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DEUXIÈME PARTIE

Distribution de la Richesse.

Nous venons de montrer comment la nature, le travail et. le capital concourent à la production des richesses. Nous allons maintenant examiner comment s'opère la distribution de ces richesses entre les hommes.

La partie de l'économie politique que nous abordons est particulièrement intéressante par les problèmes qu’elle soulève et les controverses qu’elle suscite. Le bien-être de chacun, en effet, dépend essentiellement de la quantité de richesses qui lui est attribuée; or, il s'est établi, en fait, chez les peuples avancés, un système de distribution qui répartit inégalement les biens entre les hommes. A côté des gens riches, ou du moins dans l’aisance, on en voit qui sont pauvres ou même misérables. Il n'est pas étonnant que des récriminations se fassent entendre et, qu’au nom de l'équité, quelques-uns réclament une organisation nouvelle rendant impossibles de pareils résultats.

Ces revendications semblent d'autant mieux fondées que le choix d’un régime de distribulion des richesses parait dépendre uniquement de la volonté des hommes. Quand il s'agit dela production, si l'on {rouve quelque chose à reprendre aux lois naturelles qui la régissent, il faut bien s’incliner devant la force des choses. On peut regretter, par

exemple, qu'elle exige tant d'efforts et de soins, mais, personne n’y pouvant rien, nul ne réclame. Si, au contraire, un régime de distribution paraît critiquable, pourquoi ne pas le modifier en changeant, par des lois, les arrangements sociaux? Les hommes ne sont-ils pas. les maitres de réaliser, à ce point de vue, ce qu'ils estiment élre l'idéal? On serait d'autant plus porté à le croire que le régime de distribution actuel n’a pas toujours été pratiqué. D’autres ont régné avant lui, qui reposaient sur des principes tout différents des siens. Pourquoi n’y pas revenir si on les trouve meilleurs? Pourquoi même n’en pas imaginer de tout à fait parfaits, dont la société sera mise en demeure de faire léxpérience ?

Qu'y a-t-il de fondé dans ces plaintes et dans ces affirmalions ?

Est-il vrai que le régime de distribution actuellement pratiqué soit injuste? Est-il vrai que les hommes soient maîtres de le remplacer à leur gré par un autre? Nous devrons le chercher. |

Nous n’aurons donc pas seulement à décrire les phénomènes et les lois qui président actuellement à la distribulion de la richesse, nous devrons aussi apprécier l’ensemble du système au point de vue de son utilité et au point de vue de sa légitimité.

Nous constaterons d'abord qu’il n’est pas injuste. Non pas sans doute que nous prétendions affirmer qu’il rend toute iniquité impossible. Aucun régime ne pourrait avoir un pareil effet, car, appliqué nécessairement par des hommes, il parlicipera toujours de leurs imperfections. Nous voulons dire seulement que le régime actuel de distribulion repose sur des principes équitables et c'est là tout ce qu'on peut demander.

Nous constalerons, en outre, que ce régime est le seul applicable aux sociétés contemporaines. C’est en effet tomber dans une grave erreur que de considérer les sociélés comme maitresses de modifier à leur gré le régime de la distribution des richesses. Ce régime leur est imposé par la force des choses, comme une condition de leur-développement. C'est que l'équité n'est pas seule intéressée dans la façon dont la richesse est répartie : la production l’est

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tout autant. Il faut que les particuliers qui produisent soient encouragés à le faire avec énergie, et, comme ils ne travaillent que pour être à même de consommer, tout système qui ne proportionnerait pas la rémunération à l'œuvre accomplie, qui n'établirait pas un lien direct entre le travail et la rémunéralion, dégoûterait le travailleur, encouragerait la paresse et aboutirait à la misère pour (ous.

Il nous sera facile de montrer que le régime actuel peut seul, dans les sociétés contemporaines, mettre à l'abri de ce danger : là est la cause de son organisation, qui s’est faite spontanément. Si nous constatons en même temps qu'il n'est pas injuste, nous n’aurons plus d’hésitation à rejeter tous les systèmes empiriques, créés à grand renfort d'imagination par les socialistes, au mépris des règles de la méthode scientifique.

L'observation et le raisonnement permettent de ramener à deux systèmes-types tous les régimes de distribution qui ont été appliqués ou qu'on peut concevoir. Ou bien la distribution des richesses est effectuée par voie d’autorité, ou bien elle s'opère par voie de liberté.

Le premier système suppose nécessairement l’appropriation des richesses par lautorité (Famille, Tribu, Commune, État). S’atiribuant la propriété de la richesse, à mesure qu'elle est créée, l’autorité se réserve par là même le soin de déterminer la part que chacun sera admis à consommer. C’est le régime de la Propriété collective.

Le deuxième système suppose, au contraire, l'individu : admis à approprier la richesse. Le producteur sera propriétaire de l’objet fabriqué par lui, et, si plusieurs individus collaborent à la même œuvre, ils auront à s’entendre pour le partage du produit. C'est le régime de la Propriété individuelle. Il repose, comme on le voit, sur deux principes : la liberté de la Propriété et la liberté des Conventions.

Entre ces deux régimes extrêmes, on peut d’ailleurs imaginer bien des nuances. La propriété collective peut ètre appliquée à certains biens et pas à d’autres; la propriété individuelle peut être soumise plus ou moins

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étroitement à l'ingérence de l'État. La répartition des

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