‹ Éléments de chimie minérales précédés d'un abrégé de l'histoire de la scienceChapitre 14 sur 84 · SÉLÉNIUM · texte numérisé non relu

SÉLÉNIUM

Étymologie. Le nom de sélénium vient de tnxii* , lune , par opposition avec te! lus ( telluris ) terre.

Propriétés physiques. Le sélénium se présente sous forme de poussière d’un rouge brique foncé. Fondu et réduit en morceaux compactes , il a un éclat métallique qui rappelle celui du plomb. A la température ordinaire il est friable et à cassure vitreuse conchoïde. A la température de l’eau bouillante , il devient mou comme de la cire et se laisse réduire , comme le soufre , en fils frès-minces. Il fond vers 130° et bout

OXACÉS.

vers 400° en donnant des vapeurs jaunes, semblables aux vapeurs de soufre ; comme celui-ci , il donne alors , en se déposant sur des corps froids , des fleurs de sélénium d’un rouge brun foncé. Le sélénium est susceptible de cristalliser dans l’acide sulfurique concentré. Sa densité est 2,132.

Propriétés chimiques. Le sélénium a la plus grande analogie avec le soufre. Comme celui-ci , il brûle à l’air avec une flamme pâle , livide, pour donner naissance à de l’acide séléuieux ayant la même composition que l'acide sulfureux qui se produit dans les mêmes circonstances. Et , en absorbant 1 équiv. d’oxygène de plus , il forme l’acide sélénique 6e O3, tout à fait analogue à l’acide sulfurique So*. L’hydrogène sélénié a également la même composition que l’hydrogène sulfuré : Se H! = S H1 *. Avec les métaux , il forme des sèléniures analogues aux sulfures.

Caractère essentiel. Brûlé au contact de l’air, il répand une odeur de chou pourri.

La formule du sélénium ost Se as 494,382.

fütat. Le sélénium ne parait pas exister en grande quantité dans la nature. 11 accompagne fréquemment le soufre, avec lequel jl est isomorphe. On a trouvé , pour la première fois , le sélénium dans les dépôts de soufre ramassé dans les chambres de plomb qui servent à la préparation du soufre. Il existe dans le vitriol fumant de Kraslitz en Bohème, dont il est précipité par l’addition de l’eau , sous forme de poussière rouge. Il existe en assez grande quantité dans quelques minerais de séléniure de plomb du Harz, près Clauslhal. Ce minerai contient 28,11 p. c. de sélénium (1).

Préparation. On fait arriver sur du séléniure de plomb

(l) Il est probable que le sélénium existe conjointement arec lo soufre

dans beaucoup de plantes de la famille des crucifères , et que l'odeur du chou pourri et du raifort est précisément due à la présence d'un composé sélénié ,

comme que l'odeur des œufs pourrir est due à la présence d'un composé do soufre.

OXACÉS. io3

un courant de chlore : le sélénium est déplacé par le chlore qui prend sa place. 11 se produit un chlorure de plomb fixe , et, le chlore étant en excès , uu chlorure de sélénium volatil. Celui-ci , dissous dans l’eau , se décompose en acide sélénieux et en acide chlorhydrique ; et en mettant la liqueur contenant ces deux acides en contact avec du sulfite d’ammoniaque , on obtient le sélénium qui précipite (1).

Théorie. L’acide chlorydrique déplace l’acide sulfureux du sulfite d’ammoniaque ; et l’acide sulfureux s’emparant de l’oxygène de l’acide sélênieux , passe à l’état d’acide sulfurique, tandis que l’acide sélénieux se réduit. On pourrait également mettre le chlorure de sélénium en contact avec du proto-chlorure d’étain qui , en passant à l’état de perchlorure , enlèverait tout le chlore du chlorure de sélénium , et le sélénium se précipiterait.

Usages. Le sélénium peut remplacer le soufre.

Historique. Le sélénium a été découvert , à la fin de 1816, par M. Berzélius , qui l’a rangé à tort parmi les métaux.

Acide sèlénhydrique .

