‹ Elements d'electrochimie appliquee aux sciences naturelles et aux artsChapitre 81 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des effets électro-cliimiqnes produits dans les corps organisés et les substances organiques sous l’iiilluence de courants.

Du dégagement d'électricité dans l’acte de ta végétation.

Avant d'exposer les changements qui s’opèrent dans les corps organisés et les substances organiques quand on les soumet à l’action de l’électricité, nous croyons nécessaire d’indiquer les moyens à l’aide desquels on parvient à reconnaître, dans tous ces corps, la présence de l’électricité, qui d’effet peut souvent devenir cause. Mais auparavant , rappelons-nous le principe que nous avons posé, et dont voici l’énoncé : Toute réaction chimique donne lieu à un dégagement d’électricité soumis à des lois telles, que dans les combinaisons l’acide dégage de l’électricité positive et l’aleali de l’électricité contraire. Dans les décompositions, c’est l’inverse. Faisons-en une application aux végétaux. Les liquides qui humectent les tissus ne sont pas tous homogènes. La sève qui n’est pas évaporée par l’action de l’air dans les feuilles ne jouit pas de la même propriété que celle qui est élaborée; séparée par une membrane, il en résulte des courants électri- (|ues qui peuvent intervenir dans les phénomènes de la vie. Les liquides huileux et gommeux qui ne sont pas conducteurs ne jouissent pas de cette propriété, du moins à un degré apréciable à nos appareils. Si l’on plonge les deux extrémités d’un fil de platine dans uii fruit (pomme ou poire), l’une du côté de la queue, l’autre du côté de l’œil , on a une déviation assez forte produite par le courant électrique , dont la direction indique que la queue se comporte comme un alcali et l’œil comme un acide. La pèche , l’abricot , la prune donnent des effets en sens Inverse. Il y a absence de courant quand on enfonce les deux extrémités du fil à égale distance du centre du fruit perpendiculairement au plan qui passe par l’œil et la queue. Ces courants n’annoncent pas la présence d’acide ou d’alcali, mais bien celle de substances qui en réagissant l’une sur l’autre se comportent comme tels. Si l'on coupe un fruit en deux parties, et qu’on exprime le jus de chacune d’elles , puis qu’on le mette dans deux vases séparés , com-

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iminiqiimit nu moyen d’une bande de papier, on a des effets absolument semblables.

Il est probable qu’il doit exister une foule de courants électriques circulant dans les tissus par leur intermédiaire et sur lesquels doivent se déposer les produits. Voilà bien les courants électri(iues produits par la réaction des dissolutions hétérogènes ; il s’agit de voir si réellement on peut obtenir de l’électricité libre dans les différents actes de la végétation. C’est une question des plus complexes en raison du grand nombre d’élaborations qui ont lieu.

Voyons ce qui se passe dans l’acte de la végétation. Pendant le jour, l’acide carbonique est décomposé ; pendant la nuit, au contraire, une partie du carbone accumulé pendant le jour se combine avec l’oxygène que les parties vertes absorbent; il y a encore d’autres élaborations secondaires qui concourent à l’acte de la végétation ; toutes ces actions dégagent de l'électricité. Quand il y a formation d’acide carbonique, l’oxygène prend l’électricité positive; le carbone, l’élcctricité négative. Les effets sont inverses quand cet acide se décompose; mais les électricités dégagées, quand les deux corps ne sont pas expulsés, se recombinent ; il en est de même quand la décomposition a lieu très-lentement. Il y a tant de causes qui concourent aux fonctions vitales, qu’il est bien difficile de prévoir à priori quelle peut être la résultante des effets électriques produits.

