‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 71 sur 384 · Loc. cit · texte numérisé non relu

Loc. cit

S. Mgr Duchesne [Op. cit., p. 156) en tire cette conclusion, appuyée d'ailleurs sur d'autres faits, que « le Kyrie eleison doit être considéré comme le résidu de la prière litanique ou dialoguée entre les ministres sacrés et l'assistance entière... Maintenant encore, à la messe du Samedi-Saint, il n'est autre chose que la finale de la Litanie par laquelle cette messe commence. >>

simples prêtres ne le récitent que le jour de Pâques. A remarquer, dans le Mémento des vivants, l'absence des mots « pro quibus tibi offerimus », qui n'y prirent place qu'au Xle siècle. Les noms de SS. Hilaire, Martin, Augustin, Grégoire, Jérôme, Benoît, sont ajoutés au Communicantes après ceux de SS. Côme et Damie'n (^); de même celui de S. Etienne premier martyr, après celui de S. André, dans le Libéra qui suit le Pater; les variantes des manuscrits dans ces passages vont voir que parfois on insérait encore d'autres noms, suivant les églises et les fêtes. Les manuscrits ne concordent pas non plus pour les prières après l'Agnus Dei ; le plus autorisé, celui qu'a publié D. Hugues Alénard au XVII^ siècle, n'en donne aucune.

Chaque fête, chaciue dimanche, chaque férié privilégiée a sa collecte, sa secrète (« super oblata »), sa postcommunion (« ad CiOmplendum ») et sa préface propres. Toutes ces prières sont empreintes du cachet de simplicité cjue l'on remarque encore dans les préfaces du missel romain et dans les oraisons du commun des Saints. Dès le temps de S. Grégoire quelques-unes de ces prières servent pour plusieurs fêtes ; mais le calendrier est alors assez peu chargé pour que leur récitation ne puisse pas paraître monotone. A certains jours, le nombre des oraisons est multiplié. Il y a en outre pour chaque messe ulie prière, « benedictip », qui se récitait sur le peuple avant la Ciommunion, et qui se composait généralement de trois invocations à chacune desquelles les fidèles répondaient Amen.

La messe commençait proprement par le Kyrie eleison. L'introït était, comme son nom l'indique, la pièce de chant à exécuter pendant l'entrée du célébrant. Il comprenait deux éléments : une antienne et un psaume. Ce dernier n'est plus représenté aujourd'hui que par un seul verset ; mais autrefois on chantait les autres versets à la suite aussi longtemps que le célébrant n'était pas arrivé au pied de l'autel ; à ce mo-

I. Seules dans le Canon les prières Comtmcnicantes et ffa>ict^ùur sont encore susceptibles de modifications à certaines fêtes.

ment seulement on disait Gloria Fatri et on répétait l'antienne. L'offertoire et la communion étaient dune facture analogue. Ces deux prières en effet accompagnaient aussi des cérémonies dont la durée était variable, et pendant lesquelles il était à propos d'occuper l'attention des assistants : la présentation des offrandes et la distribution du pain Eucharistique. Le graduel, au contraire, qui s'exécutait pour lui-même, avait dès cette époque la même forme que maintenant: un répons et un Alléluia, suivis chacun d'un verset de psaume ; 'et si l'on se rappelle qu'à l'origine on lisait avec les écrits des Apôtres et des Évangélistes ceux des Prophètes, comme nous le faisons encore -aux Quatre-Temps, on est amené à penser que le répons était d'abord séparé de VAlleli'ia, et qu'il lui a été réuni quand furent supprimées les lectures tirées des prophètes.

Du cérémonial de la messe on peut dire, aussi bien que des prières, qu'il n'a pas été notablement modifié depuis l'époque où fut rédigé le plus ancien des Ordines romani que nous possédons, c'est-à-dire depuis le Y 11^ ou le \'IIIe siècle (M. Il est donc facile de reconstituer, à l'aide surtout de VOrdo I, un grand office pontifical célébré par le pape dans sa cathédrale de Latran. Sauf quelques différences concernant surtout le nombre et la qualité des assistants, les rites étaient les mêmes pour l'évêque dans son église. Le rituel du pape suppose la présence d'un grand nombre de dignitaires, évêques, prêtres, diacres, sous-diacres et autres ministres, fonctionnaires du ,palais. etc. A chacune des sept régions ecclésiastiques était .assigné, pour le service des cérémonies pontificales, un jour de la semaine; la première région était en fonctions le vendredi, les autres les jours suivants à tour de rôle. Le c'ergé régionnaire venait ainsi en aide au clergé palatin, dont les principaux membres étaient les sept cardinaux évêques, seuls honorés du privilège de célébrer, comme le pape, sur l'autel majeur de St-Jean de Latran {-).

1. Mabillonapublié(/l/Mi.zVa/.,t.II)etMigneareproduit(/'.i!l.,t.LXXVin) seize Ordines romains. \Wrdo /a été réédité, d'apiès un autre manuscrit, par le P. Grisar [Anal, roni., t. I, p. 217 sq.).

