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AVANT-PROPOS
Le livre que voici présente ^ sous une forme condensée^ un cours professé devant des étudiants en droit, de première et de deuxième année.
Il a simplement pour but de donner une idée d’ ensemble du mécanisme de la vie économique et de son fonctionnement , principalement dans la société contemporaine. Etc est à cette conception qifa été subordonné son plan général.
If auteur a conservé les grands cadres classiques (Production et Circulation , Répartition^ Consommation), qui lui paraissent suffisamment logiques, et dè ailleurs commodes ; mais, préoccupé de montrer comment les diverses manifestations de r activité économique s' enchaînent et se coordonnent, il a renoncé parfois au bénéfice de subdivisions simples, pour adopter une méthode
AVANT-PROPOS
d exposition un peu plus complexe, et qui comporte sans doute quelques redites. Il s’est efforcé du moins, de ne passer que progressivement du connu à V inconnu, et de ne pas exposer le fonctionnement combiné les principales institutions économiques avant d^en avoir étudié séparément les éléments. II espère avoir ainsi rendu aisément accessible V étude de quelques problèmes qu'on pourrait, au premier abord, juger un peu téméraire d aborder dans un ouvrage aussi élémenta i re .
Dans le cours de son exposé, l’auteur n'a^ pas cru devoir séparer la « théorie de la « description ». Il lui arrive souvent dépasser asse\ rapidement , d'un chapitre, ou même d’ un paragraphe, à Vautre, de propositions très générales à des propositions sensiblement plus particulières, i^lais, en cela, il estime ne faire que se conformer à la nature de V objet étudié: car, les diverses manifestations de la vie économique sont déterminées à la fois par les conditions les plus essentielles de V existence humaine et par des circonstances propres à un état donné de civilisation.
L'auteur s est .efforcé, dans l'ensemb le de, ne présenter que des résultats acquis, et il a évité, autant que possible, de se livrer à des discus-
AVANT-PROPOS
VTI
sions auxquelles la bièveté de l'ouvrage eût risqué de donner une tournure superficielle et fallacieuse. Il s est borné à signaler en note quelques travaux pour la" plupart de langue française — qui pourraient être commodément consultés par le lecteur.
La nature de l'ouvrage ne permettait d' a illeurs pas à l'auteur lui-même de se livrer à des recher, elles pet'sonnelles sur toutes les matières qu'il était tenu d'embrasser. Il ne croit donc pas avoir à s'excuser de s'être largement inspiré, en bien d es points, d ouvrages classiques , ou dignes de lêtre, auxquels il a, du reste, rendu hommage par de fréquentes citations. Par contre, il s'est
appuyé sur ses travaux antérieurs dans les cas
où ils lui ont paru etre de nature à faciliter la mise au point de son expose ; notamment en ce qui concerne l'étude des systèmes et des phénomènes monétaires, l'étude du crédit et celle des échanges internationaux.
, onzième ligne, lire revirement et non accroissement.
, ligne 4. An lieu de banques d’admission, lire: banques
lerniere ligne, au lieu de lire 1 */ deuxième ligne. Au lieu de emnê
empêclia
r. L alméa « D’une façon asseye analo ''cint 1 aliuoa w 3® La vente . »
P. 300. première ligne. Au lieu de longue, P. 317, la première ligne de cette pas-e doit
INTRODUCTION
§ 1. — Qu’est-ce que l’Economie politique?
L’expression d’Economie politique a, dans sa majesté traditionnelle, quelque chose d’un peu fallacieux ; et il arrive souvent qu’une explication soit nécessaire pour dissiper l’erreur ou l’équivoque qui existe dans l’esprit de bien des lecteurs. En effet, le sens originel des mots qui la composent (oïkos signifie maison et polis, cité) évoque des idées différentes, voire même contradictoires, dont l’enchaînement logique n’apparaît pas clairement même à l’étymologiste : il y est question, sans que l’on puisse deviner dans quelle mesure, et dans quel rapport exact, de ce qui est domestique, et partant strictement privé, et de ce qui est public. Aussi, le profane se laisse-t-il généralement impressionner par celui des deux termes dont il pense le mieux saisir la signification , et il incline —
Nogaro
INTRODUCTION
conformément, d’ailleurs, à la conception des premiers économistes eux-mêmes — à imaginer que l’Economie politique doit être quelque branche de la science, ou de l’art, du gouvernement.
Aussi, puisque l’interprétation littérale de la dénomination consacrée ne nous renseigne pas exactement sur le contenu de l’Economie politique, nous allons entreprendre de définir cet ordre d’études en exposant quel est son objet.
Cet objet nous est familier, et il suffit de faire appel à notre expérience de tous les jours pour le reconnaître.
Voici, par exemple, un cultivateur dans son champ, un ouvrier sur le chantier ou dans l’usine, un commerçant dans sa boutique, un commis dans son bureau, un facteur des postes sur la route, un médecin chez son malade, un professeur dans sa chaire, un artiste dans son atelier, un acteur sur la scène. Les occupations de ces personnages sont certes, très variées, et leurs actes matériels n’ont rien de bien caractéristique : on peut faire de la musique, peindre ou modeler, parler, écrire, marcher, manier des outils, ou même remuer la terre pour donner satisfaction aux désirs les plus divers, par exemple pour se distraire ou se délasser. Cependant, nous savons fort bien que les hommes que nous considérons ont actuellement un hiit commun^ qui est, comme on dit vulgairement, de ^ gagner Ieiir vie >> : directement ou indirectement, ils agissent en vue de se procurer ce qui
INTRODUCTION
leur paraît nécessaire ou désirable pour vivre (i).
