H1 I 0 HO
A. iodhydrique. ’ Iode. Oxygène. Eau. Iode.
L’acide iodique le décompose en se décomposant lui-même ; il cède son oxygène à l’hydrogène de l’acide iodhydrique pour former de l’eau , et l’iode appartenant aux deux acides se précipite. Les acides sulfurique, azotique et hypoazotique , l’acide sulfureux et le sulfate de protoxyde de fer concentrés , le décomposent également et en précipitent l’iode. Le bioxyde d’hydrogène décompose instantanément le gaz acide iodhydrique ; il se forme de l’eau , et il se précipite de l’iode.
Caractères distinctifs. Gaz incolore, répandant des vapeurs à l’air, décomposable par le chlore et le brome, qui en séparent instantanément l’iode.
Il est formé de 0,78 d’hydrogène et de 99,22 d’iode.
Il est sans usages.
Préparation. On peut l’obtenir par plusieurs procédés ; mais le plus simple et le plus facile consiste à chauffer légèrement dans un tube fermé à rune des extrémités , et dont l’autre est munie d’un tube coudé à angle droit , un mélange de 8 parties d’iode et de 1 de phosphore humides, disposés par couches de la manière suivante ; au fond du tube, on place quelques petits fragments de phosphore, dessus une petite couche de verre pilé et humecté, puis une petite couche d’iode, et ensuite une couche de verre pilé ; on recommence ainsi avec le phosphore, et l’on continue, en alternant de celte manière, jusqu’à ce que le tube soit à peu près plein. A la première impression de la chaleur, l’eau se décompose,'Son hydrogène s’unit à l’iode, tandis que l’oxygène se combine avec le phosphore ; le gaz acide iodhydrique se dégage sous
DE l’acide SüLFHYDRIQCE.
forme de vapeui's épaisses, que l’on recueille dans des flacons bien secs, et que l’on bouche aussitôt que le gaz en sort avec abondance. On ne jieut le recueillir ni sur l’eau ni sur le mercure , puisque l’un le dissout et que l’autre le décompose. Si l’on traitait l’iodure de sodium par l’acide sulfurique, il se dégagerait un mélange d’acide iodhydrique et d’acide sulfureux.
Pour l’obtenir à l’état de dissolution dans l’eau , il suffit de faire rendre le gaz dans ce liquide.
DE E-ACIDE SEEFBYDRIQEE. H S. Équivalent == 212,50.
L’acide sulfhydrique existe dans certaines eaux minérales , il se produit souvent dans des lieux où il y a des matières animales en putréfraction, enfin il se trouve dans les fosses d’aisances. Obtenu par l’art, il est gazeux.
Gaz acide sulfhydrique. — Il est incolore, transparent, doué d’une odeur fétide très - désagréable , analogue à celle des œufs pourris; il éteint les corps enflammés et rougit Vinfusum du tournesol ; il décolore une multitude de substances végétales , telles que la dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique, l’orseille, plusieurs décoctions, Vinfusum de tournesol lui-même , qu’il rougit d’abord , etc. ; dans toutes ces circonstances , la couleur est masquée et non détruite , puisqu’il suffit de volatiliser le gaz en le chauffant , pour faire reparaître la couleur primitive. Son poids spécifique est de 1,1912, d’après Gay-Lussac et M. Thénard.
Lorsqu’on le fait passer à/ travers un tube de porcelaine rouge, -i\ est en partie décomposé en hydrogène et en soufre ; il est probable qu’il le serait complètement, si on le soumettait à l’action d’un feu très-vif. Sous une pression de 17 atmosphères, il se liquéfie; dans cet état, il est incolore , ti'ès-fluide , et d’une densité de 0,90. S’il est soumis à la double influence d’un froid très-vif et d’une pression considérable , il devient solide et forme une masse blanche transparente qui a l’aspect du camphre (Faraday). Un courant d’étincelles électriques, suivant Henry, en sépare l’hydrogène , et il se précipite du soufre.
Le gaz oxygène n’agit pas sur lui à froid quand il est sec ; mais si on élève Ta température, il s’empare à la fois de l’hydrogène, avec lequel il produit de réàu, et du soufre qu’il transforme en gaz acide sulfureux : cette expérience peut être faite dans l’eudiomètre à mercure.
