‹ Éléments D'archéologie ChrétienneChapitre 87 sur 307 · ARC DE CONSTANTIN · texte numérisé non relu

ARC DE CONSTANTIN

statue de Constantin ; il était représenté portant le Labarum, et l'inscription faisait allusion à ce signe. Eusèbe ( x ) décrit le monument et rappelle l'inscription. Cette statue est peut-être celle qui se trouve dans le vestibule de St-Jean-de-Latran. Une autre devait orner l'abside de la basilique Constantinienne : à celle-là, suivant M. Petersen ( 2 ), appartenait la tête

1. De vit. Constant., L I, c. 40 (P. G., t. XX, col 953-955).

a. Lecture faite devant l'Académie pontificale d'archéologie, 16 mars 1899.

colossale que Ton voit au Capitale, dans la cour du palais des Conservateurs.

Nous avons encore un souvenir de la bataille du pont Milvius dans la basilique du consul Junîus Bassus, bâtie sur l'Esquilin, Tan 317, à peu près à l'endroit où est aujourd'hui Péglise de St- Antoine. Cette basilique était très riche ; elle contenait les portraits en mosaïque des empereurs Flaviens et celui de Constantin, ainsi qu'une peinture représentant le triomphe du premier empereur chrétien. Basilique civile jusque vers la fin du V e siècle, elle fut ensuite transformée en église par la munificence du soldat barbare Valila, et appelée € Ecclesia S. Andreae cata barbarum patricium >. Elle fut détruite au XVI e siècle. Des inscriptions, des dessins, des mosaïques provenant de ce monument, sont conservés dans la bibliothèque Barberini, au palais del Drago et au Musée du Capitole ( x ).

Enfin sur un bas-relief trouvé en Afrique, et maintenant au Musée d'Alger, on reconnaît le passage du pont Milvius par les troupes victorieuses ; l'inscription ne laisse aucun doute sur l'identification de cette scène.

Le triomphe de Constantin, à la différence des triomphes anciens, ne semble pas avoir été mêlé de cérémonies superstitieuses et idolâtriques. C'est donc à faux ou au moins gratuitement que le professeur Wagner, de Munich, dans sa belle restitution du triomphe de Constantin, d'ailleurs très exacte au point de vue topographique, a représenté l'empereur montant au Capitole pour assister à un sacrifice à l'autel de Jupiter.

Constantin se rendit à Milan avec son collègue Licinius. Là fut publié l'édit qui reconnut à l'Église son existence légale (mai 313). Il porte qu'on doit restituer à l'Église ses lieux de réunion et ses cimetières « non ea loca tantum, ad quae convenire consueverunt (Christiani), sed alia etiam... ad jus corporis eorum, id est, Ecclesiarum, non hominum singu-

1. Cf. de Rossi, BulUttino, 1871, p. 5 sq. ; — art. de M. Huelsen dans le N*ov. bulle t., 1899, p. 172.

LA PAIX DE L'ÉGLISE. 71

lorum, pertinentia » (*). Constantin y ajouta de grandes donations, entre autres celle du Latran faite au pape Miltiade. Ce palais, propriété de Plautius Lateranus, avait été confisqué par Néron et était devenu une sorte de villa impériale. Une muraille de la maison des Laterani fut utilisée par Aurélien pour la nouvelle enceinte de Rome. En refaisant l'abside de la basilique (1877), on a découvert des restes de l'ancienne villa, en particulier des tuyaux de plomb avec les mots : Laterani, DOMVS Lateranorvm ( 2 ). Constantin l'avait reçu dans la dot de son épouse, Fausta, fille de Maximien. Le Latran fut la résidence des papes jusqu'à la translation du Saint-Siège en France. Au mois d'octobre 313, S. Miltiade y célébra un concile, « in domo Faustae in Laterano ».

Outre la basilique de St-Jean-de-Latran, Constantin construisit celles de St-Pierre, de St-Paul, de St-Laurent, de Ste-Agnès et des Sts-Pierre et Marcellin. Plusieurs autres qu'on lui attribue sont postérieures. Il faut aussi reléguer parmi les légendes la prétendue donation de Rome au pape par l'empereur, qui ensuite se serait retiré à Constantinople afin de laisser le Souverain Pontife plus libre.

On ne doit pas croire que Constantin ait interdit le paganisme. Il était obligé de garder des ménagements pour la religion officielle. Il laissa donc les cérémonies païennes continuer à côté du culte catholique. Il conserva même le titre de « Pontifex Maximus », et ses successeurs l'imitèrent : Gratien (382 ou 383) fut le premier à refuser cette dignité. Toutefois Constantin ne fit personnellement aucun acte d'idolâtrie. La petite ville de Spello, en Ombrie, ayant demandé l'autorisation de construire un temple en l'honneur de l'empereur et de sa famille, « Templum Gentis Flaviae », il y consentit, mais avec cette réserve: « Aedem Flaviae hoc est nostrae gentis ut desideratis magnifico opère perfici volumus, ea tamen observatione praescripta, ne aedis nostro-

Page 1