‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 5)Chapitre 9 sur 361 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Les Cimetières du Transtévère.

kl

Brclimmatreg.

LE Transtévère a été renfermé dans quatre enceintes successives. La plus ancienne est deTépoque des rois ; elle entourait un espace assez restreint, dans lequel était comprise l'Acropole, au^ sommet du Janicule (St-Pierre in Montorio), et allait jusqu'au Tibre : le pont Sublicius, situé vis-à-vis de l'hospice actuel de St-Michel, reliait la ville au Transtévère. Toutefois le C pomerium > s'étendait au delà de cette ligne et s'agrandit progressivement.

Au III« siècle de l'ère chrétienne, Aurélien fit élargir l'enceinte de Rome. Elle eut alors pour limites, dans le Transtévère, au nord la ^ Porta Septimiana > (i), au sud la < Porta Portuensis >. Une partie du Transtévère y fut donc contenue, mais non celle où se trouve le Vatican.

Le Vatican ne fut compris dans l'enceinte de la ville qu'au IXe siècle, lorsque Léon IV construisit la petite citadelle, < civitas Leoniana >, ne laissant en dehors que ce qui forme actuellement la Via délia Lungara, entre la Porte Septimienne et la Porte du Saînt-Esprit.

Enfin Urbiin VIII, au XVI !« siècle, relia la cité Léonine et l'ancien Transtévère ; alors fut bâti le mur qui va du Vatican à la Porta Septimiana.

A l'époque impériale, la région du Vatican était occupée par des jardins, des villas, des édifices publics. Des voies la traversaient, et des ponts la reliaient au Champ de Mars. Le plus ancien pont était le pont Triomphal, appelé ensuite Cpons Neronianus >, dont on a vu des ruines près de l'hôpital du Saint-Esprit jusqu'en 1872 ; il y avait à côté le pont encore existant, € pons Aelius> ou d'Hadrien.

Avant Aurélien, aucune enceinte ne suivait les bords du Tibre. Le Champ de Mars était en pleine campagne. Il était coupé par la «Via Triumphalis >, qui, partant de la Porte

z. < La Porta Septimiana > tirait son nom d un ancien monument de l'époque de Septime-Sévère.

Triomphale (près de la Place Montanara), franchissait le Tibre, se dirigeait par le Vatican vers le Monte Mario, et allait se réunir à la voie Flaminienne. A une petite distance, la c Via Aurélia nova > sortait de la < Porta Aurélia > (près le Pont St-Ange), et rejoignait hors la porte Cavalleggieri la CVia Aurélia vêtus», qui venait de la Porte du Janicule (St-Pancrace).Entre la voie Triomphale et la voîcAurélienne, la c Via Cornelia> passait près du cirque de Caligula et de l'obélisque qui y était érigé. Il y avait là des jardins : celui d'Agrippine, mère de Caligula, qui appartint ensuite à Agrippine, mère de Néron ; et celui de Domitia. Néron les réunit en un seul. Le cirque de Caligula ou de Néron a été quelquefois confondu avec un autre moins connu, le cirque d'Hadrien, qui se trouvait au nord du Mausolée d'Hadrien (Château St-Ange). L'emplacement que devait occuper la basilique de St-Pierre était donc entre la voie Cornélienne et la voie Triomphale ; aussi les Itinéraires indiquent-ils le tombeau de l'apôtre tantôt < juxta viam Corneliam >, tantôt < juxta viam Triumphalem >.

La € Via Aurélia vêtus » commençait à la Porte du Janicule (St-Pancrace), et passait un peu à droite de l'église de St-Pancrace, après s'être bifurquée pour donner naissance à la 4: Via Vitellia >. Quand Aurélien étendît l'enceinte de Rome jusqu'aux bords du Tibre, on construisit vis-à-vis du pont d'Hadrien une autre porte, d'où partit la € Via Aurélia nova>, et qui fut appelée au moyen âge < Porte de St-Pierre >. Peut-être y eut-il aussi une autre porte vis-à-vis du Pont Triomphal, mais on n'en est pas certain. Plusieurs autres indications que donnent à cet égard les cartes de Rome ancienne sont douteuses.

LES premières victimes de la persécution commencée par Néron après l'incendie de l'an 64 ont dû être martyrisées dans les jardins de Néron, près du cirque de Calîgula. Tacite dit positivement : € Hortos suos ei spectaculo Nero obtulerat » (2). Sans doute on les enterra dans le voisinage: telle fut l'origine très probable du cimetière du Vatican. Il y avait déjà là une vraie nécropole, séparée des jardins par la € Via Cornelia » : les employés et les affranchis de la famille impériale y avaient leur tombeau ; on a même pu constater l'existence de sépultures particulières. Au témoignage de Lampride (3), Élagabale, voulant agrandir le cirque, fut obligé de détruire plusieurs tombeaux.

Nous ne pouvons savoir si le cimetière chrétien fut souterrain ou à ciel ouvert. Ce qui est sûr, c'est qu'on n*a pas trouvé au Vatican de galeries souterraines et que les monuments

z. itinéraire de Saltbourg : < Et sic intrabis via Vaticana donec perveniesad basilicam beati Pétri, quant Constantinos imperator totius orbis condidit. eminentem super omnes ecclesias et formosam. in cujus occidentali plaga beatum corpus ejus quiescit > — De locis SS. Martyrum : < Primum Petrus in parte occidentali civitatis joxta viam Comeliam ad milliarium primum in corpore quiescit, et pontificalis ordo, excepto numéro pauco, in eodem loco in tumbis propriis requiescit. Ibi quoque juxta eamdem viam sedes est apostolorum et m en sa et recubitus eorum de marmore facta usque hodie apparet. Mensa quoque, modo altare, quam Petrus manibus suis fedt, ibidem est. Juxta eamdem quoque viam S. Ruffina, S. Secunda. S. Maria, S. Marius, S. Ambacu, S. Audafax et alli quamplurimi sancti jacent. > — Itinéraire de Guillaume de Malmesbury : € Prima porta Cornelia quae modo porta S. Pétri, et via Cornelia. Juxta eam ecclesia beati Pétri sita est, in qua corpus ejus jacet, auro et lapidibus parata. Etenim nullus hominum scit numerum sanctorum martyrum qui in eadem ecclesia pausant. In eadem via ecclesia altéra in qua requiescunt sanctae virgines Ruffina et Secunda. In tertia ecclesia sunt Marius et Martha et Audafax et Abacoc filii eorum. >

a. Tacite, Ann. , AT, 44. Nous ne nous arrêtons pas à combattre l'étrange opinion de M. Pascal qui, pour défendre Néron, attribue aux chrétiens l'incendie de Rome. Elle est à bon droit rejetée par la majorité des critiques. Voir le JVuov. bullett. di archeol, erist.» 1900, n. 3-4 ; et Profumo, L incendia neroniano e le sue fonti storicke.

Page 1