Et c’est par là que nous pouvons distinguer leur activité des autres formes de l’activité humaine. Cette activité est ce que l’on nomme l'activité économique y et l’étude de ses manifestations constitue la tâche essentielle de l’économie politique.
Toutefois, il faut noter qu’un certain nombre d’individus, parmi lesquels se rangent néce-ssairement les enfants en bas âge, les vieillards infirmes et les malades, ne prennent pas part à l’activité économique. Et, si leur présence ne modifie pas, dans ses principes essentiels, l’organisation économique que nous aurons à décrire, elle influe cependant sur les conditions de la vie économique, en ce sens qu’ils profitent de l’activité économique des autres, et qu’ils participent à la vie économique comme consommateurs. Nous dirons donc, d’une façon plus large encore, que de l’économie po-
litique est la vie économique.
Cela posé, il n’est pas impossible de trouver à la vieille expression consacrée par l’usage un sens conforme à l’étymologie des mots qui la composent : l’Economie politique étudie, en effet, des activités individuelles, et poursuivant un but privé, — en quoi elle est à proprement
(i) Nous disons de « se procurer » et non de produire, car, comme nous le verrons plus loin, p. ii, certains individus participent à l’activité économique sans concourir à la production.
INTRODUCTION
parler la science « économique » ; mais elle recherche, en se plaçant à un point de vue extérieur aux individus, comment leurs activités se combinent, et elle considère ces combinaisons comme des manifestations de la vie sociale.
L’épithète « politique » ne doit cependant pas faire illusion : dans une organisation sociale comme la nôtre, où l’Etat, comme nous le verrons, joue un rôle dans la vie économique, m.ais où celle-ci résulte principalement du jeu spontané d’activités privées, la science économique ne doit nullement être confondue avec le corps de doctrines relatives au gouvernement. 11 sera, sans doute, loisible à chacun, après l’avoir étudiée, et en s’aidant des données qu’elle fournit, de se demander quelle doit être la part faite à l’autorité publique, et si elle devrait être élargie ou restreinte dans l’intérêt collectif : mais ces appréciations sortent du cadre scientifique que nous nous traçons.
§ 2. — Vie économique et Science économique.
Pour définir l’Economie politique, il ne suffit pas de dire quel est son objet : il faut encore faire admettre que, sans une étude scientifique, cet objet ne nous serait pas suffisamment connu, et, enfin, qu’il peut être connu grâce à cette étude scientifique.
Le premier point estcelui dont on peut se convaincre tout d’abord. En effet, si l’expérience
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î quotidienne nous donne une notion claire de ce I qu’est l’activité économique, elle est impuis- I santé à nous faire savoir exactement comment les diverses manifestations de cette activité s’exercent et se combinent dans une société civilisée. Considérons une société comme la nôtre ; les tâches y sont extrêmement variées et subdivisées : chacun semble libre de choisir son emploi, sans souci du voisin et sans autre guide que son intérêt propre ou ses goûts personnels ; < et, cependant, il est hors de doute que les activi- I tés économiques individuelles ne s’exercent pas au hasard, et que, en l’absence de toute organisation coercitive, en l’absence même de toute conscience précise d’un effort commun, elles se coordonnent : puisque, au total, tous les individus — à de bien rares exceptions près — parviennent tout au moins à subsister. Et il apparaît aussitôt qu’une manifestation de la vie sociale aussi pleine de mystères ne peut être expliquée que par une étude rigoureuse et systématique.
Une telle étude est-elle possible? Le présent ouvrage a pour but, après et avec beaucoup d’autres, de démontrer qu’elle Lest, du moins dans une certaine mesure, et qu’elle se trouve déjà partiellement réalisée. Nous aurons plus loin l’occasion d’examiner quel degré de précision et de certitude il convient, en chaque espèce, d’attribuer au résultat de nos investigations. Nous nous bornerons ici même à écarter, en quelques mots, l’argument de ceux qui pré-
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tendent refuser à TEconomie politique le titre de science, sous prétexte qu’elle ne se plie pas à toutes les méthodes des sciences antérieurement constituées.
L’économiste doit être le premier, sans doute, à formuler des résers^es sur la valeur de ses connaissances. Mais, de ce que toutes les méthodes des sciences physiques, par exemple, ne s’appliquent pas à l’Economie politique, il ne résulte nullement que l’Economie politique ne possède autres méthodes pour découvrir la vérité ; nous croyons, au contraire, disposer, pour l’investigation des faits sociaux, de procédés dont on ne dispose pas pour connaître les phénomènes physiques (i).
L’étude de la vie économique peut être poursuivie dans un esprit parfaitement scientiOque ; et elle aboutit, comme la plupart des sciences, tantôt à des connaissances très exactes et très générales (2), tantôt à des connaissances moins générales,tantôt encore à des hypothèses ; mais elle atteint, dans l’ensemble, des résultats positifs, dont la valeur et l’étendue dépassent très sensiblement les données de l’observation courante. Aussi, sans vouloir nous attarder davantage à une discussion qui ne serait plus qu’une querelle de mots, n’hésiterons-nous pas à employer
(1) Voir plus loin, 4® livre. Le développement de la pensée économique. Sur la méthode économique en général, voir aussi A. Landry, Manuel d' Economique, Paris, Giard et Brière, p. 43 et suivantes, et Fr. Simiand, La méthode positive en science économique.
