Inscript, christ., toni. cit., p
2. Dès 1895, dans son excellente édition critique des poésies damasiennes, M. Ihm écrivait à propos de notre inscription : <k Aliiid carmen inscriptiim ad fontes (infr. n. 72 Sumite per/>efuam, etc.) num ad fontes basilicae Vaticanae pertineat, id quod opinantur Rossiuset Grisar, licet dubilari. ï> Damasi epigrammata, p. lo.
signatorium > : < Isti versiculi scriptî sunt ubi pontifex consignât infantes >. Suivant de Rossi, il est peu vraisemblable qu'au Vil I« siècle le pape baptisât et confirmât dans un baptistère cimitérîal : c'est donc au Vatican plutôt qu'au cimetière de Priscille que se rapportent ces vers. Mais à vrai dire, il n'est pas nécessaire de supposer qu'un tel usage existait encore au temps du pèlerin anonyme ; celui-ci a parfaitement pu donner à son expression un sens historique : il aura dit : ^ ubi pontifex consignât infantes >, au lieu de < in consignatorio >, peut-être pour expliquer ce mot même, comme en parlant d'une ancienne basilique aujourd'hui abandonnée, nous pouvons dire que telle inscription se trouve < in cornu Evangelii >, c'est-à-dire du côté où autrefois se lisait l'Évangile. Admettons que le baptistère et le € consîgnatorium > de Priscille, à la fin du VII I« siècle, ne servaient plus à des cérémonies liturgiques, mais étaient conservés comme monuments du passé : il était difficile de marquer leur place en termes plus naturels que ne l'a fait l'auteur de la Sylloge Virdunensis, Il n'y a d'ailleurs pas plus de difficulté à admettre un « consignatorium » au baptistère de Priscille qu'au Vatican; des deux côtés nous avons une basilique cimitériale. Il semble qu'il y en eut un aussi au baptistère de St-Paul, on pourrait du moins entendre en ce sens les vers d'une inscription copiée en cet endroit par plusieurs recueils :
HAEC DOMVS EST FIDEI MENTES VBI SVMMA POTESTAS LIBERAT ET SANCTO PVRGATAS FONTE TVETVR.
A la fin du VIII* siècle, le baptistère de Priscille et son 4: consignatorium > ne devaient d'ailleurs pas être tout à fait abandonnés, puisque, d'après le Liber pontificalisy le pape Hadrien 1*^ restaura le cimetière et ses édifices.
Après avoir répondu aux objections, je fais une autre remarque. Nous savons avec certitude que dans l'abside de la basilique de StSylvestre était l'inscription suivante, résumé
du symbole auquel le néophyte adhérait par le baptême:
QVÏ NATVM PASSVMQ.VE DEVM REPETISSE PATERNAS SEDES ATQVE ITERVM VENTVRVM EX AETHERE CREDIT IVDICET VT VIVOS REDIENS PARITERQVE SEPVLTOS MARTYRÏBVS SAKCTIS PATEAT QVOD REGIA COELI RESPÏCIT ÎNTERIOR SEQVITVR SI PRAEMIA CHRÏSTI
Le dernier vers est assez obscur. Le sens général du morceau parait être celui-ci : € Celui qui croit à rincarnation et à la mort de Jésus-Christ, à sa résurrection et à son ascension, au jugement final, s'il veut mériter la vie éternelle, doit examiner sa conscience et se repentir >, donc recevoir le baptême : « Vis baptizari ? Volo. »
Suit, comme une invitation au Sacrement, cette autre inscription :
SVMITH rEKPETVAM SANCTO DE GVRGITE VITAM
CVRSVS HIC EST I-IDHI MOUS VBl SOLA PERIT ROHORAT HIC ANIMOS DIVINO FONTE LAVACRVM
ET DVM MHMBKA MADENT MENS SOLIDATVR AQVIS AVXIT APOSTOLICAE GEMINATVM SEDIS HONOREM
CHRISTVS HT AD COELOS HANC DEDIT ESSE VIAM XAM CVI SYDERHI COMMISIT LIMINA REGNI
HIC HAHHT IN Tl-MPLIS ALTI-RA CLAVSTRA POLI
L'accord singulier, rcnchaînement naturel des deux poèmes font croire qu'ils étaient groupés comme ils le sont dans le recueil le Verdun et qu'ils se trouvaient dans le même lieu. Or le premier était sans aucun doute sur le cimetière de Priscille, c'est là que le placent les recueils de Verdun et de Tours : donc aussi le second, copié « ad fontes >, et que son style permet de faire remonter au 1 V« ou au V'^ siècle.
