‹ Éléments de chimie minérales précédés d'un abrégé de l'histoire de la scienceChapitre 12 sur 84 · OXYGÈNE · texte numérisé non relu

OXYGÈNE

Etymologie. Le nom d’oxygène vient de deux mots grecs: ifùc , aigu, acide, et yitnt , qui n'existe que dans les mots composés, comme ,

ivyttit, etc. (x).

Synonymes. Oxygenium (latin) , Sauerstoff (allemand) ; air vital (Condorcet), air pur , air de feu (Scheele) , air dèphlogistiqué ( Priestley).

Propriétés physiques. L’oxygène est un gaz incolore , inodore , insipide. Un litre de ce gaz , à la température de 0° , et à la pression de 0m,76 , pèse 1*,4318. Sa densité est de 1,1026, celle de l’air étant prise pour unité. Une forte pression (100 atmosphères ) et un abaissement de température considérable

(x) yiyn/m.1 ou >/voyuai ( je nais , je deviens) n'a jamais eu , dans aucun des dialectes grecs, la signification transitive de , j'engendre , comme on

le répète à tort dans tous les traités de chimie. De plus , le nom composé d'ofi/yanij ( oxygène ) signifie en grec , non point générateur d'acide , comme Je prétendent les chimistes dans leur ignorance de la langue grecque, ofu- «nie signifie acidement ni , de naissance acide , comme (y-; , de formation sem-

blable, signifie tien né. Oxygène, c’est-à-dire acidement né, est donc un nom absurde. Ce serait plutôt oxygénéle ( ifuynrérut ) ou oxygone ( ij': yvsot ) , qui voudrait dire générateur d'acide. Des erreurs de ce genre, et d'autres plus grossières encore , se rencontrent à chaque page dans les ouvrages de science , dont la terminologie a été faite avec des noms tirés d'une langue dont malheureusement les savants ignorent quelquefois jusqu'aux plus simples éléments.

OXACÉS.

( — 60.) ne l’amènent point à l’état liquide , ni , à plus forte raison, à l’état solide. Comprimé dans le triquet pneumatique , il dégage de la lumière qui , d’après M. Thénard , serait due à un peu de vapeur huileuse provenant de la matière grasse dont le piston du briquet est imprégné. L’oxygène réfracte faiblement la lumière. Son pouvoir réfringent est de 0,924 , celui de l’air étant 1 (Dulong). Soumis à l’action de l’électricité , il se rend au pôle électro-positif de la pile ; il est donc électro-négatif de sa nature. La chaleur ne fait que le dilater. Sa solubilité dans l’eau n’est pas très-grande; elle est de 0,042 ; c’est-à-dire que 100 volumes d’eau dissolvent un peu plus de 4 volumes de ce gaz.

Propriétés chimiques. L’oxygène est susceptible de se combiner avec tous les corps simples connus. Beaucoup de ses composés sont éminemment stables et résistent à une température élevée. Les alcalis (potasse , soude , lithine , chaux , baryte , strontiane) , les terres (alumine, magnésie, glucyne , zyrcone) et la plupart des bases (oxydes) métalliques sont dans ce cas. Combiné avec le carbone , l’hydrogène , l’azote , et , dans quelques cas , avec le soufre et le phosphore , l’oxygène constitue presque tous les [corps du règne végétal et du règne animal. La combustion de l’oxygène avec un autre corps peut se faire par voie directe ou par voie indirecte. Ainsi , l’oxygène se combine directement , au moyen de la chaleur , avec le carbone , pour donner naissance à de l’acide carbonique ou à de l’oxyde de carbone ; avec l’hydrogène , pour former de l’eau ; avec le fer , le lomb , le cuivre , le zinc et beaucoup d’autres métaux , pour donner naissance à des oxydes. L’oxygène se combine indirectement avec le chlore , le brôme , l'iode , l’azote , etc. , pour donner naissance à des composés acides ou neutres.

