‹ Éléments de chimie (volume 2)Chapitre 69 sur 149 · DES SULFURES. — DES MO«(KULFURES · texte numérisé non relu

DES SULFURES. — DES MO«(KULFURES

le naonosulfure non encore attaqué, le fait passer à l’état de poïysulfure jaune ; mais, à son tour, ce polysulfure absorbe l’oxygène de l’air, en sorte qu’en définitive,' les monosulfures finissent par être changés en earhonates et en hyposulfites incolores. 2° La plupart des monosulfures sont insolubles dans l’eau et insipides : ceux de potassium , de sodium , de lithium , de baryum , de strontium , de calcium , de magnésium , de glucynium et d’yttrium , sont solubles; parmi ceux qui sont insolubles, il en est trois , ceux de zinc, de fer et de manganèse, qui sont hydratés. D’après Rose, les monosulfures alcalins préparés, en décomposant lès sulfates correspondants par le charbon à une chaleur blanche, lorsqu’ils se dissolvent , décomposent l’eau et donnent naissance, savoir : le sulfure de baryum , à du sulfhydrate de sulfure de baryum , à du sulfure de baryum uni avec de la baryte, et à de l’hydrate de baryte; les sulfures de strontium et de calcium , et probablement ceux de potassium et de sodium , à des sulfhydrates de sulfures et à des hydrates de strontiane et de chaux (Journ. de pharm., année 1842). 3° Les monosulfures alcalins sont incolores. 4” Le chlore transforme tous les sulfures solubles en chlorures, et il se précipite du soufre. Quant aux sulfures insolubles, il en est, comme ceux de titane, d’étain et d’antimoine, qui sont décomposés à froid, ou à une chaleur très-faible, par le chlore, et il se produit un chlorure métallique et de l’acide sulfochlorique qui se combine avec chacun de ces chlorures. D’autres sulfures insolubles , tels que ceux de plomb , de cuivre , etc. , ne sont pas altérés par cet agent à la température ordinaire, et ne le sont, par une chaleur soutenue, qu’avec une extrême lenteur et d’une manière incomplète; alors il y a production de chlorures de plomb et de cuivre , . et d’acide sulfqchlorique qui ne se combine pas avec ces chlorures (Rose, Journ. de pharm. , juillet 1838). 5° Tous les mbnosulfures solubles sont décomposés par les acides, sans en excepter l’acide carbonique, s’il est employé en assez grande quantité; l’eau de ces acides se décompose, son oxygène oxyde le métal, son hydrogène s’unit au soufre et forme de l’acide sulfhydrique qui se dégage; il ne se précipite point de soufre si l’acide est très-affaiUi : on conçoit que le monosulfure ne renfermant qu’un équivalent de soufre, et l’acide sulfhydrique qui se dégage exigeant, pour être formé, un équivalent de ce corps, il ne puisse pas se précipiter du soufre ; cependant les acides azotique et azoteux cèdent presque toujours une portion de leur oxygène à l’hydrogène de l’acide sulfhydrique, et il se dépose du soufre. 6° Les sels de la première classe n’exercent aucune action sur les sulfures , la plupart des autres les dér

284 PREMIÈRE PAÈTIE.

composent en donnant des produits divers ; mais il se forme constamment un précipité blanc ou coloré, qui est un monosulfure.

Théorie. On peut représenter les deux sels par

§oufre -J- Potassium.

Zinc -f- Oxygène Acide sulfurique,

Monosulfure de zinc. Oxyde de potassium combiné à l’adde sulfurique.

11 est évident que l’oxyde de zinc du sulfate est décomposé, que son oxygène se porte sur le potassium du sulfure, et que le soufre de celui-ci s’unit au zinc.

Pour reconnaître un monosulfure insoluble des cinq dernières classes, et ceux, de zinc, de manganèse, de titane et d’urane, on chauffera ces sulfures au rouge dans un creuset avec de ta potasse caustique et du charbon, et l’on obtiendra du sulfure de potassium qui partagera les caractères des sulfures solubles ; le métal du sulfure sera mis à nu, mêlé quelquefois d’un peu d’oxyde.

Composition. L’expérience prouve que presque tous les protoxydes métalliques donnent, lorsqu’on les traite par l’acide sulfhydrique, un monosulfure et de l’eau , c’est-à dire qu’un équivalent d’oxygène se combine avec un équivalent d’hydrogène de l’acide pour former de l’eau ; il résulte de ce fait que la quantité de soufre des sulfures métalliques dont je parle est proportionnelle à la quantité d’oxygène que contiennent les oxydes, puisque l’acide sulfhydrique contient un équivalent de soufre, comme l’eau renferme un équivalent d’oxygène. Suivant Berzelius, on ne peut former avec les métaux tout au plus qu’autanl de sulfures qu’ils peuvent donner d’oxydes; en outre, le monosulfure d’un métal, quelconque renferme deux fois autant de soufre en poids qu’il y a d’oxygène dans le protoxyde du même métal; le bisulfure en contient deux fois autant qu’il y a d’oxygène dans le bioxyde. On sait que, le poids de l’équivalent d’oxygène étant 100, celui du soufre est de 200 : or j’ai dit, en parlant de la composition des oxydes d’un même métal, que la quantité d’oxygène contenue dans ceux qui sont très -oxydés était 1, 1 14, 2, 3 ou 4 fois aussi considérable que celle du protoxyde ; donc on doit admettre la même loi de composition pour les sulfures. Éclaircissons ces données par un exemple : supposons que', des trois oxydes d’un métal, le protoxyde contienne, sur 100 parties de métal, 6 d’oxygène, le bioxyde 12 , et le ü itoxyde 18 ; supposons de plus que l’on puisse former trois sulfures avec le même métal , le protosulfure sera composé de 100 de métal et de 12 de soufre; le bisulfure contiendra 24 de soufre,

DES POLYSCLPÜRES. 285

et le trisulfure 36. Quelques métaux semblent, au premier abord, pouvoir fournir un plus grand nombre de sulfures que d’oxydes; mais ces diverses combinaisons doivent être considérées, d’après Berzelius, comme de véritables sulfures avec un excès de soufre ou de métal, ou comme des mélanges de divers sulfures du même métal.

Il suit de là qu’un monosulfure étant formé d’un équivalent de métal et d’un équivalent de soufre, si l’on donne au soufre la quantité d’oxygène nécessaire pour passer à l’état d’acide sulfurique, et au métal celle qui lui est nécessaire pour passer à l’étal de protoxyde, on constituera ainsi un sulfate neutre. Il en serait de même pour un bisulfure, et vice versa : en enlevant à un sulfate neutre l’oxygène de l’acide et celui du métal, on formera un monosulfure (1).

Préparation. 1° On prépare un assez grand nombre de sulfures métalliques, en décomposant leurs dissolutions par les sulfures solubles de potassium et de sodium, et quebquefois même par l’acide sulfliydrique. M. Becquerel père a obtenu cristallisés plusieurs sulfures métalliques en faisant usage d’un appareil électro-chimique (voy. Ann. de chim., novembre 1829). 2° Quelques autres sulfures peuvent être obtenus en traitant à une température élevée les sulfates de protoxyde par le charbon. On connaît encore d’autres procédés (voy. les métaux particulier)^ •

BES POX.YSIII.FIJBEjS.

Les polysulfures auxquels le soufre et les métaux donnent naissance sont en général solides, d’une couleur jaune, rouge, etc.; les polysulfures alcalins sont Jaunes. Les polysulfures sont solubles ou insolubles dans l’eau, sapides quand ils peuvent être dissous, décomposables par les acides avec effervescence, avec dégagement de gaz acide sulfhydrique ei précipitation ÙVL soufre, ce qui les distingue des monosulfures; ils laissent précipiter autant d’équivalents de soufre qu’ils en contenaient, moins un qui a servi à former l’acide sulfhydrique. Les polysulfures versés dans un a(^de donnent du polysulfure d’hydrogène (voy. p. 215). ils sont décomposables par l’acide sulfhydrique, qui en précipite l’excès

(i) D’après M. Rousseau, il suffit de faire passer sur les sulfures de fer, de ploinb, de cuivre el d’antimoine, un double courant d’air et de vapeur d’eau, pour que les sulfures soient fouillés môléculaircment dans toute leur profondeur, et se réduisent entièrement eu acide sulfureux et en- oxyde métallique , sous forme d’une poussière impalpable^

286 fBEMiÉRE PARTIE.

de soufre, et il reste dans la liqueur un sulfhydrate de sulfure. Le chlore agit sur les polysulfures, comme sur les monosulfures. Comme les monosulfures , ils précipitent la plupart des dissolutions métalliques (voy. p. 284). A l’air, ils se décolorent peu à peu et se changent en hy* posulfites. Si le polysulfure contient plus de deux équivalents de soufre pour un de métal, il se précipite du soufre.

On reconnaîtra les polysulfures insolubles à l’aide de la potasse et du charbon (voy. p. 284). ‘

Préparation. On obtient les polysulfures insolubles en versant un polysulfure soluble dans une dissolution d’un sel métallique. On peut préparer un assez grand nombre de polysulfures en fondant un excès de soufre avec un oxyde ou un carbonate métallique ; l’oxygène de l’oxyde se porte sur une partie du soufre , pour former de l’acide sulfureux qui se dégage , et le métal se combine avec l’autre portion de soufre.

DES ISCLFOYDRATES DE MOmOSVEFVRES j OU DES BISVEFBYDRATES.

On désigne ainsi certains composés salins, formés d’acide sulfhydrique et d’un monosulfure métallique. Ils ont l’odeur, la saveur hépatique et 4a réaction alcaline des monosulfures. Si leurs dissolutions aqueuses sont traitées par un acide, celui-ci agit sur le sulfure, comme je l’ai dit à la page 283 eu parlant des monosulfures : il se dégage de l’acide sulfhydrique , et il ne se précipite point de soufre; elles se comportent avec les sels métalliques comme les monosulfures, si ce n’est qu’il y a de l’acide sulfhydrique mis à nu ; l’air ou l’oxygène les transforme d’abord en polysulfures , puis en hyposulfites; il est évident que l’oxygène commence par s’emparer de l’hydrogène de l’acide sulfhydrique.

Ces sels doivent être considérés comme des monosulfures auxquels s’unit un équivalent de gaz sulfhydrique.

Préparation. On fait passer du gaz sulfhydrique sur les oxydes métalliques, ou sur leurs carbonates en dissolution dans l’eau ou suspendus dans ce liquide jusqu’à complète saturation. Il se précipite, surtout lorsqu’on agit avec delà potasse ou de la soude, une matière gélatineuse, mêlée d’une poudre noire, qui donne à la liqueur un aspect brunâtre trouble, et qui , à la fin de l’opération , se rassemble au fond du vase et peut être séparée par le filtre : cette matière est composée d’acide silicique, d’oxyde de fer et d’oxyde de manganèse, substances qui se trouvent ordinairement dans les alcalis employés, et qui se déposent à mesure que l’acide sulfhydrique sature ces alcalis. Quelquefois aussi ce préci-

DES SÉLÉMÜRËS. 287

pité contient de l’oxyde d’argent, qui provient de la potasse et de la soude que l’on a fait fondre dans des chaudières de ce métal. Lorsque l’opération est terminée, ce qui n’a lieu qu’au bout de plusieurs jours, on filtre les sulfhydrates et on les agite avec du mercure : ce métal s’empare de leur excès de soufre, et leur fait perdre la couleur jaune qu’ils avaient. Le mercure, dans cette expérience, noircit d’abord, puis se transforme en sulfure rouge (cinabre).

DES SVEFOâELS.

Berzelius a désigné ainsi tantôt les sulfhydrates de sulfures , tantôt des sels composés de deux sulfures métalliques; ces doubles sulfures sont en général solubles dans l’eau , qui en décompose même quelquesuns. Les acides les décomposent avec ou sans dégagement d’acide sulfbydrique, et précipitent un des sulfures métalliques, s’il est insoluble, ce qui arrive le plus souvent.

