‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 41 sur 58 · BRIQUES DE NIMROUD · texte numérisé non relu

BRIQUES DE NIMROUD

Elle se traduit ainsi :

PALAIS DE BELOCHUS, ROI GRAND, ROI PUISSANT , ROI DES BATAILLONS, ROI DU PAYS D'ASSOUR, FILS DE SAMAS AO, ROI DES LÉGIONS, etc. , FILS DE SALMANASSAR , ROI DES LÉGIONS, etC., FILS DE SARDANAPALE,

ROI DES LÉGIONS, etc.

Nous avons donc six générations de rois et la certitude de l'ordre dans lequel les monuments qu'ils ont construits, et les faits que les inscriptions raconteront un jour, doivent être chronologiquement classés.

Nous avons déjà rencontré le nom de Sargon, dont nous

avons même cité la légende, qui a été traduite, pour la première

ÉCRITURES ANARIENNES. 234

fois, par M. de Longpérier. Son nom se trouve sur tous les marbres du palais de Khorsabad; mais ce nom se présente seul, il ne rappelle jamais ses ancêtres. On a su plus tard, par d’autres documents et par l’étymologie de ce même nom, que Sargon, roi de fait, qui inaugurait une dynastie nouvelle, était un usurpateur qui avait enlevé le trône à Salmanassar IV, alors en Judée. Si nous n'avons pas ses aïeux, nous avons des documents qui nous font connaître sa ligne descendante. Aïnsi, nous trouvons sur des

briques l'inscription suivante :

sllEnie sens s LE PERTE KE FT TI ÉO—

(BRIQUES DE KOYOUNDIIK, )

C’est encore la même formule qui enveloppe deux noms royaux, ceux du fils et du petit-fils de Sargon; nous avons déjà, d’après M. Hincks, cité la traduction d’un de ces noms, c’est celui de Sennachérib ; nous appellerons l’autre Assarhaddon, et l'inscription

nous donnera :

PALAIS D'ASSARHADDON , ROI PUISSANT , ROI DES BATAILLONS, FILS DE SENNACHÉRIB, ROI DES BATAILLONS, efC., FILS DE SARGON,

ROT DES BATAILLONS, etc.

Nous avons donc encore une nouvelle dynastie, mais qu'aucun

document ne vient relier à la première. Nous n'insisterons pas

D ÉCRITURES ANARIENNES.

plus long-temps sur ces inscriptions : ce que nous en avons dit suffit pour démontrer la légitimité des travaux qui ont essayé de fixer, par des données chronologiques ou archéologiques , de nouveaux éléments. Quelques-uns de ces rois, plus ou moins connus , dont on lisait plus ou moins bien les noms, devaient, un jour ou un autre, rencontrer l’histoire du peuple de Dieu, nous présenter aussi, dans leur propre histoire, les noms d’Ézéchias, de Sidon, de Jérusalem, etc., et nous fournir de nouveaux et solides points d'appui pour nous avancer de plus en plus dans la connaissance de ces documents, dont les difficultés augmentaient avec le nombre, et dont le nombre même apportait cependant des moyens de solution plus faciles et plus sûrs.

Jusqu'ici la marche du déchiffrement paraissait entrer dans une voie qui ne connaissait d'obstacle que la rareté des documents fournis par les inscriptions trilingues, pour composer , à l’aide des valeurs fournies par les noms propres, un alphabet syllabique qui aurait permis de tout lire et de tout transcrire dans une langue encore inconnue, il est vrai, mais dont le caractère sémitique était déjà assez clairement indiqué pour qu’on püût espérer de trouver, dans les racines que ces inscriptions pouvaient offrir , la signification des mots et des phrases qu’on allait articuler. Aussi on attendait avec impatience le texte assyrien de Bisitoun, qui devait donner la transcription d’une centaine de noms propres connus par le texte perse.

Enfin, sir Henry Rawlinson publia ce document dans les HMemoires de la Société asiatique de Londres (1), avec une transcrip-

tion et une traduction interlinéaire, Il y a joint un alphabet

(4) Babylonian translation of the great persian inscription at Behistun indiscriminate liste of babylonian and assyrian characters, analyse of babylonian text , ete, etc. { Journal of the royal Asiatie Society, vol. XIV, part I. 1851),

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qui donna la valeur de 246 caractères. Ses observations à l'appui comprennent une analyse de la première colonne et la justification des deux ou trois premières lettres de l'alphabet.

Ce travail a eu surtout le grand défaut de s’être fait long-temps attendre, et de plus, sur certains points, d’être resté en arrière des progrès accomplis par les travaux des savants d'Europe : sir Henry Rawlinson paraît les avoir ignorés. S'il eût été mieux renseigné sur les découvertes du D' Hincks ou s’il en avait tiré tout le parti possible, en présence de l’abondance des matériaux que lui fournissait ce document, il eût, à coup sûr, été fixé sur le syllabisme de l'écriture assyrienne. Il aurait pu en puiser le germe dans les Mémoires de M. de Sauley, et il aurait su que le D' Hincks avait élevé ce fait à la hauteur d’un principe. Sir H. Rawlinson ne fit que l’entrevoir : «illui parut, dit-il, que certains signesexprimaient « tantôt une syllabe, tantôt une simple lettre. Ainsi, les deux pre- « miers signes du nom de la Cappadoce (Katpataku) représentent

« l'articulation Æat; mais le premier signe a la valeur bien constatée

D" — « de Ka, « | | , et le second celle de at, =] . Dans

« le concours de ces deux signes, comment distinguer celui qui

« conserve sa valeur syllabique de celui qui perd sa voyelle ? » Sir H. Rawlinson s’en tient à cette remarque ; seulement il se félicite d’avoir été le premier à annoncer ce phénomène, et d’avoir con- staté que les signes assyriens expriment, tantôt des lettres isolées, et tantôt des syllabes. Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer ici que c’est la deuxième fois que le savant colonel trouve en Perse, le premier, des choses que l'on a rencontrées avant lui en Europe, en France, en Allemagne et en Angleterre. Quoi qu’il en soit, le syllabisme était encore entrevu : nous dirons plus tard comment on en a formulé la loi, en se débarrassant du principe

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des homophones ; mais le moment de cette précieuse découverte n'était pas arrivé.

Nous pouvons nous montrer d'autant plus sévère sur les découvertes du colonel anglais, que nous en rencontrons une ici qui lui appartient bien en propre, et dont l'importance est aussi grande, dans la lecture des textes assyriens , que celle du syllabisme. Nous voulons parler du fait de la polyphonie.

Sir H. Rawlinson remarqua que certains signes n'avaient pas toujours la même valeur; que le signe qu’il avait lu A, par exemple, dans la transcription d’un nom propre, de plusieurs noms propres même, devait se lire PAL dans un autre ; que tel signe avait ainsi les valeurs de KHI et de DA, tel autre celles de KUV et de BIL, et ainsi de suite. Ces signes étaient, en un mot, polyphones , c’est-à-dire susceptibles de plusieurs valeurs et de plusieurs sons.

