‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 102 sur 365 · Cf. Grisar, Analecta rom., t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. Grisar, Analecta rom., t. I, p

5. Restitution de M. de Rossi, Inscripi. christ., t. II, p. i«, p. 200.

I l8 ÉLÉMENTS D ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

renfermait, au fond, à droite, le baptistère entouré de colonnes et formant une sorte de portique ; à gauche, l'autel des Sts-Procès-et-Martinien. Le baptistère était l'œuvre de S. Damase ; voyant que les eaux qui descendaient de la colline s'infiltraient dans les tombeaux, ce pape les réunit et s'en servit pour alimenter la fontaine baptismale, ainsi que le rappelle l'inscription commémorative composée par lui et maintenant encore visible dans les cryptes de St-Pierre :

CINGEBANT LATICES MONTEM TENEROQVE MEATV CORPORA MVLTORVM CINERES ATQVE OSSA RIGABANT NON TVLIT HOC DAMASVS COMMVNI LEGE SEPVLTOS POST REQVIEM TRISTES ITERVM PERSOLVERE POENAS PROTINVS AGGRESSVS MAGNVM SVPERARE LABOREM AGGERIS IMMENSI DEIECIT CVLMINA MONTIS INTIMA SOLLICITE SCRVTATVS VISCERA TIRRAE SICCAVIT TOTVM QVIDQVID MADEFECERAT HVMOR INVENIT FONTEM PRAEBET QVI DONA SALVTIS HAEC CVRAVIT MERCVRIVS LEVITA FIDELIS

Deux édifices ronds étaient attenants à l'abside, mais en dehors de la basilique. L'un était le mausolée construit vers la fin du I V^ siècle par Valentinien II pour lui et sa famille, < mausoleum Augustorum >. C'était probablement une imitation du mausolée d'Auguste sur la voie Flaminienne, Sous Paul III on y retrouva le sarcophage et le magnifique trésor de l'impératrice Marie, fille de Stilicon et femme d'Honorius (i). Ce mausolée devint l'église de Ste-Pétronille, quand Paul l^ y transporta le corps de cette Sainte. — L'autre édifice rond, l'église de St- André, était d'une époque postérieure ; il fut bâti par le pape Symmaque, au V® siècle, près de l'obélisque de Néron, au milieu de la < spina > du cirque impérial. Cette église subsista jusqu'au temps de Sixte V.

D'autres monuments, tout à fait indépendants, s'élevaient dans le voisinage. Ainsi le mausolée des Anicii Probi, qui fut détruit au XV« siècle par Nicolas V ; nous avons heureu-

I. Cf. Bosio, /^om. sott,^ 1. II, c. 7 ; — de Rossi, BulUtt., 1863, p. 53-56.

sèment une copie de Tinscription dans les manuscrits de Maflfeo Veggio (1) ; — les monastères de St-Étienne-le- Majeur et de St-Étienne-le-Mincur, dont il reste un souvenir dans le nom et l'église de St-Étienne-des-Abyssins ; — le monastère de St-Martin-de-Tours, où fut vénérée jusqu'au XV« siècle la statue en bronze de S. Pierre conservée dans la basilique moderne.

Le pape avait près de St-Pierre une maison, un < episcopium>, dans lequel un appartement était réservé aux empereurs qui venaient se faire couronner.

La bourgade créée ainsi autour de la basilique était, comme celle de St-Paul, reliée à la ville par un portique, le < porticus S. Pétri >. Vers le milieu du IX® siècle, Léon IV l'annexa à la ville et en forma la € civitas Leoniana >.

§11. La basilique moderne et les cryptes Vaticanes (»).

La basilique nouvelle fut commencée par Nicolas V. L'ancienne était alors en si mauvais état que les pèlerins qui vinrent au jubilé de 1450 en furent très choqués ; il est pro- ^ bable que le pape entendit aussi d'autres plaintes au moment du couronnement de Frédéric III (1452). On se borna d'abord à démolir le mausolée des Anicii afin de prolonger la basilique. A cause des dépenses énormes que devait entraîner la reconstruction, les travaux ne tardèrent pas à être suspendus (1455), Sixte IV éleva même une nouvelle chapelle du chœur. Mais Jules II consomma la destruction, avec le concours de Bramante (3). Raphaël, Sangallo, Michel- Ange succédèrent à ce dernier dans la direction des travaux. Paul V acheva la

1. Cf. de Rossi, Inscript, christ., t. II, p. I», p. m- 113, 348-349.

2. Cf. Cancellieri, Descritione tUlla basilica Vaticana con una biblioteca degli autori che ne hanno trattato, Roma. 1788 ; — Mignanii, Istoria délia sacrosanta patriarcale basilica Vaticana, Roma. 1867.