Préparation. Elle est très-variée, suivant les cas ( voy. Berzelius , l. III, p.334).

DES SilEÉMEXtES.

Les séléniures ressemblent beaucoup aUx sulfures poür leurs propriétés physiques et chimiques. Les séléniures alcalins seuls sont solubles dans l’eau. Le cMore sépare le sélénium de ceux qui sont solubles. L’acide chlorhydrique en dégage du gaz acide sélenhydrique. L’acide azotique et l’eau régale à chaud font passer le sélénium à l’état d’acide sélénieux , facile à reconnaître par l’acide sulfureux qui précipite le sélé^ nium sous forme d’une poudre rouge. Les séléniures , chauffés dans Un creuset avec de l’azotate de potasse mélangé de carbonate de la même base, donnent du séléniate de potasse, lequel , à la température de l’ébullition, est transformé par un excès d’acide chlorhydrique en acide sélénieux, dont on peut précipiter le sélénium rouge, à l’aide de l’acide sulfureux.

La composition des séléniures est soumise aux lois des proportions multiples dont j’ai déjà parlé: ainsi le séléniure correspondant à un protoxyde, formé d’un équivalent d’oxygène et de métal, est lui-même composé d’un équivalent de sélénium et de métal.

Préparation. On obtient la plupart des séléniures en versant dans une dissolution saline de l’acide sélenhydrique.

DES lODntES.

Ils sont tous solides , inodores , fragiles ; plusieurs sont colorés , mais cependant la plupart sont incolores, sapides et crislallisables. 11 en est qui sont solubles dans l’eau. Plusieurs de ceux qui sont insolubles peuvent être obtenus cristallisés par l’électricité (Becquerel).

Le chlore les décompose tous , s’empare du métal, et met l’iode à nu ; si l’on a préalablement ajouté de l’amidon dissous, celui-ci est coloré en bleu; toutefois, si le chlore était employé en excès, il se produirait du chlorure d’iode, lequel se décomposerait par l’eau en acides chlorhydrique et iodique , sans action sur l’amidon. C’est pour éviter cet inconvénient que M. Reynoso a proposé de substituer Veau oxygénée au chlore: on met dans un petit tube fermé par un bout un morceau de bioxyde de baryum, on y ajoute de l’eau distillée, de l’acide chlorhydrique pur, et de l’empois d’amidon (voy. Bioxyde d’hydrogène, p. 129) ; on attend que l’on voie venir des bulles à la surface pour y ajouter l’iodure : on aperçoit à l’instant une coloration d’un rose bleu, si la quantité d’iode est peu considérable, et d’un bleu bien foncé, si elle est assez notable. L’eau oxygénée décompose les iodures, ainsi que l’acide iodhydrique, sans exercer la moindre action sur l’iode {Journal de pharm., p. 406, année 1849).

L’acide sulfurique concentré décompose les iodures solubles et met l’iode à nu. Si l’on chauffe le mélange, il se dégage des vapeurs violettes, et il se- forme de l’acide sulfureux et un sulfure. Voici ce qui se passe: l’acide sulfurique cède un équivalent d’oxygène au métal qu’il oxyde et avec lequel il produit un sulfate ; l’acide sulfurique se trouve réduit à de l’acide sulfureux, et l’iode libre se dépose.

L’azotate d’argent précipite ceux qui sont solubles en blanc , et l’iodure d’argent précipité est insoluble dans l’ammoniaque. L’azotate de protoxyde de mercure, les sels de bioxyde de 'mercure , et les sels de plomb, précipitent les iodures solubles , savoir : le premier en jaune verdâtre, les seconds en rouge, et les autres en jaune. Ces décompositions, aussi bien que celle que détermine l’azotate d’argent , s’expliquent en admettant que l’oxygène des oxydes d’argent, de mercure ou de plomb, se porte sur le métal qui fait partie de l’iodure dissous , tandis que ces trois métaux mis à nu s’unissent à l’iode. Le chlorure de platine pi'oduit un iodure soluble , d’un rouge garance très-foncé. Les iodures solubles dissolvent de l’iode, se colorent en rouge brun, et deviennent des iodures iodurés.

DES BROMÜRES.

On reconnaît les iodures insolubles, en les traitant dans un creuset par de la potasse et dn charbon : on obtient de Tiodiire de potassium soluble, et le métal plus ou moins mélangé d’oxyde et de charbon.

Préparation. 1° On peut combiner directement l’iode, à l’aide de la clialeur, avec un certain nombre de métaux , tels que le potassium , le sodium, le mercure, le fer, le zinc, l’étain, etc. 2" Les dissolutions métalliques dont les métaux ne décomposent pas l’eau à froid , comme sont celles de cuivre, de plomb, d’argent, de bismuth , etc. , donnent par les iodures solubles un précipité d'iodure : en effet , l’oxygène des oxydes de plomb, d’argent, de bismuth, etc., se combine avec le métal de l’iodure so|uble, et l’iode se précipite, uni au plomb, à l’argent, etc.; 3“ On p^pare plusieurs iodures par des procédés particuliers.

Composition. L’acide iodhydrique donne, avec la plupart des oxydes métalliques , de l’eau et un iodure : or cet acide est formé d’équivalents égaux d’hydrogène et d’iode; donc un iodure correspondant à un protoxyde qui renfermait un équivalent d’oxygène doit contenir un équivalent d’iode, puisqu’il aura fallu un équivalent d’hydrogène pour former de l’eau avec l’équivalent d’oxygène du protoxyde. La quantité d’iode dans les biodures , etc. , sera proportionnelle à la quantité d’oxygène des oxydes.

»ES IODURES lODURÉS.

Ces corps, d’un rouge brun, ne retiennent l’iode qu’avec peu de force; ils l’abandonnent par leur ébullition et par leur exposition à l’uir quand ils sont desséchés ; l’iode n’altère point leur neutralité. Le chlore , l’azotate d’argent, les sels de mercure et de plomb, agissent sur eux commesur les iodures.

Préparation. Il suffit de mettre l’iode en contact avec un iodure dis* sous pour le transformer en iodure ioduré.

DES BROmURES»

Ils sont tous solides , colorés ou incolores , sapides ou insipides ; la plupart de ceux qui ont été étudiés se dissolvent dans l’eau. Le chlore les décompose et en dégage le. brome; mais il est préférable de lui substituer le bioxyde d’hydrogène, d’après M. Reynoso (voy. Iodures, p. 288). L’acide sulfurique concentré en dégage du gaz acide bromhydrique mêlé de vapeurs de brome, tandis qu’il ne se produit que du brome, si l’on a ajouté à l’acide sulfurique du bioxyde de manganèse.

Il en est de même des acides chlorique et azotique. Ils précipitent U 19 .

les sels de jÀomh en blanc, et l’azotate d’argent ên jaune-serin ; ce dernier précipité noircit à la lumière, sans devenir d’abord violet, comme le fait le chlorure d’argent ; il se dissout dans un ésccès d’ammoniaque.

On reconnaît les bromures insolubles comme les iodures insolubles (voy. p. 283).

Préparation. Les bromures de cuivre, dé chrome, d’ürane, de cadmium, de zinc, de nickel, de cobalt, de fer et de manganèse, proviennent de l’action directe du brome sur les métaux , par la voie sèche ou par l’intermède de l’eau, ou bien de l’action de l’acide bromhydrique sur les carbonates ou sur les oxydes métalliques; ils sont tous solubles dans l’eau , excepté le protobromure de cuivre. On prépare les bromures de cérium, de zirconium, de glucynium, d’aluminium et de strontium, avec l’acide bromhydrique et les oxydes de ces métaux ; ils sont tous solubles dans l’eau ^ excepté celui de cérium. (Berthemot, Journ. de pharm.f novembre 1830 , et Henry fils, ibid., février 1829.)

Composition. L’aCide bromhydrique étant composé d’équivalents égaux d’hydrogène et de brome, et formant avec les oxydes métalliques dé l’eau et un bromure, la composition des bromures ne diffère pas de celle des iodures (voy. p. 283).

DÈS CBLORèRèS.

Ces chlorures sont solides, blancs ou colorés, pour la plupart sapides; plusieurs sont volatils.

L’action des corps simples sur les chlorures est Irbp variée pour pouvoir être exposée d’une manière générale. Excepté les protOchlorures de cuivre, demercure, d’or, de, platine, elle chlorure d’argent, ils sont tous solubles dans l’eau. Les chlorures de bismuth et d’antimoine sont décomposés par l’eau distillée.

Les acides privés d’eau n’agissent sur aucun chlorure. Plusieurs acides hydratés les altèrent ; l’eau de l’acide sulfurique est décomposée ; son oxygène forme avec le métal du chlorure un oxyde, tandis que le chlore s’unit à l’hydrogène de l’eau et donné naissance à du gaz acide chlorhydrique, qui se dégage sous forme de vapeurs blanches assez épaisses, d’une odeur piquante. L’acide azotique à chaud fournit de l’eau régale avec tous les chlorures , si l’On en excepte le chlorure d’argent. Tous les chlorures liquides sont décomposés à froid par la dissolution d’azotate d’argent , sel formé , comme son nom l’indique , d’oxyde d’argent et d’acide azotique ; il en résulte un azotate soluble, et du chlorure d’argent caillebotté, lourd, brunissant à

DES FLUORURES.

la lumière f après être devenu violet, insoluble dans l’eau, dans l’acide azotique froid ou bouillant, et soluble dans l’ ammoniaque. On peut rejH^nter le chlorure par

Chlore Métal.

Et Pazotate d’argent par Argent 4- Orygène + Acide azotique.

Chlorure d’argent. Azotate de l’oxyde métallique.

Les deux sels mêlés peuvent donner naissance à un sel soluble et à un sel insoluble; la décomposition est donc forcée (voy. p. 311|) : l’argent s’unit avec le chlore, et forme un chlorure insoluble , tandis que l’oxygène de l’oxyde d’argent transforme le métal en oxyde qui se combine avec l’acide azotique pour donner naissance à de l’azotate c’est en vertu de ces affinités et de la cohésion du chlorure d’argent que la décomposition a lieu.

On reconnaît les chlorures insolubles avec la potasse et le charbon (voy. Sulfures insolubles, p. 284).

Composition. Lorsqu’on fait agir de l’acide chlorhydrique sur un oxyde métallique, on obtient de l’eau et un chlorure : or l’eau est formée d’un équivalent d-hydrogène et d’un d’oxygène^ tandis que dans l’acide chlorhydrique, il y â un équivalent d’hydrogène et un de chlore : donc la quantité de chlore d’un chlorure métallique doit être à la quantité d’oxygène de l’oxyde du métal comme 1 à 1.

Préparation. 1° On peut combiner directement le chlore gazeux avec presque tous les métaux, tantôt à froid, tantôt à une température un peu élevée ; il en résulte dés chlorures qui peuvent être au minimum ou au maximum de chlore. 2° On peut obtenir plusieurs chlorures en faisant passer du chlore gazeux sec à travers des oxydes incandescents placés dans un tuyau de porcelaine : tels sont les oxydes de magnésium , de calcium, de baryùm, de strontium, etc. 3® En traitant plusieurs métaux par l’acide chlorhydrique, on les transforme en chlorures, car l’acide se décompose ; le chlore s’unit au métal , et l’hydrogène se dégage. 4° En combinant tous les oxydes métalliques avec l’acide chlorhydrique; en effet, l’oxygène de l’oxyde s’unit à l’hydrogène de l’acide, tandis que le métal et le chlore se combinent.

DES ri.lJORIJDES.

Les fluorures (finales anhydres ou secs) sont indécomposables par le ftu; quelques-uns d’entre ^ux peuvent être décomposés s’ils sont hu-

mides, phénomène qui dépend de ce que l’eau est également décomposée : en effet, l’hydrogène se combine avec le fluor pour former de l’acide fluorhydrique, tandis que l’oxygène se porte sur le métal de l’oxyde. L’acide borique vitrifié est le seul , parmi ceux qui ne contiennent pas d’eau , susceptible de décomposer les fluorures à une température élevée ; mais il se décompose lui-même ; le bore et le fluor s’unissent pour former de l’acide fluoborique (voy. p. 223) , tandis que l’oxygène de l’acide borique se combine avec le métal qui entre dans la composition du fluorure.

