‹ Éléments d'archéology chrétienne (volume 3)Chapitre 285 sur 378 · Labbe, Concilia, éd. Mansi, XI, p. 803 (can. XXII · texte numérisé non relu

Labbe, Concilia, éd. Mansi, XI, p. 803 (can. XXII

2. J'ai déchiffré au même endroit un autre « graffito » qui renferme les syllabes KATPETA. Serait-ce une métathèse pour « Katetra, cathedra»?

3. Biillett., 1867, p. 41 ; — Mazzocchi, Kalend. Neapol., 12 fév.

4. Une inscription quasi contemporaine, celle d'un certain Festus, au cimetière de Domitille, nous présente le mot sous cette même forme insolite IIDVS,

5. Les « parentalia » duraient du 13 au 21 février et se clôturaient le 22 (Marquardt, Haiidbtich der r'ômischen Alterthiimer, t. III, p. 298). Il a pu arriver plus d'une fois qu'on en ait avancé la célébration à cause du carême, qui commence vers cette date.

on peut penser que ce « graffito» est un nouvel indice favorable à la thèse qui place dans le cimetière de Priscille le souvenir de la première chaire de S. Pierre.

A tout le moins, il faut convenir que dans la région Salario-Nomentane aucun endroit ne pouvait plus dignement abriter ce vénérable souvenir. Nous avons là une basilique monumentale, qui ne fut pas dédiées aux saints locaux, et dans laquelle, nous l'avons dit, reposaient sept pontifes : Marcellin, Marcel, Sylvestre, Libère, Sirice, Célestin et Vigile. A propos de ces sépultures papales, je hasarderai une conjecture qui me paraît mériter attention.

Les premiers papes, de S. Lin à S. Victor ( + 202), furent enterrés au Vatican, ^ juxta corpus beati Pétri ». Avec Zéphyrin commença une nouvelle série de tombes papales sur la voie Appienne, dans le cimetière qui prit ensuite le nom de Calixte. Pourquoi ce changement ? Sans doute parce que l'hypogée du Vatican était devenu trop petit et que le terrain donné par les Caeciiii pouvait offrir certains avantages. Peutêtre aussi parce qu'il y avait de ce côté un souvenir local de S. Pierre, arrivé jusqu'à nous sous la forme altérée de la légende du « Quo vadis » (i). Cette raison expliquerait même pourquoi, en 258, les restes des Apôtres furent transportés de leurs tombeaux à la Platonia de St-Sébastien. Le même motif ferait comprendre pourquoi, après la confiscation du cimetière de Calixte par Dioclétien, le pape Marcellin et ses sucesseurs furent enterrés sur la voie Salaria, près d'un autre souvenir de S. Pierre. Il faut tenir quelque compte d'une remarque que font les légendes relatives à S. Marcellin : elles disent que ce pape avait péché comme l'Apôtre Pierre, et comme lui s'était repenti ; une variante ajoute que Marcel ensevelit Marcellin à Priscille « sicut ipsi Sanctus Petrus praeceperat » (2). Quoique puisées dans des documents légendaires et d'époque tardive, ces indications ne sont pas absolument à négliger.

1. Quelle que soit la valeur de cette légende, il est certain qu'elle était connue et acceptée dès la seconde moitié du II'^ siècle.

2. Ac/a Sanct., 26 avril. — Je ne fais qu'esquisser en passant, et à grands traits, cette théorie sur les nécropoles papales, que je me réserve de développer ailleurs.

Concluons que nous pouvons raisonnablement rattacher le baptistère de Priscille à la basilique de St-Sylvestre, et que tout le groupe important de monuments formé à cet endroit, cryptes près de la chapelle grecque, basilique, baptistère, réservoirs d'eau, constitue un insigne souvenir de la première prédication de S. Pierre.

