LIV. III, C1IAP. \\V, ARGENT
l’avoir séché avec 5 p. 100 de son poids de borax contenant 10 p. 100 d’azotate de soude ; on le coule ensuite dans une lingotière enduite d'une légère couche de kaolin. Le lingot refroidi est mis en contact avec une dissolution de potasse pour enlever le kaolin adhérent à sa surface ; on le lamine ensuite et on le coupe en lames, qu’il est bon de traiter par l’acide chlorhydrique pour enlever les traces de fer que le laminoir ou la cisaille ont pu laisser sur le métal ; on le lave ensuite à l’eau distillée et on le sèche.
2° Procédé de Gay-Lussac. — Le plus souvent on a à transformer du chlorure d’argent en argent métallique. On fond alors 100 parties de chlorure d’argent desséché avec 70,4 de craie et 4,2 de charbon, dans un creuset de terre ; il se forme de l’oxychlorure de calcium, et l’argent se rassemble en un culot au fond du creuset.
L’opération demande à être conduite avec précaution, à cause du dégagement considérable d’acide carbonique et d’oxyde de carbou J, qui produit parfois un boursoufflement considérable du chlorure de calcium fondu. L’argent est refondu et coulé en lingotière, il est moins pur que par le procédé Stas, et contient parfois des traces de fer empruntées à la craie.
M. Marignac remplace la craie par un mélange de carbonate de soude ■et de nitre (-J- de nitre). Le mélange intime est projeté par petites portions dans un creuset de porcelaine chauffé au rouge. La réaction est très-vive et il faut attendre qu’elle soit calmée pour ajouter de nouveau du mélange, on évite ainsi toute perte de métal précieux. La masse entre en fusion tranquille et l’argent se rassemble en un culot au fond du creuset. Le nitre oxyderait les traces de métaux communs si le chlorure en contenait ; le carbonate d’argent qui devrait se former, dans cette réaction, se réduit de lui-même sous rinfluence de la chaleur.
Ce procédé donne de l’argent bien pur, mais il est plus compliqué que le suivant.
o° Procédé de Levol. — On fait bouillir dans une capsule de porcelaine, le chlorure d’argent, encore humide, avec une solution concentrée de soude ; il se produit rapidement du chlorure de sodium et de l’oxyde d’argent que l’on réduit facilement en ajoutant à la dissolution un peu de sucre ; l’argent ainsi obtenu est facile à laver ; on le fond ensuite avec du borax que l’on additionne d’un peu de nitre.
Tous ces procédés supposent que l’on opère avec du chlorure d’argent pur, d’ailleurs facile à obtenir (1600).
1595. Propriétés physiques. — L’argent est le plus blanc de tous les métaux et celui qui est susceptible du plus beau poli. C’est, après l’or.
le métal le plus malléable et le plus ductile ; on en a fait des fds de 150 mètres de longueur environ, sous un poids de 5 centigrammes. Il est, d’ailleurs, assez tenace. Il conduit très-bien la chaleur et l’électricité. Sa densité est 10,5 environ (elle varie de 10,47 à 10,54). Il fond vers 1000° et se volatilise à une température élevée, en répandant des vapeurs bleues s’il est pur (Stas). A l’état liquide, il possède la propriété singulière de dissoudre jusqu'à 22 fois son volume d’oxygène; il le dégage en se solidifiant, mais le gaz peut alors, en brisant la couche la plus extérieure solidifiée, projeter un peu de métal au dehors ou produire une espèce de végétation à la surface du bouton. On dit alors que l’argent roche. Si on laisse refroidir lentement l’argent fondu, on l’obtient cristallisé en octaèdres réguliers. On trouve l’argent sous cette forme dans la nature, on peut aussi l’y obtenir par voie électrolytique.-
1596. Propriétés chimiques. — Il a peu d’affinité pour l’oxygène,, aussi ne s’altère-t-il au contact de l’air dans aucune circonstance. Mais nous avons vu que l’ozone humide l’oxydait (107); ajoutons qu’à de très-hautes températures, on peut l’oxyder, quoique son oxyde soit des plus facilement réductibles par la chaleur. On fait l’expérience en chauffant sur un petit morceau de chaux un globule d’argent dans la flamme* du chalumeau à oxygène et hydrogène; il se produit, si l’oxygène est en. excès, une épaisse fumée facile à condenser sur un corps froid; cettefumée est constituée par un mélange d’oxyde jaunâtre d’argent, soluble dans les acides étendus, et d’argent volatilisé.
Tous les autres métalloïdes peuvent se combiner directement à l’argent, l’azote excepté.
L’acide azotique, même étendu, dissout facilement l’argent, l’acide sulfurique ne le dissout que s’il est concentré et bouillant ; l’acide fluorhydrique est sans action sur l’argent ; l’acide chlorhydrique l’attaque à peine ; mais les acides bromhydriquc et iodhydrique concentrés le dissolvent facilement en dégageant de l’hydrogène, et produisent du bromure et de l’iodure d’argent en cristaux identiques à ceux de la nature (11. Sainte-Claire Deville). L’acide sulfhydrique noircit rapidement l’argent, en produisant du sulfure d’argent. Les chlorures alcalins peuvenl également le ternir et donnent une pellicule de chlorure d’argent; mais il résiste mieux que tout autre métal (l’or excepté) à l’action du nitre et des alcalis ; aussi se sert-on en chimie de capsules et de creusets d’argent dans la préparation de la potasse et de la soude, ou pour fondre certains corps en présence du nitre ou des alcalis. Le platine serait détruit dans ces circonstances, parce que son oxyde a une tendance acide, qui lui