A froid , l’acide sulfurique hydraté décompose les fluorures , surtout ceux qui sont solubles, et il se dégage de l’acide fluorhydrique sous forme de vapeurs blanches, piquantes, ayant de l’action sur le verre; on voit que , dans ce cas , l’eau de l’acide employé est décomposée : son hydrogène transforme le fluor en acide fluorhydrique, l’oxygène oxyde le métal , et l’oxyde formé se combine avec l’acide sulfurique. Si le fluorure avait été préalablement mélangé de sable ou d’acide borique vitrifié, l’acide sulfurique en dégagerait du gaz acide fluosilicique ou fluoborique facilement reconnaissables (voy. pages 223 et 224).

Les fluorures solubles ne précipitent pas l’azotate d’argent; ils décomposent tous les sels calcaires et les précipitent en blanc : le précipité, regai'dé pendant longtemps comme du fluate de chaux, est du fluorure ■ de calcium. On peut concevoir sa formation en représentant le fluorure, que je suppose être celui de potassium , par :

Fluor 4- Potassium.

Et le sel calcaire, .par Calcium Oxygène -j- Acide.

Fluorure Protoxyde Sel

de calcium. de potassium. de potasse.

Le fluor s’unit au calcium , tandis que l’oxygène fle l’oxyde de calcium se combine avec le potassium et l’acide pour former un sel de potasse.

L’eau ne dissout que les fluorures neutres de potassium , de sodium et d’argent; les autres se dissolvent dans un excès d’acide-

On reconnaît les fluorures insolubles par l’acide sulfurique, ou bien en les traitant par la potasse et le charbon (v. Sulfures insolubles, p. 284).

Pr^aration. On obtient les fluorures solubles par le premier procédé, en combinant l’acide fluorhydrique avec les bases : l’hydrogène de l’acide s’unit à l’oxygène de l’oxyde pour former de l’eau , le fluor et le métal se combinent.

On prépare les fluorures insolubles pai* la voie des doubles décompo-

DES CYANURES DOUBLES 293

sitioDS, en versant un fluorure soluble dans une dissolution saline contenant le métal que l’on cherche à transformer en fluorure.

DES CEA^'CDES.

Le cyanogène, quoique formé de carbone et d’azote (v. p. 89) se comporte avec tous les corps simples et composés comme le ferait un corps simple non métallique ; il est le radical d’une série fort nombreuse de corps ayant beaucoup d’analogie avec les chlorures, les bromures, etc.

Les cyanures métalliques sont pour la plupart facilement décomposables par Iç^eu, soit en vaisseaux clos, soit avec le contact de Fair; il en est cependant qui peuvent être fondus et chauffés jusqu’au rouge en vaisseaux clos, sans subir la moindre altération; mais ces mêmes cyanures , si on les chauffe à l’état solide avec le contact de Vair, absoi’bent de l’oxygène et se flécomposent, du moins en partie: tels sont ceux de la première classe. En général, les cyanures métalliques sont insolubles ou peu solubles dans l’eau ; ceux de potassium, de sodium, de baryum et de calcium, qui se dissolvent dans ce liquide, offrent une réaction alcaline. Les dissolutions aqueuses de ces cyanures sont décomposées par l’oxygène et par les acndes faibles, sans excepter l’acide carbonique ; ces derniers en dégagent de l’acide cyanhydrique ( prussique). Si l’on fait bouillir ces dissolutions concentrées, et surtout celle de cyanure de potassium , elles sont décomposées en ammoniaque et en un formiate alcalin :

K C^Az 4H0 = K0,C2H03 Az

Cyanure alcalin. Formiate alcalin. Ammoniaque,

Conservées longtemps dans des flacons bouchés , elles éprouvent des altérations analogues. Versées dans une dissolution mélangée de sels de protoxyde et de sesquioxyde de fer, elles fournissent un précipité bleu foncé (bleu de Prusse ou protocyanurê et sesquicyanure de fer). Avec l’azotate d’argent, elles donnent du cyanure d’argent blanc (voy. Acide cyanhydrique, p. 242).

Les cyanures insolubles seront reconnus par la potasse et lé charbon (voy. Sulfures insolubles, p. 284).

DES CTAIKEDES DOVBEES.

Tous les cyanures métalliques insolubles peuvent s’unir avec les cyanures solubles formés parles métaux alcalins, de manière à produire

des composés bien définis. C’est ainsi que les cyanures d'or, d’argot, de nickel , de cuivre, etc. , se dissolvent dans les cyanures de potassinœ et de sodium. Les acides réagissent sur ces composés en décomposant le cyanure alcalin, et en précipitant le cyanure métallique. Lorsqu’on verse dans la dissolution d’un cyanure double un sel métallique quelconque, il en résulte une nouvelle combinaison insoluble dans laquelle le métal alcalin est remplacé par celui de l’oxyde du sel ajouté. Ces composés doubles jouissent en général des propriétés qui appartiennent i chacun d’eux en particulier.

On désigne sous le nom de eyanoferrures les cyanures doubles composés d’un cyanure simple et de cyanure de fer. Ils ont pour formule: 2 M Gy , Fe Gy ou M2 Cy3 Fe. Ceux qui sont alcalins ou terreux ont en générai une couleurjaune plus ou moins foncée ; ils sont inodores, solubles dans l’eau, sans action sur le tournesol , et inaltérables à l’air. Chauffés au rouge, ils sont décomposés : le cyanure de fer est détruit, tandis que le cyanure alcalin résiste. Les acides ne les décomposent que lentement. Quant aux autres eyanoferrures , ils sont en général insolubles dans l’eau , et décomposables par la chaleur, en azote et en carbures métalliques.

Autrefois on donnait le nom de sel à tout corps solide, cristallisable, transparent, soluble dans moins de cinq cents fois son poids d’eau. Plus tard, et jusque dans ces derniers temps, on désigna ainsi les composés d’un ou de deux acides, et d’une ou de plusieurs bases salifiables; cellesci étaient de trois ordres, savoir: les oxydes métalliques, l’ammoniaque, et des substances végétales alcalines, telles que la morphine, la' brucine, la quinine, etc. Suivant Berzelius, le sel doit être défini, tout composé dont les éléments, quel que soit leur nombre , anéantissent réciproquement, d’une manière complète, leurs propriétés électro-chimiques : ainsi le chlore, l’iode, le fluor, en se combinant avec les métaux électro-positifs , donnent des sels , comme tous les acides qui s’unissent avec les bases ^ parce que, dans l’un et dans l’autre cas, il y a anéantissement des propriétés électro-chimiques des composants; tandis que l’oxygène , en se combinant avec les mêmes métaux électropositifs, fournit des oxydes qui ne sont pas des sels , parce que , dans ces composés, les réactions électriques ne sont pas anéanties. Les sels, d’après cette manière de voir, doivent être divisés en deux classes: 1° Sels haloïdes {à! halogène , qui veut dire générateur de sels) ; ce sont

DES SELS

ceux qui résulteut de la combinaisou du soufre, du séléuium, du chlore’ de l'iode, du brome, du fluor et du cyanogène, avec un métal électropositif ; on les désigne sous les noms de sulfures, de séléniures, de chlorures, à'iodures, de bromures, de fluorures et de cyanures, et on dit chlorure cuivreux , chlorure cuivrique , etc. 2° Sels amphides (1). Pour bien concevoir ce que c’est qu’un sel amphide, il faut savoir que, loin d’admetü’e, comme on l’a fait pendant si longtemps, que les bases métalliques sont constamment formées d’un métal et d’oxygène, Berzelius pense qu’elles sont composées d’un métal et d’oæy^ène , ou d’un métal et de soufre, ou d’un métaljet de sélénium, ou d’un métal et de tellure : aussi désigne-t-il l’oxygène, le soufre, le sélénium et le tellure, sous les noms de basigènes. Les sels amphides sont subdivisés en quatre secilions : A. Oxysels, ceux dont le basigène est V oxygène : tels sont le sul^e de protoxyde de fer, l’azotate de protoxyde de potassium , etc. B. Sulfosels, ceux dont le ba'sigène est le soufre, comme le sulfhydrate potassique , le sulfocarbonate sodique, le sulfoarséniate calcique. Le premier de ces sels est formé de sulfure de potassium (base) et d’acide sulfhydrique , le second est composé de sulfure de sodium (base) et de sulfure de carbone ; enfin le troisième résulte de la combinaison du sulfure de calcium (base) avec le sulfure d’arsenic, ou sulfure arsénique. C. Sélénisels, ceux dont le basigène est le sélénium; fl. Tellu-^ risels, ceux dont le basigène est le tellure. (Voyez, pour plus- de détails, le mémoire de Berzelius, inséré dans les Ann. de çhim. et dephys., t. XXXI et XXXII ; 1826.)

J’ajouterai à ces faits que bien longtemps avant Berzelius, Ampère avait établi que les chlorures et les sulfures jouaient dans les sels exactement. le même rôle que les oxydes métalliques ; et l’on voit en 1833 M. Péligot décrire des chromâtes ayant pour base le chlorure de sodium , le chlorure de calcium, le chlorure de magnésium, le chlorure de potassium, ou le chlorhydrate d’ammoniaque. Déjà, quelques années auparavant, Boullay fils avait décrit des iodhydrates d’iodures métalliques analogues aux sulfhydrates de sulfures.

M. Régnault définit le sel a. toute combinaison de deux composés binattes, dont l’un joue le rôle d’élément électro-positif ou de base, et l’autre celui d’élément électro-négatif ou d’acide : ainsi l’acide sulfurique et le protoxyde de potassium , .de sodium , etc. , l’acide sulfocarbonique (sulfure de carbone) et le monosulfure de potassium (sulfo-

(1) Amphide mot dérivé des deux côtés.

base) , l’acide chromique et le chlorure de sodium , etc., constituent des sels. Par contre, le chlorure de sodium {sel commun) et les autres chlorures, les iodures, les bromures, les cyanures, etc., ne sont pas considérés comme des sels, parce que tout en admettant qu’ils ont la plus grande ressemblance avec les sels proprement dits , tant par leurs propriétés physiques que par un grand nombre de réactions chimiques, ils ne présentent d’analogie avec les sels que lorsqu’ils sont solubles dans l’eau , et qu’on les fait réagir sur d’autres corps au milieu de ce liquide. Je ne saurais admettre une pareille définition, parce qu’elle tend à faire ranger dans deux classes différentes des corps qui ont entre eux la plus gi'ande analogie et qui se comportent de la même manière avec la plupart des agents chimiques.

A vrai dire, aucune des définitions précitées n’est satisfaisante, |wce qu’aucune d’elles ne s’applique à tout ce qui doit être défini , tot^rei définitæ; cela tient à la différence de composition des sels nombreux déjà connus, et à ce qu’ils ne possèdent pas des propriétés communes assez caractéristiques pour en former un groupe naturel et rationnel; aussi prendrai-je le parti, après avoir fait connaître la composition des différents corps que l’on regarde comme des sels , de ne pas les définir, préférant cette lacune à la consécration d’une erreur. Je me bornerai, dans la partie de cet ouvrage qui a trait à la chimie minérale, à décrire: 1“ les oxysels, formés d’un oxacide et d’un ou de plusieurs oxydes (base); 2“ les sels haloïdes, formés d’un métal et d’un corps halogène, tels que les chlorures , les iodures, \e.% bromures , les cyanures, etc. A coup sûr, c’est dans ces deux catégories que l’on trouve les sels les plus nombreux et les plus importants.

On appelle sel double celui qui renferme deux bases, et sel triple celui qui en contient trois.