3. Bramante avait la réputation d'être un grand démolisseur. On l'avait surnommé < maestro Guastante, maestro Ruinante >. Le véritable vandalisme qu'il montra dans la destruction de la basilique Vaticane souleva de légitimes protestations. Michel-Ange se plaignit vivement au pape de ce qu'on laissait tomber et se briser de magnifiques colonnes qu'il eût été peu coûteux de conserver et qu'il serait bien difficile de remplacer.

I20 ÉLÉMENTS DARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

façade, œuvre médiocre de Maderno (1605), et Alexandre VII construisit la colonnade.

Dans le vestibule ou <L narthex >,il ya plusieurs monuments intéressants au point de vue archéologique. D*abord l'épitaphe composée par ordre de Charlemagne pour le tombeau d'Hadrien l^^. Elle était dans l'ancienne basilique, et on l'a fixée sur la paroi du vestibule de la nouvelle, à gauche de la porte d'entrée. Le style très littéraire de cette inscription a fait croire à M. de Rossi qu'elle avait Alcuin pour auteur ; et il a trouvé dans la nature de la pierre sur laquelle elle est gravée, une preuve qu'elle fut exécutée en France même. C'est Charlemagne qui parle et fait l'éloge de son ami :

HIC PATER ECCLESIAE ROMAE DECVS INCLITVS AVCTOR HADRIANVS REQVIEM PAPA BEATVS HABET

POST PATREM LAGRIMANS CAROLVS HAEC CARMINA SCRIPSI

TV MIHI DVLCIS AMOR TE MODO PLAMGO PATER TV MEMOR ESTO M El SEQVITVR TE MENS MEA SEMPER

CVM CHRISTO TENEAS REGNA BEATA POU TE CLERVS POPVLVS MAGNO DILEXIT AMORE

OMNIBVS VNVS AMOR OPTIME PRAESVL ERAS NOMINA IVNGO SIMVL TITVLIS CARISSIME NOSTRA

HADRIANVS CAROLVS REX EGO TVQVE PATER (').

Le style épigraphique du VI® et du VU® siècle, même du commencement du VIII®, était loin de cette perfection ; il y eut sous Charlemagne une sorte de renaissance littéraire. C'est sous l'influence de cette même renaissance qu'ont été composés, dans un but d'étude, les premiers recueils épigraphiques, entre autres le célèbre recueil d'Einsiedeln.

En face de cette inscription il faut remarquer la mosaïque appelée i navicella di S. Pietro ». C'est un fragment d'une grande composition de Giotto (XIII'* siècle), dont les débris ont été dispersés dans la villa Torlonia (aujourd'hui villa Poli sur la via Prenestina) et ailleurs. La partie droite fut recouverte jusqu'à ces dernières années d'autres mosaïques.

I. Cf. de Rossi, Inscript, christ. ^ t. II, p. I*, p. 4x1 ; L inscription du tombeau ^Hadrien /«', dans les NUlansfis de t École française ^ 1888, p. 478 sq.

£)es restes d'une mosaïque analogue ont été découverts sur la façade latérale de Téglise d'Ara caelî.

Plusieurs inscriptions du moyen âge, également fixées dans le vestibule, concernent des donations de fonds faites à St-Pierre. L'énumération de ces < massae > a une certaine importance pour la topographie de la campagne romaine à la même époque.

On entre dans la basilique par plusieurs portes. Celle du milieu, en bronze, fut fondue sous Eugène lV(XVe siècle) par la célèbre artiste grec Philarète. L'inscription fait allusion au Concile de Florence :

VT GRAECI ARMENI AETIOPES HIC ASPICE VT IPSA ROMANAM AMPLEXA EST GENS lACOBINA FIDEM

SVNT HAEC EVGENI MONIMENTA ILLVSTRA QVARTI EXCELSI HAEC AN! MI SVNT MONIMENTA SVI

Les bas-reliefs représentent Notre-Seigneur entre S. Pierre et Eugène IV, et le martyre des deux Apôtres d'après les opinions qui commençaient à avoir cours : les deux ^ metae > sont figurées par la pyramide de Cestius et celle qui s'élevait près de Ste- Marie Transpontine. Au-dessus, des épisodes du pontificat d'Eugène IV, le Concile de Florence, l'entrée solennelle de Paléologue et du patriarche à Florence, l'entrée du pape à Rome par la porte du Peuple.

