DES COMPOSÉS DE FLUOR ET D’UN CORPS SIMPLE NON MÉTALLIQUE
DE 1.\%€1DE FlillORllTDRIQlIE. H FI. lÉqnlvalent = 252,30.
Acide fluorhydrique gazeux. — \\ est anhydre et gazeux à la température de — 12“ c. et à la pression ordinaire de l’atmosphère; il est extrêmement fumant par suite de sa grande affinité pour l’eau ; il attaque très-peu le verre. On l’obtient à l’aide de l’acide phosphorique anhydre. (Louyet, Journ. de pharm. , septembre 1847.)
Acide fluorhydrique hydraté. — 1\ n’a jamais été trouvé dans la nature. Préparé par l’art, il se présente sous forme d’un liquide incolore, d’une odeur très-pénétrante et d’une saveur caustique insupportable; il rougit Yinfusum de tournesol avec beaucoup d’énergie ; son poids spécifique est de 1,06.
Il entre en ébullition à environ 30“, et il ne se congèle pas à 20“— 0“ d’après Berzelius. Le gaz oxygène et les corps simples non métalliques n’exercent sur lui aucune action. Exposé à l’air, il répand des vapeurs blanches très-épaisses. Veau se combine avec lui en toutes proportions : chaque goutte d’acide que l’on fait tomber dans ce liquide développe une chaleur telle , que l’on entend un bruit semblable à celui qui se produirait si l’on y plongeait un fer rouge; en sorte qu’il y aurait du danger à verser dans l’eau une certaine quantité d’acide fluorhydrique à la fois. Il n’agit point sur les oxydes de carbone, de phosphore et d’azote, ni sur les acides précédemment étudiés, excepté sur l’acide silicique. Si on le soumet à l’action de la pile voltaïque, il répand des vapeurs épaisses et se décompose; le gaz hydrogène se porte vers le pôle négatif, tandis que le fluor, attiré par le fluide positif, se combine avec le fil de platine qui est à l’extrémité de ce pôle, le corrode, et forme une poudre couleur de chocolat, dont on ignore la composition.
11 présente la plus grande analogie avec les acides chlorhydrique, bromhydrique et iodhydrique; aussi le regarde-l-on comme formé de volumes égaux de fluor et d’hydrogène sans condensation.
Caractères distinctifs. 1“ Ses propriétés physiques ; 2 ’ son action sur l’eau; 3° il corrode fortement le verre; dans ce cas, il se décompose; son hydrogène se combine avec l’oxygène de l’acide silicique, et le fluor s’empare du silicium, avec lequel il forme de l’acide fluosilicique.
Il est composé de 95,05 de fluor et de 4,95 d’hydrogène.
Scheele est le premier chimiste qui ait parlé de l’acide fluoriqiie,
mais il n’avait pas été obtenu concentré avant les recherches de Gay- Liîssac et Thénard; M; LoUyet a démontré i]u’il n’était pas anhydre, même dans son plus grand état de concentration. Ampère a indiqué qu’il était formé d’hydrogène et d’un autre corps, et Davy a fait un très-grand nombre d’expériences à l’appui de celle assertion. Il est employé pour graver sur le verre (voy. Verre),
Préparation. ( Planche 6, fig. 2.) On prend une cornue de platine composée de deux pièces A, B, entrant à frottement l’une dans l’autre; on introduit dans la moitié A une partie de fluorure de calcium blanc, cristallisé, pur, passé au tamis, et préalablement calciné (substance formée de fluor et de calcium, appelée encore fluate de chaux) ; on le délaye dans trois parties d’acide sulfurique concentré; on adapte la moitié supérieure B à la partie inférieure le col de cette cornue se rend dans un récipient en platine J?, d’une forme particulière, que l’on entoure de glace et qui se termine par une très-petite ouverture; on dispose l’appareil sur un fourneau ; on lute les deux pièces de la cornue avec dê la terre, et la jointure du col avec du lut gras; on chauffe lentement, et l’on obtient dans le récipient de l’acide fluorhydrique liquide, tandis qu’il reste dans la cornue du sulfate de chaux; d’où il suit que le fluorure de calcium et une portion de l’eau contenue dans l’acide sulfurique ont été décomposés; le fluor s’est uni à l’hydrogène de l’eau pour former de l’acide fluorhydrique (fluorique), tandis que le calcium s’est combiné avec l’oxygène de ce liquide pour passer à l’état de chaux, qui reste dans la cornue combinée avec l’acide sulfurique. On démonte l’appareil pour en retirer l’acide et le conserver dans des flacons de platine i) (pl. 5, fig. 4), dopt le bouchon est extrêmement poli. Il faut éviter, 1" l’emploi de vases de verre, dont l’acide silicique serait dissous , par l’acide; 2° celui de bouchons qui bouchent mal, car l’acide se dégagerait sous forme de vapeurs; 3° enfin le contact de ces vapeurs, qui j sont excessivement caustiques. Si le fluorure de calcium employé renferme de l’acide silicique (silice), ce qui est assez ordinaire, on traitera !| l’acide fluorhydrique par une dissolution de fluorure de potassium, qui j précipitera l’acide silicique sous forme de fluorure de potassium et de silicium ; on décantera le liquide et ori distillera. Si j comme il arrive ||i souvent, le fluorure de calcium contenait du fluorure de plomb, il y au- ij rait formation d’acide sulfureux et d’acide sulfhydrique, et par consé^ Il quent dépôt de soufre, qui rendrait l’acide trouble et laiteux jusqu’à ce t| ce que le soufre fût entièrement précipité. On est certain d’obtenir l’a- I eide fluorhydrique pur en décomposant par l’acide sulfurique un fluorure préparé artificiellement, dont on a préalablement constaté la pureté. *
PE l’acide fluoborique.
