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considérable, surtout pour les trente dernières années, tel que le développement normal des services de l'État et l'augmentation graduelle de la richesse en France ne sauraient suffire à l'expliquer. Des causes moins favorables ont, en effet, puissamment contribué à ce grossissement inquiétant. de nos budgets. Les principales sont : l'énorme augmentation de. noire dette publique, conséquence des guerres entreprises ou subies, des travaux publics ce ten etc., et les dépenses exceptionnelles nécessitées par le soin de la défense nationale. Des causes semblables ont d’ailleurs agi presque partout en Europe; aussi l'accroissement des dépenses publiques est-il un fait général.
Mais dans aucun pays elles n’ont fait sentir leur action aussi fortement qu'en France. Le budget ordinaire du ministère de la Guerre s'est élevé en 1903 à 706 millions, sans compter les pensions et les dépenses militaires des colonies, et celui du ministère de la Marine à 293 millions. Quant à notre dette publique, nous avons précédemment indiqué! à quel chiffre énorme elle s’élève et montré de combien elle dépasse les dettes des autres Elats. Dans le budget de 1906, le service de cette dette n’absorbe pas moins de { milliard 232 millions, soit près du tiers du total des dépenses!
Tous ces faits permettent d'affirmer que nos budgets ont atteint l’extrème limite au delà de laquelle ils imposeraient au pays une charge tout à fait excessive. Aussi s’efforcet-on, depuis plusieurs années, d'en enrayer le dévelop- - pement. On ne peut qu'aspirer à voir enfin le temps oùil sera possible de faire plus encore, c'est-à-dire de consacrer chaque année une part de nos ressources à l'amortissement des dettes de l'État. ;
f, Voir p, 316,
Lire dans les Extraits :
Maurice Block : De la formation du budget (p. 443),
RP A nu, ”
Les lois naturelles.
Les enseignements de l’économie politique.
L'économie politique, disions-nous en commençant ce livre, est à la fois une science et un art : une science parce que l'observation permet de découvrir et de formuler des lois naturelles dirigeant les phénomènes économiques, un art parce que, de la connaissance de ces lois, se dégagent pour les hommes de précieux enseignements. L'étude que nous venons de faire justifie cette double assertion.
Les lois naturelles mises en lumière par l’économie politique sont de deux sortes :
1° Les unes ont le caractère de lois d'évolution. En consultant l’histoire et en comparant entre eux les peuples actuellement existants, on s'aperçoit que toutes les sociétés traversent une série de phases au cours desquelles l'individu, passant successivement sous la domination de collectivités de moins en moins absorbantes, se perfectionne, tend vers l'indépendance et finit par s'affranchir. Cette évolution est générale, impliquant une lente transformation de l’organisation sociale tout entière; elle se traduit au point de vue économique par la conquête de deux libertés : la liberté
d’appropriation individuelle et la liberté du travail. Dès lors, libres dans leur initiative et responsables de leurs actes, les particuliers deviennent les principaux agents de la civilisation.
L'économie politique ne se borne pas à constater ces tendances : elle les explique. Les régimes autoritaires ne sauraient se perpétuer indéfiniment. Utiles à l’origine et pendant une longue période de préparation, parce qu'ils répriment la brutalité des instincts et substituent la direction relativement éclairée des chefs à l’aveuglement d’individus ignorants, ils perdent peu à peu de leurs mérites à mesure que les hommes se perfectionnent et que la vie sociale se complique. Il vient un moment où une direction unique serait impuisante à assurer la marche en avant; il faut alors s’en remettre à l'initiative individuelle dans la mesure où son action peut s'exercer, et le régime libéral apparaît. Au reste, quoi de plus rationnel? Nous nous refusons sans doute à dire que les individus, quand ils
obtiennent le droit d’approprier la richesse et celui de
travailler librement, ne font que rentrer dans la jouissance de droits naturels à eux propres, droits primordiaux que les régimes antérieurs auraient violés. Tout régime social est selon nous légitime, ne méconnaissant aucun droit, lorsque, lout à la fois, il établit entre les individus l'égalité des droits et répond aux nécessités de la vie sociale!, L'homme, être sociable, n’a donc pas de droits préexistants aux divers arrangements sociaux; ses droits naissent et se modifient à mesure que ces arrangements sociaux se succèdent. Si le progrès des sociétés n'était possible qu’au moyen d’une succession de régimes qui, sans violer l'égalité entre les individus, tendraient à les soumettre de plus en plus étroitement à l’autorité directrice de l'État, on ne pourrait pas dire que les lois du développement humain et celles de l'équité fussent en contradiction. Mais combien l'esprit n'est-il pas satisfait de constater des tendances précisément inverses, les droits reconnus aux individus augmentant graduellement avecla civilisation, chacun devenant pluslibre : à mesure que le groupe dont il fait partie devient plus fort.
