LIVRE m
§ 4. Le f yttème do la proieoUon temporaîre*
Nul n'a mieux exposé ce système qu'un économiste allemand) Friedrich ListS l'initiateur de l'Union douanière allemande (Zollverein)^ d'où est sortie l'unité politique de l'Allemagne.
Le but final, dit-il^ est le libre échange universel; mais, pour qu'il apporte à chaque État, et par conséquent au genre humain, le plus d'avantages possible, il faut que chaque peuple tire le meilleur parti de ses ressources naturelles.
Un pays exclusivement agricole est nécessairement arriére : voyez la Pologne d'autrefois.
Sans doute il est mauvais que le privilège fasse naître des industries artificielles, mais bien des industries naturelles à une contrée ne s'y développeront pas, si au début elles ne sont pas protégées. La meilleure voie pour arriver au libre échange et pour en tirer le meilleur profit est donc la protection temporaire.
Adam Smith et Stuart Mill ont émis la même opinion. Je n'en admets ni les motifs, ni la conclusion.
Un pays agricole n'est pas nécessairement arriéré. Si la Pologne l'a été autrefois, ainsi que le prétend List, c'est parce qu'une aristocratie frivole, disposant du revenu net, l'a employé à s'amuser, et n'a rien fait
I. Friedrich List, né en 1789, à Rcutlingen, dans le Wurtemberg, mort en 1846. Son principal ouvrage est intitulé : Dos national Sys" tem der poUtischen (Economie; il i été traduit en français par Henr Richelot. L'idée fondamentale est que les conclusions économiques doi- ▼ent tenir compte de i'eiistence dei nations indépenduitei •
pour l'instruclion de ses serfs ni d'elle-même. Dans aucun pays la culture înfellectuelle et morale, Taisance et le bonheur n'ont été aussi généraux que dans la Nouvelle-Angleterre, avant que la protection y ait développé la grande industrie.
On a l'habitude de mesurer la civilisation d'un État d'après la masse des produits que l'industrie y fait naître. C'est à tort : jamais la civilisation n'a brillé d'uu plus vif éclat qu'à Athènes, où les arts et les lettres ont atteint le plus haut point de perfection, mais où, l'industrie était restée dans l'enfance.
La protection n'est plus nécessaire aujourd'hui, conune au temps d'Adam Smith. Les découvertes et les procédés sont immédiatement connus partout. Le capital et l'esprit d'entreprise sont sans cesse en quête pour exploiter les richesses naturelles, dans quelque pays que ce soit.
La protection temporaire devient permanente, car les intérêts que le privilège a créés se coalisent et s'opposent à toute réforme.
§ 5. Le ■yftèmo de le réolprooîlé.
Les partisans de ce système disent : Nous voulons le libre échange, mais réciproque et bilatéral : l'étranger nous ouvre-t-il sa frontière, nous lui ouvrons la nôtre; taxe-t-il nos produits, nous taxons les siens. C'est la loi du talion appliquée au commerce. C'est aussi le cas des représailles à la guerre. Ce système est appelé maintenant en Angleterre /air trade « commerce loyal», pnir opposition à frce trade « commerce libre. >