(2) Sur la question des « lois naturelles » en économie politique, voir Ch. Gide, Cours d'Economie politique, ch, i, § z.
INTRODUCTION
l’expression de science économique, sans autre ambition, après tout, que d’employer un terme commode — l’expression de science étant la seule dont nous disposions pour désigner un ensemble d’études méthodiques sur un sujet déterminé (i).
§ 3. — Définitions et terminologie.
Une étude rigoureuse et systématique exige tout d’abord les notions précises sur l’objet envisagé, et des termes assez bien définis pour permettre d’exprimer ces notions, sans être exposé à y impliquer des éléments qui seraient de nature à obscurcir les problèmes posés et à fausser les raisonnements. Or, étant donné l’objet de l’Economie politique, son vocabulaire est presque toujours emprunté au langage courant ou à la terminologie spéciale des « affaires ». Le sens usuel des mots que nous emploierons
(i) Nous n’insisterons pas sur la vieille controverse de la « science » et de « l’art » en Economie politique. Comme toutes les disciplines scientifiques, l’Economie politique fournit des données qui peuvent être utilisées, en vue d’une application pratique ; ainsi, une théorie sur la monnaie peut servir à élaborer le système monétaire d’un pays donné : cela, c’est de F « art » économique. Mais les préceptes relatifs à des applications pratiques ne doivent pas être, se’on nous, mêlés aux constatations et aux démonstrations scientifiques qui, seules, constituent l’Economie politique proprement dite.
A fortiori, l’économiste n’a-t-il pas à donner son opinion sur la moralité des actes et des faits qu’il enregistre. Il lui convient de dire tout ce qu’il observe, sans se préoccuper des opinions qu’il peut, indirectement heurter ou suggérer. Comme tout homme de science, il se borne à rechercher la vérité, et à l’exposer intégralement, sans commentaires ni ré’icences.
INTRODUCTION
sera donc souvent assez vague ; et, de plus, notre point de vue de spectateurs différera fréquemment de celui des acteurs. Il nous sera souvent Utile, pour bien comprendre, de distinguer des faits que 1 on confond dans la pratique, sous une même dénomination, ou, au contraire, d’embrasser d un seul regard, afin d’en saisir l’enchaînement, des faits que les nécessités de la vie courante font considérer séparément. Aussi conviendra-t-il, principalement dans l’expression des idées générales, d’attacher aux mots que nous empruntons à la langue de tous les jours un sens souvenbplus étroit, souvent aussi plus large, mais presque toujours mieux défini que celui que leur donne l’usage.
C’est ce que nous allons faire tout d’abord
pour un petit nombre de notions fondamentales.
§ 4. — Trois notions fondamentales : besoins; utilité; richesses.
11 nous a suffi d’évoquer le spectacle d’un ordre d activité que la moindre expérience de la vie permet de reconnaître pour comprendre quel est 1 objet de la science économique. Cependant, en abordant son étude, il y a lieu de définirplus exactement cet objet.
Nous savons tous que le but de l’activité économique est 1 acquisition de choses destinées aux usages les plus divers. Pit la moindre réflexion nous montre que cette activité a une rai-
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son d’être nécessaire, et qui pourrait être suffisante, dans les conditions physiologiques de l’existence humaine.
< Nous pouvons respirer, mais nous nesaurions nous nourrir, et, par conséquent, nous ne pourrions subsister, sans un effort conscient exercé sur la matière qui nous entoure, sans ce minimum d’efforts tout au moins qu’il faut pour ^ cueillir un fruit, arracher une racine ou s’empa- ' rer d’un animal. Cette nécessité o\i nous sommes de faire des efforts conscients^ et éiQ transformer i plus OU moins le milieu qui nous entoure pour \ entretenir notre existence, la langue vulgaire l’exprime en disant que nous avons des besoins.
Cependant, l’expérience montre que des mobiles purement ps}^chologiques — le goût de la parure par exemple — poussent l’homme à des efforts du même genre (i). En ce cas, on dirait, dans le langage courant, qu’il s’agit de simples désirs. Mais, comme, parmi les mobiles de l’activité économique, le groupe primordial et essentiel est constitué par les besoins, et que, d’ailleurs, l’Economiste prend l’activité économique comme une donnée, sans avoir à faire de distinction sur ses origines, nous désignerons,
(i) Celui qui confectionne un bijou ou une œuvre d’art peut assurément agir dans un moment de lo'sir, et trouver dans cet acte même une satisfaction d’ordre purement esthétique. Mais s’il agit pour procurera autrui des satisfactions esthétiques, en échange desquelles il recevra de quoi satisfaire à ses propres besoins, il accomplira v.n véritable travail, au sens économique du mot, et il sera vrai, en ce cas, qu’un désir d’ordre esthétique a donné naissance à une manifestation de l’activité économique.
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pour la commodité de l’expression, V ensemble des mobiles de V activiié économique \q terme unique de besoins (i).
Conséquemment, nous qualifierons d'utiles les objets qui permettent de satisfaire aux besoins ainsi définis; et nous dénommerons richesses^ ou blensMs choses (2) que l’activité de l’homme aura rendues utiles, sans rechercher si les besoins auxquels elles répondent sont naturels, factices, imaginaires ou même vicieux. Nous considérerons le tabacet l’absinthe commeutiles, par le seul fait qu’il y a des gens pour les produire et pour les consommer ; car l’économiste, dans ses fonctions, n’a pas à s’ériger en moraliste ni en h}^giéniste.