DE L’Acide FLIIODORIQLE. Bo Fl^. Équivalent = 855,55.
Le gaz acide fluoborique est constamment un produit de l’art : il est incolore, doué d’une odeur piquante et suffocante, analogue à celle du gaz acide chlorhydrique; il rougit Vinfusum de tournesol avec énergie, et éteint les corps enflammés; son poids spécifique est de 2,37. Il n’est altéré par aucun des fluides impondérables , ni par V oxygène, ni par aucun des corps simples étudiés jusqu’ici.
Veau, à la température et à la pression ordinaires, peut dissoudre, d’après M. John Davy, sept cents fois son volume de ce gaz, ce qui fait environ deux fois son poids; d’où il résulte qu’il est beaucoup plus soluble que le gaz acide chlorhydrique. Si, au lieu de 700 volumes, on n’en mettait que 100 ou 150 , l’eau et une partie du gaz seraient décomposés; il se précipiterait de l’acide borique , et il resterait en dissolution de l’acide fluorhydrique combiné avec l’acide fluoborique non décomposé. C’est à ce corps que quelques chimistes ont donné le nom d’acide hydrofluoborique. L’acide hydrofluoborique liquide concentré est limpide, fumant et très-caustique; il perd un cinquième du gaz qu’il renferme lorsqu’on le chauffe. Les oxydes de carbone, de phosphore et d’azote, ainsi que les acides précédemment étudiés, n’agissent point sur l’acide fluoborique.
Caractères distinctifs. 1° 11 noircit à l’instant le bois et le papier en mettant leur carbone à nu; 2° il n’attaque pas le verre à la température ordinaire; 3° exposé à l’air ou à l’action de tout autre gaz humide, il s’empare avec avidité de l’eau qu’ils continuent, et produit des vapeurs excessivement épaisses; en sorte qu’il peut servir avec le plus grand succès pour déterminer si un gaz est sec ou humide.
11 a été découvert en 1809 par MM. Gay-Lussac et Thénard. Il est sans usages.
Préparation. On chauffe jusqu’au rouge blanc, dans un canon de fusil fermé à l’une de ses extrémités , un mélange pulvérisé de deux parties de fluorure de calcium et d’une d’acide borique vitrifié; il se produit du borate de chaux et du gaz acide fluoborique que l’on recueille sur le mercure.
Théorie. Une partie de l’acide borique a été décomposée; l’oxygène s’est porté sur le calcium , et le bore s’est uni au fluor.
2 Bo 03
Acide l)Ori<|uc.
3 Ca Fl
Bo F13 3 CaO . Bo Q3
Acide nuol)oriqtiv. ’ Itérai e de chaux.
Fluorure de calcium.
Par le procédé siiivaiU, on ohlieiil du paz fluoboriqiie conlenatil lou-
joiirs du gaz fluosilicique. On introduil dans une pelUe fiole de verre, munie d un tube recourbé, 2 parties de fluorure de calcium pur en poudre, et une partie d’acide borique vitrifié et pulvérisé; on les mêle inliraement avec 12 parties d’acide sulfurique concentré, et on chauffe: quelques minutes après, le gaz se dégage et va se rendre sous des cloches remplies de mercure ; on ne le recueille que lorsqu’il répand dans l’air des vapeurs excessivement épaisses, et il n’est pur que lorsqu’il esl entièrement absorbé par l’eau (1). — Théorie. L’acide borique est décomposé; le bore s’unit au fluor et produit le gaz dont je parle; tandis que l’oxygène se porte sur le calcium et forme de la chaux, qui reste combinée avec l’acide sulfurique.
