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///SICTO/// ///ORBE/// ///TEM DEC/// ///EIVS/// ///NEROSO/// ///NCVS/// ///M PRISGILLa///
Nous avons ici, la forme même du monument l'indique, un ancien baptistère. On y pouvait baptiser par immersion ; par l'ouverture de l'abside en effet on pénétrait dans la piscine même, et pour y descendre (elle n'a que i"^,40 de profondeur), il suffisait d'un marchepied en bois ou d'une simple pierre. On y pouvait baptiser aussi par infusion, comme il se pratiqua dès les temps les plus reculés, car on voit devant l'abside une cavité pour assujettir la « pelvis » et un trou pour l'écoulement de l'eau. Sur l'enduit de l'arc intérieur j'ai pu lire le « graffito >
Oyi SITET VEN7V// ad me et Inhal
parole empruntée à un passage bien connu de l'Evangile, où il est question de l'eau de la grâce et du St-Esprit, par conséquent du baptême ou de la confirmation (i), et qui fut reproduite sur d'autres anciens baptistères. Et M. Ihm a justement observé que c'est aussi pour un baptistère que furent composés les célèbres vers de S. Damase : Quisque sitit veniat cupiens haurire fluenta, etc. (2) Sur l'enduit du même arc il y a aussi d'autres « graffiti » d'une époque plus ancienne (IV^ siècle). Au-dessous de celui qui vient d'être cité, et plus à gauche, on lit :
VRSE VIBAS FELICISSIME DONATA VI VATIS IN :^
Ces acclamations indiquent un endroit fréquenté. Comme il n'y a là aucun tombeau, la vie dont elles parlent peut être celle que confère le baptême.
De plus, autour de l'arc même, sur la bande rouge qui en suit la courbe, on distingue très nettement les mots
5CRIPSIT ASELLVS SERBhs Dei (?)
Les visiteurs des lieux vénérés de nos cimetières n'ont pas l'habitude d'employer une telle expression ; elle semble indiquer que l'inconnu mentionné ici, Asellus, avait écrit, non seulement son nom, mais quelque phrase de particulière importance, et qu'il tenait à faire savoir qu'il en était l'auteur. Cette phrase était peut-être sur la partie de l'enduit malheureusement tombée : il est impossible d'en rien retrouver. Il y a encore d'autres « graffiti » sur l'enduit de l'abside, notamment sous l'arc qui la sépare de la piscine : à gauche, SE ; à droite, eVXOV (?), « prie ! » et d'autres signes indéchiffiables. Chose plus remarquable, sur toute la surface de l'abside, à
1. « Si quis sitit, veniat ad me et bibat... Hoc autem dixit de Spiritu quem accepturi erant credentes in eum, » Joan., vu, 37, 39.
2. Ihm, Damasi epigrammata, praef. , p. XVII ; cf. p. i. Aussi M. Ihm a-t-il raison de séparer ce vers et les trois suivants du reste du poème, qui se rapporte au prophète David.
partir du sol jusqu'à une assez grande hauteur, l'enduit est couvert de centaines de croix tracées à la pointe, parmi lesquelles il semble qu'on aperçoit des monogrammes. C'est la couche d'enduit du IV^ siècle, anciennement ornée de lignes géométriques rouges, tant à la voûte que sur les parois ; au-dessous il y a une autre couche plus ancienne et plus fine.
Enfin il faut noter que le grand escalier de travertin a été construit uniquement pour donner accès au baptistère, non pour conduire à une crypte cimitériale ; car ce monument était tout à fait isolé du cimetière voisin, et ce n'est que récemment qu'ils ont été mis en communication.
Tous ces détails prouvent que nous avons bien là un baptistère, et qu'il faut exclure l'hypothèse, émise par quelqu'un, d'une simple fontaine où l'on aurait puisé de l'eau pour se désaltérer. A quoi bon tant de décorations et tant de signes de dévotion sur une fontaine? On n'aurait pas même pu l'utiliser, au moins après la construction de l'abside et l'ouverture des galeries circonvoisines. Un simple coup d'œil sur le plan permet de s'en rendre compte. Le canal [E] fut creusé dans une galerie cimitériale très ancienne: pour avoir de l'eau potable et l'empêcher d'être souillée, il aurait fallu au moins combler ce canal. Du reste les villas romaines étaient pourvues d'eau en abondance ; il serait bien singulier qu'on se fût servi d'une fontaine placée dans un endroit si insalubre, au milieu des tombeaux.
Ce baptistère fut, dès le IV^ siècle au plus tard, un objet de grande vénération. Tout naturellement on est porté à se demander quelle relation historique il avait avec le cimetière de Priscille. Je pensai immédiatement à un épisode célèbre de la vie du pape Libère (352-366). Suivant ses Actes, il se retira dans le cimetière de Novella, sur la voie Salaria, et y administra le baptême qu'il était empêché de conférer dans le baptistère du Latran : « Constantius jussit eum extra civitatem habitare ; habitabat autem ab Urbe Roma milliario tertio quasi exul in cymiterio Novellae via Salaria. Veniens autem dies Pascha, vocavit universos presbyteros cives ro-
manos et diaconos et sedit in cymiterio... ^) C'est, ajoutent les Actes, sur le conseil de son diacre Damase que Libère se décida à baptiser ainsi dans sa retraite à la campagne ; et il le fît en se rappelant que S. Pierre lui-même avait baptisé près de là, dans le cimetière Ostrien : i Erat enim ibi non longe a cymiterio Novellae cymiterium Ostrianum, ubi Petrus apostolus baptizavit >> (/). Il aurait administré ce sacrement à plus de quatre mille personnes. Quoique ce document soit apocryphe, que son récit mérite donc peu de foi au point de vue des faits, il n'en est pas moins certain qu'il est ancien (suivant Mgr Duchesne (2), il n'est pas postérieur au commencement du VI^ siècle) et qu'il a quelque autorité par rapport à la topographie des catacombes : les monuments étaient encore conservés et bien connus au moment où ces Actes furent rédigés (3). C'est sur cette valeur topographique que se basa de Rossi pour prouver contre le P. Marchi l'existence du cimetière Ostrien et l'ancienneté de la tradition relative au baptême conféré par l'Apôtre entre les voies Salaria et Nomentana.
Le cimetière de Novella, indiqué dans ces Actes, l'est aussi par le Liber pontificalis, qui en attribue la fondation au pape Marcel, lequel, d'après une variante du même ouvrage, l'aurait fait du consentement d'une matrone nommée Priscille : « Hic rogavit quandam matronam nomine Priscillam et fecit cymiterium Novellae via Salaria » (4). On peut conclure de ce passage que le cimetière de Novella était comme lin appendice de celui de Priscille; suivant de Rossi, Novella était un autre nom d'une Priscille parente de celle du I^^ siècle (5). A moins toutefois que le nom de Novella ne se
1. Acta Liberii e/ Damasi ; Coustant, Episf. pont., p. 90. Cf. P. L., t. VIII, col. 1388-1393.