Ce fut un grand embarras qu'une pareïlle découverte ; car on comprit aussitôt que, si elle était réelle, il fallait trouver un principe pour dire, lorsqu'on ne sera plus guidé par une transcription dans une langue connue, la valeur que tel signe doit avoir dans la composition d’un mot ; mais alors qui pouvait prévoir les limites ou l'étendue d’un pareil phénomène ? Quel nouveau guide pouvait-on soupçonner pour éclairer ces textes encore incompris, qui n'ont plus leur contrôle dans aucun livre, sur aucun monument ?

Mais ce n’est pas tout : le texte de Bisitoun devait renfermer le nom de VNabuchodonosor, dont le D' Hincks avait déjà donné , sur les indications de Grotefend, la transcription qu’il avait lue sur les briques de Babylone. On devait s'attendre à en avoir la forme assyrienne exacte; car la transcription perse le désignait clairement, et il était conservé trois fois dans le texte assyrien.

Nouvel embarras ! Si les lettres que l’on voyait sur les briques,

ÉCRITURES ANARIENNES, 235

sur le cylindre de Ker Poter, permettaient d’articuler d’une manière satisfaisante au moins la fin de ce nom, il était impossible de le retrouver sur le roc de Bisitoun ; en effet, le groupe corres-

pondant au perse Nabuchudracara s’y présentait ainsi :

ET ET, AN PA sA DU SIS , et se lisait, en appliquant à ce nom les valeurs fournies par les noms propres perses , AN PA SA DU SIS.

Et pourtant ce nom représentait bien le nom du texte perse; c'était bien le même nom que l’on avait voulu écrire, et, si les Perses l’écrivaient Nabuchudracara, c’est qu’ils entendaient des sons peu différents de ceux qu'ils reproduisaient et qui ne pouvaient provenir d’un nom, si travesti qu’il pût être, qui aurait été prononcé ANPASADUSIS. Aussi, sir H. Rawlinson n’hésita pas à considérer que la nature idéographique de l'écriture assyrienne ne se bornait pas à un seul signe, comme nousen avions la preuve par les autres inscriptions trilingues, mais qu'elle s’étendait à une suite de signes qui formaient ce que l'on a appelé plus tard des idéogrammes complexes, et que ces signes empruntaient à cette expression idéographique des prononciations différentes de celles qu'ils avaient dans d'autres circonstances. Nous verrons plus tard l'étendue de ce principe. Car le nom de Nabuchodonosor n’est pas le seul dans ce cas; d’autres noms propres présentent le même phénomène : ainsi le nom de la Suziane est écrit NUM.MA. KI (?), celui de Babylone DIN.TIR.KI (?). Il y avait donc encore un principe nouveau à chercher, puisque les données que l’on appli-

quait à la transcription des noms propres perses faisaient défaut

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dès qu'il s'agissait d'interpréter les noms assyriens, et ne suffisaient pas pour vaincre toutes les difficultés. |

Quoi qu'il en soit, ces faits, avant même qu’on en eût vérifié la rigoureuse exactitude, frappèrent de discrédit les traductions du savant colonel et rejaillirent même sur l'étude des textes assyriens ; ils firent naître chez quelques-uns le découragement, chez le plus grand nombre le doute, et les découvertes les plus sérieusement établies ne furent plus accueillies que par l'indifférence ou

l’incrédulité.

Cependant le D' Hincks n’en continuait pas moins ses travaux. Dans son Mémoire sur les caractères assyro-babyloniens, publié en 1852 (1), il s’attacha à justifier toutes les valeurs que l’on pouvait sûrement attribuer aux caractères assyriens ; le syllabisme de l'écriture ne fit plus question. Il prouva qu’il y avait des signes qui représentaient ma, da, ta, mi, di, ti, de même que des signes pour représenter ad, am, ar, etc., et enfin des signes pour représenter des syllabes, que nous pouvons appeler dès à présent syllabes complexes où composées, c'est-à-dire dans lesquelles il entre deux consonnes, telles que ras, cam, dam, din, etc.

Vers la même époque , M. de Saulcy fit paraître une lettre sur l'état où se trouvaient les travaux relatifs à ces matières; il jugea les siens avec une grande sévérité ; c’est tout au plus s’il se rendit justice pour les 68 valeurs qu’il avait déterminées le premier, et qui ont si puissamment aidé au déchiffrement ultérieur ; mais le fait de la polyphonie est quelque chose qui lui parut si bizarre, si extraordinaire, si impossible, qu'il n’hésita pas à le

signaler à la défiance des savants comme un phénomène qui ne

(1) On the assyrio-babylonian phonetic characters ; from the Transactions of the royal Lrish Academy. Vol, XXII, Dublin, 1852.

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pouvait être accepté que sur les plus convaincantes démonstrations (1).

Grotefend ne s'était pas réduit au silence depuis sa fameuse découverte sur le premier système, et pourtant ses travaux laissaient à peu près entières les nouvelles difficultés que chaque découverte faisait surgir. On eût dit que son génie avait été frappé d'impuissance après ses premières recherches, comme si Dieu n'avait pas permis que toutes ces résurrections fussent l’œuvre d’un seul homme pour être celles de l'humanité. Mais les travaux continuaient en Angleterre et en Allemagne, et l’on étudiait avidement chaque détail qui pouvait amener de nouvelles découvertes (2). M. Layard venait, du reste, de publier les résul-

tats de son deuxième voyage (3).

Cependant , depuis plus de deux ans, le texte de Behistun si impatiemment attendu était publié en Europe et n'avait provoqué aucun examen sérieux. En France, un seul homme pouvait le faire d’une manière utile : cette tâche revenait évidemment à M. de Sauley. Il publia l'analyse de ce document dans le Journal de la Société asiatique de France (4).

Sa méthode est la même que celle qu’il a suivie dans l'analyse des textes précédents ; M. de Saulcy résiste encore au syllabisme

de l’écriture assyrienne; mais il est tellement pénétré du sémi-

(1) Déchiffrement des écritures cunéiformes (Extrait de la Revue orientale, juin 1852).

(2) Discoveries in the ruins of Nineveh and Babylon with travels in Armenia, Kurdistan and the desert : being the result of a second expedition undertaken for the Trustees of British Museum, by À. L. Layard, London, 1853.

(3) À second series of monuments of Nineveh illustrating M. Layard's. Second Expedition to Assyria from drawing made on the spot, chiefly relating to the wars and exploits of Sennacherib,

(4) Traduction de l'inscription assyrienne de Behistun (Extrait du Journal asiatique de 1854).