Ainsi besoins, utilité, richesses, sont des termes qui expriment trois i\oi\ons corrélatives. Et il suffira de se rappeler la signification du
premier d’entre eux pour retrouver celle des autres.
§ 5. Conditions naturelles de l’activité écononiique. Les deux facteurs primitifs de la production r Nature et Travail.
Au moment d’entreprendre un exposé systématique de la vie économique, il convient, sans
(1) Sur l’analyse des mobiles de raciivité économique, voir A. Wagner iés fondements de Vèconomie politique, trad. Giard et Uriere t. 1 Tarde, Psychologie économique, et Landry, ob. cit., 1. J
(2) Sur la notion de « richesses immatérielles voir l’article dé
M. Des prétendues richesses immatérielles, dans h Revue
d économie politique t. III, (1889), p. 223.
INTRODUCTION
doute, d’examiner quelles sontles conditions qui la déterminent. Ainsi est-on amené à constater qu’elle est déterminée tout d'abord par des conditions naturelles, dont on peut donner une idée en peu de mots.
I Nous venons, en effet, de constater que les hommes, en général, étaient obligés de transformer le milieu qui les entoure pour satisfaire à leurs besoins. Or, cette constatation même se décompose en deux autres : la première est que le milieu naturel où nous vivons contient ce qui est nécessaire à la satisfaction de nos be- ’i soins ; la seconde, que nous ne pouvons cepen- I dant, satisfaire à la plupart de nos besoins sans exercer sur ce milieu un certain effort d’adapta- ■ tion, autrement dit, sans le transformer plus ou moins.
Cette tranformation est ce que,dans le langage économique, on nomme la production des richesses ; et l’on a coutume d’exprimer l’observation qui précède d’une façon plus abstraite en disant : il y a deux facteurs de la production, la Nature et le Travail.
Le Travail est donc l’effort d’adaptation né- I cessaire pour convertir le milieu naturel en ' richesses. La notion de travail est, avant tout, une notion technique, plus étroite que celle 4 d’activité économique. En effet, l’activité écono- I mique tend bien à procurer à l’individu des rij chesses ; mais c’est le travail qui les produit.
' Ainsi, le labeur d’un homme de loi ou d’un pro-
: fesseur constitue bien, lorsqu’il est rémunéré, .
INTRODUCTION
une manifestation de l’activité économique, car il constitue un moyen d’acquérir des richesses ; mais il ne les crée pas (i ). Ce n’est donc pas un travail, au sens technique du mot.
Le travail^ facteur de la production, est une des conditions de l’existence humaine, et plus spécialement de la vie économique; mais l’activité économique n implique pas nécessairement e travail, au sens technique, puisque, aussi bien, s il est nécessaire de transformer la Nature pour satisfaire aux besoins de l’Homme, il n’est pas nécessaire que tous les individus concourent à cette transformation.
§ 6. Le capital comme facteur de la production.
S’il est vrai, comme nous venons de le dire, que le milieu qui nous entoure contient ce qui est requis pour la satisfaction de nos besoins, pourvu que nous accomplissions un certain effort d adaptation, il est logique d’admettre que la production des richesses ne suppose que deux facteurs, à la fois nécessaires et suffisants : la Nature et le Travail.
Cependant, c’est une vieille tradition chez les Economistes que d’en énumérer trois : La Nature, le Travail, et le Capital,
C’est que, dans toute société qui a derrière elle un passé, et qui possède, par conséquent, des richesses acquises, une partie tout au moins
(0 Ou du moins, il n’y contribue que d’une façon tout à fait indirecte en maintenant l’ordre, en propageant la science, etc.
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de ces richesses sert désormais à la production de richesses nouvelles. Il y a, en effet, des objets (outils, instruments) qui ne peuvent avoir d’autre usage que de servir à la Jabrication d’autres objets. Quant à ceux qui peuvent satisfaire directement à nos besoins, leur accumulation permet à l’homme de consacrer ses efforts à une production nouvelle (i) : ainsi, sans les approvisionnements qui leur sont fournis, lestravailleurs qui fabriquent des machines, établissent des voies ferrées, percent des tunnels, ' construisent des navires, etc., ne pourraient accomplir leur tâche. Les biens existants jouent donc un tel rôle dans la production des biens nouveaux que l’on conçoit aisément pourquoi les économistes leuront fait, sous le nom décapitai une place parmi les facteurs de la production. Bien plus, dans une société développée, on i ne se sert guère pour la production que d'objets .ji déjà transformés par le travail de l’homme. Le ] sol lui-même, qui, à l’origine, est le plus imporj tant des agents naturels, a été le plus souvent
I transformé par la culture ou le défrichement,
il ou tout au moins par l’établissement de voies 3 ‘ de communications, ou parle voisinage d’agglog mérations : la pampa argentine ou la forêt équa- I toiiale ne sont plus ce qu’elles étaient avant
■ (!) On distingue souvent les capitaux fixes, qui correspondent gé-
■ néralement à Voiitillage, et les capitaux circulants (approvisionnen ments, matières premières, combustibles), qui doivent être consomfl mes au cours de la production. Voir Paul Leroy-Beaulieu, Traité f'| théorique et pratique d’Economie politique, 4 vol.