2. S. Petr. Dam., lib. IT, ep. i (P. L., t. CXLIV, col. 255).

Tandis que le pontife se rend processionnellement de la sacristie au chœur, deux acolythes lui présentent dans un vase l'Eucharistie consacrée à une messe précédente : il l'adore ;en inclinant la tête. Si les saintes espèces sont en grande quantité, il en fait déposer une partie dans le tabernacle, car il devra mettre le reste dans le calice après le Pater, au moment où aujourd'hui le prêtre y met la particule détachée de l'hostie [^). La procession continue sa marche, le i>ai>e fait signe de terminer l'Introït, et la messe commence.

Deux cérémonies, aujourd'hui très simplifiées, y tenaient une large place : la présentation des offrandes et la communion. Après l'Évangile (les plus anciens Ordines ne font pas mention du Credo, qui ne s'introduisit qu'au XI^ siècle dans la messe romaine), le pontife descend de son trône et se rend devant le « senatorium », où se tiennent les notables. Ceux-ci lui offrent des pains, qu'il reçoit lui-même, et des fioles de vin, que prend l'archidiacre: les pains sont déposés dans un drap porté par deux acolythes, le vin versé dans un calice présenté par un sous-diacre, puis dans un grand vase tenu par un autre acolythe. Même cérémonie du côté des femmes; mais, en passant devant la confession pour se rendre au « matroneum », le pape reçoit les offrandes des deux premiers juges 'palatins (-), le primicier et le secondicier, et du primicier des « defensores » ou avocats de l'Église romaine (■''). Toute cette cérémonie devait être fort longue ; elle l'aurait été encore davantage, si le pape ne s'était fait aider par un des cardinaux-évêques, et au besoin par des prêtres. Lui-même fait son offrande sur l'autel ; après quoi il reprend la suite des prières de la messe. C'est avant l'offertoire qu'avait lieu primitivement le renvoi des catéchumènes ; cet usage était

1. «C'est, je crois, à cette rencontre du pape et de l'Eucharistie que .se rattache une cérémonie actuellement en usage à la messe solennelle célébiée par le pape. On expose le Saint-Sacrement dans une des chapelles qui se trouvent sur le parcours de la procession, entre le « sacretarium P et l'autel. Arrivé devant cetie chapelle, le pape s'arrête et s'agenouille quelque temps devant le Saint-Sacrement. Ce lapprochementm'aété suggéré par M. de Rossi. » Duchesne, (3/. (/V. ,p. i55,not.3.

2. Cf. Jean Diac, Lib. de Ecclesia Lateranensi, IX (P. L., t. LXXVIIl, col. 138S).

V s. Grégoire le Grand fait mention de ce titre, et nous le trouvons aussi dans une inscription du VII"' siècle peinte sur les murs de S. Maria Antiquaau Forum.

supprimé à l'époque où ont été rédigés les Ordines, car ils n'en disent rien. Il devait cependant exister encore à la fin du Vie siècle (}). Ils ne parlent pas non plus de la préparation de la ;natière du sacrifice à un autel latéral, lautel de la « prothesis », que pratiquent d'autres liturgies.

A Fax Doniini. l'archidiacre met dans le calice du pontife le fragment antérieurement consacré que celui-ci a vénéré en arrivant au sanctuaire, et on échange le baiser de paix. Un fragment détaché a ce moment de l'hostie de la messe restera sur l'autel, même après la communion, « ut dum missarum solemnia peraguntur altare sine sacrificio non sit ». Le célébrant va à son trône ; deux officiers de sa maison, le « nomenclator |» et le « sacellarius y-) » s'approchent de lui et écrivent sous sa dictée les noms des personnes qu'ils ont à inviter isoit à la table du pontife soit à celle du « vicedominus » ou administrateur du palais de Latran ; puis ils descendent aussitôt faire les invitations. Alors commencent les préparatifs de la communion. Les acolythes présentent à l'archidiacre des sacs dans lesquels celui-ci dépose les oblations consacrées, et les portent aux évêques et aux prêtres ; deux sous-diacres portent également une hostie aux diacres qui près du trône assistent le pontife. Sur un signe de ce dernier, évêques, prêtres et diacres brisent les pains. La fraction terminée, le pape prend le pain que lui offre un de ses assistants, et communie, non isans en avoir détaché une parcelle qu'il fait mettre dans le calice par l'archidiacre en disant : « Fiat conimixtio et consecratio corjxjris et sanguinis Domini nostri Jesu Christi accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen. Fax tecum. Et cum spiritu tuo. » Et l'archidiacre le fait communier sous l'espèce du vin. Avant la comniunion des assistants, le même dignitaire annonce la station •'^'). Les évêques et les prêtres viennent alors recevoir la communion de la main du pape et boire au calice que tient

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