Le soufre ne peut pas se combiner directement avec lui ; il existe cependant un liquide, de consistance oléagineuse, connu sous le nom de
236 PREMIÊnE PARTIE.
bisulfure d’hydrogène , qui paraît résulter de la dissolution du sonfre extrêmement divisé dans ce gaz (voy. p. 245).
Le bore est sans action sur cet acide. Le charbon l’absorbe, et lorsqu’on met le ciiarbon ainsi imprégné en contact avec le gaz oxygène, celui-ci décompose l’acide sulfhydrique , s’unit à son hydrogène pour donner naissance à de l’eau , et le soufre est mis à nu : ce phénomène est accompagné d’un grand dégagement de chaleur.
h’iode et le brome le décomposent , s’emparent de son hydrogène pour former des acides iodhydrique ou bromhydrique , et mettent le soufre à nu. Cette réaction a été mise à profit par Dupasquier, pour doser la quantité de gaz sulfhydrique contenu dans les eaux minérales sulfureuses (voy. , à la fin de l’article Sodium, Eaux minérales sulfureuses). Si l’on mêle, à la température ordinaire, parties égales en volume de chlore gazeux et de ce gaz, la décomposition a lieu sur-le-champ avec dégagement de calorique et sans lumière ; il se forme de l’acide chlorhydrique, et le soufre se précipite ; si le chlore est plus abondant, on obtient, outre ces produits, une certaine quantité de sulfure de chlore.
Lorsqu’on approche une bougie allumée de l’ouverture d’une cloche remplie de gaz acide sulfhydrique, celui-ci s’enflamme, et les parois de la cloche ne tardent pas A être tapissées de soufre d’une couleur jaune; l’oxygène de l’air se combine de préférence avec l’hydrcgène, foi’me de l’eau; il s’unit aussi avec une portion de soufre, qu’il fait passer à l’état d’acide sulfureux ; l’autre portion de soufre se dépose. Si, au contraire, on enflamme un jet de ce gaz à l’air libre, il brûle complètement avec une flamme bleue et une odeur piquante d’acide sulfureux. L’air /rofc^ transforme lentement l’acide sulfhydrique en acide sulfurique, en lui cédant de son oxygène, par le concours d’un corps poreux et surtout du linge (Dumas).
Ifazote est sans action sur lui.
Veau, à la température ordinaire, peut dissoudre trois fois son volume de ce gaz, ce qui constitue l’acide sulfhydrique dissous; abandonné à lui-même, ce liquide absorbe l’oxygène de l’air atmosphérique ou de celui qui est contenu dans l’eau, et il se dépose du soufre, qui le rend laiteux; d’où il suit que c’est sm’tout l’hydrogène qui s’est combiné avec l’oxygène. Il se produit aussi , d’après M. Jacquelain, des traces d’acide sulfureux et d’acide sulfurique. Le bioxyde d’hydrogène le décompose et en précipite le soufre.
Lorsqu’on agile ensemble sur du mercure du gaz acide sulfhydrique et du cyanogène gazeux parfaitement secs, on n’aperçoit, même au bout
DE l'acide sulfhtdriqüe. 237
plusieurs jours , aucun phénomène qui annonce une combinaison ou une décomposition; mais si on introduit une petite quantité d’eau dans le mélange , il y a une absorption prompte; la liqueur prend une couleur jaune-paille qui passe peu à peu au brun, et presque tout le gaz disparaît. Cette liqueur n’est pas sensiblement acide ; elle n’altère point te sulfate de fer, elle ne précipite ni l’acétate ni l’azotate de plomb , mais elle précipite sur-le-champ l’azotate d’argent en flocons bruns. Doit-on la considérer comme une simple combinaison de cyanogène et d’acide sulfliydrique, ou bien comme un composé d’acide cyanhydrique et de soufre dissous (Vauquelin) ?
Les acides borique, carbonique et phosphorique, n’agissent point sur l'acide sulfhydrique. Il décompose instantanément l’acide sulfurique même affaibli à toutes les températures ; son hydrogène s’unit à une portion de l’oxygène de l’acide sulfurique pour former de l’eau, et il y a dégagement d’acide sulfureux et précipitation de soufre.
