SULFURES D’ÉTAIN
1504. Il existe deux sulfures d’étain correspondant aux deux oxydes. Le protosulfure peut se préparer en combinant directement le soufre à l’étain. La combinaison s’effectue avec incandescence, et l’on obtient une matière lamelleuse gris de plomb, volatile au rouge. Le même sulfure, préparé par voie humide est brun-marron. Le bisulfure, SnS2 (or mussif), est plus intéressant ; il forme des écailles cristallines onctueuses au toucher, brillantes et ayant la couleur de l’or ; on l’emploie pour bronzer le plâtre et le bois, et pendant longtemps il a servi à recouvrir les coussins des machines électriques. On le prépare en chauffant dans un matras à fond plat, placé dans un bain de sable, un mélange composé de 7 parties de fleur de soufre, 6 parties de sel ammoniac et d’un amalgame formé de 12 parties d’étain et de 6 parties de mercure. On chauffe graduellement le mélange jusque vers le rouge ; du sel ammoniac, du soufre, du protochlorure de mercure, du sulfure de mercure vont se condenser à la partie supérieure du matras, et le bisulfure reste au fond, sous forme d’une masse écailleuse ayant l’aspect de l’or.
1505. Suifostannate de potassium. — Le bisulfure d’étain se dissout dans les sulfures alcalins ; en évaporant sa solution dans le sulfure de potassium on obtient des cristaux jaunâtres, KS,SnS2, de suifostannate très-solubles dans l’eau et facilement altérables à l’air.
SÉLENIURES d’ÉTAIN.
1506. On connaît deux séléniures d’étain correspondant aux sulfures. Le séléniure stanneux se prépare en faisant chauffer un mélange de trois parties d’étain et de deux parties de sélénium. On dissout ensuite la masse dans du chlorure stanneux en fusion, qui abandonne par refroidissement le séléniure cristallin. On le sépare de son dissolvant et de l’étain en excès par l’acide chlorhydrique étendu.
On obtient ainsi des lamelles prismatiques brillantes, d’un gris d’acier, dont la densité à 15° est 5,24.
Ces cristaux, traités par l’iode en présence du sulfure de carbone, donnent une poudre brun rouge cristallisée de biséléniure, insoluble dans le sulfure de carbone qui dissout l’iodure d’étain formé.
FHOSPHURES d’ÉTAIN.
1507. On peut obtenir un phosphure d’étain en cristaux brillants, enchevêtrés, en faisant passer un courant de vapeur de phosphore sur de l’étain chauffé au rouge (Vigier). Pelletier avait obtenu un autre phosphure (à 15 pour 100 de phosphore environ), en masse fusible, malléable et d’une texture lamellaire, en fondant de l’étain avec un excès de phosphore. Ces phosphures, fortement chauffés à l’abri de l’air, dans une atmosphère d’hydrogène, par exemple, laissent de l’étain pur. La facilité avec laquelle le phosphore se sépare du métal a rendu difficile jusqu’ici la production certaine de phosphures bien définis.
ARSEN1URES d’ÉTAIN.
1508. 11 est difficile, pour la même raison, d’obtenir des arseniures d’étain bien définis; il semblerait que l’arsenic et l’étain puissent s’unir en toutes proportions, il résulte de la combinaison de ces deux corps de véritables alliages blancs, plus durs et plus sonores que l’étain luimême. L’alliage renfermant 15 parties d’étain pour 1 d’arsenic cristallise comme le bismuth. Tous ces alliages sont attaqués par l’acide
LIY. III, CHAP. XVI, AZOTATE STANNEUX.
chlorhydrique, qui donne un mélange d’hydrogène et d’arseniure d’hydrogène, dont la proportion varie avec la quantité d’arsenic contenue dans l’arséniure.
L’étain s’unit aussi au silicium et perd ainsi sa ductilité. Cet alliage, traité par l’acide chlorhydrique, laisse du silicium cristallisé.
sels d’étain.
L’oxyde stanneux forme seul quelques sels cristallisés ; l’acide stannique peut bien s’unir aux acides, mais les composés qu’il forme sont plutôt des acides mixtes que des sels (Frémv).
1509. Sulfate stanneux. — On dissout à chaud, jusqu’à saturation de l’hydrate stanneux récemment précipité dans de l’acide sulfurique étendu ; par refroidissement, il se dépose des cristaux nacrés qui se dissolvent dans 5 fois environ leur poids d’eau. Cette solution, évaporée dans le vide, donne des cristaux grenus, microscopiques. On ne peut faire bouillir ce sulfate sans le décomposer en acide sulfureux et acide stannique qui se dépose.
M. Marignac a obtenu deux combinaisons du sulfate de potasse et du sulfate d’étain
(Sn0,S03 + K0,S03) et 2(Sn0,S03) 4- K0,S03
en aiguilles soyeuses, ainsi qu’une combinaison du sulfate double d’étain et de potasse avec le bichlorure d’étain
Sn0,K0,2S03 + SnCl2
en cristaux hexagonaux brillants, par le mélange des deux composés.
1510. Carbonate stanneux. — Lorsqu’on verse une solution de carbonate alcalin dans une solution de chlorure stanneux, il se dégage de l’acide carbonique et il se forme de l’hydrate stanneux ; mais si l’on met digérer du chlorure d’étain avec une solution concentrée de bicarbonate de soude, dans un flacon fermé, on obtient une poudre cristalline, dense, de carbonate stanneux basique Sn0,C02-l-Sn0,H0.
Avec les bicarbonates de potasse et d’ammoniaque on obtient des sels doubles cristallisés en aiguilles soyeuses
KO, CO2 + 2(Sn0,C02) 4 2HO
AzH40,C02 -f- 2(Sn0,C02) 4- 5HO (H. Sainte-Claire-Deville.)
1511. Azotate stanneux. — On peut dissoudre à froid de l’hydrate stanneux dans l’acide azotique, mais on ne peut concentrer la solution,
même à la température ordinaire, sans qu’elle laisse déposer de l’acide métastannique.
1312. Phosphate stanneux. — Le phosphate de soude, acidulé par l’acide acétique, donne, avec le chlorure stanneux, un précipité blanc, volumineux, qui se transforme peu à peu en une masse cristalline. Si le chlorure est en excès, le composé a pour formule
5Sn0,Ph05-fSnCl + 2H0.
L’eau bouillante ne le décompose pas. Si le phosphate de soude est en excès, il ne se forme que du phosphate stanneux.
1313. Combinaison de l’acide phospliorique et de l’acide stannique. — L’acide phospliorique donne avec le bioxyde d’étain une combinaison qui n’est pas soluble dans l’acide azotique. A. Reynoso, a proposé d’utiliser cette propriété pour doser l’acide phosphorique. On traite simultanément par un excès d’acide azotique un poids connu d’étain pur et la matière phosphatée dont on veut déterminer l’acide et l’on chauffe le tout. On fdtre quand tout l’étain est oxydé, on lave et on pèse le résidu calciné; en retranchant de son poids celui du bioxyde d’étain qu’il contient, on a le poids de l’acide phosphorique. Cette méthode exige l’emploi d’un métal absolument pur, car il faut employer 4 à 5 équivalents de bioxyde d’étain pour 1 d’acide phosphorique. Il faut aussi éliminer les chlorures qui pourraient déterminer la dissolution d'un peu d’étain. Ce sont là des inconvénients très-sérieux qui rendent difficile l’emploi de cette méthode.