Caractères distinctifs. Une allumette éteinte et présentant un point en ignition se rallume avec un certain bruit quand on la plonge dans une cloche remplie d’oxygène. Un fil de fer brûle dans l’oxygène en jetant de vives étincelles. La tcm-

OXACES.

pérature qui se produit est si élevée , que l’oxyde de fer, en fondant, pénètre profondément sous la substance du verre. Le phosphore y brûle avec un éclat que l’œil peut à peine supporter. Le soufre y brûle avec une flamme beaucoup plus pâle.

Le protoxyde d’azote ( gaz hilarant ) possède également la propriété de rallumer les corps en ignition. Mais ce dernier asphyxie , tandis que l’oxygène entretient la respiration. Mêlé avec l’hydrogène dans les proportions convenables ( pourvu que la proportion ne dépasse pas 1 à 9) , l’oxygène forme un mélange explosif, c’est-à-dire un mélange gazeux , qui, au moyen de la chaleur ou de l’électricité , disparait avec une violente détonation , en donnant naissance à de l’eau. Les carbures d’hydrogène , les vapeurs d’huiles essentielles , d’éthers , etc. , mêlées avec de l’oxygène , forment également des mélanges explosifs, à cause de l’hydrogène qui s’y trouve. Enfin , de tous les gaz , l’oxygène est le seul qui , à l’état de pureté , puisse être respiré sans danger pour la vie , et qui soit destiné à entretenir la respiration.

L’oxygène a été pris pour unité dans l’évaluation des équivalents ou des poids atomiques (Yoy. Équivalents).

État. On rencontre l’oxygène à l’état de liberté ou de mélange , et à l’état de combinaison.

Dans le premier état , il existe dans l’air, où il est congénère de l’azote (21vol. d’oxyg.-(-79 vol. d’azote sur 100 vol. d’air).

Les végétaux fournissent une grande quantité d’oxygène , en décomposant , sous l’influence de la lumière , le gaz acide carbonique. L’air dissous dans l’eau est plus riche en oxygène que l’air atmosphérique.

A l’état de combinaison, l’oxygène se trouve le plus universellement répandu. Presque tous les corps qui frappent nos regards, en contiennent. L’eau est une combinaison d’oxygène et d’hydrogène. Les oxydes des métaux (rouille , chaux des métaux) sont des combinaisons d’oxygène avec un métal. Les acides du phosphore , du soufre, du carbone , contiennent de

OXACE5.

l’oxygène en différentes proportions. Enfin , toutes les substances végétales et animales contiennent de l’oxygène à l’état de combinaison.

Préparation. L’oxygène se prépare le plus communément par voie sèche , c’est-à-dire par l’application de la chaleur à un corps riche en oxygène , et qui cède ce gaz en peu de temps et à peu de frais. Les corps suivants sont les plus propres à l’extraction de l’oxygène :

1° Ch/orale de potasse. Ce sel contient presque le tiers de son poids d’oxygène. Pour retirer l’oxygène du chlorate de potasse , il suffit de chauffer ce sel dans une cornue de verre. “Vers 300° environ , le chlorate de potasse entre en fusion ; vers 350 , il présente une effervescence notable ; des bulles nombreuses se soulèvent et se dégagent ; c’est alors que la décomposition du chlorate de potasse a lieu , et que l'on peut recueillir l’oxygène au moyen d’un tube de verre recourbé , dont une extrémité s'adapte exactement à la cornue , tandis que l’autre extrémité se rend sous une cloche ou éprouvette remplie d’eau ou de mercure, placée elle-même sur une cuve d’eau ou de mercure. Il reste dans la cornue un mélange de perchlorate de potasse et de chlorure de potassium. Pour retirer l’oxygène du perchlorate , il faut élever la température jusqu’à 500° au moins , car l’acide perchlorique (Cl O1) est bien plus stable que l’acide chlorique ( Cl O8) , qui , sous l'influence de la chaleur, se décompose partiellement en chlore et en acide perchlorique (CIO7). En chauffaut davantage (500°) , non - seulement tout l’oxygène de l’acide perchlorique lui-même se dégage, mais encore tout l’oxygène de la potasse, de sorte qu'il ne reste plus dans la cornue de chlorure que du potassium (K Cl).

