DE LA CIRE
La cire des végétaux ressemble beaucoup à celle des abeilles (8).
Elle constitue cette poussière blanchâtre, appelée glauque, qui recouvre et argente un grand nombre de fruits (Proust), de feuilles, de sommités et même de tiges. Elle entre aussi dans la composition du pollen ou globules fécondateurs des étamines.
La cire végétale est plus ou moins dense, légèrement rude au toucher, d’un beau blanc, grisâtre, verdâtre, verte, jaunâtre ou tout à fait jaune. Cette matière semble tenir le milieu entre les corps gras et les résines.
La cire fournie par les végétaux de nos pays n’est pas assez abondante pour être exploitée. D’ailleurs les abeilles nous donnent en assez grande quantité un produit bien supérieur. La cire végétale est récoltée seulement à l’étranger.
(1) Voy. pages 297, 384.
(2) Myristica sebifera Sw. ( Virola sebifera Aubl.), vulgairement Ucuuba.
(3) Myristica o fficinalis Mari. [M. Bicuhyba Schott), vulgairement Vicuiba, Bicuiba redonda , Noz moscada do Brasil.
(4) Bhus suecedaneum Linn.
(5) Vulgairement Cire du Japon.
(6) Litsea Chinensis Lam. (Tetranthera laurifolia Jacq. , Sebiferaglutinosa Lour., Tomex sebifera Willd.), vulgairement faux Cerisier de la Chine.
(7) Pekea butymsa Aubl. ( Caryocar butyrosum Willd.).
(8) Zoologie médicale, p. 187.
J’en signalerai deux espèces principales : 1° la cire de Gale , 2° la cire de Céroxyle.
§ I. — Cire de Calé.
1° Plante. — Le Gale cirier (I) est un arbrisseau de la famille des Myricées, qui habite la Caroline et la Pensylvanie.
Description. — Petit arbre ayant le port d’un Myrte, haut de 2 à 3 mètres, à tige rameuse, grisâtre; rameaux cylindriques, un peu velus vers le sommet, d’un gris roussâtre. Feuilles alternes, un peu pétiolées, lancéolées, aiguës, fort rétrécies el entières vers la base, dentées en scie vers le haut, presque entièrement glabres, ponctuées à leur face inférieure, couvertes en dessus et en dessous de très-petits grains couleur d'ambre. Inflorescence en chatons axillaires, sessiles, courts.
2° Fruits. — Ces fruits sont des espèces de baies disposées en paquets serrés, de la grosseur de pois médiocres, globuleuses, composées d’une coque ligneuse très-épaisse, en \ eloppéed’un brou desséché, mince et jaunâtre, lis ne contiennent qu’une graine.
Un arbre peut donner de 3 à 4 kilogrammes de fruits. Indépendamment de la cire, dont il va être question, ces haies renferment un principe coloré astringent qu’on a essayé contre la dyssenterie (Alexandre).
3° Cire. — A la surface de ces fruits, on remarque de petits corps arrondis, noirâtres, couverts de poils. Ces corps, qui ont une odeur et un goût de poivre très-prononcés, sont les organes producteurs de la cire. Celle-ci eu exsude de toutes paris et les recouvre d’une couche uniforme et grenue, d’un blanc de neige éclatant, qui leur donne l’aspect de certains bonbons.
On fait bouillir ces baies dans l’eau, en ayant soin de les frotter contre les parois de la chaudière. La cire monte à la surface du liquide (2).
Les fruits du Galé cirier en donnent à peu près le quart de leur poids.
Cette cire esl jaunâtre ou verle. Celte dernière couleur est due à une matière étrangère qu’on peut séparer au moyen de l’éther.
La cire du Galé est moins brillante, plus sèche et plus friable que celle des abeilles; elle fond à — 43°. La jaunâtre est plus aromatique que laverie. Suivant Duhamel, la première est obte-
(1) M y rie a cerifera Linn., vulgairement Cirier, Arbre à cire de la Louisiane , Candleberry .
(2) Un a imprimé, par erreur, dans ma Zoologie mfdicalb (p. 178, note), que cette cire est produite par le bois du Galé.
