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UE L’EUUILIURE DE POPULATION

nulle politique coercitive ne saurait remédier, à moins de rétablir de force le servage et ses conséquences.

Le seul fait du cumul de l’agriculture, avec certaines autres industries appropriées, et de la double association libre de production et de consommation, rétablira d’ellemême la répartition naturelle des populations ouvrières.

Sous l’influence de cette heureuse évolution pacifique, la santé générale s’améliorera, les mariages se multiplieront et la population s’augmentera de jeunes et robustes générations.

Il ne faut pas oublier que, malgré l’exiguïté relative de notre sol, la production, mieux entendue, pourrait s’y doubler et au delà.

Lorsque l’Europe sera organisée, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique et l’Océanie seront

trop heureuses qu’elle veuille bien leur déverser son trop-plein pour les enrichir à leur tour et assainir enfin le globe.

Lorsque la terre aura son atelier complet de travailleurs, l’ordre, la justice, l’abondance sur tous les points de sa surface, la sagesse de la nature, que l’on en soit certain, pondérera, sans guerre et sans épidémie, les naissances et les décès.

Cette œuvre ne sera d’ailleurs pas plus difficile chez n’importe quel peuple que chez nous, puisqu’il ne s’agit que d’instituer l’association libre et volontaire dans la commune, et que la commune existe chez tous les peuples.

CONCLUSION

Ifîl

CONCLUSION

L’homme n’apparaissant sur un astre qu’autant que les conditions de son existence s’y trouvent réalisées, il s’ensuit que les premières avances de l’existence ou du capital fondamental sont faites par la nature.

Mais l’homme naît antérieurement à toute société : c’est lui conséquemment qui l’établit à s convenance, autant que le permet-

tent son intelligence et les circonstances extérieures.

La société est donc faite et perfeclionnée par l’homme^ non riiomme fait et perfectible pour la société.

L’homme, d’ailleurs, n’est perfectible que dans ses connaissances, son expérience, nullement dans les forces essentielles de son être, dans ses passions qui sont, demeurent éternellement les mêmes.

En elfet, en dehors de l’instinct rationnel

CONCLUSION

et moral qui l’aide à transiger entre ses tendances indéfectibles et le possible, tout homme a besoin de satisfaire ses appétits, de jouir par ses sens, de former des liens d’amitié, d’amour, d’ambition, de famille, comme il aspire à croire à la cause dont il tient l’être, aux puissances mystérieuses qui l’influencent.

Le besoin naturel, insurmontable d’établir des rapports prochains ou éloignés avec ses semblables, de composer des groupes, des agglomérations, est le principe de la sociabilité.

La société, réalisation pratique de la soit

S9U l':CON()MIQUK PROGRESSIVE.

ciabilité, est fondée par l’homme pour donner lieu au jeu de plus en plus libre des groupes et agglomérations.

Le mouvement de la société n’a pas d’au tre direction normale que la poursuite inces santé de ce résultat.

Les institutions religieuses, politiques, sociales-ont pour but de préciser un idéal de la double destinée de Tliomme comme individu et comme collectivité, et de fixer successivement les moyens d’atteindre ce double idéal.

CONCLUSION

La société est absolument perfectible par deux moyens principaux : l’un, coercitif, de contrainte, la loi, qu’elle provienne d’un seul, de quelques-uns ou de la majorité des citoyens ; l’autre, libre, l’application de la science sociale, si elle est constituée, prête, ou la transaction progressive entre les intérêts économiques, à l’aide de garanties successives.

Bien que la société doive se coordonner à l’homme, celui-ci, tout en réclamant et protestant contre les imperfections qu’elle révèle, ne doit pourtant, en aucun cas, s’armer matériellement contre elle, puisqu’elle est toujours la sauvegarde des progrès antérieurement acquis, et que la renverser, contre le vœu de la majorité, est ajouter de nouveaux risques à son imperfection.

ÉCONOMIQUE PHOGRESSIVE.

La société, reposant sur désintérêts matériels et moraux, ne peut légalement, légitimement se modifier que du consentement de tous, ou au moins du plus grand nombre.

Toute société intelligente, prudente, procède par évolution, non par révolution.

Les sociétés ont ditFérentes formes de gouvernement, relatives au génie des races qui les composent et aux circonstances de temps, de lieux, de rapports économiques.

La première raison d’être de la légitimité.

CONCLUSION. 293

de la solidité d’un gouvernement, c’est qu’il corresponde aux besoins présents et au pressentiment de l’avenir.