La question est moins complexe quand l’un des corps est expulsé du végétal. M. Pouillet fit l’expérience suivante : il plaça sur deux rangs douze capsules de verre vernissées et posées sur une table également vernissée ; elles furent remplies de terre végétale et mises en communication ensemble et avec le plateau supérieur d’un condensateur nu moyen de fils de métal , tandis que le plateau inférieur était en relation avec le sol. Des graines furent semées; les deux premiers jours elles se gonflèrent , et il n’y eut aucun effet électrique; quand les plantules furent sorties de terre, les lames d’or possédaient un excès d’électricité positive,- dès lors, les capsules avaient pris l’électricité négative , et les gaz sortants l’électricité positive. Quoique les effets chimiques fussent inverses , il en fut de même pendant la nuit. Les graines d'essai étaient le blé , le cresson alénois, la giroflée de Mahon, la luzerne. Au bout de trois ou quatre jours, il suffisait seulement d'une seconde pour charger le condensateur. Pour réussir, il fallait opérer par un temps et un air secs, condition que l’on obtenait en répandant de la chaux dans la chambre.

Pour interpréter ce résultat, il faut se rappeler que dans la ger-

CIIAPITRR Vl.

minatiou il s’opère une véritable combustion ; dès lors les effets électriques doivent être les mêmes ; dans les premiers temps, le gaz formé restant engagé dans la terre , il doit y avoir recomposition di^ deux électricités dégagées. Il faut qu'il y ait dégagement de gaz acide carbonique pour que le condensateur puisse se charger. Quand le travail de la germination est achevé, comment se fait-il que les effets électriques soient les mêmes le jour que la nuit? Il est difficile de répondre à cette question. L'évaporation doit également donner lieu à des effets électriques, car l’eau doit emporter avec elle quelquefois des principes organiques. On est donc réellement dans l’incertitude sur la véritable cfiuse du dégagement de l’électricité dans l’expérience précédente. Si l’on remarque, en outre, que les substances organiques qui se trouvent dans la terre éprouvent également une véritable combustion d’où doivent résulter des effets électriques semblables à ceux qui ont lieu dans la germination , il en résulte que les effets obtenus par M. Pouillet n’ont pas une origine bien constatée, et qu’il est bien difficile d’étudier le dégagement de l’électricité dans la végétation.

On peut se demander s'il existe dans les végétaux composés de parties hétérogènes des courants résultant de la réaction continuelle de ces parties les unes sur les autres? On peut répondre affirmativement à cette question, en s’appuyant surtout sur l’expérience suivante do docteur Bacomio de Milan : on prend des disques de racine de betterave et des disques de bois de noyer dépouillé de son principe résineux par une digestion dans la solution de crème de tartre par le vinaigre. On en forme une pile ; si l’on prend pour conducteur deux feuilles dccocbléaria, on obtient des contractions dans la grenouille. On voit donc qu’avec des substances organiques seules on peut former une pile , et par suite produire des courants.

De l'action de courants énergiques sur les principes immédiats des plantes.

L’action de l’électricité sur les composés organiques dépend de l'intensité des courants. Avec des courants énergiques les substances sont décomposées entièrement, taudis qu’avec de faibles courants leurs principes immédiats peuvent être séparés , ou il peut se former de nouveaux composés. Commençons par employer des courants d’une forte intensité.

Davy ayant soumis à l’action d’une pile de cent cinquante éléments, pendant plusieurs jours, une feuille de laurier, cette feuille devint

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brune, et prit le même aspect que si elle avait été grillée; la matière colorante verte, ainsi que la résine, l’alcali et la chaux, avaient été transportés au pôle négatif, tandis que le vase positif renfermait un liquide ayant l'odeur de la fleur de pécher, lequel, neutralisé par la potasse et essayé par la solution de sulfate de fer, donna la réaction propre à l’acide cyanhydrique.

Ayant établi la communication entre deux vases remplis d’eau distillée, et en relation avec les pôles d’une batterie au moyen d’une tige de menthe en pleine végétation, Davy trouva, quelques minutes après, dans l'eau du vase négatif de la potasse et de la chaux , et dans l’autre un acide précipitant par les solutions de chlorure de barium , de calcium et de nitrate d’argent. La plante ne parut pas altérée ; mais l’expérience ayant été reprise et continuée pendant quatre heures , elle se flétrit et mourut. Ces expériences prouvent que les courants électriques agissent aussi bien sur les plantes vivantes pour séparer leurs éléments que sur les composés inorganiques.

