‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 58 sur 136 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

pays une industrie nouvelle ; ainsi les Anglais ont fait presque partout les premiers chemins de fer. Il ne faut pas en être jaloux, puisqu'ils viennent ouvrir de nouvelles sources de richesses. Mais le premier soin d'un gouyemement doit être de créer des institutions où puissent se former de bons chefs d'industrie.

§ 7. L^indnstne des transports.

L'industrie des transports contribue à la production de la richesse en portant les choses aux lieux où Ton en a le plus besoin et où partant elles seront le plus utiles. File est ainsi l'auxiliaire et l'instrument du commerce.

Elle crée même parfois entièrement la valeur de certaines denrées qui, sans emploi en certains endroits, acquièrent, lorsqu'elles sont transportées ailleurs, une utilité très grande. Elle agit alors comme l'industrie extractive,qui tire des minerais du sein de la terre où ils ne servaient à rien.

En transportant les hommes et les choses, elle dissémine partout les bienfaits des découvertes nouvelles, multiplie les relations des peuples, entremêle et confond leurs intérêts, adoucit ou détruit leurs antipathies, et fait enfin que leur fraternité et leur solidarité cessent d*être un mot ou un rêve. Elle est ainsi dans le monde entier un puissant agent de civilisation.

Quel progrès accompli dans les moyens de transpoil! La force d'un cheval transporte, sur un sentier et à dos, 100 kilos au plus; sur une route empierrée et par axe, 2000 kilos; sur les rails d'un chemin de fer, 10 000 kilos; sur un canal ou |)ar mer, 100 000 kilos; enfin.

ï22 ÉLÉMENTS D'ÉCONOMIE POUTIQUfî.

sur Tcau, par la rivière, ce a chemin qui marche », comme dit Pascal, n'importe quelle masse, les trains de bois flottés, par exemple.

Les Romains ont, les premiers, su construire d'admirables voies, dont les grandes day;es polygonales, posées sur du béton, se voient encore, en place, aux environs de Rome. Ces routes stratégiques rapprochant, du centre de l'empire, les provinces les plus éloignées, ont servi au commerce et fait pénétrer partout la civilisation romaine.

Les avantages des voies de communication améliorées sont nombreux.

t** En diminuant les frais de transport, elles font vendre aux producteurs leurs denrées plus cher et leur permettent d'acheter à meilleur marché ce qu'ils font venir pour leur usage. 11 en résulte une plus-value des fonds productifs : terres, forêts, mines et carrières, et un accroissement incalculable de la richesse nationale.

2** Les marchandises étant amenées en plus grande quantité sur les marchés, les consommateurs les obtiennent à meilleur compte.

3** Hausse des prix au lieu d'origine; baisse des prix au lieu de consommation: nivellement des prix.

4** Accroissementdes grandes villes, surtout des capitales. L'attrait qu'elles exercent sur ceux qui cherchent des occupations, de l'instruction, du plaisir, l'incognito ou la société, n'est plus contre-balancé par la cherté de la vie.

Quand cet accroissement des villes est favorisé par l'excès de la centralisation politique et administralive, c'est un grand mal.

UYREn. m

§ 8. Lei poQToîrf publîei doivent-Us oonitnûre des roules

el faire des transports?

I/Etaty la province, la commune doivent-ils construire des voies de communication, ports, canaux et chemins de fer ?

Si les particuliers s'en chargent, tant mieux. Mais s'ils ne font rien ou pas assez, c'est aux pouvoirs publics à agir.

Deux motifs sont décisifs :

Premièrement, après l'instruction publique, il n'est point de cause de progrès plus puissante que le perfectionnement des moyens de communication.

Secondement, comme la nation profite de l'accroissement des impôts et de celui de la valeur de tous les fonds productifs, il s'ensuit que la construction des voies ferrées ou autres, qui même ne rapportent rien directement, est cependant un emploi très avantageux des revenus publics* On peut le démontrer, en faisant un compte rigoureux, par doit et avoir. Au passif, portez les firais de construction; à l'actif, la plus-value des terres, des forêts, des mines, des carrières, les industries nouvelles qui naissent et l'agriculture qui se perfectionne, et l'actif l'emportera incomparablement.

Mais l'Ëtat peut-il aussi se charger de l'exploitation des chemins de fer?

Question très discutée et très complexe. A mon avis, l'économiste devrait répondre : oui, et le politique : non. On pourrait pcut-éirc les satisfaire tous les deux^ en concentrant tout le réseau entre les mains de rÉtat*

m ÉLÉMENTS D'ÉCONOMIE POLITIQUE.

sauf à confier son exploitation à une compagnie agissant sous le contrôle du gouyemement.

En cette manière simple et claire que lui avait enseignée Socrate, Xcnophon expliaue la raison et les avantages du commerce, a Aucune ville, dit-iU ne possède à la fois du bois et du lin, car où le lin abonde, le pays est plat et sans bois. Un pays a une chose, un autre pays telle autre. 11 s'ensuit que tout État a besoin d'exporter et d'importer. Le commerce enrichit la cité, car il remplace par des choses utiles des objets qui, trop abondants, n'avaient que peu de valeur. »

Comme le dit Montesquieu : « L'appât naturel du commerce est de porter à la paix. » En effet, comment faire du mal à l'ennemi, sans risque de ruiner un débiteur ou de tuer un client?

Le commerce applique entre nations le principe si fécond de la division du travail.

C'est ce qu'un Président des Etats-Unis, Garfield, exprimait parfaitement : « Le commerce fait de tous les hommes une famille de frères, où le bien-être des uns dépend de celui des autres. Il crée ainsi cette unité de notre race qui fait que les ressources de tous deviennent la propriété de chacun. »

La maxime du commerçant est d'acheter à bon marché et de vendre cher. Stimulé par son intérêt personnel, sans cesse il fait venir des objets des lieux où ils surabondent, cl où par conséquent ils sont à bas prix, pour

LÎYRE II. 1C5

les vendre aux lieux où ils sont rares et par conséquent cher, et ainsi il sert l'intérêt général.

Le commerçant ^u détail choisit les marchandises avec discernement y les achète aux meilleures conditiens, les classe par assortiments» les conserve et les vend en petites quantités, de façon à répondre aux ressources et aux besoins des consommateurs.

Peut-on se passer de ces intermédiaires, en s'adressant directement aux fabricants, rien de mieux. Mais, tant qu'ils subsistent, ils rendent de véritables services.

Page 1