2U Peroxyde de manganèse (MnO’) . Ce corps est noir, pulvérulent, et semblable à du noir de fumée -, il se compose de deux équivalents d’oxygène (O’) et d’un équivalent de manganèse (Mn). En le chauffant dans une cornue de grès, à laquelle s’adapte un tube recourbé , comme dans l’expérience précé-

OXACES.

dente , on obtient de l’oxygène , qui se dégage dans l’éprouvette , et il reste dans la cornue un composé de deux équivalents de protoxyde, et d’un équivalent de peroxyde de manganèse (2MnO+MnO’) (1). Le manganèse ne cède donc point , par la chaleur seule , tout son oxygène, puisque tout le peroxyde n’est pas môme ramené à l’état de protoxyde.

3° Peroxyde de manganèse (Mn O’) mêlé avec moitié de son poids d acide sulfurique concentré. On chauffe le tout dans une coi nue de grès ou de verre lutée et placée sur un simple fourneau ou sur un fourneau à réverbère. Parce procédé , en maintenant la température à un degré convenable , tout le peroxyde (MnO’) est ramené à l’état de protoxyde de manganèse (MnO) , et il reste dans la cornue du sulfate de manganèse (MnO-t-SO(l) * 3).

h° Le peroxyde rouge de mercure laisse , à 4.50°, dégager tout l'oxygène qu’il contient.

5° Le minium , le nitrate de potasse, etc., donnent également de l’oxygène sous l'influence de la chaleur ; mais cet oxygène est impur.

6° Des plantes fraîches et vivantes , placées dans une atmosphère d’acide carbonique , sous une éprouvette , et exposées à la lumière du soleil , fournissent de l’oxygène , pourvu que l’expérience ne se fasse pas sur du mercure.

Usages. L’oxygène est le seul gaz qui entretienne la respiration des animaux. Ilentretient de même la combustion (2) ; car c’est lui qui fait que la bougie brûle , et que le bois de la cheminée nous donne la flamme qui nous chauffe. L’oxygène joue un des rôles les plus importants dans les phénomènes chimi-

(l) Le composé de a MnO . MnO,, existe dans la nature sous le noua do

JJausmannile .

(a) L'oxygène n'est pas le seul gaz qui entretienne la combustion ; car beaucoup de métaux (, antimoine , cuivre , zinc , etc. ) sont combustibles dans le chlore, avec ilamuie.

ques qui se passent, soit en petit dans nos laboratoires, soit en grand à la surface et dans l’intérieur même du globe.

Historique. L’oxygène fut découvert en 1774 , presque simultanément par Lavoisier, en France, Scheele, en Suède, et Priestley , en Angleterre .

Eau.

Synonymes. Protoxyde d'hydrogène ; Wnster ( allemand).

Propriétés physiques. L’eau peut exister à l’état solide, liquide et gazeux. A l’état solide, elle existe dans toutes les latitudes, sur les montagnes élevées, sous forme de glace et de neige éternelles. Dans cet état elle est ordinairement amorphe, sans forme cristalline bien déterminée ; quelquefois pourtant elle cristallise en petits prismes triangulaires (flocons de neige ) affectant une disposition stellaire. L’eau , en passant de l’état liquide à l’état solide , présente une singulière exception à la loi générale suivant laquelle les corps acquièrent leur plus grande densité à mesure qu’ils passent à l’état solide. L’eau , en devenant solide ( glace ) , loin de se resserrer , se dilate de près d’un dixième de son volume ; car la densité de la glace est de 0,914, l’eau ( liquide ) à 4» étant prise pour unité. L’eau a son maximum de densité à 4», 7 de température du thermomètre centigrade. On conçoit donc aisément que la glace doit, comme une espèce de crème, surnager sur l’eau. On trouve quelquefois de la glace au fond des rivières rapides , ce qui parai tau premier abord en contradiction avec ce que nous venons de dire; mais ce fait s’explique, quand on songe que la glace étant spongieuse, s’imbibe d’eau comme une éponge, et finit par faire plongeon, entraînée quelle est par le courant rapide de l’eau. L’eau brise les vases dans lesquels elle se congèle. Cet effet, dû à l’augmentation du volume, est énorme; il a été évalué à une force deplusde 1000 atmosphères. Lorsque l’eau, qui s’infiltre dans les fissures des rochers, vient à se congeler, elle fend quelquefois des masses énormes de pierre en plusieurs éclats , et le proverbe il gèle h pierre fendre exprime un fait physique réel. La température des

OXACÉS.

couches les plus profondes de l’eau se maintient toujours à 4°, quelle que soit la température des couches supérieures. Pour les eaux de la mer, cependant, la température des différentes couches paraît ne pas être tout à fait la même que dans les eaux douces, ce qu’il faut attribuer aux différents sels que les eaux de la mer tiennent en dissolution.