DE L’ALCIDE FLIIOSILICIQLE. Si Fl®. Équivalent = 985,11.
Le silicium forme avec le fluor un acide particulier, connu depuis longtemps sous le nom d’acide fluorigue silicé.
Propriétés de cet acide. Il ne se trouve Jamais dans la nature ; il se présente sous forme d’un gaz incolore, transparent, doué d’une odeur analogue à celle du gaz acide chlorhydrique, d’une saveur très-acide, rougissant Vinfiisum de tournesol, et éteignant les corps enflammés. Son poids spécifique est de 3,6. Il n’est décomposé ni par le calorique ni par les corps simples précédemment étudiés. Il peut être liquéfié par un froid très-vif et une pression considérable. Il répand des yapeui*s blanches épaisses lorsqu’il est exposé à Vair. Veau peut en absorber 265 fois son volume; mais elle le décompose en partie en se décomposant,
et form^^ cU U'imif» /'«i I i r‘P^ r iii i co ni’A/'î nifo fifHpl’apiHp fllinrliv-
drique eide flu d’acide s’est un avec le
(1) Si reil en p cique, à cique (si!
DE l’aCIDË HYnROFLUOSILtC[QUE.
Caractères distinctifs. 1° Gaz incolore, répandant des vapeuis à 1 ail ; 2° son action sur l’eau ; 3° il n’attaque pas le verre.
Préparation. On place dans une fiole de verre, et mieux de plomb, munie d’un tube recourbé, un mélange d’une partie de fluorure de calcium (fluate de chaux), et d’une partie de sable réduit en poudre fine; on y ajoute 6 parties d’acide sulfurique concentré, et on soumet la fiole i\ une douce chaleur; le gaz se dégage aussitôt, et va se rendre dans des cloches préalablement disposées sur la cuve à mercure; il reste dans la fiole du sulfate de chaux.
Théorie. Le fluorure de calcium et l’acide silicique sont décomposés; le fluor s’unit au silicium pour former le gaz dont je parle, tandis que le calcium se combine avec l’oxygène de l’acide silicique, et j)asse à l’état de chaux, qui reste dans la fiole avec l’acide sulfurique.
DE L’ACIDE HADROFLCOSILICIQIIE. 3 H Fl, 2 Si Fl®.
L’acide hydrofluosilicique contient toujours de l’eau ; il est liquide , et d’une saveur acide franche qui n’offre rien de remarquable. On peut le concentrer par l’évaporation; mais arrivé à un cerlain point, il se décompose, du gaz fluosilicique se dégage, et il reste dans la liqueur de l’acide fluorhydrique. Ce fait explique pourquoi cet acide, qui n’exerce aucune action sur le verre quand il est étendu d’eau , le corrode cependant lorsqu’il est chauffé dans un vase de cette matière.
Les bases salifiables, si elles ne sont employées que dans la proportion nécessaire pour saturer l’acide hydrofluosilicique , forment des sels, la plupart solubles et cristallisables; si; au contraire, on en met un excès, il se précipite de Vacide silicique (silice) , et il reste en dissolution un fluorure du métal contenu dans la base. L’acide hydrofluosilicique fournit, avec les sels neutres de potasse, de soude et de lithiiie, des précipités tellement gélatineux, qu’on a de la peine à les apercevoir d’abord; ces précipités sont formés d’acide hydrofluosilicique et de la base du sel. On peut aussi considérer ces corps comme •des fluorures de silicium et du métal de la base. L’acide borique dé- 'ompose cet acide, et en sépare une grande partie de l’acide silicique.
Préparation. On fait arriver dans de l’eau du gaz acide fluosilicique j’ fluorique silicé); il se dépose de l’acide silicique blanc, gélatineux; 'acide fluorhydrique formé dissout une portion d’acide fluosilicique ion décomposé, et donne de l’acide hydrofluosilicique qui reste dans i liqueur. Il est évident qu’on ne peut expliquer ces phénomènes que ar la décomposition de l’eau ; en effet , l’hydrogène de l’eau transforme I. 15
le fluor en acide fliiorliydrique , tandis que l’oxygène fait passer le silicium à l’état d’acide silicique. Il est important de mettre au fond de l’eau une certaine quantité de mercure, dans lequel on fait plonger le tube qui conduit le. gaz ; sans cela l’extrémité de ce tube ne tarde pas à être obstruée par la masse gélatineuse qui se forme. On jette le mélange sur un filtre de toile forte et propre, et on exprime la toile sans laver le résidu; autrement l’acide silicique, à raison de sa grande division, serait dissous par l’eau et altérerait l’acide hydrofluosilicique.
