DES COMPOSÉS D’HYDROGÈNE ET D’UN CORPS SIMPLE QUI NE SONT PAS ACIDES
DU BISVLFVRE D’HYDBOGÈlVi:. HS^ Équivalent =■ 412,60.
Le bisulfure d’hydrogène est toujours liquide à la température ordinaire, d’un Jaune tirant un peu sur le~hrun verdâtre; appliqué sur la langue, il la blanchit à la manière du bioxyde d’hydrogène, et y cause un sentiment de cuisson difficile à supporter; il décolore et altère la peau; il détruit facilement la couleur du tournesol; il ressemble, par sa consistance, tantôt à une huile essentielle, tantôt à une huile grasse ; sa densité varie aussi : elle a été de 1,769 dans un bisulfure dont la fluidité n’était pas grande ; son odeur est particulière et désagréable. Il n’est point solidifié par un froid de 20®— 0°; il est décomposé à la température de 60 à 70® en acide sulfhydrique qui se dégage, et en soufre; il éprouve encore ce genre de décomposition lorsqu’il est abandonné à lui-méme; il s’enflamme à l’air par l’approche d’une bougie enflammée, et il se produit de l’eau , du soufre et de l’acide sulfureux.
Le charbon très -divisé, le platine, l’or, l’iridium,- et plusieurs autres métaux en poudre, en dégagent du gaz acide sulfhydrique sans paraître s’unir au soufre. Le bioxyde de manganèse, la magnésie, l’acide silicique, des fragments pulvérisés de baryte, de strontiane, de chaux, de potasse et de soude , et même la potasse et la soude dissoutes dans l’eau , en dégagent aussi du gaz acide sulfhydrique avec une vive effervescence. Les oxydes d’or et d’argent sont instantanément réduits; il y a incandescence et formation d’eau.
Le bisulfure d’hydrogène n’est pas sensiblement soluble dans l’eau, qui le décompose en partie et devient laiteuse; l’alcool agit de même sur lui.
L’éther le dissoute! ne larde pas à laisser déposer une foule d’aiguilles blanches qui deviennent Jaunes par la dessiccation, et qui ne sont que ■ du soufre.
Par son mélange avec les acides, il acquiert beaucoup de stabilité,
peut se conserver longtemps, et n’est plus décomposé par le bioxyde de manganèse. Ces propriétés, comme on le voit , le rapprochent singulièrement du bioxyde d’hydrogène.
Caractères distinctifs. 1° Ses propriétés physiques; 2" son action sur le bioxyde de manganèse et sur l’éther.
Préparation. On verse de l’acide azotique du commerce étendu de deux fois son poids d’eau dans un grand entonnoir dont le bec doit être fermé avec un bouchon; puis on ajoute peu à peu du sulfhydrate sulfuré de chaux, obtenu en faisant bouillir pendant assez longtemps de l’eau sur la cliaux et un excès de soufre ; on agite continuellement la liqueur, et bientôt on voit le bisulfure qui commence à déposer : celui qui se sépare d’abord est plus liquide que celui qui se précipite en dernier lieu; il est aisé de les recueillir l’un et l’autre en fractionnant les produits.
Théorie. L’acide azotique s’empare de la chaux pour former un azotate ; l’acide sulfhydrique s’unit au soufre en excès et donne le bisulfure; il ne se dégage pas sensiblement d’acide sulfhydrique. Un fait remarquable et déjà connu depuis longtemps, c’est que si, au lieu d’agir comme je l’ai dit, on versait l’acide sur le sulfhydrate sulfuré, on n’obtiendrait point de bisulfure ; en effet , alors le sulfhydrate décomposei’ait le bisulfure à mesure qu’il se produirait, et il se formerait du gaz acide sulfhydrique et un dépôt de soufre.
Il existe des sulfures d’hydrogène contenant un plus grand nombre d’équivalents de soufre. M. Thénard en a vu qui en renfermaient jusqu’à 6 et 8. Tout porte à croire même que le bisulfure qui vient d’être décrit est mélangé d’un ou de plusieurs de ces sulfures plus sulfurés ( voy. Annales de chimie et de physique , septembre 1831).
DES GARBURES D’HYDROGÈNE.
L’hydrogène et le carbone forment des composés très-nombreux qui affectent tantôt l’état gazeux, tantôt l’état liquide ou solide. Comme ils proviennent en général de la décomposition de substances organiques , je n’en étudierai que trois ici : l’un est le protocarbure d’hydrogène, qui prend naissance spontanément dans la vase des marais; les deux autres^ sont le résultat de la distillation de la houille ou des corps gras. L’examen des autres carbures sera renvoyé à la chimie végétale.