L’eau se dilate irrégulièrement à partir de 4“ jusqu a 100°, température à laquelle l’eau se réduit en vapeur. Cette vapeur, invisible dans une température de 100°, se condense et devient visible au-dessous de cette température. A 100°, l’eau occupe un volume 1698 fois plus grand qu a la température de 4°.

Détermination de la densité de Veau et de la vapeur d'eau ( 1 ). On remplit entièrement d’eau un petit matras d’un poidset d’une capacité connus, à col allongé et très-étroit. On place ensuite ce matras dans un bain d’huile ou d’acide sulfurique étendu d’eau , dont on porte la température à 1 1 5° environ. L’excès de vapeur sort du vase , et quand il n’en sort plus , on ferme l’extrémité du col au chalumeau ; on trouve ainsi qu’il pèse 0,620, le même matras plein d’air à la température de 0° et à la pression de 0m,76 pesant 1.

Tous les liquides, et même la glace , donnent des vapeurs à 20°. La force élastique de la vapeur augmente en raison directe de la température , ce qui a permis de dresser des tables dans lesquelles on indique la force élastique correspondant à chaque degré de température (Dalton,Dulong). Ainsi, à la température de i 5° , la force élastique de la vapeur d’eau est de 0m ,66. A 100” cette force est un peu supérieure à 0m,76 ; c’est-à-dire qu’elle dépasse un peu celle de la pression atmosphérique ordinaire. L’eau bout à 100”, c’est-à-dire au moment où la vapeur qui se forme, a une force élastique capable de faire (un peu au delà) équilibre au poids de l’atmosphère. On comprend aisé-

(i) Le procédé que nous allons indiquer, est applicable à la détermination de la densité des gaz ou des vapeurs en général.

OXACÉS.

ment que la pression de l’atmosphère venant à diminuer, l’eau pourra bouillir au-dessous de 100°. En effet, l’eau bout à des degrés différents dans des localités de hauteurs différentes. La présence de certains sels et d’autres substances étrangères dans l’eau , peut retarder d'un et même de plusieurs degrés le point d’ébullition. L’eau est très-peu compressible ; sa compressibilité est, suivant Oersted, d’un 45 millionième à 10° et à O"1 ,76.

L’eau commune n’est jamais pure. Indépendamment de l’air, elle tient en dissolution une quantité plus ou moins considérable de sels , tels que des sulfates de chaux, de soude, de potasse, de magnésie ; des chlorures de sodium, de potassium, de magnésium ; des bi-carbonates de chaux, de magnésie, de fer, etc. Les eaux de la mer, qui sont le plus chargées de sels, contiennent en outre différents bromures et iodures. Lorsque l’un de ces sels , ou tout autre corps, prédomine plus spécialement, l’eau est appelée minérale ; si c’est un sel de fer qui prédomine, l’eau est appelée ferrugineuse ; si c’est un sulfure alcalin , c’est une eau sulfureuse -, si c’est de l’acide carbonique , c’est une eau gazeuse , etc.