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tisme de la langue, qu'il articule forcément la plupart des signes auxquels il donne la valeur de simples consonnes avec les voyelles dont on reconnaîtra plus tard l’inhérence : de sorte que l'alphabet qu'il a dressé comprend déjà, d’une manière à peu près certaine, presque toutes les valeurs des signes qui expriment des syllabes simples, c’est-à-dire ce qu'il y a d’essentiel pour la lecture des textes assyriens.

Le mémoire de M. de Saulcy est suivi d’un vocabulaire qui justifie toutes ses transcriptions et qui résume tous les mots renfermés dans les inscriptions trilingues dont il avait déjà donné des traductions. Ce mémoire termine aïnsi la liste des travaux qu’on pouvait entreprendre sur ces textes : pour faire un pas de plus, il fallait enfin aborder les inscriptions unilingues de Ninive et de Babylone.

Le D' Hincks comprit , un des premiers , tout le parti que l’on pouvait tirer des articulations assyriennes bien déterminées pour fixer le caractère général de l’idiome qu’on devait interpréter; il paraissait déjà démontré que les inscriptions unilingues de Ninive et de Babylone reproduisaient la même langue que celle des inscriptions trilingues ; on voyait les mêmes formes reproduites dans des inscriptions dont le texte perse ne donnait plus la traduction ; et l’on cherchait, puisque cette traduction manquait, comment faire pour aller plus loin. — II fallait enfin quitter les textes dans lesquels on avait eu un guide qui nous avait ainsi conduits, pour ainsi dire par la main, en présence des difficultés nouvelles.

On peut se demander sans doute s’il eût été possible d’arriver à traduire l’assyrien sans le secours du perse ?— Le problème eût été évidemment plus difficile à résoudre, mais je n'hésite pas à dire qu'on y serait parvenu. Quoi qu’ilen soit, ce n’est pas la voie qui a été suivie, et, pour prouver qu’on eût pu réussir ainsi directement,

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il faudrait faire abstraction d’une foule de découvertes sur lesquelles il est impossible aujourd’hui de fermer les veux.

Cependant le D' Hincks semble s'être attaché particulièrement à bien déterminer la lecture des textes; il détermina les flexions pronominales (1); et, dans une série d’articles sur le verbe assyrien (2), il caractérisa les voix et les temps. L’idiome était fixé : il ne s'agissait plus, pour interpréter les textes, que de bien saisir les racines et de les suivre dans leurs différentes acceptions, malgré les difficultés de lecture que le système graphique pouvait encore opposer.

Sir H. Rawlinson poursuivait également ses études, et sans négliger ses recherches sur le côté purement philologique que l'examen des formes de la langue pouvait lui offrir, il essayait déjà de montrer l'importance historique des textes qui s’ouvraient devant nous. C’est du moins ce qui paraît résulter des travaux qu'il publia , cette année , dans le Journal de la Société asiatique (3).

Malgré les difficultés que ces textes présentaient, ceux qui s'étaient engagés dans cette voie ne songeaient pas à reculer, et le déchiffrement faisait toujours des progrès rapides ; les méditations individuelles, éveillées sur plusieurs points à la fois, en France, en Angleterre, en Allemagne, se faisaient jour dans des brochures, dans des publications périodiques , où l’on attaquait par différents côtés ces obscurs problèmes qui se laissaient de plus en plus pénétrer. Tout faisait pressentir que l’on devait attendre quelque grand travail d'ensemble pour fixer l'opinion qui, parti-

(4) On the personal pronoms of the Assyrian and other languages, from the Transactions of the royal frish Society, vol. XXI. Dublin, 1854. (2) Onassyrian verb in the journal of sacred literature and biblical record, July 1855.

(8) Note on the early History of Babylonia ; on the orthography of some of the late royal names of Assyrian and Babylonian History.

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culièrement en Angleterre, se préoccupait de ces questions. Elles ne pouvaient, par leur nature, s’agiter que dans un cercle assez étroit ; mais, en dehors de ce cercle, on disait que les savants qui avaient le privilége de lire la langue des Assyriens avaient créé une langue factice , et qu'ils ne s’entendraient plus s’ils se trouvaient en présence (1).

Le phénomène de la polyphonie venait particulièrement à l'appui de cette opinion. Si les signes assyriens, disait-on, ont des valeurs multiples, comment, dans un travail qui aurait pour base un même texte encore incompris, les savants pourraient-ils , à

l'insu les uns des autres , attribuer aux mêmes signes les mêmes

(1) Voici, du reste, un passage de la traduction présentée par MM. Rawlinson, Talbot, Hincks et Oppert, à la Société asiatique de Londres, telle qu’elle a été comprise par ces quatre traducteurs : *

XLIX (vu. 47).

Rawvlinson.

Since a holy place, a noble hall,I have thus consecrated for the use of the great Gods, my lords, Anu and Vul, and have laid down an adytum for their special worship, and have finished it succesfully, and have delighted the hearts of their noble Godships, may Anu and Vul preserve me in power. May they support the men of my Government, May they establish the authority of my officers. May they bring the rain, the joy of the year, on the cultivated land and the desert during my time. In war and in battle may they preserve me victorious. Many foreign countries , turbulent nations, and hostile kings 1 have reduced under my yoke; to my children and descendants may they keep them in firm allegiance. I will lead my steps, firm as the mountains, to the last days before Ashur and their noble Godships.

Talbot.

In like manner, then, as I have made this splendid building and lofty temple, for the dwelling of Anu and Yem, the great Gods my lords, and have made it great, and have finished it completely, and have constructed within it the thrones of their great divinities ; so may Anu and Yem be constantly propitious unto me. May they exalt the works of my hands! May they hear the supplication of my prayers!- Through many years (?).

May they grant their blessing (?) unto my son (?) And in war and battle may they support him in safety ! All the nations who are my enemies, and the cities that are heretical, and the kings who are my foes, may they subdue them all under my yoke! May they send me their blessing against my assailants, and my enemies, And my foot-steps in the book (or register ) of Ashur , and of their own great divinities, may they establish firmly as a rock unto future times,

valeurs , former ainsi des mots pour répondre aux mêmes racines et traduire les mêmes idées? S'ils se rencontrent, il faudra bien que quelque préférence commune , plus ou moins comprise , leur indique les mêmes lectures pour exprimer les mêmes mots, et que cette préférence soit le résultat d’un principe dont on sera fondé à chercher la loi.

Sous l’empire de ces idées , la Société royale asiatique de Londres provoqua une expérience dont le résultat ne pouvait manquer de frapper les esprits (1).

Dans le mois de mars 1857, M. Fox Talbot, déjà connu par ses

travaux sur les inscriptions assyriennes , devait à l’obligeance des

(4) Inscription of Tiglath Pileser 1, king of Assyria. B. C., 1150. As translated by sir H, Rawlinson, Fox Talbot, esq., D' Hincks and D’ Oppert.— Published by the royal asiatic Society. London, 1857.

XLIX (vu. 47).

Hincks.