Examinons attentivement ce dernier texte. Il se divise en deux parties. La première parle des effets du baptême ; la seconde, de la chaire apostolique : < Auxit apostolicae geminatum sedîs honorem », et de la personne même de S. Pierre: « Cuî syderei commisit limina regni. » Si dans le dernier vers on lit : € in amplis >, comme porte le manuscrit, on obtient le sens que voici : « Jésus-Christ, entourant de plus
d'honneur la chaire apostolique, a voulu qu'elle fût la voie qui conduit au ciel (par le baptême conféré dans son voisinage); c'est pourquoi celui à qui a été confiée la garde du ciel (S. Pierre) a maintenant un autre siège (plus noble) dans les vastes espaces du ciel. > En d'autres termes, l'honneur dont Jésus-Christ a entouré la chaire apostolique consiste en ce que Pierre, du lieu humble où il résidait durant sa vie mortelle, est passé à une demeure plus élevée, € altéra claustra >, dans le ciel. Le mot € hic > du dernier vers ne serait pas l'adverbe de lieu, mais le pronom démonstratif désignant le même personnage que i cui > du vers précédent. Et dans cette hypothèse, les quatre vers exprimeraient une opposition entre les deux résidences de l'Apôtre, celle de la terre et celle du ciel. Que si, acceptant la correction proposée par de Rossi, nous lisons i in templis >, nous pourrons soit maintenir notre interprétation, soit plutôt voir dans € hic 1^ un adverbe et dans € claustra j^ l'équivalent de € claves >, clôture (^) : <L Celui à qui a été confiée la garde du ciel a ici, dans ce monument, les doubles clefs, c'est-à-dire, le pouvoir de lier et de délier, < altéra claustra poli >. L'expression € in templis > signifierait alors l'édifice même du baptistère oh s'exerçait au nom de Pierre le pouvoir des clefs, et qui était de fait uni à une importante basilique, celle de St- Sylvestre. S'il n'est pas facile de saisir au juste la pensée du po^te et de donner une interprétation sûre de ses vers, il reste néanmoins hors de doute qu'il nomme S. Pierre et la chaire apostolique : cela nous suffit pour en conclure qu'au I V« ou au V« siècle on vénérait un souvenir de l'Apôtre dans le lieu où se trouvait cette inscription ou dans le voisinage.
Le € geminatus honor sedis apostolicae » ne pourrait-il pas, comme quelques-uns l'ont supposé, rappeler les deux commémoraisons de la Chaire de S. Pierre qui, suivant de Rossi, se célébraient à Rome, l'une entre la voie Salaria et la voie Nomentane, < ubi primum Romae sedit >, l'autre au
I. Cette traduction, 4 claustra, clefs >. m'a été suggérée par le R. P. Bonavenia, S.J.
baptistère du Vatican, où Damase aurait placé la chaire de TApôtre, la célèbre chaire en bois encore vénérée dans la basilique ('), et y aurait fait allusion dans ce vers :
Una Pétri sedes unum verumque lavacrum ?
Je ne le pense pas. D'abord il n'est pas nécessaire d'entendre d'une chaire matérielle le mot inscrit au baptistère du Vatican : il peut se prendre au sens moral et signifier le concept de Tunité du baptême et de TÉglise, comme la formule : « una fides, unum baptisma>. Aucun témoignage ancien ne confirme l'interprétation littérale telle que la donnait de Rossi. On a bien invoqué un passage d'Optat de Mile va où la chaire et la mémoire de S. Pierre sont rapprochées (3), mais il est parfaitement permis de séparer Tune de l'autre. Quant au fameux passage d'Ennode : i Ecce nunc ad gestatoriam sellam, apostolicae confessionis uda mittunt limina candidatos, etc. >, il est fort probable qu'il faut y voir, avec Mgr Duchesne, une allusion à la 4: sella gestatoria > des nouveaux consuls ; de sorte qu'on pourrait construire la phrase de la sorte : € Ecce nunc uda limina apostolicae confessionis mittunt candidatos ad gestatoriam sellam > ; et de fait le passage parle des consuls (^).
Enfin je ne crois pas qu'on puisse admettre deux fêtes de la chaire, l'une au cimetière Ostrien, l'autre au Vatican. La fête du 22 février rappelait la primauté de S. Pierre sur toute l'Église ; c'est celle que marque le Calendrier libérien: « Natale Pétri de cathedra». Celle du 18 janvier, notée aussi dans quelques anciens martyrologes, était plutôt une fête locale en mémoire de l'inauguration de l'épiscopat de S. Pierre à Rome : <L Sedes qua primum Romae sedit. > Il est certain que la première était censément l'anniversaire du jour où Pierre avait magnifiquement confessé la divinité de Jésus-