Pour purifier l’eau , il faut lui faire subir certaines opérations. Comme l’eau se réduit facilement en vapeur, et que la plupart des substances dissoutes dans l'eau sont fixes ou non décomposables à la température de l’ébullition, la chaleur qu'on lui applique est un excellent moyen de purification. La vapeur n’est autre chose que de l’eau sensiblement pure, à part quelques produits ammoniacaux et volatils qu’elle peut entraîner et dont il est souvent difficile de la débarrasser. On condense la vapeur en la faisant passer par un tube qu’on rafraîchit par un filet d’eau, ou en la faisant arriver dans un récipient froid ; cette opération s’appelle distillation , et l’eau ainsi obtenue, eau distillée. L’eau la plus pure, après l’eau distillée , est l’eau de pluie, qu’on peut recueillir directement dans des vases exposés à la pluie ; cependant cette eau, comme l’eau ordinaire, est très-aérée , tandis que l’eau distil-

OXACÉS.

lée est privée d’air. Mais l’eau de pluie renferme, outre l’air, des matières organiques suspendues dans l’air et que la pluie entraîne en tombant. Suivant Liebig , la pluie d’orage contient un peu d’acide azotique , formé probablement par l’action de la foudre, qui amène la combinaison d'une certaine quantité d’azote avec de l’oxygène d’air; cet acide n’y existerait pas à l’état de liberté , mais combiné avec de la chaux ou de l’ammoniaque.

L’eau contenant de l’air est moins compressible que l’eau privée d’air , ce qui ne prouve pas , contrairement à l’opinion dcËrdinann, que l’air est chimiquement combiné avec l’eau.

Propriétés chimiques. L’eau dissout un grand nombre d’acides, de bases et de sels. Quelques-unes de ces dissolutions, à quelque température qu’on les soumette , ne cèdent pas la totalité de l’eau. C’est ordinairement un équivalent (Ho) qui résiste et qui paraît alors former une véritable combinaison chimique (hydrate). Avec un acide, cet équivalent d’eau parait jouer le rôle d’une base. C’est ainsi que l’acide sulfurique ordinaire le plus concentré contient toujours un équivalent d’eau (SOs, HO), qui ne peut être chassé que par un équivalent de base dans laquelle la quantité d’oxygène correspond exactement à celle de l’oxygène de l’eau. Avec une base , au contraire , cet équivalent d’eau parait faire fonction d'acide. Ainsi, la potasse la plus concentrée possible contient toujours un équivalent d’eau (KO, HO), qui ne pent être expulsé que par la combinaison de la potasse avec un acide. Certains corps se décomposent dès qu'on leur enlève toute l’eau qu’ils renferment ; c’est ainsi qu’en déshydratant les acides azotique, chlorique, oxalique, on les décompose en même temps. L’eau qui maintient ainsi les éléments d’un composé, a été appeléeeaw de combinaison ou de constitution, pour la distinguer de l 'eau de cristallisation , c’est-à-dire de l’eau nécessaire à certains corps composés pour revêtir des formes géométriques. Dans les cristaux d'oxysels , l’oxygène de cette eau est ordinairement un multiple ou un sous-multiple

OXACÉS.

de l’oxygène de la base ou de l’oxygène de l’acide. Ainsi , dans les beaux cristaux couleur émeraude, du sulfate double de potasse et de nickel ( espèce d’alun ), l’oxygène de l’eau de ces cristaux est le sextuple de l’oxygène du fer et du nickel réunis. L’eau de cristallisation est quelquefois si faiblement combinée, quelle s’en va à la température ordinaire , et que les cristaux se réduisent en une sorte de poussière amorphe ( sels efflorescents ) ; les cristaux des sels de soude sont dans ce cas. L’eau de cristallisation ne parait pas être combinée chimiquement ; car, par l'action de la chaleur , les cristaux décrépitent en laissant dégager l’eau mécaniquement interposée dans leurs lamelles. A une chaleur plus forte , beaucoup de sels éprouvent la fusion aqueuse , c’est-à-dire qu’ils fondent dans leur eau de cristallisation.