As I have laboured on this excellent house, the ancient temple for the residence of Anu and Jv, the great Gods, my lords, and have not been idle , and have left nothing for another work, and have finished it in good time, and have gladdened the hearts of their great Godships ; so may Anu and Jv surely compass me about! and may they guide my weapons! and may they procure thick shields, with alternate plates of Brass and Iron, for my campaigns ! May they keep me 10 the end in the close and in the distant fight! May they niake all the different people that are hostile to me subject to me yoke, the Uribes that are refractory, and the kings that annoy me ! May they graciously draw near to my family and to my descendants! And may they establish my feet, firmly as a mountain, to future days, in the presence of Assur, and of their own great godheads,

Oppert.

As I have consecrated the sublime house, the venerable temple for the dwelling of Anu and Ao the great Gods, my lords, and have not profaned them ; as Ï have not favoured the committing of sin, and have terminated into their honour ; as I have obliged the heart of their divinity, may Anu and Ao for ever bless me! May they glorify the work of my hands, may they listen to the secret of my prayer! May they grant to my sword the force of union and long years of good augury and victory! May they assist me to the decision of battles and fighits ! May they render tributaries to my regions the whole of rebellious lands, the countries of obstinacy, and the kings who hate mc! May they put me inthe presence of my enemyes and assailants in a propitious moment! May they fortify for ever my power like mountains in the imitation of God Assur and the great divinilies, until the remotest days!

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administrateurs du British Museum la connaissance d’une épreuve lithographiée de la longue inscription qui recouvre les prismes de Tiglat-Pileser. Il en envoya une traduction sous pli cacheté à la Société asiatique, en engageant cette Société à provoquer des traductions indépendantes du même monument, pour les comparer ensuite et voir quel serait, d’après le résultat, l’état des études assyriennes. Le Conseil de la Société, sur la proposition de sir H. Rawlinson , se mit en mesure de satisfaire au désir de M. Fox Talbot; sir Henry Rawlinson promit en même temps de fournir une traduction. Le D' Hincks, ainsi que M. Oppert, qui se trouvaient alors à Londres , acceptèrent le concours , et un mois après tous les concurrents avaient terminé leur travail : l'épreuve a été des plus satisfaisantes.

Le 25 mai, les paquets furent ouverts ; les points de ressemblance furent notés avec soin, ainsi que les points de dissemblance. On constata les lacunes, et la Commission put se convaincre que l'épreuve était décisive; enfin, pour que tout le monde fût à même de savoir à quoi s’en tenir sur le résultat de ce concours , la Société asiatique fit imprimer sur quatre colonnes les quatre traductions. On peut ainsi saisir du même coup-d’œil les points sur lesquels les traducteurs se sont trouvés d'accord, ou ceux sur lesquels ils ont pu s’écarter plus ou moins les uns des autres.

Cette longue inscription fait connaître l’histoire des premières années du règne de Tiglat-Pileser I‘, roi d’Assyrie, qui régnait vers l’an 1150 avant J.-C.; elle traite différents sujets, en passant brusquement de l’un à l’autre; elle renferme un grand nombre de noms propres.

Beaucoup de passages ont été traduits absolument de la même

manière par les quatre traducteurs ; il y en a d’autres qui ne dif-

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fèrent que par un mot, une nuance, une expression plus ou moins heureuse.

Il était évident, après un pareil résultat, que les principes étaient acquis ; il s'agissait de les formuler. Nous sommes loin du temps où il fallait attendre le déchiffrement de deux lettres de l'alphabet perse pendant plus de dix années ; où Rask, en signalant l’'M et l’N de l’alphabet arien, faisait époque dans la science! Les progrès avaient été rapides ; la marche avait-elle été aussi sûre? Nous pourrions invoquer, à l’appui d’une réponse affirmative, des considérations semblables à celles qui enträinèrent la conviction , lorsqu'on s’est demandé si le texte perse était enfin lu et déchiffré. Les valeurs attribuées aux caractères assyriens donnent, en effet, comme les valeurs attribuées aux caractères ariens, les noms des princes achéménides, les noms des provinces de leur empire ; et les signes qui nous permettent de lire ces noms nous font lire également la traduction de leurs volontés, de leurs croyances et de leurs exploits. Mais ce n’est pas tout : ce sont les mêmes caractères que nous retrouvons sur les monuments unilingues de l’Assyrie , et ils nous ont permis de lire sur les bords de l’Euphrate les noms de Babylone et de Nabuchodonosor, dont les textes trilingues ne nous avaient donné que la forme idéographique; et nous avons lu également le récit des gigantesques travaux que ce prince avait entrepris dans la terre de Sennaar. Ce sont encore les mêmes caractères qui nous ont permis de lire, avec le nom de Ninive, le récit des principaux événements de l’empire d’Assyrie ; et, parmi les noms des rois vainqueurs où vaincus, parmi les noms des villes ou des provinces dont on se disputait la conquête, nous avons pu lire ceux d'Ézéchias et d’Abdimeleck, ainsi que ceux de Damas, de Tyr, de Sidon et de Jérusalem.

N’avons-nous donc pas de puissantes raisons de croire que nous

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lisons bien une langue nouvelle? Mais il y a plus : l'épreuve tentée par la Société asiatique de Londres ne devrait-elle pas être considérée comme décisive par ceux qui ne veulent pas approfondir la question par eux-mêmes? Un grand corps ne se compromettrait pas aux yeux des savants de l’Europe, aux yeux des corps savants du monde entier, pour prêter la main à une plaisanterie organisée par quatre personnes dont l’honorabilité proteste à elle seule contre toute supposition de connivence mesquine, lorsque la Commission, du reste, s’est assurée, par tous les moyens qui étaient en son pouvoir, de l'indépendance des travaux.

Désormais on doit donc considérer le problème comme résolu ; il ne reste plus aux savants, qui ont retrouvé ces lectures et cette langue , qu’à faire connaître les moyens qui les ont conduits à ce résultat ; tous les faits qui avaient arrêté la marche des progrès et dont on avait successivement triomphé, ne pouvaient pas sans doute amener immédiatement des principes dont la généralité eût été indiscutable ; mais les bases étaient posées et il ne s'agissait plus que de persévérer avec confiance dans la voie si péniblement ouverte.

Ces différents travaux laissaient, en effet, entrevoir que les faits déjà constatés pouvaient enfin se rattacher à des principes généraux et former un corps de doctrine pour devenir, non plus l'instrument d’un seul, mais le guide de tous ; il était temps que les savants, qui s’occupaient de la résurrection de l’Assyrie, vinssent dire à ceux qui voudraient prendre part à leurs découvertes pour les continuer ou pour les contrôler : Voilà ce que nous avons fait, et comment nous l’avons fait ; voilà comment vous pourrez le faire vous-mêmes , et pénétrer ainsi dans cette histoire qui se révèle à nous après tant de siècles d’oubli.

