LIV. I, CHAP. X, CHLORE
On voit, à l’inspection de ce tableau, que c’est vers 9° que la tension de dissociation devient égale à la pression, atmosphérique et que, par conséquent, l’hydrate abandonné à l’air libre à cette température ou à une température supérieure, doit se détruire intégralement. Il n’en sera plus de même en vase clos. Dans l’expérience précédemment décrite, il suffira pour obtenir la liquéfaction du chlore et sa condensation dans la branche refroidie, de chauffer la branche qui contient l’hydrate à une température telle que la tension de dissociation soit supérieure à la tension maxima du chlore liquide à la température de la branche froide. On réalise ces conditions en chauffant l’hydrate à 24° et maintenant l’autre branche à -b 7°. L’hydrate de chlore peut, s’il a été introduit en quantité suffisante, n’être pas complètement détruit, et il suffit alors d’un abaissement de température de 1° pour amener la formation à la surface du liquide, par conséquent à 23°, et sous la pression de 4 atmosphères environ, de cristaux d’hydrate de chlore.
Nous avons vu précédemment que la solubilité du chlore allait en augmentant de 0° à -f- 8° pour décroître ensuite; c’est une anomalije que l’on peut expliquer de la façon suivante. Lorsqu’on dissout du chlore dans l’eau, au-dessous de 9°, de l’hydrate de chlore prend naissance, et c’est surtout sa solubilité que l’on détermine. Elle croît, comme cela a lieu pour beaucoup de corps solides, lorsque la température s’élève ; mais au-dessus de 9°, à la pression ordinaire de l’atmosphère, cet hydrate ne peut plus exister, et c’est alors la solubilité du gaz seul que l’on détermine, solubilité qui diminue, comme pour tous les gaz, lorsque la température croit.
o54. Propriétés eh uniques. — Le chlore agit avec une grande énergie sur la plupart des corps simples. L’oxygène, l’azote et le charbon sont les seuls métalloïdes qui ne s’unissent pas directement au chlore; presque tous les autres se combinent avec lui à la température ordinaire.
Nous verrons, en étudiant chacun des composés que le chlore forme avec les métalloïdes, que toutes les fois que la combinaison est directe , elle est accompagnée d’un dégagement de chaleur.
Les composés oxygénés du chlore, le chlorure d’azote, tout au contraire, sont détruits avec dégagement de chaleur, ce sont des corps explosifs ; leur formation est toujours indirecte. Nous avons déjà signalé (55) cette différence entre les circonstances de formation de ces deux classes de réactions (exothermiques et endothermiques) : l’étude des
CHIMIE INORGANIQUE
réactions du chlore en fournit un exemple très net. Quant aux composés du chlore avec le carbone, bien qu’ils soient formés à partir des éléments avec dégagement de chaleur, leur formation directe n’a pas encore été observée; ils résultent de la substitution du chlore à l'hydrogène dans les carbures d’hydrogène.
355. Action du chlore sur l'hydrogène. — Si l'on mélange des volumes égaux de chlore et d’hydrogène dans un flacon, et qu’on approche de son ouverture une bougie enflammée, la combinaison des deux gaz s’effectue avec explosion. On reconnaît qu’il s’est formé de l’acide chlorhydrique en versant dans le flacon de la teinture de tourilesol qui y rougit fortement. Il suffit d’une température de 200° pour déterminer la détonation. Le môme mélange, exposé à l’action directe de la lumière solaire, détone avec une violence extrême; à la lumière diffuse, la combinaison des deux gaz est lente, on voit peu à peu la couleur verte du chlore disparaître sans qu’il y ait aucune explosion. Dans l’obscurité complète, les deux gaz resteraient indéfiniment mélangés sans se combiner.
L’explosion qni se produit quand on expose le mélange de chlore et d’hydrogène à l’action des rayons solaires directs est si violente et si instantanée, qu’il est nécessaire de prendre quelques précautions pour se mettre à l’abri des éclats du verre projeté. On ne court aucun danger en opérant de la manière suivante : le flacon qui contient le mélange, fermé par un bouchon de liège, est placé à l’ombre, et à l’aide d’un miroir on dirige sur lui, à distance, les rayons solaires. Aussitôt qu’ils tombent sur le flacon, l’explosion a lieu. Il peut paraître singulier, au premier abord, que l’inflammation du mélange de chlore et d’hydrogène puisse s’effectuer à l’aide d’une flamme sans être accompagnée de la rupture du flacon, tandis que les vases sont toujours brisés quand on fait agir les rayons du soleil. Il faut remarquer que, dans le premier cas , la combustion du mélange se propage de proche en proche, tandis que, dans le second, les rayons solaires déterminent une combinaison instantanée en tous les points du mélange; de ’ là la différence des effets mécaniques produits.
La réaction
H 4. Cl = HCl
est accompagnée d’un dégagement de chaleur de +22cal,l (Berthelol).
556. Action du chlore sur le phosphore. — Le phosphore s’enflamme quand on l’introduit à la température ordinaire dans un flacon