer sur les briques leur nom ou leur empreinte. Ge nom est souvent au génitif, tantôt précédé tantôt

suivi des lettres OF, O (officina), MANU ou d'un simple M, pour signifier que la brique provient de V officine ou fabrique de celui dont elle porte le nom. Lorsque le nom du fabricant se trouve au nominatif, on y ajoute quelquefois les lettres F ou FE, par abréviation pour fecit. Les briques cuites pour la construction des camps romains portent la marque de la légion. L'impression ou estampillage du nom était aussi en usage dans la fabrication des tuiles et des poteries. On a donné à ces marques le nom de sigles figiilins (i). Le musée archéologique de Namur possède un nombre très considérable de tuiles, poteries et autres objets en terre cuite de la période belgo-romaine (2), portant les signatures des fabricants. Nous reproduisons ci-dessous, p. 28, fig. 42, une tuile romaine provenant des fouilles faites à Anthée (Namur) et portant le sigle HAMSIT.

Le mortier ou ciment des Romains était composé de chaux et de sable. A ce mélange on ajoutait ordinairement de la brique pilée ou des tuiles concassées en assez grande quantité. Aussi la présence de la brique pilée dans le mortier fournit-elle souvent à elle seule un argument décisif pour pouvoir attribuer une construction à la période belgo-romaine (3). On trouve cependant quelques rares monuments où le ciment n'offre pas ce mélange, par exemple, les restes de l'enceinte romaine de Tournai et de l'amphithéâtre de Trêves.

2. (3lpprtreil6. On donne le nom d'appareils aux différents modes d'assemblage des matériaux mis en œuvre pour la construction des murs des édifices.

Il existe un grand nombre d'appareils qu'il est essentiel de connaître; car la simple inspection de l'appareil fournit souvent à l'archéologue, sur l'âge auquel appartient un monument, des données qu'il chercherait vainement ailleurs.

(1) Voyez, sur les sigles fîgulins, un mémoire de M. Schuermans, publié dans les Annales de V Académie d'archéologie de Belgique, XXIII, pp. 5 — 293.

(2) La période belgo-romaine s'étend depuis l'occupation de la Belgique par les Romains, à la suite de la conquête de Jules César (58 ans environ avant l'ère chrétienne), jusqu'à l'invasion des barbares au v*' siècle. Quelques villes furent bâties en Belgique pendant cette période. On y éleva aussi, dans les campagnes, des établissements agricoles qui portèrent le nom de villae. La plupart de ces exploitations agricoles furent abandonnées et détruites à la suite de l'invasion des Chauques dans nos contrées, qui eut lieu vers la fin du 11^ siècle de notre ère. Leurs propriétaires se réfugièrent alors à l'intérieur des villes, par exemple à Tongres, à Bavai, etc.

(3) Les fouilles que nous avons pratiquées tout récemment (juin 1883) dans les substructions d'une ancienne villa romaine à Lubbeek, près de Louvain, nous ont fourni du mortier composé tout simplement d'argile et de tuiles concassées.

Les appareils dont se servaient les Romains étaient plus variés que les nôtres. Voici les principaux :

L'appareil irrégulier, appelé aussi blocage (fig. 34), consiste dans une

Fig. 34-

Ap^:>art.il irrégulier.

Appareil réticulé, Fig. 36.

construction faite avec des pierres de grosseurs et de configurations diverses, telles qu'on les extrait de la carrière, et posées en remplissage les unes à côté des autres, sans ordre ni rang d'assises Ce mode de bâtir est le plus souvent employé pour les fondements et les parties inférieures des murs. Les Romains donnaient à cet appareil le nom d'opus incertum ou antiquuniy et aussi celui de caementicia aniiqua ou incerta.

2° U appareil réticulé ou losangé, opus reticulatum^ (fig.

35) est celui dont les pierres, taillées en carrés, losanges ou polygones, sont disposées de manière que les lignes des joints imitent par leurs enlacements les mailles d'un filet ou réseau.

30 appareil en épi, opus spicatum, qu'on appelle aussi appareil en aréie de poisson ou en feuille de fougère (fig. 36), se compose de pierres plates de dimensions égales, posées en biais les unes sur les autres, et laissant entre elles un angle plus ou moins ouvert. Ces

Appareil en épi, nommé aussi en arête de poisson ou en feuille de fougère.

pierres, amsi rangées

et formant parement, simulent un épi, une arête de poisson ou une feuille de fougère.

40 L'appareil en remplissage, emplecton ou diamicton, est une maçon-

Fig- 37.

nerie dont les parements sont formés d'assises régulières, et l'espace central qui les sépare, rempli de béton, c'est-à-dire de pierres brutes ou moellons noyés dans un bain de

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