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CHAPITRE PREMIER

CONDITIONS GÉNÉRALES DE l’ÉQUILIBRE DE LA PRODUCTION

^ 1. — La coordination des activités productrices et le mécanisme de la détermination des prix. — Les prix de concurrence et l’éQuilibre de la production.

Nous avons étudié jusqu’ici les modes de constitution des entreprises et le mécanisme des échanges^ ou de la circulation. Nous connaissons ainsi les conditions essentielles de la production en commun dans une société où les tâches sont très divisées, et où 1 initiative delà production est abandonnée, pour la plus grande part, aux intérêts privés. Nous avons aussi indique d une façon très sommaire les raisons pour lesquelles des producteurs autonomes, des entrepreneurs ^ qui ne poursuivent chacun

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que son intérêt propre, et qui, de plus, n'ont qu’une connaissance très courte des liens qui enchaînent et enchevêtrent leurs activités respectives, en arrivent à coordonner leurs efforts dans l’œuvre de production commune. C’est sur ce dernier point qu’il nous faut revenir.

L’individu qui produit pour autrui n’obtient rien en échange, si ce qu’il offre ne répond à aucun besoin. Il ne peut donc offrir bien longtemps des objets ou des services inutiles. D’autre part, il reçoit d’autant plus que ses produits ou ses services sont plus recherchés, c est-à-dire plus utiles- L’activité économique individuelle est donc naturellement attirée dans la direction où le besoin se manifeste.

^ Cette adaptation de la production au besoin s’opère d une manière particulièrement simple pour les producteurs qui rravaillent sur commande, c’est-à-dire pour une clientèle individualisée : tels sont les artisans, les tailleurs, les entrepreneurs de bâtiment, et, dans la grosse industrie, les tabricants de certains objets (machines, appareils, navires etc.,) qui doivent être faits sur des plans spéciaux. Le producteur connaît alors directement son débouché, et il sait, par le nombre des corinnandes qui lui sont adressées, s’il doit étendre son activité, ou la restreindre, ou même la porter ailleurs.

Le problème est un peu plus complexe en ce qui concerne la catégorie, de plus en plus nombreuse, les producteurs qui travaillent pour le marché, c’est-à-dire pour une clientèle anonyme. Un nombre toujours croissant de marchandises, matières premières, objets semi-ouvrés, machines d’usage courant ou autres objets destinés à la transformation des matières premières, tels que les produits chimiques, un grand nombre de produits alimentaires, les vetements confectionnés, etc., sont préparés en glandes masses et d avance. Les producteurs doivent

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s’y prendre à temps pour parer à la demande. Et comme, le plus souvent, leur clientèle est une clientèle d’intermédiaires, dont la demande dépendra de celle d’individualités inconnues (i), ils ne peuvent leur produc-

tion qu’en se basant sur la tendance du marché, telle qu’elle se manifeste dans les fluctuations du prix.

Nous avons vu, en étudiant le mécanisme de la détermination des prix, comment le besoin, qui se traduit par la demande, provoque l'o/r^ des marchandises existantes. Mais, par là-même, il ne tarde pas h agir sur \a production. C’est Vétat du marché qui décide les cultivateurs à ensemencer des terres nouvelles, ou au contraire à restreindre ou à transformer leurs cultures ; c’est lui qui fait naître, développe ou ralentit la recherche des matières premières jusque dans le pays les plus exotiques ; c’est lui qui décide les manufacturiers à augmenter ou à réduire leur personnel ou leur outillage (2).

(1) A défaut d’une connaissance des demandes individuelles, 1 expérience des années précédentes fournit souvent une règle à un entrepreneur isolé, et la statistique fournit en certains c^s des indications à l’ensemble des producteurs. Mais il n y a pas d indications aussi précises et aussi éloquentes que celles qui résultent du mouvement des prix.

(2) Seulement, le marché agit différemment sur la production, selon les conditions techniques qui lui sont propres. En effet, un producteur ne cède pas sa marchandise, du moins d’une façon durable, au-dessous de son coût de production ou prix de revient. D’autre pari, nous avons vu plus haut que le prix de revient peut varier plus ou moins que proportionnellement aux quantités produites. Si le prix de revient par unité produite augmente à mesure que la production s’accroît, ce qui arrive fréquemment dans l’agriculture et dans les industries extractive-, il faut, pour que la •production continue à satisfaire au besoin, que 1 état du marché permette une hausse des prix. Si, au contraire, ainsi qu il arrive souvent pendant de longues périodes dans l’industrie manuf^actarière, le prix de revient reste constant ou même diminue avec 1 accroissement de la production, celle-ci augmente tant qu’il existe une demande suffisante pour maintenir un prix rémunérateur, ce prix

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La demande appelle donc la production, et, sous un régime de concurrence, on peut dire que la production se proportionne au besoin: car chaque producteur est porté, quand 1 état du marché le permet, c’est'à-dire tant qu’il peut couvrir ses frais, à augmenter la quantité de ses produits pour accroître ses bénéfices.

§ 2. — Le prix de monopole et l’équilibre de la production : « Rentabilité » et productivité.

Le monopoleur, au contraire, n’a pas nécessairement interet à augmenter sa production en proportion du besoin. En effet, nous avons noté plus haut que le prix le plus avantageux pour le monopoleur n’est généralement pas le plus élevé: ainsi, disions-nous, si un cordonnier gagne ~ francs par paire de chaussures au prix de vingt francs, et 3 francs seulement au prix de 16 fr. mais qu il en vende 15.000 à 16 francs, contre 5.000 seulement à 20 francs, il a manifestement intérêt à abaisser son prix à 16 francs. Mais inversement, si, à 16 francs, il n’en vendait que 10.000, son bénéfice (3 X 10.000= 30.000 francs) deviendrait inférieur à celui (7 X 5-000 = 35*000) qu’il retire en vendant chaque paire de souliers 20 francs : il y a, en effet, un point où 1 accroissement de la quantité vendue ne compense même plus la diminution du prix par unité. Désormais, le vendeur a intérêt à limiter son offre, et par conséquent la production. C est un procédé, avons-nous vu, employé par les cartels. Et, lorsque le monopoleur

fùt-il moins élevé qu’au paravant. II arrive, d’ailleurs, en ce cas que la baisse du prix élargisse le cercle des acheteurs. Et l’équilibre de la production résulte alors non pas seulement de ce qu’elle S adapte spontanément aux divers besoins, mais aussi de ce qu’elle développé certains d’entre eux. ^

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