Les sels ont été divisés en neutres, acides et avec excès de base; ceuxci portent le nom de sous-sels, tandis que les sels acides ont reçu la dénomination de sur-sels. Op avait pendant longtemps considéré comme neutres seulement les sels qui ne rougissent pas le tournesol et qui ne verdissent pas le sirop de violettes, et on avait regardé comme sels acides tous ceux qui rougissent le tournesol, et comme sels avec excès de base ceux qui verdissent le sirop de violettes; la neutralité, l’acidité ou l’alcalinité des sels étaient jugées, comme on voit, d’après certaines propriétés, et surtout d’après l’action qu’ils exercent sur le tournesol, la violette, etc. Voyant plus tard que cette manière d’envisager la neutralité n’était pas exacte, on se demanda s’il ne serait pas possible de considérer comme étant neutre tout sel qui serait composé d’un équis'alent d’acide

DES SELS

et d’un équivalent de base; mais, tout en admettant que, dans la plupart des cas , les sels neutres sont ainsi composés , on est obligé de reconnaître que cela n’a pas toujours lieu, quelques sels, évidemment neutres, contenant deux ou un plus grand nombre d’équivalents de base pour un d'acide. L’expérience démontre que l’on peut établir la neutralité des sels tantôt en ayant recours aux couleurs végétales , tantôt en ayant égard à leur composition ; ce dernier mode est même applicable à tous les cas.

Neutralité constatée d’après l’action des sels sur certaines couleurs végétales. La teinture bleue de tournesol, commeJeTai dit à la page 118, est un véritable sel composé d’un acide rouge, appelé litmique par Robert Kane, et de plusieurs bases, telles que l’ammoniaque, la potasse et la chaux. Quand on met celle teinture en contact avec un acide fort, la liqueur est rougie, parce que l’acide s’empare des bases et met l’acide litmique rouge à nu; si l’acide est faible, la liqueur prend seulement une couleur vineuse, parce que l’acide n’a enlevé qu’une partie des bases ; si ces bases sont très-abondantes dans la teinture , il se peut qu’un acide même fort ne rougisse pas d’abord le tournesol, parce qu’il commence par saturer l’excédant de ces bases, avant de décomposer le litmate alcalin ; ce n’est alors qu’en ajoutant une plus grande quantité d’acide que le tournesol finit par être rougi. Quoi qu’il en soit, ce tournesol rougi reprend sa couleur bleue dès qu’on le met en contact avec une base soluble puissante ( potasse, soude, ammoniaque, etc.) , parce que celle-ci se combine avec l’acide qui avait rougi la teinture et qu’elle la neutralise; il est évident qu’alors l’acide litmique se trouve de nouveau combiné avec l’ammoniaque , la potasse et la chaux de la teinture, avec lesquelles il forme la teinture bleue.

On peut constater la neutralité des sels formés par des acides et des bases énergiques à l’aide de la teinture de tournesol : tels sont les sulfates, les azotates, les .acétates, lesoxalates, les tarlrates, les citrates, etc., de potasse, de soude et d’ammoniaque ; tant qu’il restera dans ces liqueurs salines des traces d’acide ou de base libres, la teinture de tournesol sera rougie, s’il y a de l’acide libre, et bleuie, si c’est la base qui est libre.

Mais il n’en est plus ainsi lorsque les acides forts sont combinés avec des bases faibles, ou quand les acides faibles sont unis à des bases puissantes, ou bien quand des acides faibles forment des sels avec des bases faibles: dans ces différents cas, la teintui'e de tournesol peut être rougie ou bleuie par des sels qui sont pourtant neutres. Je citerai, comme exemple, les sels composés d’acide sulfurique (acide fort) et d’alumine,

de sesquioxyde de fer, de bioxyde de cuivre (bases faibles ); ces sels sont neutres, quoiqu’ils rougissent la teinture de tournesol. Pour prouver que la propriété de la teinture de tournesol et des autres matières co« tarantes n’est pas absolue, mais seulement relative, je dirai que s’il existait une de matières colorantes dont l’acide serait assez puissant pour enlever la potasse à l’acide sulfurique (sulfate de potasse neutre), la potasse serait enlevée à l’acide , et la liqueur aurait une réaction acide.

Neutralité constatée d’après la composition des sels. L’expérience démontre que les sels neutres à la teinture de tournesol , c’est-à-dire ceux qui ne rougissent pas celte liqueur bleue et qui ne bleuissent pas celle qui a été rougie, sont composés de telle sorte, que le rapport entre l’oxygène de l’acide et celui de la base est toujours le même pour un même genre de sel : ainsi dans les sulfates neutres de potasse, de soude et de magnésie , l’acide sulfurique contient trois fois autant d’oxygène qu’il y en a dans la base ; dans les azotates neutres de potasse , de soude et de magnésie , la quantité d’oxygène de l’acide est à celui de la base comme 5 : 1. Cela étant , on considère comme sulfates et azotates neutres tous les sels de ces deux genres dans lesquels les rapports indiqués de l’oxygène sont de 3:1 pour les sulfates et de 5 : 1 pour les azotates; et comme les rapports entre les quantités d’oxygène des acides et de la base sont connus pour les sels neutres des autres genres , tels que les phosphates, les chlorates, etc., il en résulte que la constatation de la neutralité par la composition des sels est applicable à tous les cas.

Quand les acides sont combinés à des sesquioxydes, bases qui contiennent deux équivalents de métal et trois d’oxygène, pour que le rapport de l’oxygène de l’acide à celui de la base reste le même, il sera nécessaire d’augmenter le nombre d’équivalents de l’acide pour que le sel soit neutre. Exemple: les sulfates neutres d’alumine et de sesquioxyde de fer seront formés de 3 SO® AP 0® et de 3 SO^, Fe2 0® ; on voit qu’il y a neuf équivalents d’oxygène dans l’aeide et trois dans les oxydes d’aluminium et de fer; le rapport est donc le même de 3 : 1.

D’après ce qui précède , la quantité d’oxygène dans les sels acides et basiques ne sera pas dans le même rapport que dans les sels neutres : ainsi dans les bisulfates le rapport de l’oxygène de l’acide à celui de la base sera de 6 : 1 , tandis que dans les sulfates basiques il sera au-dessous de 3:1. Les formules suivantes mettront cette vérité dans tout son jour. M représente un équivalènt de métal.

DES SELS

Sulfates neutres . MO, SO®

Bisulfates . MO, 2SO*

Sesquisulfates.. . . 2 MO, 3 SO®

Sulfates tribasiques . 3 MO, 3 SO*

Sulfates sexbasiques. . 6 MO, SO®

Azotates neutres . . . MO, AzO®

— bibasiques . 2 MO, AzO®

— tribasiques . 3 MO, AzO*

Carbonates neutres . MO, CO*

Bicarbonates . MO, 2 CO*

Sesquicarbonates. ...... 2 MO, 3 CO*

Carbonates bibasiques. ... 2 MO, 2 CO*

Carbonates sesquibasiques. . 3 MO, 2 CO»

Propriétés générales des sels.

Propriétés physiques des sels. La plupart d’entre eux sont solides, d’une couleur et d’une cohésion variables , cristallisés ou pulvérulents, inodores ou odorants, sapides ou insipides, et plus pesants que l’eau.

Propriétés chimiques. — Action de Veau sur les sels. Les sels sont solubles ou insolubles dans l’eau; en général, ceux-ci sont insipides; les autres ont de la saveur.

Plusieurs chimistes ont fait dépendre la solubilité des sels de Vafjînité qu’ils ont pour ce liquide et de leur cohésion; plus l’affinité est grande, et moins la cohésion est forte, plus on les a dit solubles, et vice versa. De deux sels ayant la même affinité pour l’eau , le plus soluble devait être celui qui avait le moins de cohésion ; et si quelquefois un sel qui a moins d’affinité pour l’eau qu’un autre se dissout plus facilement , cela devait tenir à sa moindre force de cohésion. D’après M. Persoz, la solubilité des corps dans un véhicule, et en particulier celle des sels dans l’eau, constitue une véritable combinaison ; Veau joue à volonté le râle de base ou d’acide ; si le sel est formé par une base très-puissante , comme la potasse et la soude, sa tendance alcaline prédomine, et il se dissout, parce qu’il se combine avec l’eau, qui dans ce cas agit comme acide; si la base du sel est moins forte et l’acide plus énergique , la te^J^nce acide du sel prédomine, comme dans les sulfates de cuivre et d’alumine, et le sel se dissout, parce qu’il se combine avec l’eau , qui joue alors le rôle de base; les sels insolubles sont ceux dont la valeur moléculaire de l’acide et de la base se compensent réciproquement , c’est-à-dire ceux dans lesquels la base est exactement saturée par l’acide (Annales de chimie ^ novembre 1836).

Lorsqu’un sel a été dissous dans l’eau , celle-ci perd , en général , la propriété d’entrer eu ébullition à 100° ( la pression de l’air étant à 76

300 PREMEfeRE PARTIE.

cenlîmèlres), et en exige 102, 104, 180", etc. Plus l’affinité du sel

pour l’eau est grande, plus la température doit être élevée pour que le liquide entre en ébullition ; on peut donc déterminer l’affinité de plusieurs sels pour l’eau en en mettant quantités égales dans ce liquide, et en examinant le degré auquel il bout.

M. Legrand a en outre prouvé qu’«n même sel retarde d’autant plus le point de l’ébullition de l’eau , que le liquide en contient davantage en dissolution : ainsi en prenant 100 p. d’eau distillée, qui devrait bouillir à 100°, on verra qu’elle bout à 100°,6^si elle contient 4,4 p. de chlorure de sodium , et à 108°, 4 si elle renferme 41,2 parties.

Avec 100 p. d’eau et 4,7 de chlorure de potassium , l’ébullition a lieu à 100°, 5, et à 108°, 3 avec 49,4 parties.

Ayec 100 p. d’eau et 12,2 d’azotate de potasse, le liquide bout à IOIq et à 115°,9 avec 335,1 de sel.

Avec 100 p. d’eau et 10 p. d’azotate d’ammoniaque, l’ébullition a lieu à 101°, et à 164° avec 2084 parties de sel.

Avec 100 p. d’eau et 10 de chlorure de calcium , le liquide bout à 101°, et à 179°,5 avec 325 p. de sel. (Voy. Annales de chimie et de physique, août 1835.)

L’eau qui est déjà saturée d’un sel peut encore dissoudre une certaine quantité d’un autre sel soluble , pourvu que les deux sels ne se décomposent pas.

Presque toujours la dissolution d’un sel s’opère plus facilement et plus abondamment dans l’eau chaude que dans l’eau froide ; on peut dire qu’en général la solubilité des sels augmente avec la température (1) : aussi , lorsqu’on a dissous dans de l’eau bouillante tout le sel dont elle pouvait se charger, une partie cristallise-t-elle par le refroidissement, si ce sel est cristallisahle ; mais il est presque impossible d’obtenir par ce moyen des cristaux réguliers. Voici comment on doit procéder pour avoir de beaux cristaux : 1° on fera dissoudre 3 ou 4 kilogr. de sel dans

(1) Je d*presque toujours, car il existe des sels et d’autres corps plus solubles à froid qu’à chaud : tels sont le carbonate de magnésie , la magnésie calcinée, la chaux vive , etc. Voici comment s’exprime le rédacteur des Annales de chimie et de physique, en traitant ce sujet : * Le phénomène d’une moins grande solubilité à chaud qu’à froid, qui est sans doute plus commun qu’on ne pense, cesse de paraître extraordinaire lorsqu’on se rappelle que la chaleur, d’abord nécessaire pour produire une combinaison , détruit souvent cette même combinaison lorsque son intensité est devenue plus grande ; c’est que la chaleur, après avoir exalté les forces attractives des mo'éculés des corps , peut souvent les affaiblir, et les changer meme en forces répulsives » (f. XVI).