1 arrivée des Européens ; même les parties de ces terres lointaines qui n’ont pas été encore exploitées ni appropriées sont déjà transformées par des facilités d’accès toutes nouvelles — la preuve en est, nous le verrons plus loin, qu elles ont une toute autre valeur qu’autrefois. La tèrre elle-même est donc devenue un produit de la nature et du travail, une richesse, un capital. Il reste bien, sans doute, des - agents naturels, qui semblent échapper à toute appropriation, comme l’air ou la chaleur solaire. Mais l’utilisation de ces forces naturelles est généralement liée à l’appropriation du sol lui-même, ou d objets tirés du sol : pour utiliser la chaleur solaire, il faut tout d’abord utili- • ser le sol ; pour utiliser la mer; il faut un navire, etc. On peut donc dire que, pratiquement, pour entreprendre une production nouvelle, il taut tout simplement disposer à la fois du travail et du capital.
Ainsi, il reste vrai qu’il n’y a que deux facteurs de la production — parce que,
seuls, ils expriment les conditions naturelles de toute vie économique ; — mais il n’est pas moins certain que, dans une société comme la nôtre, le capital facteur composé, se substitue presque complètement, en fait, à l’un des deux facteurs originels, la Nature.
Ayant à exposer ici ce que l’on doit entendre par facteurs de la production, nous avons désigné sous le nom de capital V ensemble des richesses Qui sont considérées comme contribuant
INTRODUCTION
à la production d'autres richesses ; et il n’est pas douteux que ce soit ce que l’on entend par capital, quand on parle des facteurs de la production. Toutefois, le langage vulgaire, et aussi la langue des économistes, attribuent encore à ce mot une autre signification : on considèrecomme capital les choses qui rapportent un revenu à leur possesseur. En fait, les biens qui servent, au moins indirectement, à la production d’autres biens étant souvent prêtés, et fournissant, en ce cas, un revenu à ceux qui les prêtent, les deux définitions du capital portent souvent sur le même objet, et coïncident ainsi en grande partie dans la pratique.
Il n’en convient pas moins, à notre avis, pour éviter des discussions sur la nature du capital, de distinguer ces deux notions, en reconnaissant simplement que le mot de capital représente deux idées différentes ; la première relative aux problèmes de la Production^ la seconde aux problèmes de la Répartition .
Nous nous garderons donc de chercher à distinguer les richesses qui sont capital et celles qui ne le sont pas.: puisque les mêmes objets peuvent être ou n’être pas considérés comme capital suivant les circonstances. Et nous donnerons au mot capital l’un ou l’autre des deux sens qui viennent d’être définis, selon qu’il s’agira de Production, ou de Répartition (i).
(i) Faute de faire cette distinction simple relative à la terminologie usuelle, les économistes éprouvent souvent une grande difficulté à définir la notion de capital. Nous conviendions toutefois que.
INTRODUCTrON
§ ^- Conditions sociales de la vie économique : ses relations avec la technique et avec les institutions juridiques.
On ne saurait aller bien loin dans l’étude de la vie économique, si l’on ne tenait compte que des conditions naturelles de son développement. L état social, dans son ensemble, influe sur 1 activité économique, et Ton ne peut comprendre dans un même tableau la vie économique de tous les pays et de tous les temps.
D abord, le milieu physique lui-même n’est
pas identique dans toutes les régions (facteur géographique).
L Homme aussi est divers (diversité de races de civilisations,etc.). Et le rapport qui existe entre la Nature et l’Homme varie lui-même en raison des variations de ces deux facteurs (i). Ainsi, on peut dire que la Nature ne varie pas seulement objectivement en raison des conditions géographiques, mais aussi subjectivement, en raison de la connaissance que l’Homme en a.
h ^ mécanisme de
nés, en vue de 1 élaboration de systèmes déductifs, à adopter des
et une discussion des principales dédnitions du capital dans 1 ouvrage de M, Irvimg Fisher, The mure oj Capital Jd lucome Voir aussi A Landry, .Vamrr/ p. i66 et suiv deux articles de M, Villey, Qu’esl-ce ^uele’dpital ? Ll U Revue •iEcouomte polü.que, t. III, (année 1879) p. 497 et t V ifZt 'Il’rf P* a'Eccmmie politique, 3» éd. 1903, p. 388.
uehe't^ghie!^''^''^^'^’ mnomique. L'exploitation ration-
Les besoins, source de toute activité économique, différent selon la race, le milieu et l’époque ; il en est de même des moyens d’y satisfaire. Les deux éléments sont, d’ailleurs, unis par un lien de dépendance réciproque ; car, par une sorte de réaction, les besoins qui font naître le travail, varient selon les procédés de travail dont on dispose, et tendent à se multiplier lorsque les moyens Reproduction se perfectionnent.
On ne saurait donc décrire ni expliquer la vie économique d’une société sans envisager,
1 dans son ensemble, son état de civilisation ;
mais il y a deux facteurs surtout qu’il estindis- ' pensable de déterminer ; la Technique et les Institutions juridiques.
En effet, la notion abstraite de travail, notion fondamentale, ne suffît pas à éclairer les phénomènes qu’étudie l’Economie politique. Car l’élément travail varie — comme l’élément nature — avec 1 état de nos connaissances. Et, si c’est à la Technologie plutôt qu’à l’Economie politique qu’incombe la tâche de faire connaître les procédés de travail dans une civilisation donnée, les notions qu’elle fournit n’en sont pas moins la base de toute étude économique concrète.
La connaissance des institutions juridiques n’est pas moins nécessaire à l’étude des phénomènes économiques, même les plus abstraits.
