CHAPITRE II
De l'hygiène des fonctions sensoriales.
Des sens internes.
Lorsque nous avons traité de l'hygiène de la vie nutritive, nous avons déjà fait entrevoir comment, par une admirable prévoyance de la nature , nous étions avertis des modifications importantes qui pouvaient avoir lieu au dedans de notre corps. Il n'y a qu'un instant que nous avons cru devoir rappeler que nous avions des membranes très-sensibles qui tapissent tous nos viscères, et que ces membranes avaient entre autres fonctions, celle de transmettre à notre principe sentant tous les besoins que ces viscères peuvent éprouver, de lui faire connaître les altérations qui peuvent opérer dans leurs tissus et dans leurs fonctions des dérangements essentiels. C'est ainsi, par exemple , que lorsque notre arrière-bouche et notre œsophage sont échauffés , desséchés , la membrane muqueuse dont ils sont tapissés nous donne la sensation de la soif 5 que lorsque notre estomac souffre par lui-même, et par les organes avec lesquels il est en relation , de l'absence de la matière nu-
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tritive ou de son état do vacuité , nous éprouvons celle de la faim •, que si notre vessie est trop pleine , nous en éprouvons un autre genre d'indisposition pénible qui indique le besoin d'expulser le liquide qui la distend. Dans ces cas divers l'instinct indique lui-même et commande ce que l'hygiène conseille.
Si la vie rationnelle s'avisait ici de vouloir primer sur la vie instinctive et la faire taire dans l'expression de ses besoins, elle s'arrogerait un despotisme qui serait contre les vues de la nature , l'on serait exposé à en être puni par la souffrance et la maladie. Ainsi donc , vouloir jeûner quand on a faim , ne pas boire quand on a soif, ou , ce qui est à peu près aussi inconvenant , se tourmenter pour boire ou manger ce qui répugne , c'est là une tyrannie de l'esprit sur l'instinct , qui n'est pas tolérable. Il existe cependant encore des médecins du corps et de l'âme assez barbares pour exiger de pareils sacrifices de ceux qui sont assez simples pour avoir confiance en eux.
Nos organes sont-ils malades ou enflammés, nous en sommes encore avertis par d'autres modes de sensations, par une douleur plus ou moins vive, par de i'accablement , un sentiment de fatigue , de chaleur désagréable , sensations diverses qui font désirer la dièle, le repos, les boissons rafraîchissantes. Ici encore nous répéterons qu'il faut suivre les avertissements de nos sens internes et satisfaire avec prudence aux divers besoins qu'ils expriment. Ainsi, il faut prendre avec mesure des boissons fraîches , puisqu'ils en font nailre l'appétit , garder le repos, puisqu'ils le commandent par la manifestation du sentiment de courbature , de fatigue , jeûner, puisqu'ils font sentir de la répugnance pour toute espèce d'aliments, se priver de toutes sortes d'excitations, puisqu'il y a perte de force, inertie, et par conséquent besoin de tranquillité et de sommeil.
Pour que nos sens internes soient de fidèles sentinelles de ce qui se passe en nous , il faut les ménager dès l'enfance , ne point les exposer à des impressions fortes et répétées qui pourraient blaser leur sensibilité, l'exalter ou la pervertir. Il ne faut donc ni vivre en glouton, ni en ivrogne, ni en libertin,