CIRE DE CEROXYLE.
nue en versant de l’eau bouillante sur les baies et en la faisant couler dans des baquets, après quelques minutes de contact. Le résidu, bouilli dans l’eau, donne la cire verte.
Les bougies failes avec cette cire répandent une odeur agréable quand elles brûlent. Delille compare celte odeur à celle des bourgeons glutineux des peupliers d’Italie.
On se sert de la cire du Gale pour falsifier celle des abeilles.
D’autres arbrisseaux du même genre, et particulièrement le Gale de la Caroline (t), produisent aussi de la cite.
§ il. — Cire do Ccroxyle.
1° Plante. — Le Céroxyle andicole (2) est un magnifique Palmier qui croît sur les plateaux îles Andes.
Description. — Cet arbre s’élève jusqu’à 00 mètres de hauteur. Ses feuilles présentent jusqu’à 8 mètres de longueur; elles sont pinnées, pu Descentes et argentées en dessous. Spathe monophy Ile, renfermant des régimes de fleurs femelles simplement ou des fleurs mâles avec des fleurs hermaphrodites sur le même pied. Les fleurs hermaphrodites ont, de même que les mâles, douze étamines, A anthères libres, mais leur ovaire avorte constamment. Celui des fleurs femelles est surmonté de trois styles, et se change eu une drupe globuleuse violette à chair sucrée, uniloculaire.
2° Cire (3). — La cire exsude des feuilles, et surtout du tronc de l’arbre, à l’endroit des anneaux produits par la chute de ces dernières. Elle compose souvent une couche de 5 à 6 millimétrés. Les habitants des Andes l'enlèvent en raclant le tronc avec un couteau. Ils la font fondre et la purifient. On réunit cette matière sous la forme de boules qu’on fait sécher au soleil.
Cette cire est dure, poreuse, friable, d’un blanc jaunâtre plus ou moins sale, sans odeur ni saveur.
D’après Vauquelin, c’est un mélange de deux tiers d’une résine jaune et d’un tiers de cire pure, plus cassante que- celle des abeilles. Suivant M. Boussingaull, elle serait composée d’une résine jaunâtre un peu amère, soluble dans l'alcool froid, et d’une autre résine ( cêroxyline ) soluble seulement dans l'alcool bouillant et facilement cristal lisable.
(1) Myrica Carolinensis Mill. (il/. Pensyrvanica Duh., AI . cei ifera pMich.).
(2) Ciro j:\jlon Audi ola K. uni h.
(3) C'a a de Palma.
Les Indiens fondent cetle cire, la mêlent avec un tiers de cire ordinaire el en composent des cierges et des bougies. Onynjoute souvent une petite quantité de suif pour la rendre moins fragile.
Un autre Palmier , le Carnauba{\), qui croît dans le Brésil, fournit une cire dure, cassante, à cassure lisse et luisante, tout à Tait analogue à celle des abeilles (Brande).
§ III. — Oc quelque « cires peu connues.
1° Cire de Bénincase, produite par la Bénincase cérifère (2), de la famille des Cucurbitacées, qui est originaire de la Chine. — Fruit ovoïde, hérissé de poils dans sa jeunesse, perdant son duvet en grossissant et conservant une peau charnue qui se couvre d’une poussière glauque assez abondante. La cire de Bénincase peut Cire recueillie en raclant le fruit avec un couteau, ou bien en lavant et frottant le péricarpe avec un linge mouillé d’alcool (Delile). Elle est glauque, résineuse, inflammable. Elle se précipite dans l’alcool sans s’y dissoudre. — Elle a une odeur qui approche de celle de la résine du Sapin (Delile).
2° Cire de Getah-Lahoe (3), produite par le Figuier cérifère (4). de la famille des Artocarpées, qui croît à Sumatra. — Cire d’un gris noirâtre à l’extérieur, d’un rose tendre intérieurement, très-poreuse et très-fragile. On peut la pulvériser. — Elle brûle facilement avec une flamme longue et blanche donnant beaucoup de fumée. Elle est plus légère que l’eau. Elle se liquéfie à 75°. Elle se dissout dans l’alcool, dans l’étlier et dans l’essence de térébenthine (Bleekrode).