A. MOQUIN-TANDON
PRÉFACE
La Botanique médicale est généralement négligée dans nos écoles. Le petit nombre d’élèves qui s’occupent des végétaux s’adonnent à la Botanique proprement dite et dédaignent les applications.
Quelle est la cause de cette négligence ou de ce dédain?
J’ai cru reconnaître qu’elle tenait en partie aux ouvrages destinés à cette branche de l’art de guérir.
Les traités un peu anciens contiennent tous un si grand nombre de plantes médicinales et d’indications thérapeutiques, que leur étendue effraye au premier abord l’étudiant le plus zélé ou la mémoire la plus heureuse. Dans ces ouvrages, chaque plante, pour ainsi dire, possède une propriété médicinale, souvent même plusieurs!... J’ouvre au hasard le traité de Gouan, et je vois que la Sarriette, l’humble Sarriette, est céphalique, excitante, résolutive, emménagogue, aphrodisiaque, tonique, diurétique, bonne contre la phthisie, excellente dans les maladies des reins! ... Quand on veut trop prouver, dit un ancien proverbe, on ne prouve rien. Personne, à ma connaissance, n’emploie aujourd’hui la Sarriette.
Combien de végétaux tout aussi innocents que cette Labiée, et préconisés avec autant d’assurance!
Les ouvrages modernes sont rédigés, hâtons-nous de le dire, avec plus de critique et de sagesse (I). Leurs auteurs
(!) Parmi ces ouvrages, un des plus considérables et des plus estimés est, sans contredit, l 'Histoire naturelle des drogues simples du savant et modeste M. Guibourt (4e édition, Paris, 1849, 4 vol. in-8). Cet ouvrage m’a beaucoup servi dans la composition de mes Eléments.
PRÉFACE
ont rejeté un grand nombre de plantes sans verlus thérapeutiques ou à vertus très-apocryphes ; mais ces mêmes traités sont encore trop surchargés de détails et trop étendus pour les élèves. Pourquoi donner, avec la description de chaque plante, celles de son genre, de sa tribu et de sa famille, et allonger ainsi sans nécessité des éléments qui devraient se borner à la Botanique médicale? En second lieu, pourquoi ne pas distinguer plus nettement les végétaux essentiels à la médecine des végétaux peu en usage ou presque abandonnés? Ces derniers étant extrêmement nombreux, il en résulte que, pour trouver ce qu’il a besoin de connaître, l’élève est obligé de parcourir une multitude d’articles sans intérêt pour lui. Il se refroidit, se dégoûte et finit par laisser le livre de côté. C’est ce qui fait que plusieurs ouvrages, excellents d’ailleurs, composés par des auteurs justement recommandables, ne remplissent en aucune manière le but principal, le but pratique qu’ils devraient atteindre. Ce sont des recueils que l’on consulte, et non des éléments qu’on étudie.
L’ordre suivi généralement dans les traités de Botanique médicale sépare le plus souvent certaines substances qui devraient se trouver ensemble. Par exemple, n’est-il pas logique de placer dans un même chapitre le camphre de Java et celui de Bornéo, quoiqu’ils soient retirés de deux arbres appartenant à des familles différentes ? N’est-il pas convenable de traiter simultanément de tous les cachous, quoique fournis par une Légumineuse, par une Rubiacée et par un Palmier, et d’en faire autant pour les ipécacuanhas, quoique produits par des Rubiacées, des Violariées, des Asclépiadées et des Euphorbiacées?
Toutes ces considérations m’ont engagé à suivre dans cet ouvrage un plan un peu différent de celui de mes savants
PRÉFACE
prédécesseurs. Ce plan n’est pas scientifique, mais il est usuel. J’ai cherché avant tout l’intérêt et la commodité de mes lecteurs.
Le principal mérite de ces Éléments est d’être courts et précis, et de contenir, dans un petit nombre de chapitres, ce que la Botanique médicale présente de plus positif, et par conséquent de plus important, c’est-à-dire ce que doivent savoir les étudiants en médecine et en pharmacie, soit pour leurs examens, soit pour l’exercice de leur art.
J’ai consacré, dans ce livre, des articles distincts et détaillés aux végétaux ou produits végétaux d’une valeur médicale incontestable, par exemple aux quinquinas, aux ipécacuanhas ,
au k camphres, aux rhubarbes, à Y opium Je me suis borné
à signaler, dans des articles accessoires, les succédanés ou les végétaux jouissant de propriétés analogues. J'ai passé rapidement sur les espèces peu usitées, et j’ai laissé le plus souvent de côté celles d’un emploi très-rare ou très-incertain.
J’ai noté soigneusement les végétaux indigènes qui peuvent nous rendre des services. On l’a dit avec raison, nous avons une tendance à préférer les choses qui viennent de très-loin, portant des noms très-bizarres, et nous ne faisons pas attention à la plante modeste, souvent fort utile, qui végète sous nos pas.
Ces Eléments présentent d’abord des considérations générales, comprenant un livre sur l’organisation des végétaux, un autre sur leur classification, et un autre sur leurs propriétés médicinales.
Après ces généralités, j’aborde la Botanique médicale proprement dite, laquelle est divisée en quatre livres :
1° Les végétaux, leurs organes ou leurs produits, employés en médecine;
PREFACE
2° Les végétaux vénéneux, ou Toxicophytes ;
3° Les végétaux parasites extérieurs, ou Êpiphyles;
4° Les végétaux parasites intérieurs, ou Entophyles.
Les figures de cet ouvrage ont été dessinées sous mes yeux par MM. Itiocreux et Lackerbauer, dont l'habileté et la réputation sont bien connues des médecins et des naturalistes, et gravées par MM. Leblanc et Dufrénoy, dont le soin et l’exactitude sont si généralement et si justement appréciés.
Paris, 1er juin 1 SG I .
TABLE DES MATIÈRES
Préface vu
Tari.e des ficures xi\