LIV. I, CH AP. X, CHLORE
du bioxyde de manganèse se combine à l’hydrogène de l’acide chlorhy-
Fig. 97.
drique ; le chlore mis en liberté s’unit en partie au manganèse pour former du chlorure de manganèse, l’autre partie se dégage1 :
MnO2 + 2HC1 = MnCl + 2HO + Cl.
1 Au contact du bioxyde de manganèse, l’acide chlorhydrique brunit immédiatement ; puis, peu à peu, à la température ordinaire, des bulles de gaz se dégagent, et ce n’est qu’à l’ébullition que le liquide se décolore complètement. Lorsqu’on étend d’eau le liquide brun, il se dépose du bioxyde de manganèse hydraté. Quelques chimistes avaient admis qu’il se formait tout d’abord, soit un sesquichlorure, soit un bichlorure de manganèse qui, peu stables, se dédoubleraient ultérieurement en chlore et protochlorure.
En étudiant de plus près cette réaction, M. Berthelot a montré qu’il devait se former un chlorhydrate perchloruré de manganèse Mn8Cl4 + nHCl. La présence d’un excès d’acide chlorhydrique est, en effet, indispensable à la formation d’un composé perchloruré du manganèse. Le chlore est un peu moins soluble dans une solution concentrée de protochlorure de manganèse que dans l’eau pure ; mais si l’on additionne cette solution de la moitié environ de son volume d’acide chlorhydrique concentré, le liquide devient brun quand on y fait passer un courant du chlore, et la solubilité de ce gaz devient triple de celle qui a été observée avec la dissolution du chlorure de manganèse seul. Lorsque la température s’élève, le composé formé à basse température se dissocie, le chlore se dégage. A une température déterminée, comme le chlorhydrate perchloruré de manganèse ne peut exister qu’en présence d’une quantité donnée d’acide chlorhydrique et que l’action de cet hydracide sur le bioxyde de manganèse en excès en fournit une nouvelle quantité, il se dégage peu à peu du chlore. Enfin, lorsqu’on étend d’eau le liquide brun, ce corps se décompose
512 CHIMIE INORGANIQUE
On n’obtient ainsi que la moitié du chlore contenu dans l’acide chlorhydrique employé.
L’acide chlorhydrique, comme nous le verrons ultérieurement, résulte de la décomposition du sel marin par l’acide sulfurique; le chlore'est donc extrait indirectement du sel marin.
On pourrait, comme l’a proposé Berthollet, retirer directement le chlore du sel marin, en traitant par l'acide sulfurique un mélange de chlorure de sodium et de bioxyde de manganèse à équivalents égaux :
2Mn02 + 2N’aCl -f 2(S206,H202) -= 2Mn0,S206 + 2XaO,S2Oe + 2C1 + 4110.
Mais, dans l'industrie, on ne prépare du chlore que pour utiliser l’acide chlorhydrique, produit secondaire de la transformation du sel marin en sulfate de soude, et dans les laboratoires il est plus simple, tout en perdant une partie de chlore, de s’en tenir au procédé de Scheele.
555. Propriétés physiques. — Le chlore, ainsi nommé à cause de sa couleur, est un gaz jaune verdâtre, dont l’odeur est caractéristique. Respiré en petite quantité, il produit une vive oppression et détermine une toux violente, suivie de crachements de sang si l’on continue à en respirer. Aussi faut-il ne manier ce gaz qu’avec précaution. Sa densité est 2,4-4, un litre de chlore pèse donc 2,44 X lg,5 = 5g,17. Il peut être liquéfié à — 401 sous la pression de l’atmosphère, ou à -f- 15° sous la pression de 4 atmosphères environ. On obtient alors un liquide d’un jaune foncé plus dense que l’eau (D = 1 ,58), qu’un froid de — 110° ne solidifie pas.
La densité considérable du chlore gazeux peut être utilisée pour obtenir le chlore sec. On ne peut en effet recueillir ce gaz sur le mercure, qu’il attaque à la température ordinaire. On fait alors passer le chlore gazeux qui se dégage de l’appareil où on le prépare dans un flacon laveur (fi g. 98), puis à travers une éprouvette contenant du chlorure de calcium, et munie d’un tube abducteur qui conduit le gaz desséché dans le fond d’un flacon bien sec. Le chlore chasse graduellement l’air, qui est plus léger que lui, et finit par remplir tout le flacon. On arrête l’opération quand ce dernier a pris en tous ses points la teinte caractéristique du chlore.
en bioxyde de manganèse hydraté et acide chlorhydrique, jusqu’à ce que le liquide contienne les proportions d’acide chlorhydrique et de chlore nécessaires à sa stabilité, dans les conditions finales de l’expérience.