Il serait, sans doute, exagéré d’affirmer que la vie économique est conditionnée par les institutions juridiques ; car aussi bien peut-on dire
INTRODUCTION
que le Droit est issu, pour une grande part, de nécessités économiques. Mais, ce qui est certain, c’est que les institutions juridiques expriment certains caractères fondamentaux de 1 organisation économique. Et il n’est pas d’ouvrage d’économie politique pure qui ne doive prendre pour base de son observation et de ses déductions une organisation économique conforme a un état du Droit déterminé. N’est-il pas évident, par exemple, que, en supposant identiques les moyens techniques de production, la vie econornique sera organisée tout différemment selon qu’elle sera fondée sur la propriété privée ou sur lu propriété collective ? Suivant que tout individu sera libre d’établir un commerce ou une industrie quelconque, ou que les producteurs seront groupés en castes ou en corporations ? Selon que la famille constituera une unité plus ou moins étendue, et que ses membres seront plus ou moins dépendants les uns des
ciu t rcs ?
Il y a plus : les conditions meme dans lesquelles nous pouvons aborder l’étude des faits économiques diffèrent profondément selon l’état du Droit. Imaginons un instant un état de civilisation où l’activité économique serait entièrement réglementée par l’autorité publique, où les lois et règlements détermineraient la division du travail et assigneraient à chacun sa tâche: dans une telle société, il suffirait, pour décrire la vie économique, de connaître les procédés techniques de production et la législation
qui régit l’organisation du travail et la distribution des biens produits. Au contraire, dans une
société comme la nôtre, où la production est ; pour la plus grande part laissée à l’initiative de ceux qui ont la propriété des biens, il y a lieu, pour connaître le mécanisme de la vie économique, de rechercher comment ces initiatives se coordonnent et se combinent spontanément ;
Eétudedes phénomènes économiques devient ainsi une science distincte à la fois de la Technologie et du Droit (1).
§ 8. — Eléments fondamentaux de notre organisation économique : propriété privée et initiative privée. — Libres contrats et opérations économiques élémentaires.
C’est donc dans une société où l’organisation économique est fondée principalement sur des institutions de droit privé que nous allons envisager la vie économique. Et, puisque, comme nous l’avons observé plus haut, les manifestations de l’activité économique ne dépendent pas seulement du milieu naturel, mais aussi du mi-lieu social tout entier, c’est plus particulièrement dans la société actuelle que nous l’étudierons. — Cela, d’ailleurs, ne nous écarte pas de la tradition : car, tout en envisageant certaines institutions économiques dans leur évolution
(i) Sur les rapports entre réconomie politique et les autres kiences sociales, voir R. Maunier, Droit et économie politique, Th. Pans, 1910.
INTRODUCTION
historique, les traités d’Economie politique étudient toujours la vie économique dans une société individualiste ; et ceux qui décriv^ent son mécanisme avec quelque détail se réfèrent presque exclusivement à l’état présent des choses. 11 importe seulement d avoir bien conscience de cette localisation des faits considérés, afin de ne
pas attribuer aux observations faites une portée trop générale (i).
Les caractères les plus fondamentaux de notre organisation économique sont exprimés par notre dioit pTivc. On peut même dire qu’ils correspondent assez exactement aux divisions du Code civil français. Ce dernier est divisé en trois livres, dont le premier traite de la famille,
le second de la propriété privée, et le troisième des conventions.
Or, {^ famille est bien assurément — quoique on néglige le plus souvent de le mentionner explicitement 1 un des éléments de notre organisation économique. Outre qu’elle est encore assez fréquemment une association de production (2), elle constitue, au point de vue de la consommation, un élément de communisme, très restreint, sans doute, mais à peu près irréductible, et qui explique le caractère héréditaire de la propriété privée.
La propriété privée est la base essentielle de
(1) On trouvera un exposé historique des principales institutions economiques dans les Principes d' Economie politique de G.Schmoller, trad. Criard et Briere, 5 vol.
(2) Voir plus loin, p. 59.
INTRODUCTION
notre régime économique. En effet, la grande majorité des biens existants étant appropriée par des particuliers, et l’usage de richesses antérieures (en ce sens, des capitaux) étant généralement indispensable à toute production nouvelle, ce sont les individus, détenteurs de la richesse acquise, qui prennent presque toujours rinitiative de la production. Les règles du droit public moderne relatives à la liberté du travail, à la liberté du commerce et de l’industrie ne sont que des applications logiques des principes qui régissent la propriété des biens.
Enfin, en l’absence de toute organisation coercitive, la coordination des activités productrices qu’exige la division du travail ne peut être le résultat que de conventions juridiquement libres. Et, en effet, quoique les codes paraissent surtout consacrés à réglementer ces conventions, il apparaît clairement que cette réglementation a pour but beaucoup moins de restreindre la liberté des individus que d’assurer le respect de leur volonté.
Les contrats du droit civil et du droit commercial ne sont donc., pour la plupart^ que l expression d^ opérations économiques élémentaires^ dont la répétition, l’enchaînement, l’enchevêtrement constituent la trame de la vie économique, dans une société basée sur la propriété privée.
Tels sont, en effet, les divers contrats de société et ceux que l’on réunit aujourd’hui sous la dénomination vague, mais commode, de contrat
INTRODUCTION
historique, les traités d’Economie politique étudienttoujoursla vie économique dans unesociété individualiste ; et ceux qui décrivent son mécanisme avec quelque détail se réfèrent presque exclusivement à l’état présent des choses. Il importe seulement d’avoir bien conscience de cette localisation des faits considérés, afin de ne pas attribuer aux observations faites une portée trop générale (i).
