LA III* REGION
LA troisième région ecclésiastique, correspondant aux II le et V^ d'Auguste, renfermait à peu près la partie de la ville comprise entre la pente du Coelius, le Colisée, St-Pierre-aux-Liens, via Lanza, place Victor-Emmanuel, porte de St-Laurent, porte Majeure, St-Jean-de-Latran.
La IIP région civile portait le nom d' « Isis et Serapis ».
Le culte de ces deux divinités égyptiennes se répandit beaucoup à Rome sous l'Empire. Il possédait deux temples : l'un près de St-Ignace de la Minerve; l'autre, celui de la IIP région, entre le Coelius et l'Esquilin Cispius, sur la Via Merulana, près de l'église des Sts-Pierre-et-Marcellin ; Serapis est le nom d'Osiris, transformé, à l'époque grecque, en Osiris Apis ou Asarapis, puis 'en Serapis. Il y avait en outre, dans cette région : la « Moneta » ; la vraie Monnaie, près de l'acropole, était ainsi appelée à cause du temple voisin de Junon Moneta ; on doit peut-être en reconnaître une sorte de succursale dans les constructions en pierres carrées qui existent sous l'église de St-Clément, près du temple de Mithra : quelques-uns ont voulu y voir une partie de l'enceinte de Servius Tullius, mais cette enceinte passait beaucoup plus près de St-Jean-de-Latran ; — l'Amphithéâtre Flavien, « Ludus magnus », connu depuis sous le nom de Colisée ; — les Thermes appelés autrefois Thermes de Titus, qui sont en réalité et de Titus (près du Colisée) et surtout de Trajan (près de St-Martin-aux-Monts) ; ces derniers étaient de beaucoup les plus grands ; on y avait transporté le Laocoon de la maison de Titus, où Pline nous apprend qu'il était primitivement ; — le « Porticus Liviae », édifié par Auguste entre les Thermes de Trajan et la petite église de Ste-Lucie-in-Selci.
28o ÉLÉMENTS DARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.
A cause de l'importance du Colisée comme monument chrétien, il est nécessaire d'en donner ici une petite description 0).
I. Les spectacles nationaux des Romains étaient ceux du cirque, les courses de chars. Les combats de gladiateurs étaient usités plutôt en Canipanie et en Toscane, où ils avaient un caractère religieux. On les pratiquait pour apaiser les mânes : de là leur nom de « munera gladiaioria ». Nous les voyons représentés sur les tombeaux étrusques. Ils s'introduisirent à Rome au VI^ siècle. On les donna d'abord au « Forum Boarium », au « Forum Romanum », au « Circus Maximus» ; mais tous ces lieux étaient peu adaptés à ce genre de spectacle ;on dut donc créer un nouveau genre de monument, le double théâtre ou amphithéâtre. Le plus ancien fut construit en bois sur le « Campus Martius». Le premier construit en pierres, d'une manière stable, fut celui qu'on éleva en l'an 29, sous le règne d'Auguste, après la bataille d'Actium ; il occupait l'emplacement où fut plus tard la « Curia Innocentiana », où est maintenant la Chambre des députés. Le second, bâti sous Tibère, 1' « Amphitheatrum Castrense », a été conservé en partie dans l'enceinte d'Aurélien ; on en voit des restes entre la Porte Majeure et la Porte St-Tean de Latran. Enfin le troisième, le plus magnifique de tous, est l'Amphithéâtre Flavien, commencé sous Vespasien et terminé sous Titus. Des ruines d'autres monuments semblables existent à Vérone, à Capoue, à Pompéi et ailleurs.
Deux sortes de spectacles se donnaient dans l'amphithéâtie : les « ludi gladiatorii » et les « venationes ».
