DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Chaque branche de la physique a eu ses phases de gloire, ses temps de repos, ses recrudescences, qui tour à tour en ont reculé les limites. Depuis un demi-siècle, l'électricité est en voie de progrès, et nul ne peut savoir où s'arrêteront les découvertes de chaque jour, qui toutes sont empreintes du grand nom de Volta.
En Europe, et pouvons nous même dire dans toutes les parties du monde, il y a aujourd'hui concours d'émulation entre tous les physiciens pour en étendre le domaine, concours qui ne peut manquer de produire les plus heureux résultats, comme on en jugera par le précis que nous allons présenter des découvertes faites depuis peu d'années.
Tous les corps de la nature sont formés de molécules similaires ou hétérogènes, maintenues à des distances plus ou moins grandes, par l'action de forces dont les agents producteurs se trouvent dans les espaces qui les séparent; ces forces sont, plus les corps inorganisés: la chaleur, l'électricité, les affinités et la cohésion; et pour les corps organisés, ces mêmes forces, plus celles qui président aux phénomènes de la vieet dontleprincipeéchappeà nos investigations. C'est donc dans ces espaces intermoléculaires que s'opèrent les phénomènes les plus mystérieux, et nons pouvons ajouter les plus sublimes de la nature. Les molécules viennentelles à perdre leur position natui^elle d'é(\vi\\\\>t^> ^^t \i\i
II DISCOURS PRBLIMINÂIBB.
cause quelcpnqUif, il en résulte une foule ^oÇfata. |||iî sont du domaine de la physique et de la chimie, t^ou'r étudier la constitution moléculaire des corps, sous le rapport des forces qui président à cette constitution, il faut s'emparer de ces forces, les séparer, les mettre successivement en présence des parties matérielles , afin de déterminer le mode d'action de chacune d'elles et leur rapport mutuel. On reconnaît alors que si l'électricité n'est pas la cause première de la chaleur et des affinités, elle est du moins indispensable à leur production ; chacune de ces forces ne pouvant exister sans elle, en raison de leur dépendance mutuelle.
Des expériences fondées sur la vitesse de Télectricité (vitesse qui est de 90,000 lieues au moins par seconde, et par conséquent plus grande que celle de la lumière), tendent à prouver que la quantité d'électricité associée aux molécules des corps est si énorme, que l'imagination en est effrayée. Les éléments d'une simple molécule d'eau paraissent renfermer, suivant les supputations de M. Faraday, 800,000 charges d'une batterie électrique composée de huit jarres égales, de deux décimètres de hauteur et de six centimètres de tour, et obtenues avec trente tours d'une puissante machine électrique. Si donc la quantité d'électricité qui se trouve dissitnulée entre les éléments d'un gramme d'eau seulement, devenait subitement libre, on entendrait, les plus épouvantables détonation^ , qui feraient voler en éclats les édifices près desquels elles auraient lieu. Eh bien, cette puissance, à côké de laquelle celle de la vapeur n'est rien, est employée uniquement par la nature, à maintenir les combinaisons et la constitution moléculaire des corps. Les efforts du physicien doivent donc tendre, comme ils tendent journellement en effet, à retirer cette force des corps où elle se trouve enchaînée, pôxïv l'appliquer à l'usage deà sciences efc deS arts. Jusquici nôUs tl'eh aVon^ pu rendre libre qu'une
DISCOUHS rRELlMINAtBH.
Ible partie, (jiii produit nrânmoins des actions clii- Iques, calorifiques ou mécaniques, d'une grande énergie. le sera-ce donc quand nous en serons complètement' !tres?
itte force devient libre dans toutes les actions chimiques, !me les plus faibles, comme la clialeur dans la combustîoti dans tous les phénomènes riioléculaires. Mais de m^me le l'on s'empare de cette chaleur pour la faire servir aux iralions de la chimie, de même aussi devons-nous mettre 'fit l'électricité dégagée, afin de provoquer les affinités Sus des circonstances où elles ne se manifestent pas , de leur donner au besoin une nouvelle énergie, de transporter les éléments des corps dans drtTérents milieux, et de produire des effets calorifiques inÈme supérieurs à ceux que nous pouvons obtenir dans nos fourneaux. Tel doit être le but de l'ëlectro-chimie.
Les forces électriques , agissant comme forces chimiques j nous fournissent les moyens d'étudier l'influence des masses dans les phénomènes dépendant des affinités (question qui ai vivement préoccupé les philosophes au commencement de ce siècle) , et de mesurer ces mêmes affinités dans diverses circonstances.