M. Oppert a compris le premier cette nouvelle tâche , et il a le

ÉCRITURES ANARIENNES. 245

premier systématisé ces faits dans ses publications assyriennes. Nous en avons la preuve dans son travail sur l'inscription de Borsippa (1), et particulièrement dans le second volume de la relation de son expédition en Mésopotamie. Ce sont les premiers travaux qui ont fait sortir les recherches du cercle où elles semblaient devoir rester confinées , ou du moins, je n’hésite pas à le dire , c’est à partir de cette époque que j'ai osé produire mes premiers essais de lecture et d'interprétation , après avoir long-temps cherché, dans d’autres travaux, la clef de cette bizarre écriture (2). Enfin c’est encore à partir de cette époque que les savants ont été mis à même de contrôler les moyens d'investigation qu'on appliquait à cette science nouvelle: je ne dois pas passer sous silence les critiques dont elle a été l’objet.

M. Renan, par la nature de ses travaux, était nécessairement désigné pour s'expliquer sur le caractère d’une langue qui demandait sa place parmi les langues sémitiques , et qu’il n'avait pu comprendre dans son ingénieux travail sur les idiomes des fils de Sem. Ses critiques se sont produites dans trois articles publiés par le Journal des Savants (3) ; elles révèlent, sans doute, le désir de s'initier aux procédés de lecture exposés par M. Oppert ; mais elles révèlent aussi le peu de persévérance que ce savant a mis à en faire l’application : aussi ses critiques sont, pour la plupart, d’une grande fragilité. Le jour où M. Renan voudra traduire un texte assyrien , il ne sera pas embarrassé par ses propres doutes ; la transcription d’un certain nombre d'inscriptions lui suffira

pour s'assurer de la justesse des valeurs dont M. Oppert n'avait

(4) Études assyriennes. Inscription de Borsippa. Paris, 1857 (Extrait du Journal asiatique , n° 3 , année 1857).

(2) Les Briques de Babylone. Essai de lecture et d'interprétation, br. in-8°, Juin 1859,

(3) Journal des Savants, mars 1859, p. 165; avril, p. 251 ; juin, p. 360.

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pas démontré l’origine rigoureuse , parce qu’il les considérait déjà comme acquises.

M. Renan admet le sémitisme d’un certain nombre d’expressions , mais il en conteste la lecture : ainsi, il se demande si la finale du groupe idéographique , qui se lit rabu { supra , p. 212), joue le rôle d’un complément phonétique. Il n’est pas convaincu de la lecture des signes qui composent les groupes que l’on articule sami, irsit, nisi, lisan, etc., etc. Ces doutes prouvent évidemment que M. Renan ne s’est pas assez familiarisé avec l’écriture anarienne ; car la lecture attentive de quelques noms propres eût suffi pour les dissiper. Ces valeurs étaient depuis long-temps acquises, et l’on ne pourrait plus aujourd’hui reproduire les critiques dont elles étaient l’objet, sans s’accuser d’une ignorance complète des principes les plus élémentaires de ces études.

Mais les critiques de M. Renan ne s’arrêtaient pas seulement aux bases du déchiffrement, elles portaient sur le caractère même de la langue. « Il n’y a pas, disait-il, de langue sémitique où dans ne se rende par 2; à par 5 ; tout par >, et la découverte d’une langue sémitique où dans se rend par ina; à par ana; tout par gab serait un phénomène presque aussi difficile à admettre pour le philologue que l’eût été pour Cuvier un carnassier à dents plates ou un mastodonte ailé (1). » — Ces critiques sont graves ; mais on peut se demander a priori pourquoi M. Renan, qui doute de la sincérité des lectures quand elles aboutissent à des transcriptions dont le sémitisme est évident, admet si facilement la lecture des mots dont le sémitisme lui répugne ?—Ne se pourrait-il pas que les expressions de cette nature soient mal lues? Alors l’objection

disparaîtrait. Mais si elles sont bien lues, si leur signification est

(1) Journal des Savants , avril 1859 , p. 246.

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déjà définitivement acquise, et si malgré ces formes la langue assyrienne reste sémitique dans son ensemble, il faut bien admettre ces étranges exceptions qui formeront, au milieu du caractère général des idiomes sémitiques , la différence spécifique de la langue assyrienne.

Quoi qu'il en soit, les critiques de M. Renan sont dominées par cette grave nbjection : Vous m'’apportez des traductions qui révèlent des faits inconnus à l’histoire ; des Sémites polythéistes ; une langue que vous dites appartenir à la grande famille des langues sémitiques, et dont l’écriture se lit de gauche à droite ; une langue qui présente des mots qu’on ne rencontre dans aucun groupe de cette famille; puis, pour justifier vos transcriptions, vous me présentez, au lieu d’un alphabet qui semble fait pour ces langues et pour ces peuples, un système graphique dont les valeurs, tantôt idéographiques , tantôt syllabiques et souvent polyphones, se prétent avec une élasticité effrayante à toutes les interprétations; et vous paraissez puiser dans ces valeurs si mobiles au gré de vos désirs, en choisissant celle qui va le mieux. N’y a-t-il pas quelque grand principe de lecture à découvrir, analogue à celui que Hincks a proclamé, pour enlever l'arbitraire aux transcriptions ? De quel secours le sémitisme de la langue assyrienne peut-il être pour déterminer une valeur, si cette valeur ne peut convenir qu’à un mot donné, et si elle peut être changée pour une autre qui s’appliquera à un autre mot dont le sémitisme réclamera la différence? Comment accepter là traduction des étranges prières que vous lisez sur les murs de Khorsabad, lorsque vos lectures reposent sur des conjectures si hasardées, sur une base aussi fragile?

Ces considérations étaient sérieuses : elles pesaient de tout leur poids sur les études assyriennes; en dehors des assyriologues,

elles pesaient de toute l’autorité qu’y donne la parole du savant

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auteur de l’histoire des langues sémitiques. Heureusement que les résultats sont venus en démontrer la faiblesse. Je ne veux pas dire, sans doute, que tous les faits qui ont arrêté la marche des progrès sont ou peuvent être élevés aujourd’hui à la hauteur d’un principe dont on a formulé la loi : il serait téméraire de l’affirmer. Toutefois, si quelques principes inaperçus sont encore enveloppés dans les inscriptions déjà traduites, l'ignorance dans laquelle on en est a rendu plus laborieuses et plus pénibles les traductions déjà acquises ; mais elles n’en sont pas moins solides. On peut en juger par le passé. Avant que le syllabisme ait été reconnu comme un principe fondamental de la lecture des textes assyriens, nous avons vu des traductions assyriennes , et la découverte de ce principe n’a apporté aucun changement aux traductions de ceux qui ne l’avaient pas encore reconnu. Il en sera de même pour l’avenir. Quels que soient les principes nouveaux que les recherches futures permettront de constater, les traductions déjà faites n’en subsisteront pas moins avec leur valeur réelle; seulement les traducteurs nouveaux auront moins de difficultés à vaincre, à mesure que les travaux de chaque jour aplaniront la route à ceux qui s’occuperont les derniers de cès textes. Aussi les critiques de M. Renan n'auront qu’un résultat sérieux :—d’une part, elles contribueront peut-être à amener les assyriologues à appuyer leurs lectures sur des commentaires plus explicites pour les faire accepter en dehors des hommes spéciaux qui se livrent à ces études ;—d’autre part, elles avertirontceux qui voudraientcontrôlerleurs travaux, qu’on n’aborde pas l'examen des résultats qu’ils annoncent avec des théories préconçues ; aussi je passerai sous silence les critiques de ceux qui n’ont fait que reproduire, en les affaiblissant, les arguments que M. Renan avait formulés (1). Les critiques vraiment profitables à la science