Si l’on introduit dans une cloche placée sur le mercure 2 parties ‘/j environ de gaz acide sulfhydrique, et une partie de gaz acide sulfureux, ces deux acides se décomposent sur-le-champ s’ils sont humides, et trèslentement s’ils sont parfaitement secs : l’oxygène de l’acide sulfureux forme de l’eau avec l’hydrogène de l’acide sulfhydrique, et le soufre faisant partie de l’un et de l’autre de ces gaz se pi'écipite. L’acide sélénieux est décomposé par l’acide sulfhydrique, dont l’hydrogène se porte sur l’oxygène de l’acide sélénieux pour former de l’eau, tandis que le soufre s’unit au sélénium et donne un sulfure d’une couleur rouge foncée.
Les acides iodique, chlorique et hypoazotique, sont instantanément décomposés par l’acide sulfhydrique à la température ordinaire ; ils cè-, dent leur oxygène en totalité ou en partie à l’hydrogène de l’acide sulfhydrique : on obtient de l’eau, et le* soufre se précipite. L’acide azotique concentré est également décomposé; il se dégage du gaz bioxyde d’azote, et il se précipite du soufi'e. Si l’acide très-concenti'é et pur est étendu de deux fois son volume d’eau , il n’est pas décomposé par cet acide ; mais pour peu qu’il renferme de l’acide azoteux , il se précipite du soufre. L’acide sulfhydrique, d’après M. Millon, est le réactif le plus propre à faire reconnaître si l’acide azotique contient ou non de l’acide azoteux. L’acide azotique le plus pur, s’il est trop dilué, n’est point décomposé par l’acide sulfhydrique.
Caractères distinctifs. 1® Il est gazeux, incolore, et d’une odeur d’œufs pourris ; 2” son action sur le chlore à froid et Sür l’air en pi'ésence d’un corps en combustion; 3” il jaunit la dissolution aqueuse de l’acide
arsénieux, et précipite en noir les sels de plomb, d’argent, etc.
Il est formé de 5,81 d’bydrogène et de 94,19 de soufre.
Usages. Cet acide est employé dans les laboratoires pour distinguer les unes de% autres plusiem’s dissolutions métalliques, et quelquefois même pour en séparer les métaux. Son action sur l’économie animale est des plus nuisibles ; il empoisonne et tue subitement les animaux qui le respirent, même lorsqu’il est mêlé avec beaucoup d’air. Suivant Dupuytren et M. Thénard , il suffit de Viooo <1® ce gaz dans l’atmosphère pour faire périr les oiseaux qu’on y plonge; ViooCt souvent Vmj donne la mort aux chiens les plus robustes. La maladie connue sous le nom de plomb, à laquelle sont exposés lés vidangeurs qui entrent dans les fosses d’aisances, doit être principalement attribuée à ce gaz. Il suffit, comme l’a fait voir Chaussier, d’exposer une partie quelconque de la .surface du corps à son action, pour en éprouver les effets délétères; il en est de même lorsqu’on l’injecte dans le tissu cellulaire, l’estomac, les gros intestins, la plèvre, lès vaisseaux, etc.; dans ces différentes circonstances, le gaz acide sulfhydrique plonge tous les organes dans un état adynamique. Il n’est jamais employé en médecine à l’état de gaz. Le meilleur moyen pour désinfecter une atmosphèx’e où il est répandu consiste à faire des fumigations de chlore, qui, comme je l’ai dit, a la propriété de le transformer en gaz acide chlorhydrique et d’en précipiter le soufre. Son action sur l’économie animale est beaucoup moins forte lorsqu’il est à l’état liquide ; dans ce cas, il se borne à exciter la peau et à modifier ses propriétés vitales ; aussi l’emploie-t-on avec le plus grand succès dans une foule d’exanthèmes chroniques. (Voy. Eaux sulfureuses. )
Préparation. On fait chauffer lentement, dans une petite fiole, du sulfure d’antimoine pulvérisé (composé de soufre et d’antimoine) , et 4 ou 5 parties d’acide chlorhydrique liquide du commerce : on obtient du gaz acide sulfhydrique que l’on recueille sur l’eau saturée de sel marin, parce qu’il est soluble dans l’eau et qu’il est décomposé par le mercure; il reste dans la fiole du chlorure d’antimoine. Il est évident que l’hydrogène de l’acide s’unit avec le soufre du sulfure d’antimoine, tandis que le chlore se combine avec l’antimoine et le fait passer à l’état de chlorure. Le gaz ainsi obtenu contiendrait toujours un peu d’acide chlorhydrique, si l’on n’avait pas la précaution de le laver en lui faisant travei’ser une couche d’eau contenue dans un petit flacon placé immédiatement après la fiole , et de la partie supérieure duquel sort le tube qui doit conduire le gaz sous, la cloche.