Dans une combinaison binaire, les deux atomes sont unis l'un à l'autre en vertu d'une force appelée affinité, dont la nature nous est inconnue, et qui varie d'intensité, suivant la température et diverses causes physiques. Or, si l'on pouvait, avec un instrument quelconque, d'une délicatesse excessive, saisir chacun des atomes, les tirer en selis conti'aire de leur attraction réciproque, la force employée pour vaincre l'effet de cette atti-aellon lui servirait de mesure, A défaut de cet appareil idéal, nous avons, dans les courants électriques, une puissance capable de remplir ces mêmes fonctions. Il résulte des faits observés jusqu'ici , que
IV mscorits PBEi.iMiNAine.
loi*sque deux sels, ayant te même acide , sont dissous en quaih. titps quelconques dans l'eau, on a un moyen rigoureux de -déterminer le rapport entre l'afïinilé de l'acide pour chacune des deux bases , et de suivre pas à pas les variations qu'éprouve ce rapport, à mesure que celui des bases salines change, ïji loi des masses, qui enchaîne ces rapports, permet de séparer deux métaux l'un de l'autre dans une dissolution, ou même deux substances quelconques, sans avoir recours aux moyens ordinaii-es de la chimie.
Telle est aujourd'hui la délicatesse de nos appareils» que nous pouvons étudier les changements chimiques opérés sous l'induencc de la lumière dans des circonstances oEl l'on ne pouvait les reconnaître jadis.
Les travaux et recherches sur l'application des forces électro-chimiques à la métallurgie de l'argent, du cuivre et du plomb, sans 1 uiteruiédiaire du mercure, en n'employant que peu ou même point du tout de combustible dans un grand nombre de cas, et dont nous avons fait connaître les principes généraux dans plusieurs mémoires ou lectures publiques , ont été continués avec succès sur des quautités cxinsidérables de minerai , venues de diverses parties àfi. l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique. Ces recherches ont, ]X)rté : ["sur la séparation immédiate des métaux les uns des autres, en particulier de l'argent, du plomh, dans ]». galène; opération tellement rapide, que quel([Ues heures suffirent pour l'effectuer ; î" sur la préparation à faire subir au minerai pour disposer chaque mêlai à être enlevé par le courant électrique; préparation qui , variant suivant la nature du minerai, ne présente aucune difficulté quand l'argent s'y trouve à l'état métallique, ou à l'état de sulfure, comme c'est le cas le plus ordinaire au Mexique et au Pérou, tandis qu'elle devient plus compliquée quand l'argent est en combinaison avec d'autres substances, l'emploi d'une
r' , iiiaiuité de combustible deveiiaat alors indispensable I
pour efïectupr un grillage à basse température.
IjCS forces électro-chimiques à Taidc desquelles on retiit les métaux de leurs minerais respectifs, ont une telle éner-il gie , qu elles serviront peut-être un jour à mettre en mouve- 1
rment des appareils destines à broyer et à faire subir aiixl minerais les diverses préparations mécaniques sans lesquelles 1 le traitement ne saurait avoir lieu.
Si nous portons maintenant nos regards sur d'autres ap^ J pllcations de l'électricité, nous voyons que les mêmes pro- 1 cédés qui servent au traitement Jes métaux, à quelques r difications près, sont employés avec succès p»ur dorer les 1 objets de cuivre et d'argent, k un degré de perfection qui 1 jte laisse rien à désirer, pour appliquer uu métal quelconque sur un autre métal , et déposer sur les métaux, avec une forte adhérence, des oxydes destinés à en soustraire quelques-uns à l'influence des agents atmosphériques, on à eu colorer d'autres des teintes les plus brillantes et les plus 1 variées, et dont on ne trouve des exemples que dans ia na- 1 ture organique. I.es procédés électro-chimiques permettent -I en outi-e de .prendre des empreintes en or, en argent et en j cuivre, de médailles, de bas-reliefs et de planches gravées I au burin, qui ont tout le précieux et le poli des modèles. | Les moules galvaniques reproduisent en relief toutes I saillies de ces planches , et la copie en creux donne des épreuves sur papier ayant quelquefois la perfection des exemplaires avant la lettre. Le nombre de bonnes épreuves que peut fournir une telle planche est assez limité; mais on a l'avantage de pouvoir remplacer par une antre celle qui commence à s'user; enfin , on est parvenu à reproduii-e | des figures et même des statues avec la perfection des modèles.
Cette puissance, qui tour à tour devient chaleur, lumière,
VI DISGOUBS PBÉLIMINAIBE.
force chimique, est capable de produire encore les effets de la vapeur, autant qu'il est permis de le croire quand on considère le résultat des expériences faites aux Etats-Unis et en Russie.
En présence de tant de faits, dont chaque jour fait mieux apprécier Timportance, on comprend facilement tout ce que l'avenir réserve à l'emploi d'une force dont la puissance est pour ainsi dire infinie, qui existe enchaînée, silencieuse, partout où il y a de la matière, et dont l'homme saura peutêtre un jour se rendre complètement maître !
En interrogeant le présent pour prévoir l'avenir, nous verrons que les besoins impérieux qu'exige l'accroissement de population, résultant des progrès de civilisation, amènent le défrichement des forêts; que les houillères ne sont pas inépuisables, et qu'un temps viendra où la rareté du combustible sera un obstacle aux travaux métallurgiques et à une foule d'industries qui ne peuvent s'en passer. Ce temps est encore à la vérité bien éloigné ; mais occuponsnous dès à présent à préparer à nos arrière-neveux les moyens d'extraire les métaux de leurs minerais, et de se livrer à diverses industries sans l'intervention du feu !