4, Voir p. 152:
2° Outre les lois d'évolution que nous venons de rappeler, l'économie politique en découvre d’autres, lois économiques proprement dites, régissant le mouvement des richesses dans les sociétés. ;
Parmi ces lois, il en est quelques-unes dont l’action ne dépend en rien de l’organisation sociale des divers peuples. Telles sont, par exemple, la loi du moindre effort, celle des transformations de la matière, celle du rendement moins que proportionnel dans l’agriculture, ete..
Mais il en est d’autres qui ne reçoivent pleinement leur application qu'autant que la législation admet les individus à approprier librement la richesse et: à disposer de leur travail. Ces dernières offrent pour nous un intérêt particulier, car elles expliquent le fonctionnement du régime économique libéral et en font comprendre les avantages.
Et, en effet, l'esprit encore ignorant de ces lois pourrait, avec quelque apparence de raison, s'inquiéter. Constatant que l'Etat devient, à un moment donné, impuissant à diriger la vie économique dans la société, qu’un nouvel agent de progrès doit lui être substitué pour cette lâche, et que ce nouvelagent ne peul être que l'individu affranchi, il se deman-
dera si de l'impuissance gouvernementale la société ne va pas tomber dansle chaos desinitiatives individuelles. Chacun agissant à sa guise, comment ne pas redouter une sorte d'anarchie économique? Craintes chimériques que léconomie polilique réduit à néant. Loin d’être désordonnée, l’action des particuliers obéit à la direction des lois économiques (loi de la concurrence, loi de l'offre et de la demande, loi du coût de production, etc.), qui, entrant spontanément en jeu, activent la production et la circulation, excitent l'esprit d'invention, tempèrent la prodigalité et l’avarice, assurent enfin une répartition équitable en proportionnant larémunéralion aux services rendus. Ces lois n’ont,du reste, rien de mystérieux ; elles ne sont que les diverses manilestations du sentiment auquel les hommes sont le plus portés à obéir, celui de l'intérêt personnel. Comme, en effet. le
1. Voir p. 39 et 83, 2. Qu'on l’observe bien, l’économie politiqué, ën constatant a puissance d'action de l'intérêt personnel, ne fait aucunement Papologie de
plus souvent, l'intérêt de chacun concorde avec l'intérêt général, chacun, bien qu'agissant pour soi, se trouve agir pour tous, être invesli d’une fonction sociale et la bien remplir. Comme, aussi, chacun de nous est plus apte que quiconque à juger de ce qu'il doit faire dans son intérêt propre les lois économiques introduisent dans la production, dans la circulation, dans la consommation et dans la répartition de la richesse, une exactitude, une précision, une équité, non pas sans doute parfaites, mais infiniment supérieures à ce qu'on pourrait altendre d’une autorité directrice quelle qu'elle fût.
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En possession de ces vérités, l’économie politique a le droit d'affirmer que la voie libérale, dans laquelle les sociétés s'engagent et progressent au cours d’une évolution spontanée, est la meilleure, et que leur marche n’y doit pas être enrayée. Elle indique donc, comme idéal, l'extension des libertés individuelles avec la responsabilité comme corollaire. Ce n'est pas qu'elle méconnaisse les services que sont appelées à rendre les deux collectivités primitives, la famille et l'État. Dans l’évolution, en effet, aucun des éléments primordiaux ne doit disparaitre ; mais leurs rôles se modifient, la famille et l’Élat abandonnant à l'individu une partie du domai aine qu'elles occupaient antérieurement. L'économie politique demande avec raison que ce départrationnel des fonctions s’accomplisse intégralement, chacun se confinant sur le terrain qui doit lui rester en propre; el elle conslate que nulle part encore le mouvement n’est Lerminé en ce qui concerne l'État.