On peut se servir des courants provenant de l’électricité à forte tension, comme l'ont fait MM. Pelietieret Couerbe, pour obtenir les principes immédiats des substances végétales, et reconnaître jusqu’à quel point, par exemple, les alcalis végétaux peuvent être considérés comme préexistant dans les végétaux. On soumet, à cet effet, à l’action de la pile une solution d’opium ; à l’instant même des flocons nombreux s’agglomèrent en petites masses grenues au pôle négatif, et des flocons plus rares et plus légers au pôle positif. Si l’on dissout la matière rassemblée au pôle négatif dans l’alcool et qu’on fasse évaporer spontanément la dissolution , on obtient des cristaux brillants de morphine pure. La matière déposée au pôle positif, qui est d’un blanc jaunâtre, rougit le tournesol et les solutions de peroxyde de fer, et possède tous les caractères de l’acide méconique ; ainsi tout tend donc à prouver que la morphine existe toute formée dans l’opium, puisqu’on n’a employé pour l’obtenir, ni acide, ni alcali. On voit par là que l’on peut se servir de l’action de l'électricité pour découvrir dans des substances animales et végétales la nature des principes immédiats qu’elles renferment.

De l’action des courants provenant de l’électricité à petite tension comme moyen d’analyse dans les composés organiques.

Supposons qu’un disque zinc et cuivre soit placé horizontalement sur un petit support vertical en verre, fixé dans un vase rempli d’eau

CHAPITBB VI.

distillée, la face cuivre en dessus et la face zinc en dessous. Plaçons sur la première une bande de papier joscpli , sur laquelie on répand de l’amidon; douze heures après, le papier tournesol , faiblement rougi par les acides, est ramené au bleu , quand on le inet en contact avec l’amidon. En continuant rexpéricnce, on reconnaît que c’est de la soude seule, sans mélange de potasse, qui est transportée. Voici comment on peut concevoir de quelle manière un courant aussi faible que celui qui est produit dans l'oxydation du zinc est suffisant pour séparer la soude : l’amidon, au contact de l’air, éprouve des changements qui rendent momentanément à ses éléments les états électriques propres .à chacun d’eux ; ces éléments, selon qu’ils se comportent comme corps électro-positifs ou corps électro-négatifs, se trouvent dans une circonstance favorable pour obéir à l’action décomiwsante du couple voltaïque. Dès lors l’alcali, renfermé dans l’amidon, est transporté sur le cuivre, et le corps qui se comporte comme acide sur le zinc. On obtient des effets analogues avec la gomme arabique et l’opium.

Ces faits prouvent qu'avec un seul couple voltaïque on peut retirer des substances végétales quelques unes de leurs parties cunstituantes, surtout quand ces substances se trouvent dans un état de fermentation ou de décomposition , qui rend momentanément à leurs parties constituantes leurs facultés électriques propres. C’est dans de telles circonstances que l’on peut trouver le secret de l’influence que peuvent exercer les courants électriques sur la germination ou les autres actes de la végétation.

De l'action des courants sur l’alcool et l'éther, et divers autres composés.

Toutes les fois que l’on soiiment à l’action d’une pile , composée d’un certain nombre d’éléments, de l'alcool tenant en dissolution diverses substances, même en très-petites quantités, il y a des signes évidents de décomposition. Si l’alcool renferme de potasse caustique, il y a dégagement de gaz au pôle négatif seulement. L’analyse de ce gaz donne des proportions variables d’bydrogène et d’air atmosphérique. En opérant hors du contact de l’air, on n’a que de l’hydrogène pur.

M. Connell, en soumettant à l’aetion d’une pile de 60 couples trois grammes d’alcool à 0,7928 et 19° de température, a obtenu, en moins d’un quart d’heure, au pôle négatif, un ponce cubique de gaz; le

310 ELEMENTS D’ÉLECTBO CHtMIE.

liquide prit une couleur rougeiltre, et il se déposa peu à peu au fond du vase une matière blanche qui était du carbonate de potasse; la couleur rouge provenait de la formation d'une matière résineuse au pôle positif. Il a obtenu aussi un dégagement de gaz à cc pôle, avec de l’alcool ayant une densité de 0,8358, et tenant en dissolution environ de potasse. Tout porte à croire que l’action produite était due en partie à la décomposition de l'eau contenue dans l’alcool ; l'hydrogène était transporté au pôle négatif, tandis que l'oxygène produisait des effets secondaires au pôle positif. Car la quantité d'hydrogène recueillie était la même [que celle obtenue dans un voltaimètie , faisant partie du circuit.