On peut encore employer le proiosulfure de fer et l’acide sulfurique
DE l’actoe tellürhydriqüe. 239
Ôendu d’eau pour obtenir ce gaz ; mais alors il n’est pas pur , il contient toujours de l’hydrogène libre dont on ne peut pas le séparer.
Le moyen le plus généralement employé aujourd’hui, parce qu’il est plus expéditif et plus économique, consiste à décomposer le sulfure de baryum par de l’acide chlorhydrique étendu de deux ou trois fois son volume d’eau.
DE E'ACIDE SÉEEAaYDBIQlJE. H Se. Équivalent = 503,50.
Il a été découvert en 1817 par Berzelius ; il est gazeux , incolore, d’une odeur semblable d’abord à celle du gaz acide sulfhydrique , mais qui devient ensuite piquante , astringente et très-douloureuse ; sa densité est de 3,421. Il est combustible et laisse, en brûlant, une poudre rouge de sélénium ; il est beaucoup plus soluble dans l’eau que le gaz acide sulfhydrique. La dissolution a une saveur hépatique ; elle rougit le papier de tournesol, et donne à la peau une couleur brune qu’on ne peut pas enlever par l’eau; par le contact de l’air, elle se décompose, devient rouge, et laisse déposer du sélénium en flocons légers.
Le gaz acide sélenhydrique est excessivement délétère. Il n’a point d’usages.
Préparation. On l’obtient en versant de l’acide chlorhydrique étendu d’eau sur un composé de sélénium et de potassium, disposé dans une cornue munie d’un tube recourbé qui va se rendre sous des cloches pleines de mercure ; l’eau se décompose , l’oxygène transforme le potassium en protoxyde, tandis que l’hydrogène s’unit au sélénium. On substitue quelquefois au séléniure de potassium du séléniure de fer.
DE E’ACIDE TEEEVRHTDBIQCE. HTe. Équivalent = 819.
L’hydrogène s’unit au tellure, et donne un hydracide dont les propriétés sont analogues à celles des acides sulfhydrique et sélenhydrique.
Il est gazeux , incolore, d’une odeur qui rappelle celle des œufs pourris; il rougit la teinture de tournesol ; sa densité est de 5,12. Au contact de l’air et d’un corps enflammé, il brûle avec une flamme bleuâtre en se transformant en eau et en acide tellurique. L’eau le dissout ; mais par le contact de l’air, cette dissolution se trouble et laisse déposer des flocons bruns de tellure. Le chlore réagit de même et forme de l’acide chlorhydi’îque ; mais s’il est en excès, le tellure est dissous.
Cet acide offre avec les autres corps des réactions tout à fait analogues 4 celles que présente le gaz sulfhydrique;
Caractères distinctifs. 1" Gaz incolore ayant l’odeur d’œufs pourris; 2° action de l’air et du chlore sur la dissolution aqueuse.
Il est formé de 2,48 d’hydrogène et de 97,52 de sélénium.
Préparation. On l’obtient en traitant par l’acide sulfurique étendo d’eau un mélange de potassium ou de zinc et de tellure; Teau est décomposée ; il se forme des sulfates de zinc ou de potasse, et l’hydrogène à l’état naissant se combine au tellure.
DE E’ACIDE CYAAHADBIQVE. H Cy. Équlvaleilit =r 337,50.
Cet acide a été ainsi nommé par Gay-Lussac , à raison de sa composition. On le trouve dans le merisier à grappes, dans le laurier-cerise, dans les fleurs du pêcher, etc. Il prend naissance pendant la distillation sèche de beaucoup de matières azotées, du foriîiiate d’ammoniaque, etc.
Anhydre, il est liquide, incolore, doué d’une odeur forte et d’une saveur d’abord fraîche, puis brûlante; son poids spécifique est de 0,7058 à 7", et de 0,6969 à 18° ; sa puissance réfractive est de 1,531 ; il rougit faiblement Vinfusum de tournesol; il entre en ébullition à 26°,5c.; il se congèle à environ 15°— 0 : il est alors cristallisé sous forme de fibres, à peu près comme l’azotate d’ammoniaque. On peut opérer cette solidification à la température de 20° +0, en mettant sur une carte un peu de cet acide liquide : en effet, une portion. d’acide se réduit en vapeur, absorbe du calorique à l’autre portion , dont la température finit par s’abaisser assez pour que la congélation ait lieu.