DES COMPOSÉS D’HYDROGÈNE ET D’UN CORPS SIMPLE NON MÉTALLIQUE OU DE CYANOGÈNE.
Parmi ces composés, il en est un certain nombre qui sont acides, et que je vais décrire d’abord : ce sont les acides chlorhydrique, bromhydrique, iodhydrique, sulfhydrique, sélenhydrique , tellurhydrique et cyanhydrique.
Ces composés acides, de môme que les précédents, rougissent la couleur bleue de tournesol, ont une saveur aigre ou caustique, selon leur degré de concentration; mais lorsqu’on essaye de les combiner avec un oxyde métallique pour produire un sel , ils se décomposent mutuellement: l’hydrogène de l’acide s’unit à l’oxygène de la base, forme de l’eau; tandis que l’élément électro-positif s’unit avec le métal et fournit un composé en ure. Ainsi l’acide chlorhydrique avec de l’oxyde de mercure donne du chlorure de mercure et de l’eau, Hg O, H Cl = Hg Cl, HO. L’acide sulfhydrique et l’oxyde de plomb forment du sulfure de plomb et de l’eau , PbO, HS = PbS , HO (1).
»E li’JiClDE eOLORHYDRlQlJC:. H Cl. Équivalent = 455,70.
L’acide chlorhydrique existe dans un assez grand nombre d’eaux thermales de l’Amérique, mais on le trouve principalement combiné avec
(1) Quelques chimistes pensent néanmoins que lorsque la réaciion se produit |j en présence de l’eau, dans certains cas fort rares , l’hydracide se combine inté- i| gralemeut avec la base, sans qu’il y ail eu la décomposilion mutuelle dont j’ai parlé. En cherchant à détermiuer le rapport qui existe entre l’acide et l’eau qui q constituent les acides chlorhydrique , bromhydrique et iodhydrique liquides, Bineau a vu que ce rapport s’éloigne beaucoup des rapports accoutumés; car! pour une seule proportion d’acide, on trouve 16, 10 ou 11 équivalents d’eaul {Jnn. de chim. et de phys., 1843).
DE l’acide chlorhydrique. 227
l’ammoniaque à l'élal de chlorhydrate. Séparé des substances qui peuvent le fournir, il est gazeux, incolore, transparent, élastique, doué d’une odeur suffocante et d’une saveur âcre, caustique; il rougit fortement Vinfusum de tournesol et éteint les bougies : avant que la flamme disparaisse, la partie supérieure devient verdâtre. Son poids spécifique est de 1,2474.
Il n’est point décomposé par le calorique. Sous la pression de 40 atmosphères à 10“ + 0“, il fournit un liquide incolore, d’une densité de 1,27. On peut aussi le liquéfier par la pression d’une seule atmosphère, lorsqu’on le place sous la machine pneumatique, avec un mélange d’acide carbonique solide et d’éther. On n’est pas encore parvenu à le solidifier.
Soumis à un courant d’étincelles électriques, il est décomposé en hydrogène et en chlore gazeux. Quelle que soit sa température, il est sans action sur le gaz oxygène et sur les substances simples non métalliques pures.
Exposé à l’air humide, il se combine avec l’eau suspendue dans l’atmosphère , et répand des vapeurs blanches assez épaisses , douées d’une odeur piquante. Si l’on débouche un flacon rempli de gaz acide chlorhydrique, après l’avoir plongé perpendiculairement dans de Veau contenue dans une terrine, le liquide s’élance avec force dans le flacon, dissout en un clin d’œil la totalité du gaz, et remplit le flacon. Un morceau de glace introduit dans une cloche pleine de ce gaz est fondu avec autant de rapidité que par des charbons rouges, et le gaz se trouve absorbé en quelques instants. On a prouvé que l’eau, à la température de 10“ et à la pression de 76 centimètres de mercure, pouvait dissoudre de 464 à 480 fois son volume de gaz acide chlorhydrique , ou les de son poids. Ainsi dissous dans l’eau , il constitue l’acide chlorhydrique liquide, incolore, dont le poids spécifique à 0“ est de 1,2109. Exposé à l’air, cet acide liquide concentré perd une portion de gaz et répand des vapeurs blanches; il en perd davantage lorsqu’on le chauffe : dans l’un et l’autre cas, il s’affaiblit. L’acide saturé de gaz a pour formule HCl, 6 HO; celui qui a perdu du gaz à l’air HCl, 12 HO, et celui qui a été distillé HCl, 16 HO ; ce dernier bout à 110“.
Les oxydes de carbone, de phosphore et dV azote, sont sans action sur le gaz acide chlorhydrique; il en est de même des acides borique, carbonique, phosphorique et phosphoreux.