A d’autres points de vue, du reste, l'évolution reste acluellement inachevée. Les individus, à peu près indépendants
légoiïsme. De ce que chacun doit calculer ses actes afin de se conduire d’une façon raisonnable et utile, il ne résulte pas qu'il faille se montrer âpre au gain et dur aux autres. L'économie politique reste ici en parfait accord avec la morale. Celle-ci ne pourrait, en effet, condamner le sentiment de l'intérét personnel. Elle en désapprouve seulement les excès, voulant qu’il soit tempéré par un sentiment de générosité,
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aujourd’hui, n’ont pas encore organisé d'une façon suffisante les institutions qui doivent atténuer pour eux les dansers de l'indépendance. Nous sommes, à cet égard, dans une phase de transition, mais par le passé on peut préjuger de l'avenir. C’est toujours à une collectivité que l'individu a demandé la force dont, isolé, il se sentait dépourvu. C'est avec l’aide de l'État qu il a secoué le joug de l'autorité patriarcale; plus tard, les communautés de village, les corporations, les communes l'ont secouru contre la féodalité. Inquiet aujourd’hui des responsabilités parfois lourdes, de l'isolement quelquefois excessif, qui accompagnent la liberté, il n’agira pas autrement. Mais deux moyens s ‘offrent à lui : appeler de nouveau l'État à son aide ou créer des associations libres. De vieilles habitudes et sans doute quelque mollesse le poussent au premier parti, tandis que l'amour de la liberté l’engage au second. Nous constatons actuellement ces hésitations, les uns conseillant les initiatives hardies, les autres formulant tout un programme d'interventions gouvernementales. Entre ces tendances, l’économie politique ne saurait hésiter : elle repousse l'appel à l'État qui serait un recul, et montre le progrès du côté de l'association libre. Telles sont les conclusions de l’économie politique. On lui a souvent reproché de se laisser entrainer à un opti-. misme systématique. Rien n’est moins exact. Elle sait que le régime libéral n’est pas parfait. Les individus ne sont pas impeccables et certaines injustices du sort nous déconcertent. Mais ces imperfections tiennent à la nature; la société n’en saurait être responsable. Le sentiment de la responsabilité, l'énergie, la prévoyance, la charité sont d’ailleurs de puissants remèdes. Enfin la science n’a pas à découvrir une organisation sociale parfaite : l’utopie seule ose entreprendre une .pareille tâche. Simple recherche de la vérilé, l'économie politique borne son rôle à indiquer, parmi les régimes passés, présents et imaginables, le plus propre à assurer le bonheur des hommes. Et c’est, en effet, pour que les hommes soient plus heureux qu elle les veut libres et responsables. 7 |
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TABLE DES MATIÈRES
Pages, AvVANT-PRoPos...... RAT ET ER ER RE NME LATE NS Eee 5 PREMIÈRE LEÇON ENFRODUCTIONS MA NU re ne ace drole ME RS URL MO PRE NE RM RP 9 [Programme officiel : L'Économie politique. — Son but. — Ses rapports avec les autres sciences et notamment avec le droit. — Divisions de l'Economie politique : Production, Distribution, Circulation et Consommation des richesses.] DEUXIÈME LEÇON PREMIÈRE PARTIE. — PRODUGTION DE LA RICHESSE. «oc... 22 [Programme officiel : Production &e la richesse. — Leséléments de la production.]
CHAPITRE PREMIER. — Rôle de la nature dans la production........ 21 [Programme officiel : La Terre et les agents naturels.] TROISIÈME LEÇON
CHarirRe 11. — Le Travail et l'Industrie.
$S 1%. — Le Travail ..... .... 0... 0... 0... 38
[Programme officiel : Le Travail.]
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