Si l’on fait passer l’acide cyanhydrique à fravers un tube de porcelaine incandescent, on obtient une légère couche de charbon, du gaz hydrogène, un peu d’azote et de cyanogène, mêlés avec une assez grande quantité d’acide cyanhydrique quia échappé à la décomposition. Si, au lieu d’agir ainsi, on fait passer 2 grammes de vapeur du même acide à travers 0 gi'amme, 806 de fil de clavecin roulé en un cylindre très-court et rougi dans un tube de porcelaine , on obtient un gaz composé de volumes égaux d’hydrogène et d’azote ; une portion de carbone se dépose sur le fer, l’autré portion se combine avec ce métal et le rend très-aigre; du reste, le fer n’est pas oxydé. Le cuivra et l’arsenic n’ont aucune action sur lui à cette température. Si l’on fait l’expérience en substituant au fil de fer du bioxyde de cuivre, l’acide et l’oxy^de sont décomposés ; l’hydi’ogène et le carbone du premier se combinent avec l’oxygène du bioxyde pour former de l’eau et du gaz acide carbonique ; l’azote de l’acide est mis à nu et se d^age, tandis que le cuivre métallique reste dans le tube. Si l’on fait chauffer de la vapeur d’acide cyanhydrique avec dupotassium,
DE l’acide cyanhydrique. 241
l’âcide est décomposé, il se dégage un' volume de gaz hydrogène, qui est exactement la moitié de celui de la vapeur acide employée, et il reste un comjiosé de cyanogène et de potassium (cyanure). Lorsqu’on soumet à Taclion du fluide électrique ^ dans l’eudiomètre de Volta , un mélange fait avec 1 partie de vapeur d’acide cyanhydrique et 1 partie Vj d’oxygène en volume, l’acide est décomposé avec dégagement de calorique et de lumière, le carbone et l’hydrogène s’unissent à l’oxygène pour former de l’eau et de l’acide carbonique, et l’azote est mis à nu. C’est à laide de ces diverses expériences que 6ay-Lussac a établi le premier la véritable composition de l’acide dont je parle.
L’acide cyanhydrique liquide, soumis à l’action de la pile de Volta, se décompose; l’hydrogène, attiré par le pôle négatif, se dégage à l’étal de gaz ; tandis que le cyanogène , mis à nu , près du fil positif, reste en dissolution dans l’acide non décomposé.
L’acide cyanhydrique, abandonné à lui-même dans des vases bien fermés ou privés d’air, se décompose quelquefois en moins d’une heure, d’autres fois il se conserve sans altération pendant douze ou quinze jours; cette décomposition est toujours partielle. L’acide décomposé se transforme en cyanhydrale d’ammoniaque et en un composé que l’on a cru être de l’acidq azulmique, qui est encore mal connu , et qui ressemble beaucoup à du charbon. Toutefois j’ai vu de l’acide cyanhydrique anhydre conserver au bout de quatre ans sa limpidité, ses propriétés chimiques, et toute son action énergique sur l’économie animale; il avait été préservé du contact de la lumière.
Le phosphore et l’iode peuvent être volatilisés dans la vapeur cyanhydrique sans lui faire subir aucune altération. Le soufre, au contraire, se combine avec elle, et donne naissance à un produit composé de soufre et d’acide cyanhydrique.
Le chlore décompose cet acide, s’empare de son hydrogène pour former de l’acide chlorhydrique ; tandis que le cyanogène s’unit à une autre portion de chlore, et constitue le perchlorure de cyanogène Cy3C13.
Les acides chlorhydrique et sulfurique décomposent l’acide cyanhjdrique et fournissent de l’ammoniaque et de l’acide foi’mique (Pelouze).
H C2 Az 4 HO ^ H3 Az H 03, HO
A. eyanhydriqne. ’ Ammoniaque. A. fonniqae.
Mis en contact avec le fer métallique , il ne produit aucun phénomène sensible s’il est parfaitement sec; mais s’il contient de l’eau, l’hydro- 1. 16 '
242 PRE5IIÈRE PARTIE.
gène de l'acide se dégage, et il se forme du bleu de Prusse (protocyanure et sesquicyanure de fer).