En opérant avec une très-forte pile sur de l'alcool pur, l’eau de combinaison est seule décomposée ; l’hydrogène se dégage au pôle négatif, tandis que l’oxygène produit des composés secondaires à l’autre pôle. Eu plaçant un volta'imètre dans le circuit, on recueille encore la même quantité d’hydrogène ; ainsi il n’est pas permis de douter que l’eau ne soit le sujet de la décomposition et qu’elle ne soit aussi un des principes constituants de l’alcool. Ce qui tend encore à confirnjer cette conjecture, c’est qu’eu expérimentant sur de l’alcool pur, on ne tarde pas à développer l’odeur de l'éther. L’alcool ou l’hydrate d’étiier aurait donc été décomposé eu ses deux principes, et les deux éléments de l’eau auraient été séparés en même temps.

On ne peut se faire une idée de la quantité minime de potasse qu’il faut ajouter à l’alcool pur pour avoir des indices de décomposition. .\vec une pile de 50 couples , si l’alcool renferme s^ôde potasse, on aperçoit aussitôt un faible courant de petites bulles au pôle négatif. Il est probable que la présence de la potasse augmente suffisamment la conductibilité de l’alcool pour déterminer l’action électro-chimique.

L’éther rectifié, soumis au même mode d’expérimentation que l’alcool , ne donne que des résultats négatifs. À la vérité , il ne dissout qu’une quantité à peine perceptible de potasse. 11 en est encore de même en opérant avec une forte solution éthérée de deutochlorure de mercure, de chlorure de platine, etc. , etc. Il est donc probable que l’éther ne renferme pas d’eau de combinaison , à moins cependant qu’il ne se forme des produits secondaires pendant l’électrisation.

L’esprit pyroligneux, soumis à l’action volta'ique, conduit èdes résultats semblables à ceux obtenus avec l’alcool; seulement, comme la quantité absolue d’eau est peu considérable, il faut agir avec des courants moins puissants.

On a soumis à l’action d’une pile de 72 éléments de l’esprit pyroli-

C11A1>ITBE VI.

gneux rectifié dans un tube au moyen de deux lames de platine ; en quelques minutes il s’e.st dégagé du gaz, qui a été recueilli sur le mercure ; les lames de platine ayant été placées à qnel(|ue3 millimètres de distance , on a eu du gaz bydrogène, mêlé d’air atmosphérique et de vapeur d’esprit pyroligneux , au pôle négatif. Une petite quautitc de potasse caustique activait fortement faction décomposante, comme avec l’alcool.

Lorsque l’esprit pyroligneux ne renferme qu’une tres-petite quantité de potasse, il n’y a pas de formation de carbonate de potasse; mais il n'en est pas de même en employant une forte solution d’alcali. Dans ce cas, et eu ne se servant que d’une pile de 36 couples, il se dégage du gaz sur les deux lames, mais plus abondamment sur la lame négative que sur l’autre. Le liquide bouillonne en quelques minutes et acquiert bientôt une couleur rouge et une forte odeur ; il se déposé en môme temps du carbonate de potas.se ; mélangé avec de l’eau, il se trouble et se colore en jaune par suite de la séparation de la matière résineuse ou autre qui se forme pendant faction voltaïque. On voit donc qu’avec l'esprit pjroligneux, comme avec falcool , feau est décomposée. On est porté à croire que l’accroissement qu'éprouve faction voltaïque par la présence de la potasse dans l'un de ces deux composés, peut provenir, comme nous l’avons dit plus haut, d’une faculté conductrice plus grande qu’acquiert le liquide, ou peut-être encore de l’affinité de la potasse pour les produits secondaires.