(4) Examen critique du déchiffrement des inscriptions cunéiformes assyriennes , par M. Ch. Schobel. Paris, 1864,

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se sont produites dans les lectures mêmes des assyriologues, qui n’ont jamais hésité à revenir sur leurs interprétations dès qu'ils ont trouvé ce qu’elles pouvaient contenir de défectueux. Cependant les travaux continuaient toujours et les études assyriennes en étaient arrivées à ce point, lorsqu’en 1860 nous avons publié la première édition de cet Exposé. Depuis lors des travaux importants ont été accomplis en France et en Angleterre. Je dois

les mentionner ici.

Les Trustees du British Museum avaient chargé, il y a quelques années, M. Norris et sir H. Rawlinson de la publication des principaux monuments épigraphiques que les découvertes assyriennes avaient mis au jour. Le premier volume a été publié en 1861 (1). Aujourd’hui, la plupart des inscriptions que ce volume renferme sont traduites et quelques-unes commentées. On peut donc maintenant se rendre compte de l’importance de cette publication. Le recueil se compose de soixante-dix planches in-folio. C’est un texte lithographié avec un grand soin, et qui nous donne un fac-simile très-satisfaisant des textes qu’il permet de consulter facilement désormais. :

Les inscriptions des rois du premier Empire de Chaldée comprennent un ensemble de quarante-cinq inscriptions qui s’appliquent à vingt-cinq rois ; elles sont relevées sur des briques, sur des tablettes, provenant en grande partie des fouilles exécutées dans la Basse-Chaldée, et nous fournissent les premiers renseignements que l’histoire peut invoquer sur cette époque reculée.

Les documents relatifs au grand Empire d’Assyrie sont les plus

nombreux et les plus étendus; ce sont, en général, de longues

(4) À selection from the historical Inscriptions of Chaldæa, Assyria and Babylonia. London, 1851,

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inscriptions qui nous racontent les conquêtes des souverains de l’Assyrie et les agrandissements successifs de leur domination. Je signalerai les plus importants.-— Et d’abord le long récit des exploits de Tiglat-Pileser [°; c’est cette inscription qui a servi , en 4857, à constater , devant la Société asiatique de Londres, l’état des découvertes philologiques assyriennes d’après quatre traductions présentées par MM. Fox Talbot, Rawlinson, Hincks et Oppert. On peut aujourd’hui contrôler facilement ces traductions, en les comparant au texte assyrien , et se rendre compte ainsi des difficultés que les traducteurs avaient alors à vaincre. La haute critique ne saurait s'exercer sur un sujet plus digne de son attention. — La plus longue inscription du recueil est celle de Sardanapale IT, qui régnait vers l’an 920 avant Jésus-Christ ; elle est reproduite d’après les marbres du grand temple , découvert par M. Layard à Nimroud , et les variantes résultent de la comparaison des passages de cette inscription répétés sur d’autres parties de l'édifice. — Une des plus curieuses inscriptions est celle de Samas-Phul ; elle est écrite en caractères archaïques de Ninive, et, sous ce rapport, elle donne des renseignements paléographiques de la plus grande importance. — Vient ensuite l'inscription dite du Baril de Sargon, copiée sur un des quatorze exemplaires que M. Place avait trouvés à Khorsabad.— Je citerai encore la longue inscription du prisme de Sennachérib ; et enfin l'inscription du prisme d’Assarhaddon , père du dernier Sardanapale. C’est là que s'arrêtent les documents relatifs au grand Empire d’Assyrie. Les nombreuses inscriptions trouvées dans le palais de Koyoundjik produiront à elles seules des échantillons suffisants pour remplir le second volume , dont la publication est depuis long-temps annoncée et qui ne doit plus se faire attendre.

Les renseignements qui nous sont fournis sur le dernier Em-

ÉCRITURES ANARIENNES. 251

pire de Chaldée sont d’une autre nature. Les inscriptions de cette période sont pour ainsi dire exclusivement architectoniques , si je puis m'exprimer ainsi. Parmi celles que la publication des Trustees du British Museum nous font connaître, la plus importante par son étendue émane de Nabuchodonosor ; c’est la reproduction de la fameuse inscription trouvée par sir Hartfort Jones à Bagdad, en 1802, et conservée au Musée de la Compagnie des Indes. Le monument le plus intéressant par les détails qu'il révèle appartient au règne de Nabonide / Nabouimiouk?), un des derniers rois -de l'Empire assyro-chaldéen. Malheureusement , ce n’est qu'un fragment. Il nous eût éclairé sur l’histoire des rois du premier Empire de Chaldée d’une manière satisfaisante, si l’on en juge par ce qui en reste. Nous y voyons , en effet, que Nabonide s’occupait avec une grande sagacité de la restauration des palais construits par les rois du premier Empire. Il recherchait les inscriptions qu'ils avaient tracées sur les tablettes déposées dans leurs fondations, et il nous donne la copie d’un de ces antiques documents qu'il a ainsi perpétué jusqu’à nos jours.

Telle est, aussi sommairement que possible, l'indication des documents publiés par le British Museum. Cette publication ne comprend , il est vrai, qu’un texte assyrien ; mais, en le parcourant, on ne tarde pas à s’apercevoir que les éditeurs , qui ont déjà tant fait pour la science, comprennent les inscriptions qu'ils livrent au publie , et que si leurs traductions ne les accompagnent pas encore, elles ne tarderont pas à paraître. D'ailleurs, ces nombreuses inscriptions , par leur importance même, avaient, depuis long-temps déjà, été l’objet des travaux particuliers de ceux qui s'occupent de la lecture des textes assyriens. Aussi M. Fox Talbot en a donné quelques traductions dans les journaux

\/ scientifiques de l'Angleterre ; et, d’un autre côté, M. Oppert les

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a traduites presque toutes dans le premier volume de la relation de son Expédition en Mésopotamie , dont la publication vient d’être terminée.