Les caractères les plus fondamentaux de notre organisation économique sont exprimés par notre droit prive. On peut même dire qu’ils correspondent assez exactement aux divisions du Code civil français. Ce dernier est divisé en trois livres, dont le premier traite de la famille, le second de la propriété privée, et le troisième des conventions.
Or, la fiimillc est bien assurément — quoique on néglige le plus souvent de le mentionner explicitement — l’un des éléments de notre organisation économique. Outre qu’elle est encore assez fréquemment une association de production (2), elle constitue, au point de vue de la consommation, un élément de communisme, très restreint, sans doute, mais à peu près irréductible, et qui explique le caractère héréditaire de la propriété privée.
La propriété privée est la base essentielle de
I ) On trouvera un exposé historique des principales institutions economiques dans Principes d' Economie politique àt G.Schmoller, trad. Giard et Brière, 5 vol.
(2) Voir plus loin, p. 59.
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notre régime économique. En effet, la grande maiorité des biens existants étant appropriée par des particuliers, et l’usage de richesses anterieures (en ce sens, des capitaux) étant généralement indispensable à toute production nouvelle, ce sont les individus, détenteurs de la richesse acquise, qui prennent presque toujours Linitiative de la production. Les règles du droit public moderne relatives à la liberté du travail, à la liberté du commerce et de l’industrie ne sont que des applications logiques des principes qui régissent la propriété des biens.
Enfin, en l’absence de toute organisation coercitive, la coordination des activités productrices qu’exige la division du travail ne peut etre le résultat que de conventions juridiquement libres. Et, en effet, quoique les codes paraissent surtout consacrés à réglementer ces conventions, il apparaît clairement que cette réglementation a pour but beaucoup moins de restreindre la liberté des individus que d’assurer le respect de
leur volonté. '
Les contrats du droit civil et du droit commercial ne sont donc, pour la plupart , que V expression d'opérations économiques élémentaires, dont la répétition, l’enchaînement, l’enchevêtrement constituent la trame de la vie économique, dans une société basée sur la propriété privée. ^ ,
Tels sont, en effet, les divers contrats de société et ceux que l’on réunit aujourd’hui sous la dénomination vague, mais commode, de contrat
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de travail ; ils règlent, comme nous le verrons,
les modes d’association relatifs à l’entreprise privée.
Tels sont encore tous ces contrats dérivés de la notion d’échange, tels qu’ils se développent dans une société où la monnaie est en usage : la vente, le prêt à intérêt, le louage, le dépôt. Nous saV'Ons, en effet, par notre seule expérience de la vie, que 1 organisation économique comporte la constitution de sociétés, le prêt de capitaux, la vente de marchandises, le dépôt de fonds ou de titres dans des banques, etc. Nous verrons dans la suite que ces contrats représentent les combinaisons les plus usuelles auxquelles les individus ont recours pour coopérer à l’œuvre de production commune.
Enfin, les actes juridiques ayant un caractère de libéralité (donations et testaments) jouent un rôle infiniment moindre, mais notable cependant, dans notre organisation économique (fondations, assistance, etc.).
§ 9. Eléments subsidiaires de notre organisation économique : rôle de P Etat et des personnes publiques.
D’une façon générale, l’Etat s’abstient donc de régler le mécanisme de la vie économique. Son rôle essentiel consiste à sanctionner des actes basés sur le princii)e de la propriélé privée, et qui se coordonnent spontanément par des conventions juridiquement libres.
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Cependant, ce n’est pas seulement en posant et en sanctionnant les principes généraux du droit privé que l’Etat intervientdans la vie économique. Ily intervient aussi constammentparla^olitique extérieure ou intérieure, et par l’administration ; une politique pacifique ou belliqueuse, ferme ou hésitante, une administration honnête ou vénale, souple ou bureaucratique, décentralisatrice ou centralisatrice à outrance, fav’^orise ou retarde l’essor économique d un pays. L Etat intervient encore dans la vue economique par la législation. Et nous aurons à observer fréquemment l’action que les lois fiscales, douanières, monétaires, industrielles, les lois relatives à la propriété foncière, aux mines, aux forêts, au régime des eaux, etc., exercent sur 1 activité économique. Au total, il y a peu de branches de la législation qui ne l’alfectent en quelque manière.
En outre, si l’Etat se présente avant tout comme une entité politique, l’eUsemble de ses fonctions n’en intéresse pas moins le mécanisme de la vie économique. En effet, nous pouvons considérer que, par les services qu il rend, l’Etat assume la tâche de pourv^'oir à certains de nos besoins (besoins de sécurité, d’éducation, etc!), ce qui est une fonction économique. Nous verrons même que l’Etat et d’autres personnes publiques (notamment les m.unicipalités) participent, parfois, à la production en organisant des entreprises autonomes, sur des bases analogues à celles des entreprises privées.
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§ 10. — Le principe régulateur de la vie économique dans une société principalement individualiste : échange et valeur d’échange.
En dépit de cette intervention de l’Etat dans la vie économique, il reste vrai, comme nous l’avons dit précédemment, que notre organisation économique est basée principalement sur l’activité spontanée des individus. En effet, la plupart des richesses acquises, dont la possession est nécessaire pour produire d’autres richesses, appartiennent à des individus, ou à des collectivités privées (familles, sociétés, voir plus loin, p. 38). C’est donc de l’initiative privée que dépend généralement l’activité économique.
