Ed. Duchesne, I, p
STE-SABINE
pie de Juno Regina; sur la seconde à gauche en entrant on lit le nom RVFENO, le même que Bianchini déclare avoir vu
sur une colonne de Ste-Marie-Majeure O). Ce Rufinus serait-il le célèbre Rufin, magistrat sous Arcadius? C'est plus proba-
I. «Columnae ferme singulae navem medianam sustinentes praeferunt nomen Rufini ad imum scapum antiquitus incisum. » De vit. Rom. Pontif., Sixt. lH (P. Z., t. CXXVII, col. 232).
Élém. d'archéol. chrét. — III.
l86 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
blement le propriétaire des carrières d'où venaient ces colonnes, ainsi que le pense le P. Grisar (i) après le P. Bruzza (^). Des restaurations furent faites sous Léon III à la fin du VHP siècle et sous Grégoire IV au IX^. A côté de régli'se était la résidence du cardinal titulaire, encore assez bien conservée, mais transformée au moyen-âge en forteresse. Honorius III (1216) en fit une résidence pontificale qui s'appela palais Savelli (^) ; on reconnaît encore les traces de ses travaux en « opéra saracinesca ». Il y confirma la règle de's Frères-Prêcheurs, y reçut aussi S. François; puis, il légua le palai's à S. Dominique, qui y demeura longtemps, ainsi que S. Thomas d'Aquin.
L'église a conservé sa forme basilicale. Les deux portes sont anciennes. La principale est dans le monastère, du côté oii se trouvait anciennement 1' « atrium ». Quand on a franchi cette porte, on voit au-dessus, à l'intérieur, une belle inscription en mosaïque à lettres bleues sur fond d'or :
CVLMEN APOSTOLICVM CVM CAELESTINVS HABERET PRIMVS ET IN TOTO FULGERET EPISCOPVS ORBE HAEC QVAE MIRARIS FVNDAVIT PRESBYTER VRBIS ILLYRICA DE GENTE PETRVS VIR NOMINE TANTO' DIGNVS AB EXORTV CHRISTI NVTRITVS IN AVLA PAVPERIBVS LOCVPLES SIBI PAVPER QVI BONA VITAE PRAESENTIS FVGIENS MERVIT SPERARE FVTVRAM.
Cette inscription, écho peut-être du concile d'Éphèse, est un remarquable témoignage 'Cn faveur de la suprématie de l'évêque de Rome. Elle parle de la fondation même de l'église, non d'une simple restauration. Elle complétait une grande composition en mosaïque dont il ne reste plus que les deux personnages qui sont à droite et à gauche de l'inscription, deux femmes voiylé'es portant un livre et représentant l'Église sortie des Gentils et l'Église issue du Judaïsme : ECLESIA EX GENTIBVS. ECLESIA EX CIRCVMCISIONE. Sui-
1. Storia dei papi, vol. I, p. II^, p, 401 ; et Analeda romana, t. T, p. 454.
2. hcriziojii dei niarmi grezzi ^ dans les Ann. delV Istit. gerin.^ 1870, p. 107 sq.
3. La famille Savelli a donné à l'Église les deux papes Honorius III et Honorius IV.
tn
l88 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
vant Ciampini (0, il y avait en outre, en haut, l'es symboles ■des Évangélistes ; au-dessus d'e 1' « Ecclesia ex circumcisione », S. Pierre recevant la loi divine; au-dessus de 1' «Ecclesia ex gentibus ï>, S. Paull prêchant.
Les colonnes ne sont pas surmontées d'une architrave, •comme dans les monuments antérieurs au V^ siècle, mais séparées par de petits arcs décorés en « opus sectile ». Les fragments de marbre figurent des objets qui semblent des miroirs surmontés de la croix. La basilique date en effet de l'époque où on commençait à figurer la croix sous sa vraie iorme. L'arc majeur était décoré de mosaïques maintenant remplacées par des peintures ; Ciampini nous apprend qu'elles représentaient le buste du Sauveur au milieu des bustes des Apôtres et de quelques disciples.
L'autel et la confession sont modernes. Ils renferment les corps de Ste-Sabine, des SS. Alexandre, Eventius et Théo- •dule. Plusieurs débris de l'ambon et de la « schola cantorum » avaient été employés pour former le dallage ; on les a relevés il y aquelqu'es années et fixés aux parois de l'église. Les pierr'es noires que l'on montre comme ayant servi au supplice des martyrs sont d'ancien poids, semblables à ceux que l'on a trouvés dans plusieurs maisons romaines •et à Pompéi.
Le monument le plus précieux est la grande porte en bois sculpté, encore assez bien conservée, quoiqu'elle ait été endommagée par des restaurations înodernes {^). On la considérait autrefois comme u'n ouvrage du XI P ou du XI IP siècle. Un archéologue russe, M. Kondakoff, a démontré qu'elle remonte au V^, qu'elle est d'un style qui rappelle beaucoup celui des nombreux sarcophages chrétiens de cette époque, qu'elle n'a au contraire aucune analogie avec les sculptures du moyen-âge. Elle doit donc être contemporaine •de Célestin I^^ ou de Sixte III. Les tableaux dont elle se
1, Vef. momim., p. 481.
2. Cf. Grisar, Ajialecta ro?nana, t. I, x ; — Kondakoff, Les sculptures de Li porte de Ste- Sabine, dans la Revue archéologique, 1877 ; — Berthier, La porte ■de Ste- Sabine à Rome, Fribourg, 1892.
STE-SABINE
c'ompose représentent des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'ordre primitif a été interverti ; voici l'ordre actuel, en commençant -en haut à gauche : le Crucifiement de Notre-Seigneur, les Stes-Femmes pleurant au torribeau,.