Enfin l’eau offre le grand avantage de dissoudre un certain nombre de corps sans altérer sensiblement leurs propriétés physiques. Les propriétés chimiques elles-mêmes , loin de perdre dans une dissolution aqueuse , semblent plutôt gagner en intensité ; et l’ancien axiome : Corpora non agunt nisi sint soluta , se justifie par de nombreuses applications. L’eau dissout très-peu de corps simples; elle dissout, au contraire , une infinité de corps composés ; elle les dissout généralement mieux à chaud qu’à froid. Pour quelques sels, la solubilité est exactement proportionnelle à la température de l’eau, de telle manière qu’en représentant la température et la solubilité par des coordonnées d’une courbe, on pourrait dire que la solubilité de ces corps est représentée par une ligne droite. Dans d’autres cas, la solubilité va en augmentant jusqu’à 60 à 80° , température à laquelle a lieu le maximum ; puis , à mesure que la température s’élève, la solubilité diminue plus ou moins régulièrement. Certains corps, très-peu nombreux, sont plus solubles à froid qu’à chaud. La chaux , la magnésie , le sulfate de manganèse sont dans ce cas. D’autres corps, au lieu de se dissoudre, décomposent l’eau. C’est pourquoi le potassium et le sodium sont conservés dans l’huile de napbte.

OXACÉS.

D’autres corps, enfin , étant dissous ou simplement plongés dans l’eau , deviennent plus propres à absorber l’oxygène de l’air. Les acides sulfureux et iodhydrique , le fer , le zinc , le cuivre , sont dans ce cas. Le plomb, par une exception singulière , ne s’oxyde et ne se carbonate que dans l’eau distillée.

Composition. Pour connaître rigoureusement la composition d’un corps , il faut qu’on puisse ajouter à l’analyse sa contre-épreuve, c’est-à-dire la synthèse.

Synthèse. Quand on enflamme de l’hydrogène dans un tube, au contact de l’air, il se produit de la vapeur d’eau qui se condense à la partie supérieure de ce tube. Cette expérience n’est pas encore concluante, puisqu’ily a dans l’air, indépendamment de l’oxygène , de l’azote et de l’acide carbonique. — Quand on enflamme directement un mélange d’hydrogène et d’oxygène, il se produit encore de l’eau. Au moyen de l’eudiomèlre, on détermine le rapport exact des volumes de ces gaz nécessaires pour former de l’eau. On trouve ainsi qu’il faut 2 volumes d’hydrogène pour 1 volume d’oxygène ( voy. Air).

Analyse. Lorsqu’on fait passer de l’eau en vapeur par un tube incandescent renfermant une quantité déterminée de fer (1), on obtient de l’hydrogène, dont la quantité représente exactement le volume nécessaire pour former de l’eau avec l’oxygène absorbé par le fer. On trouve ainsi que l’oxygène est la moitié du volume de l’hydrogène , dans le composé qui constitue l'eau. De là , la formule du composé , exprimée en volume , = H1 0 , et en poids ( équivalents ) = H O = 2 volumes de vapeur d’eau. Car,

0,06885 (poids d’un vol. l’hydrogène)

0,06885 (répété)

1,10260 ( poids d’un vol. l’oxygène)

1,24030 = (poids de 2 vol. de vapeur d’eau).

D’où a» 0,620 15 pour la densité de la vapeur d’eau , la

(i) Comme l’action a lien à la surface du fer, on la rend plus vive en augmentant la surface du fer; c'est pour cela qu’on preudordinairement du fil de fer.

OXACÉS.

différence en Ire celle densité théorique et la densité vraie est assez petite pour qu’on puisse l’attribuer à des erreurs d'observations.

Pour connaître la quantité d’hydrogène contenue dans 100 parties d’eau , on n’a qu’à établir , d’après les données précédentes, la proportion suivante :

1,2403 : 0,1377 (poids de 2 vol. d'bydrogcne) :: 100 : x

x — 1 1 ,102 (hydrogène).

Pour connaître la quantité d’oxygène , on a :

1,24.03 : 1,1026 :: 100 : x x — 88 ,892 (oxygène).

Donc, dans 100 p. d'eau , il y a :

El prenant l’oxygène pour terme de comparaison ou pour unité , on a :

88,898 : 11,102 :: 1 : x = 0,1248 (hydrogène).

Si l’oxygène est exprimé par 100 , l’hydrogène le sera par 12,48.

Binoxyde d’hy drogène.

Synonymes. Dioxyde ou binoxyde d'hydrogène , peroxyde d'hydrogène , eau oxygénée.

