LIVRE III
crises économiques y ont lieu presque tous les dix ans. En voici les dates: 1763 — 1783 — 1793 — 1803 — 1825 — 1838 — 1847 — 1857 — 1864 à 1866 1873 à 1879.
On a cru voir dans le retour périodique des crises une sorte de loi naturelle. Un économiste mathématicien anglais, M. Jevons, a même prétendu qu'elles étaient déterminées par les taches du soleil, et voici comment. La cause principale des crises est l'exportatien du numéraire. Le numéraire est exporté pour payer le blé importé durant les années de mauvaise récolte. Les mauvaises récoltes sont le résultat des étés défavorables, et ceux-ci ont pour cause les taches du soleil.
L'explication est ingénieuse» seulement elle n'est pas conforme aux faits.
La périodicité des crises n'est pas une loi naturelle. Elle s'explique par le retour des circonstances qui les engendrent. La science financière peut nous enseigner les moyens de les conjurer.
§ 5. PhyiioBOime des oritet.
Elles éclatent ordinairement à la suite de plusieurs années consécutives de prospérité. Alors les capitaux s'accumulent. Offerts sur le marché, ils font baisser le taux de l'intérêt. L'argent à bon marché stimule l'esprit d'entreprise. Un grand nombre de sociétés sont fondées. Les titres qui représentent le capital de ces sociétés sont très recherchés. Leur prix monte ; ceux qui en achètent gagnent vite et gros. Chacun veut acheter pour gagner à son tour, et ainsi la hausse continue et sti-,
mule la demande par les bénéfices croissants qu'elle apporte; nul ne perd. Tout ce qu'on touche se transforme en or. C'est le Pactole. Le prix des marchandises s'élève aussi; car tous les gens enrichis consomment davantage.
Ceci est la période « d'expansion ». Elle repose sur l'emploi du crédit sous toutes les formes.
Arrive une circonstance qui absorbe le numéraire, base du crédit, par exemple des importations exceptionnelles de céréales, par suite d'une récolte insuffisante, ou des placements considérables de fonds à l'étranger.
La banque régulatrice élève le taux de l'escompte. Le crédit se resserre. La confiance disparait. L'inquiétude se répand. La panique se déclare ; chacun veul vendre, et il n'y a plus d'acheteurs. Les prix baissent, baissent toujours. Le crédit se refuse absolument. C'est la période de « révulsion ». Ceux qui ont des payements à faire, ne pouvant plus ni emprunter, ni vendre, sont mis en faillite. Les banqueroutes succèdent aux banqueroutes. C'est la crise. Dans sa violence elle ne dure pas longtemps. La baisse excessive de tous les prix ramène les acheteurs, par suite le numéraire et par suite le crédit. Mais, pour réparer tant do ruines, il faut quelques années : c'est la période de « réparation ». La période d'expansion recommence ensuite, pour aboutir à une nouvelle crise. Celle succession de faits, résultant les uns des autres, explique suffisamment le cycle de neuf à dix ans.
Depuis que les relations commerciales et financières, devenues plus faciles et infiniment plus fréquentes, font, pour ainsi dire, de tous les pays civilisés un seul mar'