D’après l’analogie d’aetiou qu’éprouvent faleool et fesprit pyroligneux, soumis à faction voltaïque, on peut considérer fesprit pyroligneux comme un hydrate d’ether pyroligneux , de même que l'alcool est un hydrate d'éther sulfurique. D'après ces idées, et la composition chimique, on aurait pour la formule de fétlier pyroligneux

G* 0, et pour celle de fesprit pyroligneux H* G’ 0 -f- H’ 0.

Décomposition électro-chimique des solutions alcooliques.

Nous allons retrouver des effets analogues aux précédents dans faction de l'électricité sur les solutions alcooliques.

Lorsqu'un oxacide à base assez puissante, comme le nitrate de chaux, est dissous dans falcool absolu, l'acide et la base cheminent chacun à leur pôle respectif, comme dans une solution aqueuse; mais faction est beaucoup plus lente. Il y a dégagement de gaz au pôle négatif et peu ou point au pôle positif. Si l’oxyde est facilement réductible , le dégagement est nécessairement moindre.

313 ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CBIHIE.

M. Comiell, qui s’est beaucoup occupé de cette question, a conclu de ses expériences, que tout tend à prouver, conformément au principe précédemment énoncé , que lorsque des solutions alcooliques d’acide, d’alcali et de sels oxacides, sont soumises à l’action d'un courant, l’eau de l'alcool est le sujet de l’action directe du courant, tandis que les corps dissous, à l’exception des sels oxacides, ne sont pas décomposés. Quant aux solutions alcooliques des sels haloides, il est permis de croire, d’après la présence de l’élément électronégatif au pôle positif, du moins avec des iodures , que c’est réellement le sel haloïde qui est directement décomposé, et que la quantité défînie d’hydrogène, recueillie au pôle négatif, provient de la réaction du métal du sel décomposé sur l’eau constituante de l’alcool.

Des modifications chimiques qu’éprouvent l'acool et l’éther sous la double influence d’un courant voltaïque et du platine.

f Le platine, dans un grand état de division, détermine l’alcool à absorber assez rapidement de t’oxygène qui se combine avec une portion de son hydrogène. M. Scliœnbein a pensé qu’il était probable que l’oxygène à l’état naissant et qui se dégage sous l’action du courant , devait agir de la même manière sur l’alcool et l’éther. Cette conjecture a été vérifiée de la manière suivante : on prend un mélange de 1 volume d’eau et 2 volumes d'alcool , dans lequel on fait dissoudre une petite quantité d’acide phosphorique hydraté, pour augmenter la conductibilité du mélange. Si l’on fait passer dans ce liquide le courant d’une pile de IG couples, que l’on prenne une éponge de platine pour électrode positive, il ne se dégage pas d’oxygène sur l’éponge, pourvu toutefois qu’on l'ait fait chauffer jusqu’au rouge avant l’immersion. En substituant un fil de platine à l’éponge, il se dégage toujours de l’oxygène, quel que soit le mode de préparation qu’on lui ait fait subir. On ne peut savoir ce qui se passe dans cette circonstance, attendu que M. Schœnbein n’a pas analysé le liquide; mais il est probable qu’il a dû se former de l’éther oxygéné de Dœbereiner ou de l’acétate d’éther de M. Liéhig.

Si l’on opère sur un mélange formé de volumes égaux d’eau , d'alcool et d’acide sulfurique ordinaire, on obtient des résultats qui s’accordent parfaitement avec ceux dont on vient de parler. Ce n’est qu’en se servant d’éponge de platine comme électrode positive que le dégagement d’oxygène peut être entièrement arrêté, et que l’on sent fodeur d’acétatc d’éther sur la surface du métal.

CRAPITBE VI.

Eu opérant avec un mélange d’un volume d’acide nitrique à 1,35 et d’un volume d’alcool , il ne se dégage aucun gaz sur les électrodes, quand l’une et l’autre sont en éponges de platine. En se servant du platine compacte pour électrode négative, il se fait sur cette dernière un dégagement abondant d’hydrogène. Quand l’électrode positive est formée d’un peloton un peu gros défit de platine, on ne voit paraitre également aucune trace d’oxygène à sa surface. L’odeur d’acétate se fait sentir sur le platine en éponge ou en peloton , de même que dans les cas précédents.