Propriétés physiques. Le bioxyde d’hydrogène est liquide , incqlore , inodore et d'une densité de 1,450 à — 36°. Il blanchit la langue, en y produisant des picotements très-vifs, sans pourtant détruire l’épiderme. Il coule dans l’eau comme du sirop et s’y dissout aisément. On ne connaît pas son point d’ébullition , à cause de son défaut de stabilité et de la facilité avec laquelle il se décompose à une température inférieure à celle de 1 ébullition. Cependant, on pourrait parvenir à déterminer le point d'ébullition du binoxyde d’hydrogène , en connaissant la tension de sa vapeur à une température basse. Le binoxyde d’hydrogène ne dégage pas d’oxygène sous lu vide

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de la machine pneumatique. Soumis à l'action de la chaleur , il se décompose et donne kTà fois son volume d’oxygène.

Propriétés chimiques. Le bioxyde d’hydrogène est un composé peu stable. Il décolore le curcuma, et détruit, en général, à la longue, les teintures végétales. La propriété la plus remarquable du binoxyde d’hydrogène est de se décomposer au contact d'une foule de substances solides. Cette décomposition est ordinairement brusque et quelquefois accompagnée de chaleur et de lumière. L'argent , l’or, le platine, l’osmium , le charbon , etc. , décomposent l’eau oxygénée , sans que ces corps éprouvent aucune altération. Certains oxydes, comme les oxydes de plomb et d'argent , se réduisent (c’est-à-dire abandonnent leuroxygène pour passer à l’état métallique)au contact de l'eau oxygénée, qui elle-même se décompose en eau et en oxygène. L’action a souvent lieu avec explosion. Le peroxyde de manganèse ne se réduit pas par le contact de l'eau oxygénée ; mais faction est très-vive , et il se produit une chaleur considérable. Avec 1 oxyde d'argent, faction est instantanée, le métal se réduit sur-le-champ, avec production de chaleur. D après les idées généralement reçues , il devrait, dans cette expérience, y avoir production de froid ; car l’oxygène , de solide qu il était dans sa combinaison avec le métal , redevient gazeux. Ces faits sont curieux et non expliqués. Ce sont des phénomènes de ce genre que M. Gay-Lussae appelle actions de présence , et M. Berzélius, phénomènes catalytiques. Certains oxydes se suroxydent par le contact de l’eau oxygénée. C est ainsi que M. Thénard est parvenu a découvrir une péric de peroxydes , qu on ne peut produire autrement que par le moyen du binoxyde il hydrogène. Les dissolutions de chaux , de stronliane et de baryte douuent avec l’eau oxygénée un précipité de peroxyde de calcium y de strontium, do baryum; car ces peroxydes sont moins solubles que leurs protoxydes. Le contact de certaines substances organiques détermine également la décomposition du binoxyde d hydrogéné- Aim i , la übrino Je décompose, saus

OXÀCÉS.

s’altérer, avec dégagement d’oxygène, tandis que l’albumine, qui a tant d’analogie avec la fibrine , que certains chimistes les ont considérées comme une seule et même substance , ne décompose point l’eau oxygénée.

Le peroxyde d’hydrogène ressemble au persulfure d’hydrogène. Comme ce dernier, on ne le conserve bien que dans une liqueur acidulée ; car les acides le rendent plus stable. Les bases , au contraire , nuisent à sa stabilité.

Composition. HOs ( équivalents) ou H*0J ( atomes ).