Lorsque le fer, le cyanogène et l’acide cyanhydrique, sont placés dans des circonstances particulières, ils se combinent et donnent naissance à de l’acide- cyanhydrique ferruré.
La. baryte, la potasse, et tous les ojcydes dans lesquels l’oxygène est fortement retenu par le métal , mis en contact à une température rouge avec l’acide cyanhydrique, le décomposent, s’emparent du cyanogène, et passent à l’état de cyanures métalliques ; il se forme de l’eau.
L’action de cet acide sur les oxydes dans lesquels l’oxygène est faiblement retenu varie. singulièrement. Le bioxyde de mercwe, mis en cQntact, à la température ordinaire, avec l’acide cyanhydrique, cède tout l’oxygène à son hydrogène pour former de l’eaù , et le mercure s’unit au cyanogène, avec lequel il produit du cyanure, que l’on a appelé jusqu’en 1815 prussiate de mercure. On observe les mêmes phénomènes si , au lieu de faire réagir ces deux corps à froid, on fait chauffer de la vapeur d’acide cyanhydrique avec du bioxyde de mercure ; mais l’action est tellement énergique , qu’il pourrait se produire une vive explosion si l’on agissait sur des masses un peu considérables.
L’acide cyanhydrique peut se combiner avec l’ammoniaque, et donner un cyanhydrate en cristaux cubiques, ou en prismes entrelacés, ou en feuilles de fougère. Ce sel est tellement volatil , qu’à la température de 22® la tension de sa vapeur est d’environ 45 centimètres ; en sorte qu’à 36° elle fera équilibre à la pression de l’atmosphère. Il se décompose et se cliarbonne avec la plus grande facilité, surtout en présence de l’eau et d’un acide organique ou inorganique ; mais lorsqu’il est anhydre , la présence d’une petite quantité d’un acide minéral empêche cette décomposition spontanée.
Caractères distinctifs. 1° L’acide cyanhydrique précipite l’azotate d’argent en blanc; le cyanure d’argent déposé est lourd, caillebotté, peu altérable par la lumière , insoluble dans l’eau et dans l’acide azotique froid, soluble dans cet acide bouillant avec dégagement d’acide cyanhydrique et soluble dans l’ammoniaque; chauffé seul, quand il est sec, il donne du cyanogène ; chauffé ayec du potassium, il fournit du cyanure de potassium, lequel, étant dissous dans l’eau, donne du bleu de Prusse avec les sels de sesquioxyde de fer. 2° Il ne précipite pas un mélange de sulfate de protoxyde et de sesquioxyde de fer; mais si l’on ajoute quelques gouttes de potasse, il se produit aussitôt un précipité de bleu de Prusse (protocyanure et sesquicyanure de fer), insoluble dans l’acide chlorhydi'ique.
DE l’acide cyanhydrique.
L'acide cyanhydrique quoique très-vénéneus , peut être
employé pour diminuer la toux dans les catarrhes et dans la phthisie pulmonaire au premier degré. On doit commencer par en administrer 4 ou 6 gouttes dans un verre d'eau.
L’acide cyanhydrique est formé en poids de 3,70 d’hydrogène et de 96,30 de cyanogène.
Empoisonnement. L’acide cyanhydrique est un des poisons les plus actifs que l’on connaisse; il suffit d’en mettre une goutte ou deux sur la conjonctive pour déterminer presque instantanément la mort des chiens les plus robustes. Il agit sur le système nerveux en déterminant des accès tétaniques, avec opisthotonos, qui sont suivis d’un état comateux des plus prononcés. Quand les animaux ne succombent pas au premier accès , il peut en survenir un ou deux autres ; c’est ce qui a lieu lorsque la dose de l’acide n’a pas été assez forte pour occasionner une mort prompte. Pour déceler l’acide cyanhydrique dans des matières organiques suspectes, on étend celles-ci d’eau distillée et on les chauffe dans une cornue, en ayant soin de faire arriver la vapeur dans un long tube de verre aux deux tiers plein d’azotate d’argent dissous ; à mesure que l’acide arrive, il se forme du cyanure d'argent dont je viens de donner les caractères. Quand il s’agit de déterminer la proportion d’acide cyanhydrique contenu dans un sirop^ au lieu de procéder par la distillation, on étend le sirop d’eau distillée et on le traite directement par l’azotate d’argent; la quantité de cyanure précipité fait connaître celle de l’acide cyanhydrique, puisqu’on sait combien il renferme de cyanogène et combien il faut de celui-ci pour donner naissance à l’acide cyanhydrique (voy. p. 89).