MS SELS

une assez grande quanlifi d’eau bouillanle pour qu’il ne s’en dépose pas beaucoup par le refroidissement; 2° après avoir décanté la dissolution, on la placera dans des vases à fond plat, sur lesquels elle ne puisse exercer aucune action chimique, et qui soient dans un lieu tranquille; 3° lorsque, par l’évaporation spontanée de l’eau, il se sera formé des cristaux au bout de quelques jours , on choisira les plus gros et les plus réguliers , et on les mettra dans un autre vase pareil , dans lequel on introduira une nouvelle dissolution de sel préparée de la même manière; on les retournera chaque jour, et on les verra grossir par toutes leurs faces et d’une manière régulière. Il faudra recommencer la même opération jusqu’à ce que les cristaux aient acquis un volume assez considérable; alors on n’en mettra qu’un dans chaque vase contenant la dissolution : quelques semaines suffiront pour obtenir des cristaux très-volumineux. Ce procédé est dû à M. Leblanc. Il arrive quelquefois que les dissolutions salines, même les plus concentrées, ne cristallisent qu’autant qu’on les- agite, qu’on les renferme dans ung|tte lorsqu’elles sont encore très-chaudes, ou que le vase présente des^Jrerilés. On a donné le nom d’eau mère à la dissolution saline qui reste sur les cristaux après leur formation : cette eau contient encore du sel , mais elle n’en est pas saturée.

En se dissolvant dans l’eau, les sels, comme beaucoup d’autres corps,, abaissent ou élèvent la température du liquide: ainsi 50 grammes de chlorure de sodium déterminent un abaissement de température de 1®,9 s’ils sont dissous dans 200 centimètres cubes d’eau , tandis qu’avec la même quantité de liquide et de chlorure de potassium , l’abaissement de la température est de 11°, 4. Le sulfate de soude et le chlorure de calcium anhydre, au contraire, produisent une élévation ti'ès-notable de température en se dissolvant dans l’eau.

Les sels renferment très-souvent de l’eau qui peut être partagée en trois portions : 1° l’eau que l’on pourrait appeler libre ^ placée entre les molécules intégrantes, qui n’influe en aucune manière, sur leur transparence , et que l’on peut absorber facilement empressant le cristal pulvérisé entre deux feuilles de papier joseph. 2° L^u de cmtallisation, qui fait quelquefois la moitié du poids di^ristal, dont on peut le priver à la température de 100°,. et à laq^le ce cristal doit sa transparence, puisqu’il suffit de la lui faire perdre pour le rendre opaque. 3° L’eau de combinaison, qui donne au sel des propriétés spéciales, qui presque toujours y remplit le rôle d’une base énergique, laquelle contiendrait comme elle un équivalent d’oxygène. On ne peut expulser celte eau pour les sulfateg^ par exemple, qu’à la température

' 302 première partie.

^ de 204°, 2 c. ; elle n’entre dans la composition du sel que pour un équi-

i valent: ainsi le sulfate de zinc pressé entre deux feuilles de papier jo-

. seph est formé d’un équivalent de sulfate de zinc anhydre, d’un équivalent d’eau de constitution , et de six équivalents d’eau de cristallisation Zn S03, HO, 6 HO; vient-on à le chauffer un peu au-dessus de 100®, il perd six équivalents d’eau ; si, au contraire, on le combine avec du sulfate de potasse , celui-ci prend la place de l’équivalent d’eau deconstitution, en sorte que le sel se trouve alors composé d’un équivalent de sulfate de 4inc anhydre, d’un équivalent de sulfate de potasse, et de six équivalents d’eau de cristallisation Zn SO^, KO SO*, 6 HO (Graham, Ann. de chim. , septembre 1836).

Ajoutons qu’il est des sels qui ne peuvent pas exister sans eau. M. Wurtz a prou^ que l’on ne peut pas enlever l’eau aux phosphites et aux hypophosphites sans leur faire éprouver une décomposition complète ; il en est de même, d’après M. Frémy, pour les sels composés de quelques |Aî/drote^^^des et de potasse ou [de soude; dès que l’on déshydrate les^S^J^ les sels n’existent plus.

Pour Veau de cristallisation, on peut dire qu’elle présente un rapport simple en équivalents avec les équivalents de l’acide et de la base qui entrent dans la composition du sel ; elle suit la loi des combinaisons à proportions définies. La quantité d’eau de cristallisation varie dans un même sel, suivant la température à laquelle On l’a fait cristalliser; en général elle est d’autant plus abondante que cette température est plus basse: ainsi le sulfate de protoxyde de manganèse, que l’on a fait cristalliser au-dessous de -{-6®, contient sept équivalents d’eau; si la température du liquide était entre -j- 6" et 20°, il n’en renferme que six; si elle était entre -}-20° et-j- 30°, il n’y a plus que quatre équivalents d’eau, un seul si le sel a été chauffé à 120°, et pas la moindre trace si l’on a soumis le sel cristallisé à 300°. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que les divers cristaux de ces sulfates de manganèse, à des degrés différents d’hvdratation, présentent des formes cristallines très-différentes et incompc^les. La proportion d’eou de cristallisation contenue dans un même sel influe notablement aussi sur la constitution et sur l’ensemble de ses propri^^ chimiques : ainsi le phosphate de soude cristallisé aune basse tempéiflsre a pour formule 2 Na O, HO, Ph 0^, 24 HO ; il est effiorescent; si on l’a fait cristalliser à -j- 30® environ, il contient moins d’eau = 2 Na O, HO, Ph O®, 16 HO ; il n’est plus efflorescent ; qu’on le chauffe à -}- 150°, il ne retient plus qu’un équivaut d’eaü == 2 Nâ 0, HO, Ph 0®; qu’on élève sâ température jusqu’au rouge sombré, il perd le dernier équivalent d’eau et se trouve changé en pyrophosphaté, sel très-différent

MS SELS. 303

da phosphate; c’est qu’en effet on lui a fait perdre l’équivalent d’eau de constitution sans laquelle il ne saurait exister.

L’eau décompose certains sels qu’elle transforme èn sels acides et en sels basiques ; je citerai l’azotatè neutre de bismuth , qui donne un azotate acide soluble et un azotate basique insoluble, et le stéarate neutre de potasse, qui fournit de la potassé soluble et du bistéarate insoluble; ces décompositions ont particulièrement lieu lorsque l’acide du sel est soluble, et que la base est insoluble et peu énergique, ou bien lorsque l’acide est insoluble et faible.

Action de la glace sur les sels solubles. Lorsqu’on mêle promptement, et dans des proportions convenables , de la glace pilée ou de la neige avec un sel soluble cristallise ou peu desséché, le mélange devient liquide, et il se produit un froid plus ou moins considérable; d’où il suit qu’il y a eu du calorique absorbé aux corps environnants pour liquéfier les deux solides , phénomène qui ne peut dépendre que de l’affinité qui existe entre ces deux corps à l’état liquide. *0^^t, en mêlant trois parties de chlorure de calcium et une partie de Kge, faire descendre le thermomètre jusqu’à 58°, 33 — 0"; tandis que deux parties de neige et une partie de chlorure de sodium (sel commun) ne produisent qu’un froid de 20,55. Il est évident que lé refroidissement sera d’autant plus considérable, toutes choses égales d’ailleurs, que le sel employé aura plus d’affinité pour l’eau (1).

Action du bioxyde d’hydrogène sur les sa/s.Les sulfates de potasse, de soude, de cliaux., de baryte, de strontiane , d’ammoniaque et d’alumine ; le sous-sulfate de bioxyde de mercure ; les azotates de potasse, de soude, de baryte, de strontiane, dé plomb et de bismuth; le phosphate de soude et le chlorate de potasse, sont sanè action sur le bioxyde d’hydrogène. Les sulfates de manganèse, de zinc j de cuivre, dé protoxyde de mercure et d’argent; le carbonate de soude, le carbonate de potasse, le chlorure de manganèse et le chlorhydrate d’ammoniaque, dégagent lentement l’oxygène de ce corps. L’iodure de baryum cristallisé , le polysulfure d*e potassium, le sulfure de fer et le kermès, le décomposent et absorbent la totalité ou une partie de son oxygène-

Action du gaz oxygène sur les sels. Les sels dont l’acide et l’oxyde

(1) On peut obtenir un froid de 19° c. en dissolvant dans 4 parties d’eau froide un sel préparé en Angleterre , et qui n’est qu’un mélange de 57 parties de Alorure dé potassium, de 33 parties de chlôrbydratë d’âmmônîaque, et de 10 d’azotate de potasse ( voy. Sulfate de soude et Chlorhydrdie d’ammoniaque, pour des formulés d’autres niélàng'es 'réfrigêrânfc^

sont au summum d’oxydation n’éprouvent aucune altération de la pari de cet agent: parmi ceux qui ne sont pas dans ce cas, il en est qui rai>sorbent. L’oxygène de Vair atmosphérique agit de la même manière.

Action hygrométrique de Vair à la température ordinaire. Indépaidamment de l’action dont je viens de pai’ler, l’air en exerce une autre qu’il importe beaucoup de connaître. Les sels insolubles sont inaltérables à l’air. Parmi ceux qui sont solubles , il en est un certain nombre qui, étant placés dans l’air à l’état d’humidité ordinaire, attirent cette humidité et deviennent liquides; on les appelle déliquescents; il en est d’autres qui n’éprouvent point d’altération. Tous les sels solubles non déliquescents dans un air peu humide tombent en deliquium si l’air est chargé d’humidité. Enfin il existe un certain nombre de sels qui, étant exposés à l’air, perdent leur transparence, la totalité ou une partie de leur eau de cristallisation , et se transforment en une poudre blanche. La perte de l’eau a lieu promptement quand l’air est sec; elle est beaucoup plus considéraUe si on expose le sel dans le vide, sous une cloche, à côté d’une capsc^renfermant de l’acide sulfurique concentré; ces sels, que l’on appelle improprement efflorescents, ont peu d’affinité pour l’eau, et n’ont presque pas de cohésion , ce qui explique leur grande soluhililé (1). En général , les sels déliquescents et efflorescenls contiennent une très-grande quantité d’eau de cristallisation.

Action du calorique sur les sels solides. Les sels efflorescents et ceux qui sont très-déliquescents fondent dans leur eau de cristallisation lorsqu’on les chauffe; on dit alors qu’ils éprouvent la fusion aqueuse; mais, comme cette eau ne tai’de pas à être entièrement volatilisée, ils se dessèchent ; si on continue à les chauffer, plusieurs d’entre eux sont de nouveau fondus par le feu. On désigne cette fusion sous le’nom lignée. Plusieurs des sels qui ne sont ni efflorescents ni déliquescents dans un air peu humide décrépitent, pétillent, ou font entendre un bruit que l’on a attribué à la vaporisation de l’eau ; mais il y a des sels qui décrépitent et qui ne contiennent pas d’eau : tels sont , par exemple , le sulfate de protoxyde de potassium, le sulfate de baryte, et le chlorure de sodium cristallisés. M. Baudrimont, s’appuyant sur ce que les sels dont Je parle ne décrépitent pas s’ils ne sont pas cristallisés, attribue leur décrépitation à la séparation des lames externes des cristaux, qui, ayant

(1) Le sulfate de soude perd facilement toute son eau de cristallisation , même lorsqu’il est exposé à un air peu sec ; le phosphate et le carbonate de soude retiennent des quantités variables d’eau , lors même qu’ils sont effleuris.

DES SELS

été échauffées et dilatées les premièi'es, s’éloignent des parties voisines qui n’ont pas encore atteint la même température ; cette séparation est facilitée par la propriété qu’ont ces lames de se cliver nettement. Il ajoute, pour combattre l’opinion de ceux qui oftt pensé que la présence d’une certaine quantité d’eau était nécessaire pour qu’il y eût décrépilation, que les sels qui renferment de l’eau ou ses éléments ne décrépitent pas s’ils ne sont pas susceptibles de se cliver ; tels sont le carbonate de soude, le sulfate de magnésie hydratés , etc. (Séance de l’Institut du 16 mai 1836.) Plusieurs des sels qui décrépitent sont susceptibles d’éprouver en outre la fusion ignée.