Si l’on soumet à l’expérience un mélange composé de volumes égaux d’acide nitrique, d’alcool et d’eau , le dégagement d’hydrogène sur l’électrode négative formée d’une éponge de platine, a lieu sans difilculté, tandis qu’il ne se montre pas sur l’électrode positive formée de platine en éponge ou de platine compacte.

En prenant pour électrode positive un fil on une lame de fer, il y a un dégagement assez vif d’oxygène. Il semblerait résulter de là que le phénomène ne provient pas de ce que l’oxygène, étant à l’état naissant, réagit alors sur l’alcool , mais bien de l’influence exercée par le platine en éponge sur l’oxygène et l’hydrogène. En prenant pour électrode un fil d’or, il se dégagea sa surface de l’oxygène, mais en moins grande quantité que sur le fer.

Quoi qu’il en soit de cette explication, nous n’en pensons pas moins que l’action combinée des courants et des éponges métalliques peut être employée dans un grand nombre de cas , quand on v;cut étudier la composition chimique des substances organiques, et surtout déterminer la nature des principes immédiats qui peuvent exister tout formés dans ces substances ou se produire quand leurs éléments se séparent. Cette double action ne peut manquer de donner naissance à des effets puissants, à l’aide desquels on entrevoit la possibilité de produire quelques-uns des composés organiques analogues à ceux que l’on trouve dans la nature.

De l'influence de l'électricité sur la fermentation alcoolique.

Nous ne terminerons pas ce qui concerne les propriétés électrochimiques des matières organiques appartenant aux végétaux , sans dire quelques mots touchant l’influence qu’exerce l’électricité sur la fermentation alcoolique.

Lorsque l’on plonge deux fils de platine en relation avec une forte batterie voltaïque, dans du Jus de raisin conservé à l’abri du contact

314 ÉLKHEI^TS »’Él.BCTBO-CIUHIE.

de l’air, la fermenintion ne tarde pas à se manifester, comme l’a observé M. Gay-Lussac. Il en est encore de même à l’égard d’une dissolution sucrée, qui, sans l'action voltaïque, ne fermenterait que longtemps après. De là on doit conclure que le passage de l'électricité dans les substances fermentescibles y détermine un mouvement moléculaire capable de produire le phénomène. Serait-ce par hasard à la présence de l’oxygène résultant de la décomposition de l’eau , et qui est à l’état naissant, qu’on devrait attribuer l’effet? C'est ce qu’on ignore.

Les observations suivantes de M. Colin ne seront pas sans intérêt pour les personnes qui voudront étudier la question dont nous nous occupons.

L'extrait de levure ou ferment soluble, qui est une substance brune, savoureuse, aromatique, dont la solution ne s’altère pas sensiblement à l’air, se comporte comme un ferment , quand il a été purifié par l'alcool ; mais si l’on filtre la dissolution avant d’y ajouter du sucre, elle ne possède plus la propriété de transformer celui-ci en alcool ; on la lui rend au moyen de l'action voltaïque. Si l’on fait l’expérience sur un mélange de sucre et d’extraits préparés par des dissolutions alternatives et réitérées dans l’eau et l’alcool, il se dépose au pôle positif des petites écailles ou pellicules, et du gaz aux deux pèles. Si ce mélange, au lieu d’être électrisé, est abandonné à lui-même, il se prend au bout de huit ou dix jours en un liquide trouble et très-visqueux; si, dans cet état, on l’électrise pendant quelques minutes avec la machine électrique ou la bouteille de Leyde, la fermentation s’y établit au bout de peu de jours, quoique lentement. Cette opération dure trois semaines; la liqueur alcoolique devient gazeuse et muqueuse, et on en sépare de la gomme avec le filtre.

On voit par là que la levure, dans un certain état, peut convertir en alcool ou en gomme la matière sucrée , selon que l’on emploie ou non l’action de l’électricité.

De la présente de l’électricité dans les animaux.