Le livre de M. Oppert, aujourd’hui complet, nous permet d’apprécier dans son ensemble cette grande expédition , entreprise en 1851 par ordre du Gouvernement. La topographie de Babylone , exécutée et contrôlée sur les lieux par les documents antiques, est un des résultats les plus importants qui aient été obtenus. Je ne parle pas des nombreux monuments qui avaient été alors expédiés en Europe : s'ils étaient arrivés à Paris, le Musée du Louvre n'aurait peut-être rien à envier à celui de Londres; malheureusement, ils ont sombré dans le Tigre. C’est une perte qu’on ne saurait trop déplorer, mais qui se réparera peut-être lorsque de nouvelles explorations seront ordonnées et entreprises. En attendant , les études se poursuivent ; les monuments acquis sont traduits et commentés , et le livre de M. Oppert se présente , non-seulement comme la relation d’une expédition scientifique du plus haut intérêt, mais encore comme le premier exposé méthodique des principes de la lecture et de l'interprétation des textes, dont il nous fait connaître les plus nombreuses interprétations.

Je mentionnerai maintenant la traduction de la plus longue des inscriptions de Sargon , que j'ai publiée avec M. Oppert dans le Journalde la Société asiatique. On sait queles découvertes de M. Botta, à Khorsabad , comprennent un ensemble de monuments qui composent la plus grande partie du musée assyrien du Louvre, et sur lesquels M. Botta a recueilli de longues inscriptions qui couvrent plus de deux cents pages in-folio. M. Botta, en copiant le premier ces inscriptions, s’aperçut bientôt qu’il avait sous les yeux plusieurs exemplaires du même texte. Malgré cette certitude, il a tout

copié ‘et-tout-publié , laissant à ceux qui voudraient étudier ces

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pages le soin de mettre de l’ordre dans ces archives. Il s'agissait , en effet, de déterminer les textes semblables, de les comparer signe par signe, et de les restituer dans l’ordre qu'ils devaient avoir ; c’est un travail qui familiarise promptement avec l'écriture assyrienne, qui en révèle toutes les difficultés et toutes les ressources. À ce titre, je l'avais entrepris depuis long-temps , lorsque M. Oppert , après m'avoir aidé d’abord des conseils de son expérience , s’est associé à mon travail, et nous avons résolu de traduire et de commenter ces longues inscriptions. On sait qu’elles renferment plusieurs récits ; quelques-uns sont d’une très-grande étendue. Nous nous-sommes arrêtés pour le moment au plus complet; il est écrit autour de la salle qui porte le n° X du plan de M. Botta et qui se répétait dans les salles VIIL, VII, V. En comparant ces différentes séries d'inscriptions, on peut facilement retrouver les éléments de la version principale, dont les copies se complètent les unes par les autres, à quelques mots près (1). Cette longue inscription nous raconte les principaux événements du règne de Sargon , ses guerres, ses conquêtes , la prise d’Asdod et de Samarie, et enfin la construction d’une ville à laquelle il a donné son nom et que les fouilles de M. Place, l’habile continuateur de M. Botta, vont achever de nous faire connaître.

M. de Longpérier m'avait signalé, au Musée du Louvre, une inscription du plus haut intérêt; j'en ai d’abord donné une traduction que j'ai lue devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dans la séance du 6 février 1862 : je l’ai publiée en anglais dans l’Athenœum du 20 septembre 1862, et je viens de ter-

miner la publication du texte avec un commentaire philologique

(1) Les Fastes de Sargon, roi d'Assyrie, traduits et publiés d’après le texte assyrien de la grande inscription des salles de Khorsabad, par MM. J. Oppert et J, Mérant, -Broch. in-f, 1863. Extrait du Journal asiatique.

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à l'appui de ma traduction (1). Cette inscription appartient au règne de Hammourabi, roi de Babylone, de la première dynastie chaldéenne , qui régnait, par conséquent, à une époque comprise entre l’an 2000 et l'an 1550 avant Jésus-Christ. On s'était demandé si ces rois étaient d’une origine sémitique ou annonçaient une domination étrangère à celle qui s’est perpétuée sur ces plages. Je crois que l'analyse de cette inscription permet de fixer le véritable caractère des rois de cette première dynastie, jusqu'ici méconnu ou contesté. Il est certain aujourd’hui que les rois du premier Empire de Chaldée appartenaient à la même race que leurs derniers successeurs, et qu’ils parlaient une langue qui s’est perpétuée jusque sous les Achéménides, depuis les bouches du Nil jusqu'aux montagnes de l'Arménie , avec cette vitalité propre aux langues sémitiques et qui en fait un des caractères les plus saillants.

Je ne dois pas oublier, parmi les découvertes les plus importantes pour l’histoire de l’Assyrie, celle des tables chronologiques qui permettent de suivre, année par année, le règne des rois assyriens pendant une période de plus de deux cent cinquante ans. Ces monuments, que rien ne recommandait extérieurement , avaient été apportés en Angleterre avec les innombrables briques chargées d'inscriptions que M. Layard avait exhumées des ruines du palais de Koyoundjik et qui formaient ce qu’on peut appeler, à juste titre, la bibliothèque de Sardanapale. Ils avaient été recueillis tels que les fouilles pouvaient les donner, c’est-à-dire dans le désordre que les destructeurs du palais y avaient apporté par leur œuvre de dévastation. Ils restèrent donc ignorés, comme beau-

coup d’autres documents le sont encore aujourd’hui, parmi des

(A) Inscriptions de Hammourabi, roi de Babylone, traduites et publiées avec un commentaire à l’appui, Paris, 1863,

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milliers de briques non classées , jusqu’à ce qu'un heureux hasard vint appeler sur eux l’attention.

Ce fut en fouillant ces archives, dans le commencement de l’année 1854, que le D' Hincks en découvrit les premiers fragments. À l’aide de ces fragments, il établit que les Assyriens désignaient l’année par le nom de certains grands personnages auxquels il donne le titre d’'Éponymes, en attendant une désignation meilleure. Plus tard, sir Henry Rawlinson trouva, dans la masse de documents qu’il peut fouiller sans cesse pour les besoins de la publication dont il est chargé, des tablettes analogues, et il ne tarda pas à compléter la découverte du D° Hincks; il publia le résultat de ses recherches dans l’Athenœum du 31 mai 1862.

Aujourd’hui, il est certain que l’on possède les fragments de quatre tablettes qui contenaient, lorsqu'elles étaient complètes , la copie d’un canon assyrien , indiquant, pour une période de deux cent soixante-quatre années , le nom des grands personnages par lesquels chacune d'elles était désignée ; des compartiments marquent la durée des règnes , et le nombre des noms compris dans chaque case est en harmonie avec le nombre des années du règne. On a eu la preuve de ces faits d’une manière péremptoire ; il me suffit de les énoncer ici. La chronologie assyrienne se trouve donc fixée pour une période de deux siècles et demi; et, pour rattacher ces dates désormais acquises aux événements que les autres sources de l’histoire nous ont fait connaître, il suffit d’un point de contact. Or, il s’en est déjà trouvé plusieurs : on a pu fixer, par exemple, la date de l’année 721, qui correspond à la dernière d’Osée, comme la date de l’avènement de Sargon au trône, et déterminer ainsi la place que ces tables chronologiques doivent occuper de l’année 944 à l’année 642 avant Jésus-Christ.