Laissant à d'autres le soin de décrire toutes les œuvres d'art modernes qui ornent l'intérieur de la basilique, nous ne parlerons ici que des monuments anciens,proprement archéologiques.

Dans la première chapelle à droite, celle de la Pietà, nous remarquons une colonne de marbre, décorée de branches de vigne, qui fit partie de l'ancienne confession ; d'après l'inscnption qui l'accompagne, elle viendrait du temple de Jérusalem, et Notre-Seigneur s'y serait appuyé soit pour prier, soit pour prêcher. Il y a dans la même chapelle le sarcophage d'Anicius Probus (39S), avec les figures des Apôtres et une inscription rappelant la noblesse de ce personnage.

La chapelle du T. S.-Sacrement renferme le monument

sépulcral de Sixte IV, fondu par Pollaiuolo. C'est dans ce

monument que repose le corps de Jules 1 1, neveu de Sixte IV.

Plusieurs sarcophages anciens ont été placés sous les

PORTE PR[NCIPALe DF, ST-PIERRE.

autels modernes, ceux par exemple de Ste Pétronille, de S. Léon IV, de S. Grégoire. Celui de l'empereur Othon II Terme l'urne baptismale. La colonne de la chapelle de St-Léon,

qui porte une image très vénérée de la T. SteVierge,provîent aussi de la basilique constantinienne.

De l'ancien trésor il ne reste que bien peu de chose. On y peut remarquer la célèbre croix vaticane, travail du VI^^ siècle, exécuté par ordre de Tempereur Justin II (565-578) dont le Dom est gravé dessus (') ; — un tableau en bois représentant le Sauveur entre S. Pierre et S. Paul ; ce tableau n*a pas été fait par Constantin, comme on Ta dit quelquefois ; il est du IX^ siècle, porte des inscriptions slaves, et fut donné au tombeau de S. Pierre par SS. Cyrille et Méthode ; comme S. Cyrille s'appelait aussi Constantin, on voit d'où a dû venir la confusion («) ; — enfin la fameuse relique de la Ste Face. Il semble qu'elle se rattache aux Actes apocryphes de S. Pierre. Quoiqu'elle soit certainement très ancienne, on n'en trouve pas mention dans les documents avant le XI<^ siècle ; le premier qui en parle est Bernard de Soracte. Les reproductions qu'on en fait sont ordinairement fantaisistes ; sur l'original on ne voit plus guère que quelques traces.

Non moins précieux que ces trésors sont le TOMBEAU même de S. Pierre, la CHAIRE et la STATUE de l'Apôtre.

Quand, au XVI^ siècle, on démolit l'ancienne basilique, on eut soin de préserver l'autel et la confession. Mais lorsque ensuite on voulut édifier l'autel nouveau, les travaux de fondation amenèrent quelques dérangements dans le sol ; il se fit une rupture, et plusieurs assistants purent apercevoir la croix d'or placée par Constantin sur le sarcophage de l'Apôtre. Le pape Clément VI II, averti, s'y rendit avec les cardinaux Bellarmin et Antoniano ; il avait d'abord l'idée de faire pousser les fouilles et dégager le tombeau ; mais craignant peut-être de ne rien trouver par suite de quelque profanation, il laissa les choses dans l'état ; il fit même combler l'ouverture en y jetant une grande quantité de matériaux (3).

1. LIGNO QVO CHRISTVS HVMANVM SVBDIDIT HOSTEM DAT ROMAB IVSTINUS OPEM ET SOCIA DECOREM.

Cf. Borgia, De cruce Vaiieana ex dono Justini Augustin etc., Rome, i779.

2. Cf. art. de Jelic, dans la Rômische Quarialschrifi, 1892, p. 83 sq. et pi. V.

3. Cf. Bonanni, Numismata (empli Vaiicani, p. 149 ; — Borgia, Vaticana conftsiioB. Pétri frincipis Apostolùrum, Rome, 1776.