Celle coïncidence dans le temps et- cetle communauté d’instinct quant à l’avenir, déterminant la direction à suivre pour l’éducation du peuple, le développement de ses intérêts moraux et matériels, l’accomplissement de ses destinées, telles qu’elles sont

conçues ou possibles, c’est ce que l’on nomme

la politique d’un Etat.

De même que la société doit se modeler sur la nature humaine, de même la politique doit se conformer le mieux possible à

m ÉCONOMIQUE PROGRESSIVE.

cette nécessité. D’où il suit que la politique appelée à servir les intérêts de riiomme visà-vis de la société, doit et peut s’élever à l’état de science.

Les bases de la science politique ou de la sociologie dérivent de la connaissance du système constitutif de l’homme, contrôlée par la notion des lois générales de la nature, ainsi que l’ont senti tous les penseurs sérieux.

Si la nature fournit la matière première ou germes et produits divers, le travail humain seul en sait tirer la multiplication de la richesse.

CONCLUSION

Les créations du travail constituent les propriétés collectives ou individuelles, comme la propriété stimule à son tour le travail. •

Toute société repose sur la propriété, extension donnée par l’homme au capital

naturel.

La propriété est donc 1 homme même, et, à ce titre, inviolable comme sa personne.

Là où la propriété individuelle n existe pas, l’homme n’est plus qu’une unité mécanique.

En conséquence, la propriété personnelle doit être accessible à tout homme qui produit plus qu’il ne consomme.

La propriété individuelle, sous forme de n’importe quel capital, est indispensable à l’existence et aux progrès de la société.

La propriété collective ne peut rationnellement s’entendre que des choses d’un usage commun, telles que voies de communication, jardins publics, édifices, collections, matériels divers, etc.

CONCLUSION

Mais, indépendamment de l’intérêt, puissant mobile de l’activité humaine, il est nécessaire, pour l’accroissement indispensable des richesses, d’attirer, par d’ingénieuses et savantes méthodes, tout le monde aux travaux directement productifs.

Ces méthodes trouvent surtout leur application féconde dans le régime de l’association qui réunit toutes les ressources du capital, du travail, du talent.

L’association est la combinaison mécanique des agents naturels soumis à l’homme, et des forces morales, intellectuelles et physiques de ce dernier.

11 existe conséquemment une science exacte de l’association qui s’appliquera de plus en plus heureusement pour le bonheur du genre humain.

C’est dans le mécanisme de l’association que l’homme rencontrera l’emploi de ses aptitudes, la satisfaction de ses goûts, l’équilibre de ses passions, en un mot, le bien-être et la liberté, la vraie liberté ne pouvant être que la possibilité de faire ce que l’on veut, ce qui est préférable à celle de dire ou d’écrire ce que l’on ne pense pas.

L’association élevant, attirant chacun au travail, enrichissant, gloridant les ainbi-

CONCLUSION. 299

tieux capables, assurant au moins une convenable aisance aux laborieux humbles, affranchit l’hérédité de toute attaque, de toute négation .

Dans cet état de choses, peu importe d’acquérir par héritage, et la fortune, en tout cas, ne fait qu’ajouter à l’activité du travailleur, au lustre du travail,

L’aisance de tous, la lâchessc sociétaire venant réduire progressivement le prix de l’argent, l’intérêt du capital, l’hérédité n’est plus qu’un légitime usage de la propriété, nullement un privilège.

wo ÉCONOMIQUE PROGRESSIVE.

Les machines, en association, sont à la fois une économie du capital, une réduction du prix de revient des produits, une restitution de l’homme aux fonctions intelligentes, une augmentation de temps à donner à l’instruction, aux arts, aux raffinements de la vie.

La division du travail permettant l’intervention de chacun dans plusieurs branches d’industrie, assure à tous l’honneur de concourir à l’action productive.

L’économie de ressorts de l’association détruit tout parasitisme , appelant tout le monde au travail, réduisant au strict néces-

CONCLUSION. SOI

saire les agents intermédiaires des services publics, soit au point de vue commercial, soit au point de vue administratif.

L’organisation du système d’association a aussi d’autres avantages immenses, par exemple; d’opposer l’économie cumulée à la déperdition, l’émulation loyale à la concurrence anarchique, la solidarité à l’hostilité des intérêts, l’unité d’action à l’incohérence.

L’association est le contraire de la confusion. Elle a conséquemment ses conditions

de nombres, de limites, d’équilibre, d’harmonie, fixées par les études théoriques.

Chaque échantillon d’association est une unité élémentaire, depuis ragglomération Ja plus restreinte de familles jusqu a l’unité totale de l’espèce humaine.