Que penser de la chaire en bois que possède aujourd'hui la basilique Vaticane et qui aurait servi à l'Apôtre ? L'absence de documents ne permet pas d'en reconstituer l'histoire. Je ne crois pas être téméraire en supposant qu'elle put être vénérée jusqu'au VI^ siècle dans la basilique de St-Sylvestre sur la voie Salaria, et ensuite transportée au Vatican sous le pontificat d'Honorius I^"" (625-638). Au temps de S. Grégoire, nous n'en trouvons pas d'autre mention que l'indication « oleum de Sede », qui convient à la voie Salaria, non au Vatican. Un des Itinéraires du VII^ siècle, au contraire, ne parle pas de cette voie,mais nomme une«Sedes apostolorum». La translation n'aurait-elle pas, — je fais simplement une conjecture, — été effectuée par Honorius, qui prit un soin très particulier de la basilique Vaticane et, suivant le Liber pontificalis, « renovavit omnia cimelia beati Pétri ». La chaire demeura depuis dans cette basilique ; elle y servait pour la prise de possession solennelle des pontifes romains.

Poursuivons maintenant notre visite, et descendons au second étage du cimetière de Priscille. Il a, lui aussi, une grande importance, même pour l'étude de la question historique que nous venons de traiter.

§ II. Deuxième étage.

Pour descendre au second étage, quand on vient du baptistère, le chemin le plus court est de traverser de nouveau l'hypogée des Acilii, de parcourir la galerie qui va vers l'entrée, de prendre ensuite la dernière galerie à gauche et de tourner encore une fois quand on rencontre quelques marches. On pénètre de la sorte, par une ouverture moderne, dans une région primitivement séparée, — plus tard réunie

au reste du cimetière, — qui avait ses escaliers et ses régions. On passe aussitôt devant un de ces escaliers, depuis long-

PLAN SCHÉMATIQUE D'UNE PARTIE DU SECOND ÉTAGE, AVEC SON ANTIQUE RÉSERVOIR D'EAU.

temps bouché, puis au-dessous de la galerie des Acilii où nous avons vu l'inscription AOZA COI Œ >£, et on arrive à

un autre escalier, très ancien et très vaste, qui descend au second étage à une grande profondeur, mais dont la partie supérieure, voisine de la basilique de St-Sylvestre, est maintenant obstruée.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur le plan schématique du second étage (ci-joint une partie de ce plan) pour en deviner l'importance. Une large galerie [B], flanquée de murs très anciens, est traversée par l'escalier [C] venant de la surface du sol, et par une autre galerie très longue [G], qui passe sous un lucernaire fort élevé [L]. De cette dernière se détachent de chaque côté et à angle droit plus de vingt galeries latérales, dont beaucoup encore incomplètement explorées.

On peut dire sans exagération que c'est la région cimitériale la plus vaste et la plus régulière de toute la Rome souterraine. Ses inscriptions, gravées sur marbre, ou peintes en rouge sur des tuiles comme au premier étage, attestent qu'au moins en partie elle remonte à la plus haute antiquité. A mon avis, il y eut là un noyau cimitérial dès le 11^ siècle.

L'origine du cimetière de Priscille, dans la propriété de la noble famille des Acilii Glabriones, ne suffirait pas à expliquer les proportions de cet autre cimetière; car lecimetière de Domitille avait aussi une origine très illustre, et cependant, quoiqu'il ait pris beaucoup d'extension, surtout au IV^ siècle, il ne présente nulle part une excavation aussi grandiose. Chose remarquable, ce second étage avait un réservoir d'eau ancien et profond ; on y arrivait par un escalier [C] qui aboutissait d'un côté à la surface du sol, de l'autre à un double bassin creusé dans le tuf et revêtu de maçonnerie. Évidemment la partie inférieure de l'escalier n'avait pas d'autre fin que de conduire au réservoir, puisqu'aucun « loculus » n'a été ouvert dans les parois ; il faut donc que l'on ait attaché à ce réservoir un intérêt spécial et tenu à en rendre l'accès facile.

