LIV. III, CIIAP. XXX, ANALYSE SPECTRALE
gouttes d’acide chlorhydrique, on y fait passer un courant d’hydrogène sulfuré. On obtient un précipité noir, insoluble dans le sulfhydrate d’ammoniaque; ce précipité, lavé et dissous dans l’acide azotique, donnera une liqueur bleue d’azotate de cuivre. Le sel contenait donc un peu de cuivre. On fait bouillir la liqueur filtrée pour chasser l'acide sulfhydrique, puis on y ajoute de l’acide azotique, pour peroxyder le fer; en versant de l’ammoniaque, on obtient un précipité couleur de rouille, c’est du sesquioxyde de fer, qu’on recueille dans un filtre; en ajoutant à la liqueur filtrée du sulfhydrate d’ammoniaque, on produit un précipité blanc de sulfure de zinc; en filtrant de nouveau, on obtient un liquide contenant beaucoup de sels ammoniacaux; en y ajoutant du carbonate d’ammoniaque, on ne pourrait précipiter la magnésie, mais on décéléra la présence de cette dernière base au moyen du phosphate de soude (1020). Nous ne supposons pas que la matière primitive contienne du plomb, de la baryte ou de la chaux; les sulfates de ces bases, étant ou insolubles ou peu solubles, ne peuvent exister dans le sulfate de zinc du commerce.
1816. Analyse spectrale. — L’analyse des sels alcalins et alcalinoterreux est bien plus délicate, surtout quand on a des mélanges ; il devient alors très-difficile de séparer complètement la chaux de la strontiane, d’une part, la potasse de la soude, de l’autre. Pour les deux premières bases, on utilise la propriété que possède l’alcool de dissoudre l’azotate de chaux sans dissoudre celui de strontiane. On transformera donc les carbonates en azotates, et l’on traitera par l’alcool ; pour les alcalis, on ne possède que le chlorure de platine, qui ne conduit qu’à des séparations incomplètes. Mais si ces métaux sont difficiles à séparer, il devient extrêmement simple de reconnaître leur présence dans des mélanges, au moyen d’une méthode optique singulièrement perfectionnée par MM. Bunsen et Kirchhoff. Cette méthode, désignée sous le nom d’ analyse spectrale , repose sur le fait suivant : Les sels alcalins, et notamment les chlorures, communiquent à la flamme peu éclairante du gaz brûlant avec un excès d’air, une coloration particulière ; jaune pour le sodium; rouge de diverses nuances pour la potasse, la lithine, la strontiane, et verte pour la baryte. Avec un peu d’habitude, chaque sel isolé peut être ainsi reconnu, à la coloration particulière qu’il produit; mais ce caractère ne peut plus servir dans le cas des mélanges, car les couleurs des diverses flammes se masquent mutuellement. En examinant à travers un prisme une flamme colorée par un sel unique, on voit qu’elle se compose d’une série de lumières diversement réfrin-
gentes, qui se séparent en traversant le prisme et donnent, dans un appareil convenablement disposé, un spectre composé seulement d’une série de bandes brillantes, toujours placées de la même manière, quelle que soit la nature de la flamme ou celle de l’acide ou des métalloïdes du corps employé. Ainsi le sodium est caractérisé dans tous ses composés par une double raie jaune, le lithium par une belle raie d’un rouge vif et par une autre raie brune, le potassium par une raie rouge plus extrême que celle du lithium, et par une raie violette située à l’autre extrémité du spectre solaire. Si l’on avait un mélange de ces trois substances, le spectre de la flamme colorée contiendrait les trois séries de raies brillantes qui caractérisent chaque métal, dans la position qu’ils occupent lorsqu’ils sont seuls. Le problème de l’analyse est donc ainsi ramené à une détermination de la position des raies des métaux alcalins et alcalino-terreux.
En étudiant ainsi les alcalis retirés de certaines eaux ou de quelques minéraux, MM. Bunsen et Kirchhoff constatèrent la présence de nouvelles raies différentes de celles des corps connus; ils en conclurent l’existence de nouveaux métaux et parvinrent, à la suite d’un travail remarquable, à les isoler. C’est ainsi que furent découvert le cæsium et le rubidium (808). Quelque temps après, M. Crookes, en étudiant certains résidus sélénifères, découvrit un nouveau corps caractérisé par une raie verte d’une grande beauté, le thallium (908), isolé la première' fois par M. Lamy, à qui nous devons la connaissance de sa nature et de ses principales propriétés. La même méthode a conduit depuis à la découverte de l’indium (1255) l.
Les spectres des métaux sont ordinairement engendrés par les vapeurs métalliques, rendues incandescentes par une température élevée ; il arrive cependant qu’un composé binaire, porté à une température suffisante pour devenir lumineux présente un spectre spécial s’il est indécomposable à cette température. Ainsi les chlorures alcalino-terreux peuvent donner des spectres différents de ceux des métaux qu’ils contiennent. L’oxyde de didyme et de terbine chauffés fortement donnent aussi un spectre à raies brillantes qui appartient sans doute à l’oxyde ; car si l’on interpose une dissolution de ces oxydes sur le trajet des rayons lumineux qui pénètrent dans un spectroscope on obtient un spectre discontinu à raies noires, avec cette particularité que ces raies noires (dites raies
1 Récemment M. Lecoq de Boisbaudran a annoncé la présence d’un nouveau métal contenu dans certains minerais de zinc, le gallium , caractérisé par une raie bien distincte de toutes celles des métaux connus jusqu’ici.