Dans les animaux , comme dans les végétaux, il y a une cause générale de dégagement de l’électricité , laquelle se manifeste toutes les fois que deux liquides différents sont séparés par une membrane perméable, qui leur permet de réagir continuellement l’un sur l'autre. Ainsi, si l'on place dans la bouche, qui est ordinairement alcaline , une lame de platine , et sur la peau , qui

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ClUPITBB VI.

sécrète un liquide acide, une autre lame, l'une et l'autre lame en relation avec un multiplicateur, on a un courant qui se dirige de la bouche à la peau à travers les muscles et les membranes. En plaçant une des lames dans la vessie , l'autre dans le foie d'un animal , on a un courant qui va du foie à la vessie, en raison des liquides alcalins et acides que renferment ces organes. On pourrait citer mille exemples du même genre qui tendent à faire croire qu'il existe dans l'intérieur des animaux une foule de courants électriques , auxquels les nerfs et diverses membranes servent de conducteurs. L'expérience de Bacomio, précédemment citée, sert à justifier cette conjecture. Nous ajouterons enfin que certains poissons élaborent de rélcctrieité, qui se présente à nous avec tous les caractères que nous lui reconnaissons; nous voulons parler de la torpille, du gymnote et du silure.

Nous ne décrirons pas les effets physiologiques produits , quand on touche un de ces poissons avec la main , attendu qu'ils ne sauraient trouver place ici ; nous dirons seulement qu'on est parvenu avec féleclricité animale à opérer des décompositions chimiques. Nous renvoyons, pour tout ce qui concerne les phénomènes des poissons électriques, a notre Traité d’électricité, t. X, p. 255; t. V, partie, p. 302 ; 2® partie, p. 244.

Action de r électricité sur les matières animales.

Quand l'électricité traverse un corps, elle exerce, outre l'action chimique, une action répulsive sur toutes ses parties. Si son énergie est suffisante pour vaincre la force d’agrégation, le corps se trouve brisé . en mille parties, fondu ou volatilisé, suivant sa nature. C’est ainsi que MM. Prévost et Dumas , en faisant passer une étincelle électrique à travers une petite goutte de sang , ont observé que celle-ci prenait un aspect framboisé, annonçant la séparation partielle des globules élémentaires qui la composaient. Passons à l’action voltaïque.

Si l’on soumet pendant plusieurs jours à l’action d’une batterie voltaïque composée d’un grand nombre d’éléments , un morceau de chair musculaire servant à établir la communication entre deux vases remplis d’eau distillée, dans chacun desquels plonge une lame de platine en relation avec la batterie, ce morceau dev ient sec et dur, et ne laisse aucune trace de matière saline après l'iucinération. Dans le vase négatif, on trouve de la potasse , de la sonde , de l’ommoiiiaque et de la chaux; dans le vase positif, de l’acide sulfurique, de

316 ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CHIMIE.

l’acide nitrique , de l’acide chlorhydrique et de l’acide phosphorique. On voit donc qu’il ne restait plus du morceau de chair musculaire que des charbons et des matières ne contenant pius ni alcalis, ni terre.

Davy, en soumettant à l’action d’un courant traversant deux vases remplis d’eau distillée, mis en relation avec une matière organique vivante, de la substance animale, est parvenu également à vaincre les affinités de certaines combinaisons. Ayant plongé scs doigts , préalablement lavés avec de l’eau distillée, dans le vase positif, renfermant de l’eau très-pure, il apparut rapidement une substance acide, qui avait les caractères d’un mélange d’acide chlorhydrique, d’acide phosphorique et d’acide sulfurique. En plongeant le doigt dans le vase négatif, il s’y manifeste promptement aussi une substance alcaline fixe. Or, puisque les substances acides et alcalines peuvent être séparées de leur combinaison dans les corps vivants, au moyen des forces électriques, il est possible d’introduire par le même moyen, dans l’intérieur du corps, diverses substances capables de réagir chimiquement sur les organes.

