PREMIERE PARTIE
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Par L, LAZARD,
PREMIKHE PARTIE.
métalloïdes.
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VI CHIMIE INORGANIQUE
été trop radical, qu'ils veuillent bien considérer qu'il ne s'agissait pas de réparer un vieil habit en y rajustant des pièces. Il ne peut y avoir d'unité dans un ouvrage que si l'ensemble a été conçu par un seul esprit et réalisé suivant un plan unique.
J'ai conservé d'abord l'ordre historique des matières. Peutêtre pourrait-on, dès à présent, essayer d'édifier la chimie sous forme de science rationnelle, en la faisant reposer sur un certain nombre de principes, et en n'introduisant la description des diverses substances qu'à titre d'éclaircissement de ces lois générales. Ce qui m'a empêché de le faire, c'est d'abord le besoin de continuité historique; c'est ensuite que la variété des substances est trop grande, et la connaissance de leurs propriétés particulières trop importante pour que ce mode d'exposition soit actuellement approprié aux besoins de l'enseignement. J'ai donc pris le parti de conserver le cadre traditionnel fourni par l'ordre historique et naturel des éléments et de leurs combinaisons, et d'introduire dans ce cadre les lois générales de la chimie. Le problème a résoudre était d'ordre artistique; je ne pouvais introduire les lois générales simplement au hasard de l'occasion, il fallait les présenter suivant un ordre systématique qui permît de les comprendre et d'en apercevoir les rapports réciproques. Aussi nepuis-je considérer la solution que j'ai adoptée comme la seule solution possible de ce problème; je conçois même beaucoup d'autres moyens d'arriver au même résultat. Mais il m'a semblé qu'il valait la peine de montrer par un evemple que cette méthode d'exposition est applicable.
Un manuel dont le plan comporte de telles innovations s'adresse naturellement à deux catégories de lecteurs, celle des maîtres et celle des élèves. Il a par suite un double devoir à remplir, ce qui crée à l'auteur des difficultés toutes particulières. Dans les cas douteux, j'ai toujours fait passer en première ligne l'intérêt de l'étudiant. Aussi en suis-je arrivé à
PREFACE. Vil
exposer les choses d'une façon plus explicite qu'il n'eût été nécessaire, si j'avais écrit exclusivement pour le maître. Ce dernier aura donc ;i lire beaucoup de choses qui lui paraîtront aller de soi; mais il en résultera du moins pour lui cet avantage qu'il trouvera ici déjà formée la matière de ses leçons; il lui suffira d'introduire les modifications conformes à ses idées personnelles, au lieu d'avoir à transformer le tout à Tusage de ses auditeurs.
A l'égard de l'élève, je me suis considéré comme obligé à suivre avec rigueur un plan vraiment systématique, de telle manière que pour comprendre chaque chose il n'ait besoin de connaître que ce qui précède, et non ce qui n'a pas encore été exposé. Je me suis fait partout une loi de ne jamais introduire de considérations générales sans avoir sous la main des etemples sensibles aux(|uels je pusse les appliquer. Je n'ai pas craint de revenir à plusieurs reprises sur une même question, quand il aurait fallu de trop longs développements pour la traiter complètement à l'endroit où elle se présentait pour la première fois. Cette manière de procéder fait perdre à l'ordre systématique un peu de sa rigueur, mais le débutant se familiarise mieux avec le sujet, et j'espère que l'avantage fera plus que compenser l'inconvénient.
Pour édifier l'enseignement rationnel de la chimie, j'ai trouvé commode de me servir d'un procédé qui, comme je l'ai su depuis, a été constamment employé par un professeur de tout premier ordre, le plus grand des chimistes récemment décédés, Robert Bunsen. Ce procédé consiste à donner, après avoir posé les notions chimiques fondamentales, mais avant de passer à la description méthodique des substances et de leurs transformations, une courte revue d'ensemble des faits chioiiques que l'expérience quotidienne rend familiers à tout le inonde. Il convient de placer cet exposé d'ensemble à l'endroit où l'on introduit la notion des éléments chimiques; on donne ainsi dès l'abord à cette notion un contenu sensible, et, en
TIII CHIMIE INORGANIQUE.
outre, on se prépare Tavantage de pouvoir renvoyer à cet exposé toutes les fois qu'on sera obligé, ce qui arrive si souvent, de citer des substances qui seront plus tard seulement étudiées d'une façon systématique.
J'ai développé avec un soin tout particulier la notion des ions. On ne réfléchit peut-être pas assez qu'il est possible et même nécessaire de l'introduire comme une notion purement chimique et non comme une notion électrique. Bien qu'elle dérive historiquement de considérations électriques, son importance en chimie tient avant tout à ce qu'elle exprime le fait chimique que les parties constitutives des sels ont des réactions indépendantes. C'est donc à ce point de vue que je l'ai exposée. Les faits de l'électrolyse et la loi de Faraday me servent seulement à élargir et à approfondir la notion déjà définie chimiquement. C'est ainsi qu'il faut procéder, je crois, pour introduire les idées relatives aux ions à un degré très élémentaire de l'enseignement chimique, sans exiger de l'étudiant des connaissances préalables trop étendues.