SynON. Acide hydrosèlènique , hydrogène sclênic , Selenwasserstoff (allemand)*

Propriétés physiques. L’acide sélénhydrique est un composé gazeux , incolore , d’une odeur semblable à celle du raifort et irritant fortement la muqueuse des fosses nasales. Il suffit d’une très-petite quantité pour produire dans le nez et sur les yeux un picotement très-vif. Il est un peu plus soluble dans l’eau que l’acide sulfurique avec lequel il a la plus

(l) M. H. Rose remarque (Annal, de Pogg. , 1 83<) ) qu'il n'a jamais pu de cette manière obtenir le séléninm, qu'autant qu'il faisait longtemps bouillir la liqueur avec le sulfite alcalin et de l’acide chlorhydrique. Évidemment, ajoute M . Rose , on opère ici , non pas sur l'acide sélénieux ( comme le prétend Berzélius ) , mais sur l’acide séléuique qui n’est réductible qu'à chaud et assez incomplètement.

OXACÉS.

grande analogie. Il est inflammable et brûle avec une flamme semblable à celle de l’acide sulfhydrique.

Propriétés chimiques. C’est un acide faible comme l’acide sulfhydrique. Il tache la peau en rouge foncé. Sa dissolution aqueuse, exposée à l’air, dépose, à la longue, du sélénium sous la forme de poussière d’un rouge cinabre. Il se comporte, du reste, en tout point, comme l’acide sulfhydrique.

Préparation. On le prépare comme l’acide sulfhydrique ; seulement, à la place d'un sulfure, on prend un séléniure qu’on traite par un acide. L’acide sélénhydrique se dégage à l’état de gaz.

Composition. L’acide sélénhydrique a une composition analogue à celle de l’acide sulfhydrique. 100 parties d’acide sélénhydrique se composent de 97,53876 de sélénium

2,46124 d’hydrogène.

Sa formule est = Se H ; (Se H!), l’équivalent du sélénium étant 494,582.

Historique. L’acide sélénhydrique a été découvert, en 1817, par M. Berzélius.

Séléniures.

Les séléniures sont tout à fait analogues aux sulfures. Tout ce que nous avons dit de ces derniers peut , avec quelques légères modifications, s'appliquer aux séléniures. Les séléniures sont isomorphes avec les sulfures, et s’accompagnent dans un grand nombre de minerais et de composés organiques. Traités par un acide , ils dégagent de l’acide sélénhydrique , tout comme les sulfures qui , placés dans les mêmes conditions , dégagent de l'acide sulfhydrique.

La solubilité , la composition et la préparation des séléniures rappellent celles des sulfures.

OTACÉS.

ïo5

Acide sélénieux.

Synonymes. Sélénigesàure (allemand).

Propriétés physiques. L’acide sélénieux est un composé solide, cristallisant sous forme d’aiguilles tétraèdres, trèslongues, sans odeur et douées d’une saveur caustique et acide. Il attire l'humidité de l’air , étant très-soluble dans l’eau et dans l’alcool. Soumis à l’action de la chaleur, il fond et se volatilise sans se décomposer ; il est donc très-stable.

Propriétés chimiques. Il rougit la teinture du tournesol.

L’acide sulfureux lui enlève son oxygène et le réduit à l’état de sélénium , sous forme d’une poudre rouge. Pour faire cette expérience, on se sert d’un sulfite alcalin, dont on dégage l’acide sulfureux en y ajoutant de l’acide chlorhydrique. (Voyez préparation du sélénium.)

Préparation. On obtient l’acide sélénieux en brûlant le sélénium au contact de l’air ou de l’oxygène , comme on obtient l’acide sulfureux en brûlant le soufre dans ces mêmes circonstances.

Composition. L’acide sélénieux se compose de 1 équivalent de sélénium et de 2 équivalents d’oxygène. Sa formule » est Se O* ou Se.

Il n’y a point de composé d’oxyde de sélénium. Ce que quelques auteurs ont décrit sous ce nom , n’est que de l’acide sélénieux impur.

Sélénites.

Ces sels sont analogues aux sulfites par leur composition, (MO, Se O’), par leurs propriétés physiques et chimiques. Les sélénites sont un peu plus stables que les sulfites avec lesquels ils sont isomorphes. Chauffés avec du charbon, ils donnent lieu à des vapeurs de sélénium et à un dégagement d’acide carbonique ou d’oxyde de carbone, suivant que le charbon ou le sèlènite est en excès. Les sélénites sont, à l’exception des sélénites alcalins , en général peu solubles dans l’eau.

106 OXACRS.

Les bisélénites et les quadrisélènites sont peu connus , et leur existence est encore douteuse.