Tout ceci, joint à ce que j'ai déjà dit des autres réservoirs d'eau de l'étage supérieur, me porte à croire que le cimetière de Priscille pouvait légitimement s'appeler « ad nymphas » et conserver sur plusieurs points le souvenir du baptême

conféré par S. Pierre. Dès lors ce serait une région de ce cimetière qui serait désignée par les Acta Liberii sous le nom d' « Ostrianum ».

Ces Actes en effet disent que le pape se tenait dans le cimetière de Novella, sur la voie Salaria, et que là aussi était le cimetière Ostrien : « Erat enim IBI coemeterium Ostrianum ubi Petrus apostolus baptizaverat. » Il faut, d'après cette indication, le chercher plus près de la voie Salaria que de la voie Nomentane. Suivant le même document. Libère administra le baptême solennellement à plus de quatre mille personnes. Légende, soit. Encore faut-il admettre que l'auteur écrivait à une époque où les monuments étaient bien conservés (VI^ siècle) et qu'il a dû s'en inspirer pour donner à son récit quelque vraisemblance. Il devait donc y avoir un baptistère assez vaste pour contenir un si grand nombre de personnes; or nous avons vu que le groupe de la basilique de St-Sylvestre s'y prêtait admirablement.

Il faut de plus remarquer que le pape Marcel, suivant le Liber Pontificalis, fonda le cimetière de Novella sur la voie Salaria, avec la permission, par conséquent dans la propriété d'une matrone nommée Priscille. On est autorisé à en conclure que le cimetière de Novella ne fut autre chose qu'une région ajoutée à celui de Priscille, probablement une partie du second étage. Le cimetière Ostrien pouvait être dans le voisinage du baptistère monumental dont nous avons parlé.

Bosio supposa que le nom d' € Ostrianum » venait du nom de la famille des <i Ostorii », d'où on aurait fait : « coemeterium Ostorianum », puis « Ostrianum ». Faute de mieux, cette étymologie fut acceptée par tout le monde. Je crois pouvoir donner une explication plus satisfaisante. Plusieurs noms de cimetières sont empruntés à des circonstances locales : « Ad ursum pileatum. Ad capreas, etc. », ou encore à des noms de plantes: « Ad duas lauros, Ad clivum cucumeris ». Sur la voie Nomentane nous connaissons un village dont le nom, <L Pagus ulmanus », vient de « ulmus ». Par analogie, on pourrait supposer que « Ostrianum » dérive de « ostria », arbre dont il pouvait y avoir un bosquet dans le voisinage. Pline

dit que cet arbre pousse près des roches imprégnées d'eau, « solitaria nascitur circa saxa aquosa » (^) : ce détail concorderait bien avec l'autre nom de cette localité, « ad nymphas ». Il est vrai que, suivant leurs Actes, Papias et Maurus furent enterrés « via Nomentana ad nymphas beati Pétri ubi baptizabat », et qu'il faudrait dès lors placer cette dénomination sur la voie Nomentane. Mais la difficulté s'évanouira si on suppose que la région ainsi appelée s'étendait jusqu'à cette voie. Du reste j'ai donné un autre élément de solution, quand j'ai proposé (2) d'identifier le Maurus du cimetière de Priscille avec le Maurus ou Mauroleo compagnon de Papias. Toutefois ce point des Actes de Papias et Maurus n'étant pas absolument clair, il convient d'attendre pour le préciser de nouvelles découvertes.

Que si l'on veut faire dériver d'un nom de famille le mot « Ostrianum », on pourrait le rattacher au nom Ostrius, qui est rare, mais qui a pourtant existé, car nous le lisons sur une marque de brique: C • OSTRIVS • SERR(3).

Je vais indiquer les principaux monuments, surtout les inscriptions les plus remarquables qui se trouvent au second étage.

Près de l'escalier qui aboutit au réservoir, on voit sur la paroi droite un fragment de sculpture représentant Jonas endormi, et à gauche sur un débris de sarcophage l'inscription :

L KAAÏAIA L

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