A ce propos, je ne puis me défendre de dire combien je suis convaincu qu'il y a lieu d'exiger des étudiants en chimie beaucoup plus d'efforts de réflexion personnelle, qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. A mesure que la chimie passe de l'état de science descriptive à celui de science rationnelle, elle demande à ceux qui l'étudient plus de force de pensée et d'abstraction. A cet égard, elle se rapproche de plus en plus de la physique. Comme ce sont, en général, les mêmes étudiants qui étudient à la fois la physique et la chimie, on peut demander à l'étudiant en chimie la même activité intellectuelle qu'on lui suppose en physique. Je ne puis dissimuler que j'ai toujours vu avec une vive contrariété les livres élémentaires de chimie volontairement adaptés à un niveau intellectuel plus bas que les ouvrages physiques ou mathématiques destinés à la même période d'études. Si les jeunes physiciens sont portés à considérer la chimie comme une science de rang inférieur, c'est en grande partie à cette circonstance que cela tient.
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PREFACK. IX
La chimie actuelle, si elle exige de rétudiant de plus grands efforts de raisonnement, l'aide, d'autre part, beaucoup à retenir les connaissances qu'il a à s'assimiler. En avançant de plus en plus dans l'interprétation scientifique des faits chimiques particuliers, elle permet de les fixer et de les appliquer bien plus aisément ; en même temps elle procure infiniment plus de satisfaction intellectuelle que l'ancienne chimie, essentiellement descriptive. En me fondant sur l'expérience de nombreuses années d'enseignement dans les laboratoires, je crois pouvoir affirmer qu'aux élèves portés tant soit peu à la réflexion personnelle, la chimie, exposée au point de vue moderne, apparaît à la fois plus facile et plus vivante.
Je voudrais encore faire remarquer que le présent manuel se propose d'être un manuel de chimie pure. Il ne touche aux sciences et aux arts voisins qu'à propos de questions d'ordre purement chimique. Cette remarque s'applique en premier lieu à la technologie chimique, et ensuite à la médecine, l'agronomie, l'économie politique, etc. Le besoin d'agrémenter d'additions étrangères les sujets proprement chimiques, comme s'ils étaien « trop arides » en eux-mêmes, ne m'est pas venu, et je ne puis le trouver raisonnable. Le sujet n'est aride que si on le restreint à une énumération de propriétés et à un recueil de procédés de préparation. Dès lors qu'on le traite d'une façon vraiment scientifique, à chaque composé chimique particulier se rattache une multitude de considérations générales et, par suite, intéressantes, et Ton est plutôt embarrassé par surabondance que par pénurie. A mesure qu'une étude devient plus scientifique, la nécessité de la restreindre à son propre domaine se fait sentir de plus en plus.
Cela ne signifie nullement que le futur chimiste ne doive pas acquérir des connaissances solides dans les ordres d'étude limitrophes de la chimie pure; tout au contraire. Mais ces connaissances seront plus solides si elles résultent d'un travail spécial, entrepris précisément pour les acquérir. Les allusions néces-
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sairement réservées et incomplètes auxquelles doit se borner un manuel chimique font, au contraire, courir à l'étudiant le danger de croire connaître les choses qu'il a entendu mentionner en passant, et de se considérer comme dispensé d'une étude plus approfondie.
11 y aurait encore beaucoup à dire pour expliquer et justifier toutes les différences que présente ce livre par rapport aux autres ouvrages du même genre. Mais il faut laisser au lecteur compétent le soin de découvrir ces innovations et de les apprécier. Dans l'intérêt de l'étudiant, j'ai toujours évité d'expliquer des idées personnelles en combattant les idées opposées. Il est possible et vraisemblable que les explications que j'ai données comme les plus satisfaisantes contiennent des erreurs, je suis tout prêt à l'admettre, mais je crois avoir le droit d'assurer que ces idées sont le fruit d'une réflexion sérieuse. J'ai, par exemple, refait les trois premiers chapitres quatre fois, et même cinq fois pour certaines parties, avant qu'ils aient reçu leur forme actuelle. Je prie donc le lecteur de vouloir bien supposer, dans les cas embarrassants, que je n'ai pas adopté, sans des raisons précises, les idées qu'il trouvera singulières. Cela ne m'empêche pas d'être tout disposé à reconnaître, si l'occasion s'en présente, la valeur de tout argument en faveur des idées opposées aux miennes.
Ce livre marque en un certain sens le terme d'une longue série d'efforts poursuivis avec passion dans le but d'introduire et de propager partout les nouveaux principes dont Willard Gibbs, Van t'Hoff et Arrhénius ont doté la chimie. Puisse-t-il rendre le service que j'en espère, amener des recrues à la troupe victorieuse de notre belle science, et contribuer à leur instruction.
Je ne puis terminer ces préliminaires sans mentionner avec reconnaissance le concours distingué que m'oni prêté MM. Bôttger, Bodenstein, Brauer, Luther et Wagner, en reli-