Mais alors, un problème capital se pose. En effet, dans notre société, la vie économique repose essentiellement sur la libre initiative des individus ; les tâches y sont très divisées, et chaque individu agit à sa guise, le plus souvent dans son intérêt propre, sans avoir une connaissance exacte de la place qu’il occupe parmi les autres, sans même avoir la conscience précise d’un effort collectif. Dès lors, comment se fait-il que ces activités individuelles sdiarmonisent pour aboutir à une production globale de richesses ? et comment les biens produits en commun parviennent-ils à se distribuer parmi les individus 1
L’explication de ce double problème constitue, à vrai dire, la tâche essentielle de l’économie politique. On la trouvera esquissée dans la
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i suite de cet ouvrage. Il est permis, cependant, j d’indiquer dès à présent le principe régulateur grâce auquel s’accomplit à la fois cette mystérieuse coordination des efforts en vue d’une production en commun, et le partage des biens produits.
En effet, dans notre organisation écono- ^ mique, oü l’Etat n’assume pas la tâche de coor- \ donner les activités productrices, ni de répar- I tir les biens entre les individus, la mise en ^ commun des elforts et le partage des produits ^ résultent normalement, comme nous l’avons ; déjà noté plus haut, à' échanges volontaires. Or, comme chaque individu n’obtient les services ÿ ou les produits dont il a besoin que contre
I d’autres services ou d’autres produits qu’il fournit, il est obligé de fournir des services ou des produits qui répondent également à des besoins: car s’ils n’avaient pas d’utilité pour autrui, ils ne lui procureraient rien en échange, ou en d’autres termes, ils n’auraient pas de valeur d'échange. On peut donc constater que toute activité économique n’existe d’une façon durable que 5/ elle a sa raison d'être dans un besoin. On doit ajouter qu’elle iQ.ï\ô.k se proportionner à l'intensité de ce besoin. En effet, lorsque les services ou les produits offerts par un individu sont \vhs demandés par ses semblables, ceux-ci les lui paient plus cher; autrement dit, ils lui offrent plus en échange. La valeur d’échange d’un produit ou d un service, nulle quand il est inutile, augmente généralement à mesure qu’il devient
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utile (i). Au contraire, elle décroît quand l’utilité elle-même diminue ; et le producteur est invité, en ce cas, à ralentir son activité, ou à la porter ailleurs.
Ainsi, chaque individu trouve son intérêt à fournir des objets ou des services qui répondent à un besoin, et cet intérêt croît ou décroît, normalement avec l’intensité de ce besoin. Les activités productrices tendent donc à se coordonner automatiquement. On voit par là comment peut se régler la production en commun, dans une organisation basée sur l’initiative et l’intérêt privés. On aperçoit, en outre, de quelle façon s’opère la répartition des biens produits parmi les individus qui concourent à l’activité économique: la part de chacun d’eux, en effet, dépend précisément de ce qu’il peut obtenir en échange des produits ou des services qu’il offre, ou en d’autres termes, de la valeur d’échange de ses produits ou de ses services.
En résumé, c'est dans la valeur d'échange, que se trouve le grand principe régulateur de notre O rgan isation économique.
§ 11. — Divisions de l’ouvrage.
Une fois en possession de ces notions généra les,qui dominent tout l’exposé de la vie écono-
(i) Ces observations élémentabes ont été formulées depuis longtemps par les économistes classiques dans la « théorie de l’oflre et de la demande ». Nous y reviendrons plus loin en exposant la théorie des prix et de la valeur (2® livre).
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mique contemporaine, notre tcâche est d’en étudier sommairement, mais aussi méthodiquement que possible, le mécanisme.
Nous avons constaté d’abord l'existence d’une manifestation très caractérisée de l’activité humaine, que nous avons dénommée l’activité économique. Nous avons observé, en outre que, si elle consiste, pour chaque individu, à se procurer biens utiles, elle a pour condition essentielle qu’un grand nombre d’individus transforment la matière première pour l’adapter aux besoins, autreiment dit qu’ils produisent. C’est donc la Production que nous aurons à étudier tout d’abord. Comme, d’autre part, cette production a un caractère collectif, il nous faudra ensuite rechercher comment la masse des biens produits se répartit entre les individus : ce sera l’étude de la Répartition ou Distribution.
Ces deux parties de notre programme embrassent les deux aspects essentiels de la vie économique. Cependant, il arrive que, après avoir retiré leur part des produits du travail collectif, certains individus en remettent quelque chose en commun pour en mieux aménager la consommation. Les institutions qui résultent de cette activité économique extra-professionnelle, et logiquement postérieure à la répartition des produits parmi les individus, sont devenues assez importantes pourqu’il convienne de les envisager séparément sous la rubrique Consommation.
Nous nous trouvons ainsi ramenés à la division de l’Economie politique en Production, Ré-
pa7'tition et Consommation^ qui fut inaugurée par J. -B. Say (i). Cette division tripartite nous parait la plus adéquate aux nécessités d’une description systématique de la vie économique.
La description de la vie économique sera donc divisée en trois livres. Toutefois, un quatrième et dernier livre sera consacré à l’exposé sommaire de la formation de la pensée économique (Théories, doctrines et méthodes).
(i) Traité d'économie politique, Paris, 1803. — Notons toutefois que l’usage a longtemps prévalu de traiter à part de la circulation des richesses, c’est-à-dire du mécanisme de l’échange. Mais, comme l’échange est une condition essentielle de la production en commun, ncus faisons rentrer cette rubrique dans le premier livre, relatif à la production.