L’acide sulfurique très-concentré, mêlé avec l’acide chlorhydrique liquide également très-concentré, s’empare de l’eau qu’il renferme; la température s’élève, et il en résulte une vive effervescence due au dé-
PREMlÈnK PARTIE.
gaijenient clii gaz acide chloi-hydrique. L’acide iodique le décompose sui le-cliamp, en se décomposant lui-méme; l’oxygène de l’un s’empare de riiydrogène de l’autre, tandis que l’iode se combine avec le chlore. L’acide chlorique décompose cet acide à froid; l’oxygène se porte sur l’hydrogène de l’acide chlorhydrique, forme de l’eau, tandis que le chlore des deux acides est mis à nu.
L’acide chlorhydrique précipite Vazotate d'argent en blanc; le chlo rure d’argent déposé est blanc et insoluble dans l’acide azotique froid ou bouillant ( voy. Chlorures ).
L’action de l’acide azotique sur ce corps est très-importante. Si les deux acides sont affaiblis, ils ne font que se mêler à froid; mais s’ils sont concentrés, ils se décomposent en partie, même à froid, soit qu’oii les emploie à l’état liquide, ou que l’acide chlorhydrique soit à l’état de gaz, et il en résulte un acide liquide d’un rouge jaunâtre, connu depuis longtemps sous le nom d’eaw régale, parce qu’il dissout l’or, que l’on appelait autrefois le roi des métaux. Les produits de cette décomposition sont de l’eau, et un gaz particulier dont on doit la connaissance à Edmond Davy et â M. Baudrimont. Ce dernier chimiste lui . a donné le nom de gaz chl oroazotique. Ce gaz serait formé, d’après lui , d’un équivalent de bioxyde d’azote et de trois de chlore = AzO^ 3 Cl; évidemment il est le résultat de la décomposition partielle des acides azotique et chlorhydrique; d après Baudrimont, trois équivalents de l’oxygène du premier de ces acides se sont combinés avec trois équivalents de l’hydrogène de l’autre pour former de l’eau, et il en est résulté du bioxyde d’azote et du chlore.
Suivant Gay-Lussac, les produits de la réaction de l’acide azotique sur l’acide chlorhydrique sont : 1° le gaz décrit par M. Baudrimont, qui a pour formule Az 0^, 2 Cl (et non pas 3 Cl) ; 2° un autre gaz AzO^, Ci ;
3“ et enfin du chlore. D’après celte manière de voir , le gaz cliloroazotîque de M. Baudrimont ne serait qu’un mélange de Az 0*, 2 Cl et de Az 0^, Cl ; le chlore se serait dégagé pendant la condensation du gaz i en un liquide rouge. Quoi qu’il en soit, le gaz décrit parM. Baudrimont ; est jaune rougeâtre ; il décolore le papier de tournesol bien sec, au | bout de quelques heures, sans le rougir; il le rougit, au contraire, I lorsqu’il est humide; son poids spécifique est de 2,49. Il attaque plu- j sieurs métaux , tels que l’or et le platine. L’arsenic et l’antimoine pulvérisés brûlent avec une vive lumière lorsqu’on les projette dans ce gaz, et pourtant le phosphore n’exerce presque aucune action sur lui , à moins qu’il n’ait été préalablement fondu. L’eau à zéro en dissout 121 fois son volume. La dissolution est d’un rouge clair, et possède il
DE l’acide chlorhydrique. 229
toiHes les propriétés de l’eau régale. Lorsqu’on fait arriver le gaz de l’eau régale dans des tubes effilés, plongés dans un mélange réfrigérant formé de sel marin et de glace , il se liquéfie, tandis que le chlore se dégage à l’état de gaz; le produit, d’un rouge foncé, entre en ébullition à — 7°, 2. M. Baudrimonl obtient le gaz chloroazotique en chauffant uii mélange de deux parties pondérables d’acide azotique, et de trois parties d’acide chlorhydrique du commerce; les premières portions contenant de l’acide chlorhydrique, on ne recueille que les dernières {Journal de pharmacie, numéro de janvier 1844). ( Voy. Action de Veau régale sur les métaux.)
Le sulfure de carbone liquide ( voÿ. page 51 ), traité par seize fois son poids d’un mélange d’acides azotique et chlorhydrique, se transforme, au bout d’un certain temps, en une masse blanche cristalline, composée de chlore, d’oxygène, de soufre et de carbone {oxychloride carbo-sulfureux de Berzelius), qui n’a point d’usages.
Le gaz acide azoteux n’exerce aucune action sur l’acide chlorhydrique.