Il existe des sels qui peuvent être fortement chauffés sans se décomposer, et qui ne se volatilisent que très-difficilement; d’autres sont volatils et ne lardent pas à se sublimer; enfin d’autres se décomposent avant ou après avoir éprouvé l’une ou l’autre des fusions dont j’ai parlé.

Action du fluide électrique sur les sels. Tous les sels peuvent être décomposés par le courant du fluide électrique qui se produit dans la pile de Volta , pourvu qu’ils soient humides ou dissous ; mais tous ne donnent pas les mêmes produits. — Oxysels. Quelquefois l’oxyde métallique est attiré par le pôle négatif, et l’acide par le pôle positif; que l’on verse dans un tube en U , une dissolution de sulfate de soudée colorée en violet par du sirop de violettes, et mieux encore par l’eau de rouge ; que l’on plonge les deux pôles de la pile terminés par des fils de platine, dans les deux ouvertures du tube , la liqueur deviendra rouge dans la branche qui répond au pôle positif parce qu’elle aura reçu l’acide sulfurique, et verte dans l’autre branche où se sera transportée la soude.

Le plus souvent le métal seul se porte sur le pôle négatif, et l’oxygène et l’acide sur le pôle positif; dans ce cas, si le métal que l’on doit obtenir a de la tendance à s’amalgamer avec le mercure, on favorise singulièrement la décomposition du sel en le mettant en contact avec ce métal. Dans quelques circonstances, très-rares à la vérité, les acides et les bases sont décomposés ; l’eau qui humectait les sels ou qui les tenait en dissolution est également décomposée; l’hydrogène est attiré par le pôle négatif et l’oxygène par le pôle positif.

. Il- n’est pas nécessaire, pour opérer la décomposition d’un sel par le fluide électrique, que les fils de la pile soient en contact avec le sèl; ainsi, que l’on introduise une dissolution de sulfate de potasse (1) dans

' I ) J’emploierai souvent les mois chaux, baryte, slrontiane, potasse et svude,comme synonymes de protoxydes de calcium, de baryum, de strontium * de potassium et de sodium.

un vase: que l’on fasse communiquer ce liquide, à l’aide de deux fils d’amiante, avec de l’eau contenue dans deux tubes de verre placés aux parties latérales et à une certaine distance du vase où se trouve le sulfate de potasse; que l’on soumette l’eau des deux tubes à l’action de la pile de Yolta , de manière qu’elle soit en contact , d’un côté avec le pôle po sitif , et de l’autre avec le pôle négatif , on observera àu bout de quelque temps que cette dernière contient de la potasse , tandis que l’autre renferme de l’acide sulfurique. Pour que cette expérience réussisse, il faut que le niveau de l’eau dans les deux tubes soit au-dessus du niveau de la dissolution de sulfate de potasse.

Il n’est pas nécessaire^ pour obtenir la décomposition des sels , d’einployer des forces électriques énergiques; en effet, M. Becquerel père a trouvé : 1® qu’avec des forces peu intenses, aidées d’affinités chimiques, on peut produire les plus grands effets possibles de décomposition ; 2“ qu’il suffit pour décomposer, même des substances insolubles , d’employer simultanément les affinités et l’action des courants produits dans la réaction lente de deux corps l’un sur l’autre, sans intervention d’un pôle. Premier mode de décomposition. Le sulfate et le chlorure de fef, les chlorures de zirconium, de glucynium, de titane et de magnésium , ont été décomposés par des piles formées de cinq ou six éléments, faiblement chargées, et même d’un, seul élément; les résultats ont été la séparation immédiate du fer, du zirconium , du glucynium , du titane et du magnésium, que l’on a même pu faire cristalliser.

Expérience. On prend un appareil semblable à celui qui sert à décomposer l’eau par la pile(voy. pl. 5, fig. 2), si ce n’est que l’une des petites cloches renversées, celle qui est en communication avec le fil négatif, est à moitié remplie d’une dissolution de sulfate de protoxyde de fer, tandis que la moitié inférieure contient dé l’argile très-pure, légèrement humectée pour empêcher que la dissolution de sulfate de fer ne s’échappe ; l’autre petite cloche renversée, celle qui communique avec le fil positif, renferme dans sa moitié supérieure une dissolution aqueuse de chlorure de sodium (sel commun) qui ne peut pas s’échapper non plus, parce que la moitié inférieure de la cloche est également occupée par de l’argile humectée. Aussitôt que la petite pile fonclionnne, l’eau est décomposée ainsi que le chlorure de sodium ; l’hydrogène de l’eau et le sodium du chlorure se portent au pôle négatif, c’^t-à-dire dans la cloche où se trouve le sulfate dç protoxyde de fer ; une partie de ce sel est décomposée par le sodium qui s’empare de l’oxygène du protoxyde de fer et de l’acide sulfurique pour former un sulfate double de soude et de fer; une autre partie de protoxyde de fer est décomposée par l’hydrogène qui s’u-

DES SELS

Dit à l'oxygène, tandis que le fer métallique est mis à nu. On voit qu’ici la force électrique a été aidée par les affinités chimiques , surtout par celle de la soude pour Tacide sulfurique. Dans certaines circonstances, la décomposition est facilitée encore par l’addition d’un sel métallique, dont le métal, facilement réductible, a de l’affinité pour celui de l’oxyde que l’on veut réduire. {Annales de chim, et de phys., décembre 1831.)

Second mode de décomposition. En renfermant dans un tube du sulfure noir de mercure un solutum de chlorure de sodium et une lame de cuivre, le sulfure se décompose lentement, et au bout de plusieurs années, il se dépose sur la lame des cristaux octaédriques de mercure combiné probablement avec un peu de cuivre (séance de l’Institut, du 29 mai 1837).

Galvanoplastie. Je décrirai tout ce qui se rapporte à la galvanoplastie, à V argenture , à la dorure et au platinage, après avoir fait l’histoire de ces métaux (voy. Platine).

Action de la lumière. La lumière n’agit que sur quelques sels de la sixième et de la septième classe, dont elle change la couleur.

Action des corps simples non métalliques. Plusieurs d’entre eux peuvent décomposer un très-grand nombre de sels à l’aide de la chaleur; mais en général ils agissent peu sur leurs dissolutions.

Action des acides hydratés sur les sels..-^ Oxysels. A. V acide est le même que celui qui existe dans le sel. Il peut arriver qüe cet acide Se combine avec le sel pour former un sel acide ; ainsi les acides sulfurique et carboniqüe donneront, savoir : le premier du bisulfate de potasse avec du sulfate neutre , et le second du bicarbonate de potasse avec du carbonate de potasse neutre. 11 peut se faire que l’acide identique se borne à dissoudre le sel sans se combiner avec lui.

Exemple : L’acide azotique et l’azotate de potasse.

B. Vacide n’est pas le même que celui qui existé dans le sel. Les oxysels, dans ce cas, peuvent être décomposés, par certains acides, à des températures variables. 1" Tantôt l’acide s’empare én totalité de l’oxyde métallique et forme un nouveau sel ; alors l’acide du sel décomposé se dégage à l’état de gaz, ou reste dissous, ou précipite, suivant qü’il est gazeux, liquide ou solide, et qu’il est plus oü moins soluble dans l’eau. Exemples : Les carbonates solubles donnent du gaz acide carbonique avec les acides sulfurique, chlorhydrique, eîc. Les azotates dissous dans l’eau fournissent avec l’acide sulfurique de l’acide azotique qui reste en dissolution. Lès borates dissous laissent l’acide bo¬

rique quand on les décompose par l’acide Sulfurique, si la dissolution du borate est concentrée.

2“ Tantôt l’acide décomposant ne s’empare que d’une portion d’oxyde: alors on obtient deux sels. MM. Henry et Soubeiran, après avoir étudié l’action de l’acide sulfurique sur le phosphate de soude, sur l’azotate de potasse, etc.; celle des acides chlorhydrique et phosphorique sur le sulfate de soude, ont conclu : 1® qu’un acide ajouté à la solution d’un sel s’empare toujours d’une partie de sa base, quelle que soit d’ailleurs l’énergie chimique des deux acides; 2“ que la décomposition du sel peut être complète, si l’acide décomposant est en assez grand excès; 3° que dans les réactions de ce genre il se fait toujours des sels en proportions définies, et que les acides hors de combinaison, existent en même temps dans la liqueur, et s’empêchent mutuellement d’agir ; 4° que les quantités d’acide qui peuvent se contrebalancer ne sont pas toujours dans un même rapport, que leurs proportions relatives sont variables avec les circonstances sous l’influence desquelles on a opéré ; 5® enfin que la décomposition d’un sel par un acide, quand tous les produits restent en dissolution, ne s’écarte pas des lois ordinaires des combinaisons {Journ. de pharm., t. XI, p. 430).

Tantôt enfin il y a décomposition de l’acide décomposant et de l’oxyde du sel; c’est ce qui arrive lorsqu’on verse des acides sulfhydrique, chlorhydrique, iodhydrique, bromhydrique , etc., dans certaines dissolutions salines. Pour éclaircir ce dernier fait, je suppose que l’on verse de l’acide sulfhydrique dans une dissolution d’azotate de protoxyde de plomb ; on peut représenter ce sel par

Acide azotique -f- (oxygène -j- plomb).

Et l’acide sulfhydrique par. . ...... Hydrogène -j- soufre.

Eau -J- Sulfure de plomb.

Un équivalent d’hydrogène de l’acide sulfhydrique forme de l’eau avec un équivalent d’oxygène du protoxyde de plomb, tandis qu’un équiva lent de soufre s’unit avec un équivalent de plomb et donne naissance à un sulfure insoluble.

Quand un acide peut former avec la base d’un sel soluble dans l’eau un sel insoluble, le sel soluble est décomposé. Exemple : L’acide sulfurique, versé dans un sel soluble de baryte ou de plomb, donne naissance à des sulfates de baryte ou de plomb insolubles.

Souvent les sels sont décomposés par les acides, quand ceux-ci sont moins volatils que les acides de ces sels. Exemples: 1° L’acide sulfurique, beaucoup moins volatil que les acides cai’bonique et azotique, chasse l’acide cai'bonique des carbonates , et l’acide azotique des azotates. L’acide

DES SELS. 309

axotique, moins volatil que l’acide carbonique , dégage ce dernier acide des carbonates ; toutefois cette règle soufre des exceptions : ainsi l’acide sulfurique, beaucoup Hiiwas volatil que les acides borique, phosphoriqueet silicique, enlève les bases aux borates, aux phosphates et aux silicates à une température peu élevée. 2° Les acides borique , phosphorique et silicique , beaucoup plus fixes que l’acide sulfurique , enlèvent l’acide sulfurique aux sulfates à une température élevée.

Quand un acide faible , gazeux et peu soluble dans l’eau, agit sur un sel dont l’acide est également faible, gazeux et peu soluble dans l’eau, et que l’affinité de ces deux acides est à peu près la même pour les bases, l’adde qui est en plus forte proportion chasse l’autre. Exemple : L’acide sulfhydrique gazeux, employé en assez chasse l’acide

carbonique des carbonates de potasse et dè soude, tandis que l’acide car- ' bonique, s’il est en assez grande proportion, chasse l’acide sulfhydrique qui se forme à mesure qu’il arrive dans une dissolution aqueuse de sulfure de potassium ou de sodium. On trouve ici l’influence des masses dont j’ai parlé à la page 7.

Le véhicule dans lequel sont dissous les sels exerce une grande influence sur la faculté décomposante des acides : ainsi le carbonate de potasse dissous dans l’eau est instantanément décomposé par l’acide acétique qui en expulse l’acide carbonique , tandis que l’acétate de potasse dissous dans l’alcool est décomposé par l’acide carbonique , qui met l’acide acétique à nu ; ici la décomposition est due à ce que le carbonate de potasse formé est insoluble dans l’alcool.^

L’acide sulfurique hydraté, à la température ordinaire ou à une température peu élevée, lors même qu’il est employé en petite quantité, décompose en totalité ou en partie tous les oxysels, excepté les sulfates. Si l’acide était anhydre, il arriverait qu’en agissant sur certains sels également anhydres, il se combinerait avec eux sans les décomposer (Rose).