Caractères distinctifs . Les séléuites , traités par l'acide

chlorhydrique et un sulfite d’ammoniaque (sulfite alcalin), donnent naissance à un précipité de sélénium sous forme de flocons rouges. Il faut opérer à chaud pour que i'aclion soit complète.

On prépare les sélénites comme les sulfites.

Acide sélénique. ,

Sritoîirjn Selmsnurr ( allemand ).

Propriétés physiques. I/acido sélénique est tout à fait analogue à l’acide sulfurique. Il est liquide , caustique , inodore , et contient toujours de l’eau. Sa densité est 2,0, Il est volatil et peut être distillé. Chauffé au delà de 288°, il se décompose en oxygène et en acide sélénieux. Mis , en excès , en contact avec de l'eau , il produit une élévation de température, comme l'acide sulfurique placé dans les mêmes circonstances. • .

Propriétés chimiques. Il rougit la teinture de tournesol, comme l’acide sulfurique. II n’est point décomposé par l’acide sulfureux.

Avec les bases , il forme des séléniates isomorphes avec les sulfates. Il est impossible de distinguer , par le simple aspect , les séléniates cristallisés des cristaux des sulfates.

Préparation. On projette un mélange de sélénium pulvérisé et de nitre ( azotate de potasse) dans un creuset chauffé au rouge. Il y a déflagration et formation d'acide sélénique , qui, en se portant sur la potasse du nitre , forme un séléniate de potasse. Celui-ci , par voie de double décomposition , est transformé en séléniate de plomb ; et, en traitant le séléniate de plomb par l'acide sulfhydrique , oirobtient du sulfure de plomb insolubleetde l’acide sélénique qui reste en dissolution. Le filtre opère la séparation. H. Rose propose {Ann. de

OXACE$. IQ7

Poggendoif, 1839) de préparer l'acide sélénique en faisant arriver dans une dissolution aqueuse de cbloride de sélénium, du chlore gazeux. L’acide chlorhydrique ne réduit pas l’acide séléuique avec lequel il se trouve mêlé.

Composition. Dans les séléniates, comme dans les sulfates , l’oxygène de l’acide est le triple de l’oxygène de la base.

L'acide sélénique se compose de 1 éq- de sélénium et de 3éq. d’oxygène. Sa formule est = Se O3 ou Se.

Historique. L’acide sélénique a été découvert par Mitscherlich et Nitzch , en 1827.

Séléniates .

Ces sels sont analogues aux sulfates par leur composition (MO, Se O3), par leurs propriétés physiques et chimiques. Les séléniates de baryte, de strontiane , de chaux et de plomb sont insolubles comme les sulfates correspondants, avec lesquels ils sont isomorphes. Les séléniates de fer, de cuivre et de zinc dégagent , par la chaleur, de l’oxygène et de l’aride sélénieux, duquel on peut retirer du sélénium , au moyen de l’acide chlorhydrique et d’un sulfate alcalin.

On prépare les séléniates comme les sulfates.

TELLUBE.

Synonyme. Sylvan .

Propriétés physiques. Le tellure est solide, d’un blanc bleuâtre, friable et à cassure lamelleuse. Sa densité est 6,25. Il fond environ vers 500°. Chauffé un peu au-dessous de son point de fusion , au contact de l’air , il brûle avec une flamme bleue , en répandant des vapeurs douées d’une odeur de raifort très-piquante. Cette odeur tient à la présence du sélénium, avec lequel le tellure, comme le soufre, se trouve ordinairement combiné. Chauffé davantage, il se volatilise et peut se condenser ensuite sous forme cristalline. On le distille facilement à l’aide d’un courant d'hydrogène.

io8

OTACIÊS.

Propriétés chimiques. On connaît deux combinaisons de l’oxygène avec le tellure : l’acide lellureux et l’acide tellurique. Le tellure se dissout , comme le soufre , dans l’acide sulfurique concentré. La dissolution est d’un rouge purpurin ; en y ajoutant de l’eau, on en précipite le tellure. 11 se combine en deux proportions avec le chlore, et donne naissance à un perchlorure blanc, cristallin, et à un protochlorure noir, répandant , par l’action de la chaleur , des vapeurs violettes. Il donne , avec les métaux , des tellurures analogues aux sulfures et aux séléniures.