DU PROTOCARBURE d’hYDROGÈNE OU GAZ DES MARAIS. 2^17
UU PROTOC ARltURE D’DTDROOÈNE OU GAZ DES MARAIS. G^.
Ce corps , produit dans beaucoup de circonstances naturelles ou artificielles, est en général le résultat de la décomposition de certaines matières organiques, soit par l’action de la chaleur, soit par leur fermentation spontanée; on le trouve surtout dans la vase des marais d’eaux stagnantes.
11 est gazeux, incolore, d’une odeur infecte lorsqu’il est recueilli de la vase, parce qu’il n’est pas pur; mais dans un étal de pureté parfaite, il est permanent , inodore, insoluble dans l’eau, d’une densité de 0,559; son pouvoir réfringent est de 2,0927.
L’électricité le décompose en hydrogène et en carbone. Il absorbe l’oxygène, brûle avec une flamme bleuâtre beaucoup moins éclairante que celle du bicarbure d’hydrogène gazeux, et se transforme en acide carbonique et en eau.
Si l’on fait un mélange de protocarbure d’hydrogène gazeux et d’un excès de gaz chlore, on obtient , sous l’influence des rayons solaires , un liquide que l’on peut considérer comme un mélange d’éther méthylchlorhydrique monochloré CP, d’éther méthijlchlorhydrique bichloré ou chloroforme et à^éther méthylchlor hydrique per chloré ou chlo-
rure de carbone CP. On verra, en traitant de la chimie organique, que l’alcool méthylique ou l’esprit de bois donne avec l’acide chlorhydrique de l’éther méthylchlorhydrique C^ Cl , et que l’on obtient avec cet éther et le chlore gazeux exactement les mêmes produits qu’avec le prolocarbure d’hydrogène gazeux; en sorte que ce gaz parait être le point de départ de la série méthylique : ainsi on aurait
Protocarbure d’hydrogène. . . G® gaz non liquéfiable.
Éther méihylchlorhydrique. . . H® G® Cl liquéfiable à une basse température. Éther méthylchlorhydrique monochloré , . H® G® Gl® qui bout à 30°, 5.
Éther méthylchlorhydrique bir chloré ou chloroforme ... H G® GI® qui bout à 61°.
Éther méthylchlorhydrique perchloré G® GH qui bout à 78°.
Quand on expose à la lumière diffuse trois volumes de chlore et un volume de protocarbure d’hydrogène gazeux, il y a détonation, et il sc produit de l’acide chlorhydrique et du charbon.
Deux volumes de protocarbure d’hydrogène, contiennent quatre vo- 1 lûmes d’hydrogène (deux équivalents) et deux de vapeur de carbone
(un équivalent); d’où il suit que pour les brûler et les transformer en eau et en acide carbonique, il faut quatre volumes d’oxygène, savoir deux pour brûler les quatre volumes d’hydrogène et deux pour brûler les deux volumes de carbone. La formule représente quatre volumes ou un équivalent de protocarbure d’hydrogène. En poids, le protocarbure est formé de 25 d’hydrogène et de 75 de carbone.
Caractères distinctifs. Gaz incolore , ne répandant pas des vapeurs à l’air, brûlant avec une flamme bleuâtre en donnant de l’eau et de l’acide carbonique , et exigeant pour cela deux volumes d’oxygène.
Préparation. On obtient le gaz des marais en plongeant dans une eau stagnante un flacon plein d’eau, dont le col est muni d’un entonnoir; on agite la vase avec un bâton , et le gaz , en se dégageant sous forme de grosses bulles, se rend sous l’entonnoir et remplit le flacon. Ainsi obtenu, le gaz n’est pas pur; il est mêlé d’acide carbonique dont on le débarrasse en l’agitant avec un peu de potasse ou d’eau de chaux, mais il reste toujours mêlé avec une assez grande proportion d’azote.
On le prépare plus facilement et plus pur en faisant passer de l’acide acétique e.i vapeur sur de la baryte chauffée au rouge dans un tube de verre; il se forme du carbonate de baryte et du prolocarbure d’hydrogène.
Hi C4 04 2 Ba 0 Ba 0, 2 CO^ R4 C2
Acide acétique. ’ Baryte Carbon, de baryte. ’ Protocarbure.