Préparation. Lorsqu’on traite le binoxyde de baryum par l’acide chlorhydrique ou par un acide quelconque , tout se dissout, rien ne se dégage , et le sel qui se produit a toutes les propriétés d’un sel de baryte. Que s’est-il donc passé? Qu’est devenu l’oxygène ? Tout préoccupé de ce phénomène , M . Thénard avait d’abord pensé que , dans ce cas , les acides se suroxygénaient , et il avait établi , en conséquence, une série d’acides suroxygénés. Quelque temps après, l'illustre chimiste reconnut que ces acides n’existaient pas, et que l’oxygène du binoxyde de baryum était entré en combinaison avec l’eau ; ce fut là l’origine de la découverte de l’eau oxygénée. Comme le peroxyde d’hydrogène est peu stable et que son existence est , pour ainsi dire , éphémère , il faut beaucoup de précautions et une longue série d’opérations pour parvenir à l'obtenir en quantité un peu notable. A cet effet, on broyé le binoxyde de baryum ( obtenu en chauffant la baryte avec de l’oxygène, au rouge obscur) avec de l’eau dans un mortier d’agate ou de verre ; ensuite , on y verse goutte par goutte de l’acide chlorhydrique faible ; il se forme -du chlorure de baryum soluble et de l’eau combinée avec une certaine quantité d'oxygène. En versant dans la liqueur de l’acide sulfurique , on enlève la baryte à l’état de sulfate insoluble , et en y versant du nitrate d’argent , on enlève le chlore à l’état de chlorure d’argent également insoluble. Dès lors , la liqueur ne contient plus que de l’eau oxygénée faible. On recommence ainsi l’opération un certain nombre de fois. Enfin, on concentre l’eau oxygénée

OXACÉS.

dans le vide, en lui faisant perdre une certaine quantité d’eau à l étal de vapeur , et on la conserve en y ajoutant quelques gouttes d’acide chlorhydrique ou fluorhydrique.

Usages. On peut se servir de l’eau oxygénée pour restaurer et blanchir les peintures à l'huile, puisqu’il ramène à l’étal de sulfate blanc le sulfure noir de plomb , provenant du carbonate dont le peintre s’était servi comme de couleur blanche.

Historique. Le binoxy de d’hydrogène a été découvert par M.Théuard en 1818.

Oxydes (oxyures).

L’eau, mise en contact avec certains corps simples, donne, en se décomposant, naissance à des oxydes, comme l’acide sulfhydrique donne naissance à des sulfures. L’action a lieu à froid avec le potassium, le sodium, le lithium, le baryum, le strontium et le calcium. Ëlle a lieu à la température de l’ébullition , avec le magnésium , l’aluminium , l’yttrium et l’arsenic. Enfin , l’action a lieu à la chaleur rouge, avec le zinc, le fer, l’étain, le cobalt, le nickel. C’est sur l’action oxygénante de l’eau , à différentes températures , que M. Thénard a en partie fondé sa classification ingénieuse des métaux. L’eau oxygénée produit à froid un grand nombre de peroxydes. L’air, comme l’eau, oxyde presque tous les métaux , soit à froid , soit à chaud. Les combinaisons de l’oxygène avec un autre corps ( oxyures ) peuvent être ou acides, ou basiques, ou indifférentes. C’est à tort qu’on a dit que toute base est un oxyde et que tout sel est la combinaison d’un acide (oxacide) avec une base (oxybase) ; car le soufre , le chlore , le brôme , etc., ont , sous ce rapport, la même propriété que l’oxygène ( Voy. pag. 12); ils forment des composés, soit acides, soit basiques, soit indifférents. Tou9 les sulfures ne sont pas des sulfures indifférents ; il y en a qui jouent le rôle d’acide [suif acides) vis-à-vis d’autres sulfures qui jouent le rôle de base [sulfobases), et c’est de leur combinaison que résultent des sulfosels (sulfures doubles).

OXACÉS.

Plus la quantité d'oxygène augmente dans un oxyde basique, plus celui-ci tend à devenir acide. Exemples : Le protoxyde de manganèse , en devenant peroxyde , perd sa propriété de base ; et en se combinant avec une plus forte proportion d’oxygène , il donne naissance à des acides ( acides raanganique et permanganique^. Les oxydes d’antimoine, de chrême, d’urane, d’étain, sont dans le même cas. Lés oxydes les plus bxygénés sont presque toujours acides , tandis que les moins oxygénés sont généralement basiques. Ce que notts disons de 1 oxygène est également applicable au soufre, au sélénium , au chlore , etc.

11 est impossible de donner des caractères bien généraux sur les oxydes. Les alcalis, qu’on croyait autrefois des corps simples, sont des oxydes très-solubles; les oxydes métalliques, que lesancicns appelaient chaux, sont solides et généralement insolubles dans l’eau ; aussi les obtient-on en grande partie par voie de précipitation. (Voy. bases, alcalis. )

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