Les gladiateurs étaient organisés en familles, ainsi que l'indiquent souvent les inscriptions. Ils avaient pour chef le « lanista » ; chaque groupe portait un nom en rapport avec ses armes et sa manière de combattre : «retiarii», « Thraces», « Samnites », etc. Nous les voyons représentés dans divers morfuments figurés, mosaïques, bas-reliefs .sépulcraux, particulièrement dans les mosaïques du grand « Ludus gladiatorius » de Pompéi conservées au Musée de Naples. Les spectacles de gladiateurs étaient ordonnés par l'empereur, les édiles, le magistrat appelé « editor muneris», soit aux frais de l'empereur lui-même, soit aux frais d'une entreprise particulière. Le spectacle débutait par une procession solennelle : les gladiateurs venaient saluer l'empereur ou le personnage le plus important de l'assistance ; puis ils se livraient à une «prolusio» qui n'était qu'un combat fictif: enfin un coup de trompe donnait le signal du véritable combat. Pendant la lutte, on excitait les gladiateurs, au besoin avec les fouets, le feu, le fer. Quand l'un d'eux tombait, il appartenait au personnage principal de décider de son sort : le pouce tourné vers la terre, « pollice deorsum verso », était un ordre de mort ; et Prudence rapporte qu'on vit plusieurs fois les Vestales ellesmêmes faire ce geste horrible. Alors on enlevait le cadavre et on le dépouillait.
Dans les chasses on faisait paraître toutes sortes de bêtes fauves. Des affiches annonçaient le spectacle, ainsi que les noms des gladiateurs ; un programme de ce genre a été trouvé sur les murs de Pompéi. Les lutteurs étaient appelés «bestiarii». Les spectacles étaient très variés; on représentait des épisodes historiques, des scènes mythologiques ; il y avait des changements à vue, comme dans les représentations chorégraphiques modernes.
Les spectacles sanguinaires de l'amphithéâtre ne furent pas abolis dès l'introduction du christianisme à Rome. Ils durèrent jusqu'au V^ siècle ; S. Augustin et Prudence en font mention. Constantin défendit seulement de condamner les esclaves à ce supplice; il laissa toute liberté aux gladiateurs volontaires. On donna encore des « venationss» en 403, quand Honorius vint triompher à Pome après la guerre des Goths ; mais au milieu de la représentation un ermite, nommé Telemachius, se présenta tout à coup et reprocha vivement à l'empereur et à la foule leurs plaisirs sanguinaires : le peuple
LA IIl^ RÉGION. 281
L'amphithéâtre Flavien (i) fut commencé par Vespasien, continué sous Titus, et dédié solennellement en l'an 80, comme nous l'apprennent le récit de Suétone (-) et les médailles frappées à cette occasion. Au début, il n'avait sans doute que trois étages, l'attique devait être en bois : c'est ce qui explique les différents incendies qui s'y produisirent. Au temps de Trajan, on fit une grande restauration ; 1' « arena » fut alors élevée. Commode, qui était passionné pour les spectacles de l'amphithéâtre et qui combattait lui-même, embellit beaucoup le monument eu construisit un crypto-portique pour le relier à sa maison du Coelius. En 197, nouveaux dommages causés par un incendie, réparés ensuite sous Alexandre-Sévère et Élagabale; c'est alors probablement que fut construit l'attique en pierres, d'ordre corinthien. En 442, un terrible tremblement de terre abattit une partie de l'amphithéâtre. Le préfet Lampadius, sous Théodose II et Valentinien III, le releva; on voit près de l'entrée l'inscription qui rappelle les travaux exécutés par ses ordres :
SALVIS DD NN THEODOSIO ET PLACIDO VALENTINIANO AVGG RVFVS CAECINA FELIX LAMPADIVS VC ET INL PRAEF VRBI HARENAM AMPHITEATRI A NOVO VNA CViM PODIO ET PORTIS POSTICIS SED ET REPARATIS SPECTACVLI GRADÎBVS RESTITVIT
Au commencement du VP siècle, dans un nouveau tremblement de terre, 1' « arena » s'effondra, il fallut donc encore une restauration, qui fut faite aux frais et par les soins de D. Marins Venantius ; elle est mentionnée dans une inscription voisine de la précédente :
furieux lui jeta des pierres, ce fut le dernier martyr du Colysée. Les combats de gladiateurs furent ensuite interdits ; les chasses continuèrent jusqu'au temps deThéodoric. Les dernières, furent, semble-t-il, celles de 519, à l'occasion du consulat du gendre de l'empereur.
1. Cf. Marangoni, Délie meinorie sacre e profane dell^ amfiteatro Flavio, Roma, 1746 ; Gori, Le mei/iorie storiche del Colosseo^ Roma, 1875.