La découverte de cet acide parait être due à Glauber.
Caractères distinctifs. Son action sur l’air, sur l’eau , sur l’azotate d’argent et sur l’acide azotique.
Il est formé de 2,74 d’hydrogène et de 97,26 de chlore.
Usages. On l’emploie pour faire l’eau régale et plusieurs chlorures, pour analyser un très -grand nombre de minéraux, et dans beaucoup d’opérations chimiques. On s’en sert' en médecine dans tous les cas où les acides sont indiqués, pour préparer des pédiluves irritants, comme topique dans la gangrène scorbutique des gencives et des parois de la bouche, dans l’angine couenneuse pharyngienne et laryngo-trachéale asthénique : on le mêle à cet effet avec trois ou quatre fois son poids de miel, et l’on applique une petite quantité du mélange à l’aide d’un pinceau fait avec du linge effilé; on l’emploie encore dans ces mêmes maladies sous forme de gargarisme : dans ce cas, il doit être étendu d’eau. A l’extérieur, on s’en sert en lotions, dans les ulcères rebelles et dans certaines maladies de la peau, et en injection, dans les gonorrhées rebelles; enfin on prétend avoir traité la teigne avec succès <à l’aide d’un onguent fait avec l’axongeetcet acide.
Empoisonnement. On décèle l’acide chlorhydrique dans les matières vomies et dans celles que l’on trouve dans le canal digestif après la mort, en faisant bouillir pendant quelques instants ccs matières étendues d’eau, en filtrant, en précipitant la majeure partie de la matière animale de la liqueur filtrée, par un excès de dissolution de tannin ; en
filtrant de nouveau et en distillant en vases clos ce dernier liquide filtré. L’expérience prouve que l’acide chlorhydrique n’arrive dans le récipient qu’à la fin de la distillation , lorsque le liquide contenu dans la cornue est épais et presque desséché. Il ne faudrait pas pousser l’opération jusqu’à ce que la matière fût plus que desséchée et presque carbonisée , car on pourrait obtenir dans le récipient de l’acide clilorhydrique, alors môme qu’il n’y aurait pas eu empoisonnement. Quoi qu’il en soit, on détermine la présence de l’acide chlorhydrique dans le ballon, à l’aide de l’azotate d’argent. Il faut savoir qu’il existe dans l’estomac de certains individus non empoisonnés une quantité assez notable d’acide chlorhydrique, pour que cet acide distille et vienne dans le récipient tout comme le ferait l’acide avec lequel on aurait été empoisonné; aussi le médecin doit-il, avant de rien conclure, examiner si l’individu a éprouvé on non les symptômes de vive irritation que détermine l’acide chlorhydrique, et si après la mort on a'constaté dans le canal digestif les lésions inflammatoires graves auxquelles donne lieu l’ingestion de cet acide.
On combattra l’empoisonnement par l’acide chlorhydrique, comme je l’ai dit en parlant de l’acide sulfurique (voy. page 44, et ma Médecine légale, tome III , 4® édition).
Préparation. On met dans une fiole, à laquelle on adapte un tube recourbé, du sel gris (récemment fondu dans un creuset et réduit en fragments d’une certaine grosseur), qui est principalement formé de chlorure de sodium; on y ajoute un peu d’acide sulfurique monohydraté; l’eau est décomposée ; son oxygène forme, avec le sodium, de la soude qui s’unit à l’acide sulfurique ; son hydrogène se combine avec le chlore et produit le gaz acide chlorhydrique, que l’on recueille sur le mercure après avoir laissé passer les premières portions qui contiennent de l’air; lorsque l’effervescence est passée, on chauffe un peu. Pour obtenir cet acide liquide , on se sert de l’appareil que j’ai décrit en parlant du chlore; seulement il faut avoir le soin de ne remplir les flacons que jusqu’aux deux tiers, car par la saturation du gaz chlorhydrique l’eau augmente beaucoup de volume (1).
Six cents grammes de sel (chlorure de sodium) et 500 grammes d’acii sulfurique suffisent pour saturer coniplétcment 341 grammes d’eau di tillée.
(t) Si le sel marin était cristallisé et très-divisé, il se produirait une efferves ceiice très-vive qui ferait monter le mélange jusque dans les tubes à dégagement.
DE l’acide CllLORllYURiyUE.