On traite avantageusement l’empoisonnement occasionné par cet acide, en faisant respirer au malade de l’eau chlorée étendue de 5 ou 6 fois son volume d’eau, en même temps que l’on fait sur la colonne vertébrale des affusions d’eau froide (voy. ma Médecine légale, t. 3, 4® édit., et ma Toxicologie générale, 4® édition).
Préparation de l’acide anhydre. De tous les moyens employés pour l’obtenir, le suivant est le plus commode et donné un produit abondant et pur. On met dans une petite cornue tubulée 100 grammes de cyanure de mercure réduit en poudi'e; au col de la cornue, on adapte un tube en verre d’un mètre de long environ, qui est terminé par un autre tùbe d’un plus petit diamètre et courbé à angle droit de manière à pouvoir être introduit dans un flacon sec et refroidi. Dans le premier tiers du tube, on place du mai*bre blanc concassé, et dans, les deux autres tiers du chlorure de calcium nouvellement fondu. A la tubulure de la cor-
nue, on adapte aussi un tube en S. L’appareil étant ainsi disposé , on met la cornue sur un petit fourneau , et le tube dans une situation horizontale en le faisant supporter par une grille; alors on introduit dans la cornue, par le tube en S, 100 grammes d’acide chlorhydrique concentré, et l’on chauffe doucement; peu à peu on voit se manifester, au sein du liquide, une ébullition produite par l’acide qui se dégage. Si pendant ce dégagement il y avait une petite quantité d’acide chlorhydrique entraînée, elle serait retenue par le marbre (carbonate de chaux) ; le chlorure de calcium est destiné à dessécher l’acide, mais comme il se condense beaucoup d’acide cyanhydrique dans toute la longueur du tube, on est obligé d’en favoriser le dégagement ^ en le chauffant un peu au moyen de la grille sur laquelle le tube est placé.
Hg Cy HCl ^ HCy Hg Cl.
Cyan. de merc. ’ A. chlorhydrique. A. cyanhydrique. ’ - Protechlor. de merc.
Si l’on employait un grand excès d’acide chlorhydrique , on obtiendrait fort peu d’acide cyanhydrique, parce qu’il se formerait de l’ammoniaque et de l’acide formique (voy. p. 241).
Il est des chimistes qui pensent qu’il est plus avantageux de préparer l’acide anhydre en décomposant le cyanure de mercure par du gaz acide sulfhydrique sec. Quoi qu’il en soit, on peut remplacer le cyanure de mercure par celui de potassium , et l’acide chlorhydrique par l’acide sulfurique; lorsqu’on emploie l’acide chlorhydrique, il se forme un chlorure métallique, et l’hydrogène de l’acide s’unit au cyanogène, tandis que , sous l’influence de l’acide sulfurique sur le cyanure de potassium , l’eau est décomposée , son oxygène s’unit avec le métal , et l’hydrogène avec le cyanogène, de manière qu’il en résulte du sulfate de potasse et de l’acide cyanhydrique.
On prépare l’acide cyanhydrique médicinal en mélangeant l’acide anhydre avec 8,5 fois son poids d’eau, ou bien avec six fois autant d’eau distillée en volume. On l’obtient encore en faisant passer un courant de gaz acide sulfhydrique dans une dissolution aqueuse de cyanure de mercure; on filtre lorsque tout le mercure est précipité à l’état de suU fure (1), et on mêle la liqueur obtenue avec un peu de carbonate de plomb, qui précipite l’excès d’acide sulfhydrique (Proust). Suivant
(1) Si l’on n’employait pas ün excès d’acidê sulfhydrique, l’acide cyanhydrique serait mêlé de cyanure de mercure.
Dü BISULFURE d’hYDROGÊNE.
MM. Caventou et Pelletier, pour obtenir l’acide cyanhydrique dont on feit usage en médecine, on doit employer 4 grammes de cyanure de mercure pour 32 grammes d’eau distillée.
Je parlerai des acides cyanhydriques ferrurés en faisant l’histoire du lieu de Prusse (voy. Fer).