L’association élémentaire ne dépassant guère la commune de trois ou quatre cents

familles, n a rien à changer, à moins de

nécessités concertées, aux circonscriptions

territoriales quelconques adoptées parles di-

Vers Etats du monde.

CONCLUSION. 303

L’association s’accommode indilféremment de toutes les formes politiques consolidant les garanties appartenant de droit aux hommes libres.

Seule, d’ailleurs, elle fonde la vraie et sage liberté par l’option de chacun dans le sens de ses aptitudes, par l’indépendance naturelle qu’assurent la sécurité dans le travail et l’abondance. En effet, « être libre, c’est avoir la propriété de soi-même et de ses facultés et de leur emploi, dès lors le libre choix et le libre exercice de son industrie. Liberté civile, propriété, liberté de l’industrie et du commerce, sont autant d’idées qui s'appellent et se supposent les unes lesautres; leur solidarité est partout écrite (1). »

(1) H. Baudrillart. Éiudex de philosophie morale, t. II, p. 49.

ÉCONOMIQÜK PROGRESSIVE.

Dans ce milieu où régnent l’activité systématisée, la paix, l’accord, le consentement de chacun; la raison, l’unité de sentiments, de vues, de tous, le gouvernement n’est plus qu’une représentation facile de la volonté commune, que nul ne songe à attaquer, à renverser sans motifs.

Les fonctions directrices infiniment graduées dans le quadruple domaine de l’agriculture, de l’industrie, des arts, de l’administration domestique et publique, ouvrant de glorieuses carrières aux saines ambitions, celles qui reposent sur la délégation d’une partie quelconque de l’autorité gouvernementale se trouvent singulièrement réduites par leur peu d’importance, d’attrait, et cessent d’être une arène de compétitions, d’intrigues.

CONCLUSION

Le suffrage universel, aujourd’hui si fluctuant, si incertain, acquiert dans l’association des lumières, une direction sûre, les capacités de tous candidats à toutes (onctions étant connues, éprouvées, pleinement justifiées par des œuvres.

Sous le régime de l’association, l’intrigue, les rivalités n’ont plus d’application qu’aux services réels, au bonheur de 1 humanité. Orgueil, vanité, petites passions personnelles tout tourne au bien, puisque tout effort utile rapporte précisément honneur, profit.

L’association dans la commune enrichissant la nation entière, directement par l’aug-

JL

;i06 ÉCONOMIQUE PROGRESSIVE.

mentation du travail, indirectement par les économies dans la gestion domestique, sur la force armée, les frais judiciaires, la police, les dépenses improductives de toutes sortes, l’instruction, les travaux publics, les beauxarts prennent un essor incalculable.

C’est alors que le luxe collectif atteint son plus grand éclat, que la perfection sociale arrive à ces hauteurs dont les plus brillantes civilisations n’ont pu encore nous donner une idée.

Les inégalités de fortune ne sont plus ni un contraste choquant, ni une source de démoralisation, de scandale ; mais un élément

CONCLUSION

d’harmonie dont chacun honore, respecte le principe.

Dans cet ordre merveilleux où les inégalités sont les spécialités mêmes comportant leurs divers degrés de mérite, de récompense, la direction n’est plus subie, comme là où elle est usurpée, mais au contraire unanimement acclamée, puisqu’elle est glorieuse, profitable à tous.

11 n’y a plus classement arbitraire et blessant, mais hiérarchie universellement consentie, mettant chacun à la place où il peut rendre, par vocation, les meilleurs, les plus solides services.

ECONOMIQUE PROCHiESSIVE.

L’association n’assure donc pas seulement l’ordre, l’augmentation de la richesse, l’équité dans la répartition, l’emploi de tous les caractères et aptitudes; elle établit encore la bonne administration, la paix, la liberté.

C’est à ce résultat : accomplissement des destinées humaines, que l’économie politique, si elle veut réellement s’élever à l’état de science, doit conduire, par les moyens les plus directs, les plus positifs, les plus sûrs.

C’est donc sur elle que les classes laborieuses doivent compter, au lieu de se lancer dans les aventures politiques qui les rendront indéfiniment victimes des ambitieux

de pouvoir.

CONCLUSION. 300

Qu’elles demandent d’abord la juste part

de leur travail, qu’elles provoquent ensuite des expériences de véritable association , puis, qu’elles attendent avec confiance les résultats de ce mouvement , le seul logique et fécond.

Et, qu’elles ne l’oublient pas, le bon terrain, la semence saine, le travail persévérant, le temps, les circonstances favorables, font seuls les riches moissons.

Vouloir récolter sans eux, n’est pas seulement de la démence, c’est un blasphème contre les sages lois de la nature.

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