Ainsi obLeim, l’acide chlorhydrique esl pur, incolore et limpide, tandis que celui du commerce est toujours nébuleux et jaune. Il est altéré 1° par les sels qui existaient dans l’eau commune avec laquelle il a été . préparé; 2" par de l’acide sulfurique qui a été entraîné. 3° Par de l’acide sulfureux, qui y existe en quantité très-notable et qui provient de la réaction sur l’acide sulfurique des matières goudronneuses et du charbon, qui sont mêlés au sel marin destiné à la fabrication de la soude artificielle: en effet, ce sel n’ayant pas acquitté les droits, les règlements administratifs prescrivent de le sophistiquer comme il vient d’être dit. L’acide sulfureux peut également provenir de la décomposition par le feu du bisulfate de soude qui est le produit de l’action de l’acide sulfurique sur le sel, et qui se transforme en sulfate de soude neutre, en oxygène et en acide sulfureux. 4° Par du sesquichlorure de fer, dont la présence tient à ce que l’acide a été préparé dans des cylindres de fonte, ô*’ Par un mucus animal provenant des eaux de la mer, et qui donne, en se décomposant, une huile empyreumatique jaune; cette cause d’impureté disparaîtrait, si l’on employait du sel fondu, ce qui n’a pas lieu. 6° Par des vapeurs d’iode et de brome, si le sel gris contient des iodures et des bromures; 7° par du chlore et de l’acide azoteux, si le chlorure de sodium renferme un azotate; 8” par l’acide arsénieux ou par l’acide arsénique, si l’acide sulfurique employé est arsenical.
On reconnaît que l’acide chlorhydrique est arsenical en l’introduisant dans l’appareil dit de Marsh (voy. Arséniure d’ hydrogène). On le prive de l’arsenic en l’étendant de son volume d’eau, en le faisant traverser par un courant de gaz acide sulfhydrique, en filtrant pour séparer le sulfure d’arsenic formé, et en distillant l’acide qui a filtré.
On peut également s’assurer que l’acide chlorhydrique renferme de l’acide sulfureux à l’aide du même appareil; en effet, s’il est altéré par cet acide, l’hydrogène qui se dégagera par suite de l’action du zinc sur l’eau et sur l’acide chlorhydrique sera mêlé d’acide sulfhydrique , et il suffira de le faire arriver dans une dissolution d’acétate de plomb pour que celle-ci se trouble et noircisse (sulfure de plomb noir). La production d’acide sulfhydrique n’a rien qui étonne dans l’espèce, l’iiydrogène à l’état naissant jouissant de la propriété de décomposer l’acide Hilfureux, et de lui enlever son oxygène pour former de l’eau, tandis lu’une autre portion d’hydrogène s’unit au soufre. Le procédé suivant le M. Girardin, modifié par Heintz , permet aussi de découvrir des traces • le cet acide dans l’acide chlorhydrique du commerce. On prend 30 ou iO grammes environ de l’acide suspect, dans lequel on ajoute une disolnlion (l’ansparentc cl concentrée de pi'oloclilorure d’é(?,in,et l’on
chauffe jusqu’à 60" ou 70" c. Si la quanlilé d’acide sulfureux est considérable, si , par exemple, il y en a 4 ou 5p. O/^, on obtiendra un précipité jaunâtre, puis brun, de sulfure d’étain; mais si la proportion d’acide sulfureux est plus faible, si elle n’est que de V2 P-®/oi et même moins, aucun précipité ne se formera, ou la liqueur ne prendra qu’une teinte pâle insignifiante. Mais si alors, dans la liqueur chaude, 011 verse du sulfate de cuivre dissous , on obtient un jirécipité brun de sulfure de cuivre, dont la couleui’ est très-intense, et dont la quantité est en rapport avec celle de l’acide sulfureux qui se trouvait dans la liqueur acide, (baroque, Journ. de pharm., sept. 1847.) On peut encore reconnaître la présence de l’acide sulfureux au moyen du caméléon minéral (manganate de potasse); en effet, la teinte verte de ce corps disparaît par l’action de l’acide sulfureux, tandis qu’il prend une teinte rouge qui persiste pendant un certain temps , si l’acide chlorhydrique ne contient pas d’acide sulfureux. On prive l’acide chlorhydrique de l’acide sulfureux, en le faisant traverser par un courant de chlore qui transforme rapidement l’acide sulfureux en acide sulfurique, et qui passe luiméme à l’état d’acide chlorhydrique (l’eau est décomposée). On sépare ensuite l’acide chlorhydrique par une distillation ménagée qui laisse l’acide sulfurique dans la cornue.
Si l’on voulait obtenir de l’acide chlorhydrique pur avec l’acide du commerce, il suffirait de traiter celui-ci par le chlore, pour détruire l’acide sulfureux, puis par de l’acide sulfurique monohydraté qui se combinerait avec de l’eau , tandis que le gaz acide chlorhydrique se dégagerait.
DE E’ ACIDE BDOIIIHTDRIQIJE. H Br. Équivalent = 990,8.