L'état actuel de la coafessJoa a été décrit par Sart î et Settelle(i84o). Plus récemment le F, Grisarafait des recherches dont il a publié les résultats dans le tome I" de ses

CONFESSION DE ST-PlEttRE W'aprèa le P. Grisar).

AttaU^a romana (■). Le sarcophage est au-dessous de l'autel papal. Quand on a franchi la porte de bronze quî fait face

à la statue de Pie VI, on se trouve dans une petite chambre oblongue terminée par une abside que décore une mosaïque représentant le Sauveur (XIII® siècle) et les apôtres Pierre et Paul (XVII* siècle). Dans le pavé de cette chambre, audessous de l'autel, on voit l'ouverture d'un puits, près de laquelle sont déposés les palliums avant d'être envoyés aux archevêques. Les Ordines romani du moyen âge rapportent que le pape, le jour de la fête de S. Pierre, retirait un encensoir placé dans ce puits l'année précédente, partageait les charbons entre les assistants, et remettait un autre encensoir (i). Les personnes qui désiraient avoir des objets ayant touché au tombeau de l'apôtre, < memoriae apostolorum >, obtenaient qu'on descendit de même ceux qu'elles présen-

LE PUITS DE LA CONFESSION (d'après le P. Grisar).

talent. Au IV^ siècle, Rufin demandait de ces reliques pour une basilique de Chalcédoine ; S. Grégoire le Grand en parle dans ses lettres (2) ; une inscription de la basilique de Carthage mentionne celles que l'on y possédait. Tous ces usages sont indiqués dans le Liber pontificalis^ à la biographie de Léon III (VIII« siècle). Le dallage de la chambre de la confession a toujours été très ornementé. Il était autrefois

1. Sindone et MartinetU \Della sacrosanta basilica di S. Pietro, 1750, p. 81) rapportent que. ce puits leur ayant été ouvert, ib remarquèrent sur les parois des traces de fumée, et près du bord un clou solidement enfoncé, capable de supporter un objet

aex pesant.

2. Ep., I. IV, ep. 30 ad Constant. (P. L., t. LXXVII, col. 701 sq.)

formé de lames d'argent. Actuellement II est recouvert de bronze doré présentant l'image de la croix, de la tiare, des clefs et de la colombe. L'un des carrés formés par les bras de la croix est une porte qui recouvre l'ouverture du puits. Cette décoration remonte à Innocent X (XVI I« siècle). La < fenestella confessionis > fut placée par Innocent III (XI Ile siècle). Le sarcophage même de l'Apôtre se trouve au-deasous du petit puits. La grille dorée qui ferme la chambre de la confession a été faite sous Innocent III. A la partie supérieure on lit ces quatre vers :

+ SlC CVM DISCIPVLIS BIS SEX ClIRISTVS RESIDEBIT

CVM REDDET POPVLIS CVNCTIS QVOD QVISQVE MEREBIT

+ TERCIVS HOC MVNVS DANS INNOCENTIVS VNVS SiT COMES IN VITA TIBI PETRE COHISRAELITA.

Et au-dessous le nom de l'artiste : + Obert • a • g. Cet Ubertus est le même qui, sous Célestin III, successeur d'Innocent III, exécuta les portes de bronze de la chapelle de St-Jean l'évangéliste dans le baptistère de Latran.

La chaire de S. Pierre est le plus important souvenir de l'apôtre, après son tombeau. Quelques témoignages anciens font allusion à ce monument. Ainsi les paroles de S. Optât de Milève(ï): «Numquid potest dicere in cathedra Pétri ? quam nescio si vel oculîs novit et ad cujus memoriam non accedit quasi schismaticus ? > Et, pour le VII« siècle au moins, les indications des Itinéraires : < Ibi quoque juxta eamdem viam (Corneliam) sedes Apostolorum (=*). > Nous ignorons où était cette chaire à l'origine. J'ai montré, dans une récente étude sur la « sedes ubî prius sedit S. Petrus (3) >. qu'il y a des raisons de l'attribuer au cimetière de Priscille, d'où elle aurait pu être, au VI I^ siècle, transportée au Vatican. On a supposé que c'était le siège même dont se servit S. Pierre chez Pudens, la chaise curule de Pudens : c'est une fantaisie, enregistrée pour la première fois au

I. De schismaie Donatistarum, 1. II, 4 (A*. Z„, t. XI, col. 951).

a. De locis SS. Martyrum.

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