‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 2)Chapitre 94 sur 400 · Cf. Procope, Histoire des Golhs · texte numérisé non relu

Cf. Procope, Histoire des Golhs

84 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.

au moyen-âge le palais et la tour des Annibaldeschi. Entre ce palais et la façade latérale de la basilique était la statue de Marc-Aurèle qui orne aujourd'hui la place du Capitole, et qu'on prenait pour une statue de Constantin. Elle resta là jusqu'à Paul III. Il est probable qu'elle venait, non du Forum, comme quelques-uns l'ont pensé, mais du Coelius, où se trouvait la maison natale de Marc-Aurèle. Beaucoup de légendes (^) se rattachaient à cette statue, qui n'ont pas complètement disparu ; le peuple croit encore qu'il y a sur la tête du cheval une chouette qui chantera le jour oii Rome sera détruite, et que la fin du monde arrivera quand le cheval sera entièrement doré.

Quand, au XIV^ siècle, les papes allèrent habiter Avignon, le Latran, magnifiquement embelli par Boniface VIII à l'occasion du jubilé de 1300, se trouva abandonné. Deux incendies (1307 et 1361) consumèrent une partie de la basilique et du palais ; il fallut pour les réparer de grosses sommes qu'envoyèrent Clément V, Innocent VI et Urbain V. Ce dernier pontife transféra dans la basilique les chefs de S. Pierre et de S. Paul, jusque-là conservés dans le Sancta Sanctorum, et fit élever à cette occasion le « ciborium » gothique de la confession. Abandonné et dévasté, le Latran gardait néanmoins toute son importance. Cola de Rienzi y tenait des réunions ; c'est dans la basilique même qu'il fit son fameux discours pour expliquer au peuple ses droits en prenant occasion de la « Lex regia » conservée dans l'église (^). A leur retour, les papes, trouvant le palais en mauvais état, fixèrent leur résidence à Ste-Marie-du-Transtévère, puis à Ste-Marie-Majeure, enfin au Vatican. Sixte V détruisit ce qui subsistait du palais, sauf la chapelle et le « Sancta Sanctorum », et bâtit le palais actuel, beaucoup plus petit que l'ancien, ha basilique est cependant restée la vraie cathédrale du pape ; elle garde toujours sur toutes les autres églises

1. Cf. par exemple celle qui est rapportée dans les Mirabilia urbis Roinae (Urlichs, Codex typographicus^ p. 98-99).

2. La « lex regia » était celle qui conférait aux empereurs le pouvoir suprêmer l'«imperium ». La table en bronze sur laquelle elle était gravée, et qui se conservait anciennement au Latran, est aujourd'hui au musée du Capitole.

PLAN DU LATRAN L'oratoire de St-Laurent (aujourd'hui « délia Scala Santa

FRT^n ,%

Rohault de Fleury).

j„tal pas dans ce plan. Il correspondrait à peu près au point S.

LA BASILIQUE. 85

la prééminence que les souverains pontifes lui ont maintes fois reconnue (^) et que Clément XII a exprimée dans cette inscription :

SACROS ■ LATERAN - ECCLES ■

OMNIVM VRBIS ET ORBIS

ECCLESIARIVM MATER

ET CAPVT

§ II. La basilique.

L'expression dont se sert S. Jérôme en parlant de la basilique : « Basilica quondam Laterani » (^), peut donner à entendre qu'elle ne fut pas bâtie par Constantin, qu'on transforma seulement la basilique privée du palais. De fait le Liber pontificalis ne parle que de la donation faite par Constantin et de la consécration au Sauveur par le pape Miltiade. Ce qui est sûrement l'œuvre de Constantin, c'est le baptistère ; aussi a-t-il toujours porté son nom.

Comme toutes les basiliques, St-Jean-de-Latran avait son « atrium », sa fontaine, son « narthex ». La façade était décorée d'une belle mosaïque représentant le Sauveur adoré par les anges, et au-dessous les quatre grands prophètes. A droite, dans le « narthex », s'ouvrait une chapelle dédiée à l'apôtre S. Thomas par le pape Jean XII ; elle servait de sacristie pour les cérémonies pontificales, comme aujourd'hui la chapelle de la Pietà à St-Pierre. Une peinture de l'an 960 représentait le pape revêtant les ornements sacrés. C'est là que l'on gardait la relique de la table de la Cène. Dans une niche était la chaire en marbre rouge, sur laquelle s'asseyait le pape le jour de son intronisation, la « Sella stercoraria » {^). Il y avait ensuite les tombeaux de Jean X (914-928), le vainqueur des Sarrasins; de Jean XII (956-963), qui couronna Othon I^r ; de Jean XIV (983-984),

1. Cf. Barbier de Montault, La grande pancarte de la basiliqne de Latran, dans la Revue de V Art chrétien, 1886, 4*= liv.

Page 1