Cette découverte devait singulièrement frapper les esprits.

256 ÉCRITURES ANARIENNES,

Chacun de ceux qui s'occupent de la lecture de ces textes était surtout désireux de les connaître. M. Oppert a pu, dans le courant de l’année 1862, consulter ces listes, et il en a publié une traduction française dans les Annales de philosophie chrétienne (t. VI, 5° série, juillet 4862). Ses calculs s’éloignent peu de ceux du savant général ; j'aurais été heureux de les vérifier lors de mon dernier séjour à Londres ; mais sir H. Rawlinson, qui n’ignorait pas, j'en suis certain, ma présence et mes recherches dans le British Museum, a mis, pour un motif que je ne saurais comprendre, le conservateur des antiquités assyriennes dans l'impossibilité matérielle de me communiquer les précieuses tablettes, et j'ai dû ainsi renoncer à la satisfaction de consulter ces documents dans l'établissement public le plus libéralement ouvert aux investigations de la science (1).

Ces travaux, par leur étendue, ont dû singulièrement aug= menter la confiance que l’on doit avoir dans les traductions assyriennes ; les faits se contrôlent les uns par les autres avec une singulière vigueur. En 1850 , sir H. Rawlinson estimait que les inscriptions qu'il avait alors déchiffrées pouvaient comporter cinq mille mots, et qu’il en connaissait sûrement un dixième, soit cinq cents, des plus usités. Aujourd’hui, par suite des progrès qui ont été accomplis, on peut porter à près de six mille les faits qui peuvent être comptés comme sûrs. Le Dictionnaire assyrien se remplit tous les jours , et l’étude des formes grammaticales permet de plus en plus de préciser l’idiome assyrien. On ne peut, du reste, séparer l'étude des formes grammaticales des essais d’interpré-

tation. Déjà quelques essais de grammaire avaient été tentés par

(1) Voyez mon deuxième Rapport à Son Excellence M. le Ministre d'État sur les inscriptions assyriennes du British Museum, Juin 1863, p. 15.

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sir H. Rawlinson (1) et par le D' Hincks (2); mais M. Oppert (3) est celui qui a poussé le plus loin les investigations dirigées de ce côté. Sa Grammaire assyrienne présente, sous un format modeste, l’ensemble le plus complet des éléments de cette langue, dont on ne peut plus aujourd’hui méconnaître le véritable caractère. Aussi, grâce à lui, on peut déjà se faire une idée assez exacte des différentes parties du discours de la langue assyrienne. En voici le

résumé :

ARTICLE, — M. Oppert a remarqué que l’assyrien , de même que l’araméen , n’a pas d'article. Mais il a comme lui un état emphatique (tel qu’il se trouve aussi dans les langues scandinaves) , qui n’est que le reste d’une ancienne déclinaison sémitique, conservée dans la nunnalion des Arabes. Chez les Assyriens, il y a une mimmation qui est restée intacte pour les substantifs féminins et pour les masculins qui se terminent en T.

Plus tard, les formes wm pour le nominatif, am pour l’accusatif et im pour les autres cas obliques, se sont changées en uv, av, iv, et cette dernière désinence s’est altérée en w, a, i; c’est ainsi que l'arabe littéral nous l’a conservée dans les substantifs précédés d'articles.

Exemple : Bilit, souveraine.

Bilitum , et par contraction bilitu, Bilitam , mn bilita Bilitim, mé biliti.

ADJECTIFS ET SUBSTANTIFS.—ÆEn général, le T marque le féminin

(4) Journal of the royal asiatic Society, vol. XII, p: 2. 1850.

(2) Journal of sacred literature , 8° série, t, IT. 1855.

(3) Voyez l’article de M. Oppert dans la Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Gesellschafts ; —ses Études assyriennes ; —son Expédition en Mésopotamie, passim ;— et enfin sa Grammaire assyrienne, publiée dans le Journal asiatique, Janvier 1860,

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dans les substantifs; le pluriel masculin se forme en M,NetT indifféremment ; mais le véritable pluriel féminin paraît être tou- Jours en AT.

Les noms abstraits se forment , d’une manière très-sémitique , par l'addition de la terminaison wt aux formes primitives; Îles

exemples en sont très-nombreux :

Malik, roi; Malik-ut, royauté ; Sarru, roi; Sarru-ut, royauté (1); Gal, esclave ; Gal-ut, esclavage ; Ilu, dieu ; Ilu-ut, divinité ; Rabu, grand. Rabu-ut, grandeur.

Les noms verbaux se forment par la préfixe T. Enfin , le signe du régime qui indique le rapport de deux substantifs se traduit par le signe sa, qui correspond pour ainsi dire

identiquement au w des Hébreux.

Proxous. — Nous avons déjà eu occasion de remarquer le sémitisme du pronom personnel assyrien Anaku, je ou moi. Le tableau

des suffixes est très-complet. M. Oppert en a présenté les formes suivantes :

Singulier, 1" pers. des 2 genres, Ya, mOi ; 2° pers. masc. a, fém. Ai, toi; 3° — Su , — Sa, lui,elle.

Pluriel, 1° pers. des 2 genres, Mi, nous ; 2° pers. masc. Æun, — Kin, vous; 3. — Sun , — Sin, eux, elles.

Ces formes ont été confirmées par la découverte que M. Oppert

a faite à Londres d’un fragment qui contient, d’un côté, les

(4) Sarru s'applique aux rois d’Assyrie; Malik, aux rois tributaires de lAssyrie.

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formes pronominales d’une langue encore inconnue et qu’il nomme le casdo-scythique , et de l’autre, celles de l’assyrien; le

mot choisi est itti, « avec », en scythique Æï (1).

CASDO-SCYTHIQUE. ASSYRIEN.

Kini ta ittisu , avec lui.

Kinanni ta ittisunu, avec eux.

Kimu ta ittya , avec moi.

Kimi ta ittini, avec nous.

Kisu ta ittitka, avec toi.

Kizunnanni ta itttkunu, avec vous.

Verges. — Les formes verbales assyriennes se sont dessinées, dès l’origine des recherches, avec une apparence sémitique que les découvertes ultérieures n’ont fait que confirmer. 11 y a un kal, niphal , paël, ifta’al (avec la seconde redoublée), saphel, istaphal, aphel, iftal, comme dans tous les idiomes de la même famille. M. Oppert donne , à l'appui, un exemple du paradigme du verbe régulier ZAKAR, «se souvenir », dont toutes les formes ont pu être observées (2).

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