Sels haloïdes. Les sulfures, les séléniures, les chlorures, les bromures, les iodures, les fluorures et les cyanures, sont également décomposés par plusieurs acides; les produits sont trop différents pour pouvoir être décrits d’une manière générale.

Presque tous les sels insolubles dans l’eau peuvent se dissoudre dans les acides azotique, chlorhydrique, etc.; cependant, dans beaucoup de cas, la dissolution ne s’opère que parce qu’il y a décomposition du sel. Je citerai deux exemples pour éclaircir ce fait : le carbonate de chaux ne se dissout dans l’acide azotique qu’après avoir été décomposé et

transformé en azotate de chaux soluble; le phosphate de chaux se dissout dans l’acide azotique sans avoir été décomposé.

Action des métaux sur les sels qui ont été desséchés. Celte action est trop variée pour pouvoir être détaillée dans les généralités. Si le métal et le sel appartiennent à l’une des six dernières classes, et que le sel soit en dissolution , il arrive souvent qu’il est décomposé , par exemple lorsque le métal dont on se sert n’a pas beaucoup de cohésion , et qu’il a plus d’affinité pour l’oxygène et pour l’acide que n’en a celui qui entre dans la composition du sel : alors le métal de la dissolution es^ précipité, et le métal précipitant fournit avec l’oxygène et avec l’acide un nouveau sel métallique. Tantôt le métal précipité se dépose seul sous forme d’une poudre terne ou de cristaux brillants ; tantôt il s’unit au métal précipitant, et produit quelquefois des cristallisations métalliques plus ou moins belles; tantôt enfin il se combine avec l’hydrogène de l’eau de la dissolution ou avec l’oxygène de l’acide. Je reviendrai sui’ ces divers phénomènes en faisant l’histoire particulière des sels.

11 arrive aussi que lorsqu’un métal qui n’a pas la propriété de décomposer une dissolution métallique est mis en contact avec un autre métal , il se produit une petite pile, qui décompose de suite le sel et en précipite le métal.

Action des oxydes métalliques ou des bases. — Oxysels. Ges sels peuvent être décomposés par certains oxydes à des températures variables; tantôt l’oxyde décomposant s’empare en totalité de l’acide , et il en résulte un nouveau sel : alors l’oxyde, ou la base du sel décomposé se précipite ou reste en dissolution , ou. sj|^olâtilise.

Exemples : 1° Le sulfate de bioxyde de cuivre est décomposé par la potasse ou la soude (protoxydes de potassium ou de sodium hydratés); le bioxyde de cuivre est précipité, et il reste en dissolution du sulfate de potasse ou de soude; 2° le sulfate de potasse est décomposé par l’eau de baryte; il se précipite du sulfate de baryte très-insoluble, et la potasse reste en dissolution ; 3° le sulfate ou l’azotate d’ammoniaque sont décomposés par la potasse, avec production de sulfate ou d’azotate de potasse, et dégagement de gaz ammoniac.

Quelquefiois la base décomposante ne sépare qu’une partie de la base du sel , ^ il se forme un sel double ou à double oxyde (1) : ainsi, quand

(1) Voyez, pour les sels doubles qui peuvent être obtenus par voie sèche, le mémoire de M. Berthier, dans le cahier de juillet 1828 des Annales de chimie et de physique.

DES SELS. * 311

on verse de l’ammoniaque dans du sulfate de magnésie , on ne précipite qu’une partie de la magnésie , et il s’est formé du sulfate ammoniaco- magnésien soluble. Il est des cas où l’oxyde décomposant dissout la totalité de la base du sel, et donne alors naissance à un sel double; le sulfate d’alumine traité par la potasse laisse d’abord précipiter l’alumine , qu’un excès de potasse redissout pour former du sulfate d’alumine et de potasse.

Il n’existe pas un seul oxyde qui décompose tous les sels ; mais les protoxydes de potassium et de sodium hydratés (potasse et soude) peuvent décomposer tous ceux des six dernières classes, et la plupart de ceux de la première.

Presque tous les sels haloïdes sont également décomposés par ces oxydes qui cèdent leur oxygène au métal du sel, tandis que le corps halogène (chlore, brome, etc.) s’unit au métal de l’oxyde décomposant : ainsi , en versant de la potasse dans une dissolution de bichlorure de mercure, l’oxygène de la potasse forme, avec le mercure, du bioxyde de mercure qui se précipite et du chlorure de potassium soluble.

Action de V ammoniaque sur les sels. L’ammoniaque décompose en totalité ou en partie les oxysels formés par les métaux des six dernières classes; elle s’empare de l’acide avec lequel elle forme un sel soluble, tandis que l’oxyde métallique est précipité; souvent cet oxyde est redissous par un excès d’ammonia(pie , et il se produit alors , le plus ordinairement, un sel double soluble ; quelquefois aussi on obtient un sel double insoluble. La plupart des sels haloïdes sont également décomposés par l’ammoniaque. - -

Cependant , lorsque les sels et l’ammôniâque sont secs , ils peuvent se combiner et former des composés dans lesquels l’ammoniaque remplit les mêmes fonctions qu’une quantité d’eau qui lui serait équivalente (Rose).

Action des sels solubles les uns sur les autres par la voie Attmide. Toutes les fois qu’on met ensemble deux sels dissous , et que ces sels renferment les éléments capables de donner naissance à un sel soluble et à un sel insoluble , ou bien à deux sels insolubles , leur décomposition a nécessairement lieu, à moins qü’il ne puisse se former un sel double. Cette loi , dont on doit la découverte à Berthollet, est de la plus haute importance; l’art de formuler peut en tirer de grands avantages ; ainsi l’on se gardera bien de prescrire ensemble de VazotaH de baryte et un sulfate soluble , par exemple celui de soude, car les deux sels seraient décomposés et

transformés en sulfate de baryte insoluble , et en azotate de soude soluble.

NaO, SQg Ba 0, Az QS ^ Ba 0, SQS NaO, AzQS

Sulfate de soude. ’ Izotate de baryte. Salfate de baryte. Azotate de soude.

La même décomposition aurait lieu si l’on prescrivait à la fois l’acétate de plomb {se\ de saturne) et un sulfate soluble, car il se formerait du sulfate de plomb insoluble et un acétate soluble de la base du sulfate, ou bien l’azotate d’argent et un chlorure soluble, par exemple celui de /lotassmm •• on obtiendrait , dans ce dernier cas, du chlorure d’argent insoluble et de l’azotate de potasse soluble; évidemment l’oxygène de l’oxyde d’argent se serait porté sur le potassium du chlorure de ce métal.

Si les deux sels solubles que l’on a mêlés ne sont pas de nature à pouvoir donner un sel soluble et un sel insoluble, la dissolution n’est pas troublée; il peut même arriver qu’il n’y ait aucune décomposition. Si l’on évapore la liqueur, il se forme des cristaux, ou il se dépose un précipité; et si on continue à évaporer, on obtient encore des cristaux qui peuvent être d’une autre nature que les premiers : la même chose a lieu si on pousse encore plus loin l’évaporation. Dans ces cas, les deux sels peuvent finir par se décomposer : ainsi , par exemple , que l’on mêle parties égales de sulfate de potasse et de chlorure de magnésium en dissolution , la ligueur ne se trouble pas ; si l’on fait évaporer, il se déposera d’abord des cristaux de sulfate de potasse; en continuant l’évaporation, on obtiendra du chlorure de potassium, du sulfate de potasse, et du sulfate de potasse et de magnésie; enfin, si l’on continue à faire évaporer, il se formera du chlorure de potassium et du sulfate de magnésie, et l’eau mère contiendra un peu de chacun de ces sels. Ce fait et une multitude d’autres queje passe sous silence me permettent d’affirmer que les phénomènes que présentent les deux sels solubles, dans ce cas particulier, varient suivant la température, la concentration de la liqueur, les proportions dans lesquelles les sels sont mêlés, et l’action qu’ils exercent les uns sur les autres. Dès lors on peut conclure que toutes les fois que deux sels solubles sont mis en contact, et que de l’échange réciproque de leurs bases et de leurs acides il peut en résulter un sel moins soluble que les deux préexistants , une double décomposition s’effectue.

Je ne saurais assez insister sur l’importance de cette loi : on voit que lorsqu’il existe dans une dissolution à la fois des acides et des bases,

DES SELS. 313

ii est presque toujours impossible de décider de quelle manière ils sont combinés. Supposons qu’il soit démontré par l’analyse qu’elle renferme autant d’acides sulfurique et chlorhydrique qu’il en faut pour saturer la soude et la magnésie qu’elle contient, les sels dissous sontils composés de chlorure de sodium et de sulfate de magnésie , ou bien de chlorure de magnésium et de sulfate de soude, ou bien enfin de chlorures de sodium et de magnésium, et de sulfates de soude et de magnésie? Cherchera-t-on à résoudre le problème en faisant cristalliser les sels, et en déterminant l’ordre dans lequel ils sè déposent successivement? Mais cet ordre est déterminé uniquement par la moindre solubilité dans les circonstances de température à laquelle on opère, et l’on peut admettre que le sel le moins soluble se forme au moment même où il cristallise. On prouve cette assertion en faisant évaporer la dissolution dont il s’agit à 0° et au-dessus de 15“ : dans le premier cas , il se dépose du sulfate de soude , et il reste dans la liqueur du chlorure de magnésium beaucoup plus soluble à cette température ; dans le second cas , presque la totalité du chlorure de sodium se dépose , et il reste dans la liqueur du sulfate de magnésie mélangé d’une petite quantité de chlorure de sodium. On prévoit déjà l’embarras que doivent éprouver les chimistes , à raison de ces faits, lorsqu’ils se livrent à l’analyse d’une eau minérale.

Action des sels solubles sur les sels insolubles. Toutes les fois qu’un sel soluble et un sel insoluble renferment les éléments propres à donner naissance à deux sels insolubles, la décomposition est forcée.

Tous les sels insolubles récemment précipités , ou réduits en poudre impalpable, sont en partie décomposés par les bicarbonates ou les carbonates de potasse ou de soude dissous dans l’eau, et employés en excès, pourvu qu’on fasse bouillir le mélange pendant une heure : ainsi le sulfate de baryte, sel très-insoluble, sera décomposé par le carbonate de potasse, et il en résultera du carbonate de baryte insoluble et du sulfate de potasse soluble; mais on ne pourra jamais décomposer la totalité du sulfate de baryte employé.

Action des sels les uns sur les autres par la voie sèche. Lorsque deux sels de genres différents et de bases différentes sont exposés à une chaleur insuffisante pour décomposer leur acide ou leur base , il y aura décomposition, si l’acide de l’un peut former avec la base de l’autre un selpZus volatil ou plus fusible que ceux qui existent: ainsi, par exemple, le chlorhydrate d’ammoniaque et le carbonate de chaux se transforment, aune température élevée, en carbonate d’ammoniaque volatil, et en chlorure de calcium fixe. Gette décomposition est d’autant plus remar-

quable, qu’en opérant à froid avec deux dissolutions de carbonate d’anmoniaque et de chlorure de calcium , on eût obtenu du carbonate de chaux et du chlorhydrate d’ammoniaque, c’est-à-dire un résultat inverse du précédent; dans ce dernier cas, la décomposition eût été surtout déterminée par l’insolubilité du carbonate de chaux.

Gomme exemple de décomposition, en cas de grande différence de fusibilité, je citerai le chlorure de calcium et le sulfate de baryte, lesquels, étant chauffés au rouge, donnent du sulfate de chaux et du chlorure de baryum plus fusible que le chlorure de calcium.

Composition. J’ai dit, à la p. 298, quelles senties lois qui président à la constitution des sels; j’ai démontré, en outre , qu’il existe un rapport simple entre l’oxygène de l’acide et celui de la base , rapport qui est invariable dans un même genre de sel : ainsi il est de 3 ; 1 dans les sulfates neutres, de 5 : 1 dans les azotates, les chlorates , etc.