Il suffit pour cela d’humecter un linge de la dissolution contenant le principe que l’on veut introduire (supposons une dissolution d’iodure de potassium) , de l’appliquer sur une partie quelconque du corps, de poser dessus une lame de platine en relation avec le pèle négatif, et d’introduire dans une autre partie , au moyen de l’acupuncture , une aiguille de platine communiquant avec l’autre pèle; on ne tarde pas à reconnaître avec des réactifs convenables la présence de l’iode à l’extrémité de la pointe.

De la coagulation de l'albumine.

L’albumine joue un si grand rôle dans l’économie animale , que • quiconque veut appliquer l’électricité à l’examen des composés liquides qui en dépendent, doit connaître le mode d’action qu’exercent les courants sur cette substance.

Brandt avait observé que l’albumine ou blanc d’œuf se coagulait au pôle positif. MM. Prévost et Dumas reconnurent en outre qu’il se formait au pôle négatif une substance analogue' à la gelée parfaiment transparente et possédant des propriétés propres au mucus. Ces deux coagulum sont, l’un , de l’albumine combinée avec l’acide qui se porte au pôle positif, et l’autre, de l’albumine combinée avec de l’alcali qui se rend au pôle négatif.

M. Dutrochet , en s’occupant de la même question , a reconnu également que les solutions alcalines concentrées coagulent l’albu-

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CHAPITBE VI.

raine, et que quelques aeides , tels que les acides acétique et phosphurique, dissolvent l'alburaine, quand ils n'ont qu’une énergie médiocre, tandis que l’acide nitrique ne produit l’effet que lorsqu’il est très-concentré. En étudiant avec un microscope les effets d’un courant sur du blanc d’œuf, placé sur une petite lame de verre entre les deux bouts libres de deux fils de platine en communication avec une pile , il a observé qu’il se formait autour du pôle positif une sorte d’atmosphère transparente, à laquelle il a donné le nom d’onde positive , et qui n’est autre que de l’albumine dissoute dans de l’acide faible ; autour de cette onde, et par conséquent dans l’albumine environnante , on aperçoit des ondulations continuelles. En soumettant à l’expérience de l’eau rendue émulsive par le jaune d’œuf, on observe d’autres effets : dès l’instant que les deux fils conjonctifs sont mis en communication avec la pile , on voit une onde diaphane jaunâtre naître autour du pôle négatif, et une onde opaque à sa circonférence et diaphane jauniUre à son centre au pôle positif. L’onde alcaline parait être due à la matière organiiiue du jaune d’œuf dissoute dans un alcali , et l’onde positive à la même matière dissoute dans un acide, l’acide et l’alcali provenant de la décomposition électro-chimique des sels contenus dans le liquide.

I.es deux matières organiques, dissoutes l’une dans un acide, l’autre dans un alcali , conservent leur structure globulaire ; ce sont les petits globules qui , par leur rapproehement , forment la partie opaque de fonde positive. Quoiqu’on n’apereoive aucun globule dans fonde négative, il en existe cependant, comme on peut le voir, en substituant au jaune d’œuf quelques gouttes de lait. Les deux ondes s’éloignent de plus en plus des pôles, et finissent par se toucher. A leur intersection commune , il se forme un solide allongé , formé d’un agglomérat de globules. En intervertissant les communications avec la pile, e’est-à-dire en rendant le fil positif négatif, et réciproquement, il se produit une autre série de phénomènes : le coagulum central s’efface peu à peu , la matière est dissoute et finit par disparaître entièrement. On voit alors apparaître deux nouvelles ondes semblables aux précédentes, et qui s'avancent et produisent les mêmes effets.

Si l’on ajoute à l’émulsion de jaune d’œuf, une quantité extrêmement petite d’alcali , on n’obtient plus qu’une seule onde, qui est celle du pôle positif; tout le reste du liquide forme fonde négative. Le coagulum a lieu toujours à la jonction commune ; en rendant féraulsion légèrement acide, il ne se manifeste que fonde alcaline.

CHAnTRE vlr.

crétion. Si l’électricité est négative, la réaction électro-chimique contrarie l’action vitale, puisqu’elle tend à attirer sur la peau des alcalis. Il doit se produire des effets du même genre dans l’intérieur du corps, sous rinfluciiee de l’électricité atmosphérique.

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