L’acide bromhydrique, découvert en 1826 par M. Balard, n’existe pas dans la nature (voy. Brome, p.68). Il est sous forme d’un gaz incolore, très-acide, d’une odeur piquante, provoquant fortement la toux , d’un poids spécifique de 2,731 , indécomposable par la chaleur, et sans action sur l’oxygène. Faraday a pu le liquéfier, et même le solidifier, en le soumettant à un froid considérable. Il répand des vapeurs à l’air.
Le chlore le décompose, s’empare de son hydrogène, et le brome se sépare sous forme de vapeurs rutilantes qui se déposent en partie en gouttelettes.
L’eau dissout aussi bien le gaz acide bromhydrique que le gaz acide chlorhydrique. Ce solutum est incolore; il est décomposé par le chlore ji comme le gaz ; il peut dissoudre du brome, et devient d’un rouge foncé. ■ Exposé â l’air, il brunit, parce que l’oxygène de l’air s’empare de l’hy-'
) DE l’acide lODlIYDRIQUE.
drogène de l’acide et que le brome , mis à nu , se dissout dans l’acide. L’acide azotique cède une portion de son oxygène à l’hydrogène, et met le brome à nu.
Caractères distinctifs. Gaz incolore, répandant des vapeurs à l’air, qui finit par en séparer du brome, décomposable instantanément par le chlore.
Il est formé de 1,26 d’hydrogène et de 98,74 de brome.
Préparation. On obtient le gaz brom hydrique en humectant légèrement un mélange de brome et de phosphore; l’eau est décomposée, l’hydrogène s’unit au brome, et l’oxygène au phosphore. Il suffit de chauffer pour obtenir le gaz. Pour préparer l’acide liquide, on fait passer du gaz acide sulfhydrique dans une éprouvette contenant de l’eau et du brome ; celui-ci s’empare de l’hydrogène de l’acide, passe à l’état d’acide bromhydrique, et le soufre se précipite. Si l’on préparait l’acide bromhydrique avec du bromure de sodium ou de potassium, et de l’acide sulfurique, on obtiendrait, outre cet acide, du brome et de l’acide sulfureux; une partie de l’acide sulfurique serait décomposée, et tandis que son oxygène oxyderait le sodium ou le potassium, le brome du bromure serait mis à nu ; l’acide sulfurique , qui aurait perdu un équivalent d’oxygène, serait ramené à l’état d’acide sulfureux.
DE L’ACIDE lODUYDRlQlJE. Hl. Équivalent = 1590,7.
L’acide iodhydrique , découvert en 1814 par Gay-Lussac , se présente sous forme d’un gaz incolore, dont l’odeur ressemble à celle du gaz acide chlorhydrique; sa saveur est très-acide, piquante et astringente; son poids spécifique est de 4,443. Il rougit Vinfusum de tournesol, et éleint les corps enflammés. Il se décompose en partie à une température rouge; mais sa décomposition est complète s’il est mêlé avec le gaz oxygène : alors il se forme de l’eau, et l’iode est mis à nu. Soumis à un froid très-vif, il peut être liquéfié et même solidifié; dans ce dernier état, il est incolore, transparent et semblable à la glace (Faraday). Il répand des vapeurs à l’air.
Le chlore et le brome le décomposent sur-le-champ , lui enlèvent l’hydrogène, avec lequel ils produisent des acides chlorhydrique ou bromhidi i(|ue, et l’iode parait sous forme de belles vapeurs pourpres qui se précipitent peu à peu, et qui se redissolvent dans un excès de chlore ou de brome. Le mercure, au contraire, s’empare de l’iode et met l’hydrogène à nu.
L’eau dissout autant de ce gaz que de gaz acide chlorhydrique, et
constitue l’acide liquide. Cet acide, chauffé, laisse dégager beaucoup de gaz et une certaine quantité d’eau ; il bout et distille intégralement à 128" c. ; sa densité est alors de 1,07, Exposé à l’air, il répand des vapeurs comme l’acide gazeux, se colore en roüge-brun, et s’altère ; en effet, l’oxygène de l’air est absorbé par l’hydrogène, avec lequel il forme de l’eau, etl’iode, au lieu de se précipiter, se dissout dans la portion d’acide non décomposé et la colore; d’où il suit que Viode a beaucoup d’affinité pour l’acide iodhydrique. Plus tard, la liqueur tend à se décolorer et finit par ne présenter qu’une teinte jaunâtre : alors une partie d’iode se trouve séparée de la dissolution , et cristallise souvent en octaèdres volumineux très-réguliers. On explique celte décoloration par l’action subséquente de l’oxygène de l’air sur l’hydrogène de l’acide :