On l’obtient aussi en chauffant, dans une petite cornue dont le col est armé d’un tube propre à recueillir les gaz, un mélange d’une partie d’acétate de soude avec trois ou quatre fois son poids de baryte causli(|ue. Il se forme des carbonates de baryte et de soude, et legaz se dégage pur. (Dumas.) Souvent il se développe spontanément dans les mines de houille, où il produit des explosions terribles; les mineurs le connaissent sous le nom de feu grisou.
DU BICARBVRE B'HYBBOGÈWE GAXEIJY. ( GAZ ObÉFlANT OU DES hollandais). H‘ C*.
Il est le produit de l’art, incolore, insipide, d’une très-faible odeur, à la fois élhérée et empyreumatique s’il a été bien purifié, et sans action sur Vinfusum de tournesol ; il éteint les corps enflammés ; son poids spécifique est de 0,9852.
Soumis â l’action du calorique dans un tube de porcelaine, rempli de^^ petits fragments de porcelaine, il est décomposé en charbon qui reste
DU BICARBÜRE d’hYDROGÈNE GAZEUX. 249
dans le tube , et en hydrogène moins carboné , tel que H'* ou H® C^, tandis qu’il était formé de H‘‘ G** avant l’action de la chaleur. Si l’on met dans le tube du fil de cuivre, du nickel, du palladium ou du platine, et que l’on chauffe au rouge blanc, on obtient du gaz hydrogène pur, et il se forme des carbures de ces métaux. (Marchand, Journal de pharmacie, année 1843. )
Suivant Dalton, il peut être entièrement décomposé en hydrogène et en carbone par une grande quantité d'étincelles électriques.
Le gaz oxygène ne l’altère pas à froid ; mais si on élève la température d’un mélange d’un volume de ce gaz et de trois volumes de gaz oxygène, celui-ci est absorbé avec dégagement de calorique et d’une lumière éclatante, et il se produit de l’eau et de l’acide carbonique; mais si l’air ou l’oxygène ne sont pas en assez grande quantité, il se dépose .du charbon.
Si on le fait passer à travers du soufre fondu dans un tube incandescent, il se forme du gaz acide sulfhydrique, et il se dépose du charbon.
Le chlore enlève l’hydrogène au bicarbure d’hydrogène, forme de l’acide chlorhydrique, et le carbone est mis à nu, pourvu que le mélange soit placé sous l’influence de la lumière solaire ou d’un corps en igni~ tion, et que l’on agisse sur deux volumes de chlore et sur un de bicarbure d’hydrogène.
Si l’on fait arriver dans un ballon, à la température ordinaire et à la lumière diffuse, volumes égaux de chlore et de bicarbure d’hydrogène humides, on obtient, au bout d’un certain temps, la liqueur des Hollandais, laquelle étant lavée avec de l’eau distillée et rectifiée sur du chlorure de calcium a pour formule G'^ Gl, HCl; d’où il suit qu’un équivalent d’hydrogène a été remplacé par un équivalent de chlore, et qu’il s’est formé un équivalent d’acide chlorhydrique. Ce liquide est incolore, huileux, d’une saveur légèrement sucrée, d’une odeur éihérée, d’une densité de 1,280 à 0°, entrant en ébullition à 84°, 5, brûlant par l’ap- ; proche d’un corps en combustion, s’il a le contact de l’air, avec une ’ flamme verte fuligineuse qui répand d’abondantes vapeurs d’acide chlor-
■ hydrique. Il est insoluble dans l’eau, très-soluble dans l’aicool et dans f l’éllier.
Le chlore sec, au soleil, transforme G'* Cl, HCl en un produit moins volatil , d’une densité de 1,422, qui bout à 115° = H^ C^ Cl^ ; c’est la liqueur des HollandaismonocA/or^e. Par une nouvelle quantiléde chlore, an obtient la liqueur des Hollandais bichlorée H^ 0“* CH, d’une densité de 1,576, et qui bout A 135°. Cette liqueur, soumise à son tour A l’action du "hlore, donne la liqueur des Hollandais trichlorée H C^ CH, d’une densité
de 1,663 et qui bout à 153".* Enfin celle-ci, traitée par un excès de chlore au soleil , fournit des cristaux de sesquichlorure de carbone Cl®, fusibles à 160", entrant en ébullution à 180". D’où il suit que les quatre équivalents d’hydrogène de la liqueur des Hollandais ont successivement été remplacés par quatre équivalents de chlore, et si l’on suppose que cette liqueur dérive primitivement d’un carbure d’hydrogène encore inconnu, H® C^, on aura la série suivante :
Prolocarbure inconnu
Liqueur des Hollandais
H* C* Cl»
raonochlorée