Ges données ont conduit Berzelius à formuler la loi suivante : deux corps oxydés se combinent toujours l’un avec l’autre dans des proportions telles, que la quantité d’oxygène contenue dans l’un soit un multiple par un nombre entier (on considère 1 comme un nombre entier) de celle qui se trouve dans l’autre corps oxydé. L’application de cette loi à la composition des oxysels n’di pas tardé à faire voir que les acides qui, dans leurs combinaisons neutres, contiennent trois fois autant d’oxygène que la base, comme les sulfates, prennent rarement deux fois, et ne prennent jamais quatre fois autant de base qu’il y en a dans le sel neutre : au contraii^, les acides qui renferment deux ou quatre fois autant d’oxygène que la base qui les neutralise ne se combinent pas, dans les sels basiques, avec une fois et demie ou trois fois autant de base que le sel neutre , mais avec deux^ quatre ou huit fois autant.

Les détails dans lesquels je viens d’entrer rendent parfaitement raison d’un fait important relatif au mélange de deux sels neutres. Lorsqu’on mêle deux sels neutres dissous dans l’eau, ils conservent leur neutralité, même quand ils se décomposent; en effet, il résulte de ce qui précède qu’un acide a pour toutes les bases la même capacité de saturation , ou , ce qui revient au même , que les quantités de différentes bases qui saturent un poids donné d’un même acide doivent toujours contenir la même proportion d’ oxygène.

Cette loi , découverte par Wenzel en 1777, peut être démontrée par les deux faits suivants : 1** pour saturer par différentes bases une quantité d’acide sulfurique constante et représentée par 500, c’est-à-dire pour former des sels neutres avec cette proportion d’acide, il faut employer les quantités ci-aprfâ des bases suivantes ;

DES SELS

350,0 de protoxyde de calcium (chaux).

251,3 de

id.

de magnésium (magnésie).

387,2 de

id.

de sodium (soude).

590,0 de

îd.

de potassium (potasse).

958,0 de

id.

de baryum (baryte).

1394,5 de

id.

de plomb.

D’un autre côté, si l’on cherche à connaître la quantité des divers acides nécessaire pour saturer, c’est-à-dire pour former un sel neutre avec 350 de chaux, 251,3 de magnésie, 387,2 de soude, etc., on voit qu’il faudra employer

675,0 d’acide azotique. 275,0 d’acide carbonique.

400,0 d’acide sulfureux. 943,2 d’acide chlorique.

500,0 d’acide sulfurique. 1 143,2 d’acide perchlorique.

,900,0 d’acide hyposulfurique.

Ne voit-on pas, à la simple inspection de ces tableaux, que si l’on décompose du sulfate de soude neutre par de l’azotate de baryte également neutre^ on devra nécessairement obtenir du sulfate de baryte insoluble neutre et de l’azolale de soude soluble , également neutre. En effet,

Acide- sulfurique. Soude .

== ouu,u ; „ ,

337 2 1 neutre.

Acide azotique.

Baryte .

Sel neutre.

Par suite de la double décomposition , on obtient 500,0)

958,oP®‘“"““‘®- - 675,0 ,

En d’autres termes , on peut dire que les quantités d’acides propres à neutraliser le même poids d’une base neutralisent également le même poids de toute autre base. Admettons , ce qui est réel , que 100 parties d’acide sulfurique exigent, pour former du sulfate neutre de potasse, 118 de protoxyde de potassium, dans lesquels il entre 20 p. d’oxygène (118 de ce protoxyde contiennent en effet 98 de potassium et 20 d’oxygène), 100 p. d’acide sulfurique de tout autre sulfate neutre satureront une quantité de base dans laquelle fl y aura 20 parties d’oxygène. L’ex-

Acide sulfurique.

Baryte. ......

Acide azotique. .

Soude .

périence prouve, d’un autre côté, que dans V azotate neutre de harytt 100 partie d’acide azotique sont combinées avec une quantité de baryte qui contient 14,81 p. d’oxygène, et qu’il en est de même de tous les autres azotates neutres. Si on vient à mêler ces deux sels en proportions convenables , il se formera du sulfate neutre de baryte insoluble , et de l’azotate neutre de potasse soluble, et il ne pourra pas ne pas se produire deux sels neutres. Voici quelles sont ces proportions :

218 de sulfate (Acide 100 une proportion. (118 de potasse contiennent 20 dépotasse. (Potasse 118 id. ( d’oxygène.

326.6 d’azotate (Acide 135 une proportion. (191,6 de baryte renferment 20

de baryte. ( Baryte 191 ,6 id, ( d’oxygène.

Les résultats sont :

291.6 de sulfate ( Acide 100 une proportion. ( 191,6 de baryte renferment 20

de baryte. ( Baryte 191 ,6 id. j d’oxygène.

253 d’azotate de (Acide 135 une proportion. ( 118 de potasse contiennent 20 potasse. I Potasse 118 id. | d’oxygène.

On voit qu’après la décomposition mutuelle des deux sels, l’oxyde contenu dans le sulfate de baryte contient 20 d’oxygène, comme dans le sulfate de potasse, ou que toujours les quantités d’oxygène renfermé dans les bases sont proportionnelles aux quantités des sels que l’on emploie, quelle que toit leur espèce, pourvu qu’ils soient au même degi'é de saturation.

Dès l’année 1792, Richter avait établi la loi suivante : Pour les sels d’un même genre, il existe un rapport constant entre la quantité d’acide et la quantité d’oxygène de la hase : ainsi 500 d’acide sulfurique forment avec 490 p. de potassium et 100 d’oxygène du sulfate neutre de potasse, avec 858 p, de baryum et 100 d’oxygène du sulfate neutre de baryte, avec 287,2 de sodium et 100 d’oxygène du sulfate neutre de soude , etc. 675 parties d’acide azotique produisent avec 490 p. de potassium et 100 d’oxygène de l’azotate neutre de potasse, avec 858 de baryum et ICO d’oxygène de l’azotate neutre de baryte, avec 287,2 de sodium et 100 d’oxygène de l’azotate neutre de soude. Qn voit que la quantité d’oxygène est toujours égale à 100, soit pour 500 d’acide sulfurique, soit pour 675 d’acide azotique.

Il devait découler de ceci que lorsqu’on plonge dans une dissolution d’un sel neutre un métal susceptible de précipiter tout le métal du sel, en formant un nouveau sel, celui-ci doit être neutre : ainsi le sulfate d’ar-

DES SELS

j^enl neutre est complètement décomposé par une lame de cuivre, qui rn précipite tout l’argent; le sulfate de cuivre produit sera également neutre. En effet ,

* ” 9 - 9 forniçnt - - - — - -

A. snlforiqne. Ox^ène. Argent. Sulfate de protoxyde d’argent.

et d’un autre côté ,

A. solfariq. Oxygène. Aident. CnÎTie. Argent.

Snlfite de protoxyde diargent.

Snlfate de bioxyde de cniTre.

500 d’ac., 100 d’oxyg.,

395^6 de cuivre.

On voit que le sulfate d’argent neutre contient pour 500 d’acide cent d’oxygène et 1350 de métal , tout comme le sulfate de bioxyde de cuivre renferme pour 500 d’acide cent d’oxygène et 395,6 de cuivre; c’est exactement ce que dit la loi de Richter.

Préparation des sels. On connaît plusieurs procédés à l’aide desquels on peut obtenir des sels : 1° on met les oxydes en contact avec les acides, après les avoir réduits en poudre fine, ou mieux encore lorsqu’ils sont récemment précipités et à l’état d’hydrate; la combinaison a lieu tantôt avec dégagement de calorique, tantôt sans aucun phénomène sensible; dans certains cas, on ne peut l’opérer qu’en élevant un peu la température, mais le plus souvent elle se fait très- bien à froid : on peut se procurer tous les sels par ce procédé. 2° On les obtient aussi presque tous en substituant aux oxydes, leurs carbonates : dans ce cas, il y a effervescence. 3® Presque tous les sels insolubles peuvent être préparés par la voie des doubles décompositions : ainsi le sulfate de baryte insoluble peut être obtenu au moyen du sulfate de potasse et de l’azotate de baryte, sels qui se décomposent mutuellement, parce qu’ils peuvent donner naissance à un sel soluble et à un sel insoluble. Il suffit, pour réussir dans la préparation de ces sels , de prendre une dissolution saline dont l’acide soit le même que celui du sel insoluble que l’on veut avoir, et de la verser dans une autre dissolution saline dont l’oxyde soit aussi le même que celui du sel insoluble que l’on cherche à obtenir, pourvu toutefois que les deux dissolutions puissent donner naissance à un sel soluble et à un sel insoluble: ainsi, dans l’exemple que j’ai choisi, pour avoir le sulfate de baryte insoluble, on-emploie deux dissolutions, dont l’une renferme Vacide sulfurique, et l’autre la baryte ; si l’on voulait préparer éLM phosphate de chaux insoluble, on prendrait une dissolution ù&phos^ phate dépotasse ou de soude, et une autre d’azotate de chaux, etc. Eu

général, il fout que les dissolutions salines soient dans un état convenable déconcentration. 4° Plusieurs sels peuvent être obtenus en faisant agir les métaux sur les acides concentrés : il y a décomposition d’une partie de l’acide, oxydation du métal, et combinaison de l’oxyde avec l’acide non décomposé : êxemple, acide sulfurique concentré et mercure ; il y a des cas où il faut élever la température ; d’autres, au contraire, où le sel se forme à froid. 5° On peut préparer un assez grand nombre de sels en mettant les métaux en contact avec les acides affaiblis : l’eau est décomposée, le métal oxydé se combine avec l’acide, et il se dégage du gaz hydrogène: exemple, le fer et l’acide sulfurique étendu d’eau. 6“ Les soussels insolubles s’obtiennent en versant dans la dissolution du sel une certaine quantité de potasse, de soude ou d’ammoniaque, qui ne saturent qu’une partie de l’acide et en précipitent le sous-sel ; on les lave à grande eau. Il y a encore quelques autres procédés dont j’omets de parler, parce qu’ils sont particuliers à certaines espèces de sels. Les sels dovUes s’obtiennent : 1“ en mêlant les sels simples qui les composent : ainsi le sulfate ammoniaco-magnésien se produit lorsqu’on mêle du sulfate d’ammoniaque avec du sulfate de magnésie; 2° en ajoutant à l’un des sels simples qui entrent dans la composition du sel double la base qui lui manque : ainsi le même sel double peut être obtenu en versant de l’ammoniaque dans une dissolution de sulfate de magnésie.

Purification des sels. — A. Sels solubles et cristàllisables. Ordinairement on purifie ces sels par 3es cristallisations successives ; mais il arrive souvent qu’ils retiennent une si grande quantité d’eau mère, qu’il faut, pour les dépouiller entièrement des matières étrangères, recourir à de nombreuses évaporations et cristallisations. Gay-Lussac propose d’employer le procédé suivant, applicable à un très-grand nombre de sels, mais surtout au carbonate de soude. On fait dissoudre à chaud le sel cristallisé et impur ; pendant que le liquide se refroidit, on l’agite sans cesse avec une spatule, pour en troubler la cristallisation et n’obtenir que des cristaux arénacés; on peut accélérer le refroidissement en tenant plongé dans l’eau froide le vase qui contient la dissolution saline. IL arrive quelquefois que , quoique très -refroidie , la dissolution nè cristallise pas, et que tout à coup la cristallisation se détermine : c’est (tons ce moment surtout qu’il importe d’agiter très-rapidement pour empêcher l’agglomération des cristaux. On peut prévenir ce long retai’d de cristallisation en projetant dans la dissolution une pincée de cristaux, au moment où elle commence à être sursaturée ; on remplit de ces cristaux un entonnoir, dans le bec duquel on aura mis un peu d’étoupe ou de coton pour les retenir; on les laisse d’abord égoutter, puis on les arrose avec de

Page 1