La formule du tellure est Te = 801, 760.

j État. Le tellure est peu répandu dans la nature. Isomorphe avec le soufre et le sélénium , il accompagne ces corps dans leurs combinaisons avec le fer, le cuivre, le plomb (en Transylvanie) et le bismuth ( à Schemnitz en Hongrie ). On le rencontre également dans quelques mines d’or et d’argent.

Préparation. Comme le soufre, on prépare le tellure par voie de sublimation. On en facilite la distillation à l’aide d’un courant d'hydrogène. Il faut opérer à l’abri du contact de l’air. Si le tellure est mêlé de soufre , ce dernier se volatilise longtemps avant le tellure , de manière que la séparation en est facile.

ïfistorique. Le tellure a été découvert par Müller de Reichenstein , en 1782.

Acide tellur hydrique.

Synon . Acide hydrotellurique , hydrogène telluri , Tcllurwasserstoff (allcm.).

Propriétés physiques. L’acide tellurhydrique est un gaz incolore, rappelant l’odeur du gaz acide sulfhydrique , avec leqyel il a beaucoup d’analogie. Sa dissolution aqueuse est d’un rouge pâle. Il est inflammable et brûle avec une flamme bleuâtre.

Propriétés chimiques. Il rougit faiblement la teinture de tournesol. Ses propriétés acides sont peu prononcées. Sa dis-

OXACES.

solution aqueuse, exposée à l’air, laisse déposer du tellure. En brûlant, il donne de l’acide tellureux et de l’eau. Il est décomposé par le chlore. Lorsque l'acide tellurhydrique est en excès par rapport au chlore , il se forme un perchlorure de tellure blanc qui se précipite. Le soufre le décompose à l’aide de la chaleur, en le transformant en persulfure noir. Il précipite plusieurs sels métalliques , en donnant naissance à des tullurures généralement noirs.

Préparation. On le prépare en traitant un tellurure (de fer , de potassium ) par un acide fort.

Composition. L’acide tellurhydrique se compose , comme les acides sulfhydrique et sèlénhydrique , d’un équivalent de soufre et d’un équivalent (2 volumes) d’hydrogène. Sa formule est Te H (Te Hs) ; Te étant l’équivalent du tellure = 801,76.

Acide tellurique.

Propriétés physiques et chimiques. L’acide tellurique est solide. Il parait présenter deux modifications isomériques, comme l’acide tellureux. Dans l’une de ces modifications , il est sous forme de beaux prismes hexaèdres, terminés par une pyramide quadrilatère. Ces cristaux contiennent de l’eau , qu’ils perdent seulement au delà de 100°. Et alors, l’acide présente une autre modification isomérique, dans laquelle il a l’aspect d’une poudre jaune orangée, insoluble dans l’eau. Soumis à une température élevée , comme l’acide sulfurique, il se décompose en oxygène et en acide tellureux. Avec les bases, il forme des tellurates qui , étant chauffés , se décomposent en oxygène et en acide tellureux.

Préparation . On obtient l’acide tellurique en traitant le tellure convenablement par l’acide nitrique.

Composition. L’acide tellurique contient 1 équivalent d’oxygène de plus que l’acide tellureux. Sa formule est Te O3, tout a fait analogue à celle de l’acide sulfurique SO3.

I lO

OXACÈS.

Tellurates.

Ces sels sont peu connus et isomorphes avec les sulfates. Ils se décomposent, par la chaleur, en oxygène et en acide tellureux.

Acide tellureux.

Synosïme. Oxyde de tellure.

Propriétés physiques et chimiques. L’acide tellureux est solide, blanc. Un peu au dessous de la chaleur rouge il fond > et bientôt se volatilise. Il parait présenter deux modifications isomériques; l’une peu soluble dans l'eau et à propriétés acides presque nulles , l'autre assez soluble dans l'eau et chassant l’acide carbonique des carbonates alcalins, pour former des tellurites cristallisables. Ceux-ci, mis en contact avec l’acide sulfureux, donnent un précipité blanc de tellure.

Composition. 100 parties d’acide tellureux se composent de 80, 2121 de tellure ,

19, 7879 d'oxygène.

Sa formule est Te 0% analogue à celle de l’acide sulfureux.

Préparation. En brûlant le tellure au contact de l’air, on obtient l'acide tellureux comme on obtient , avec le soufre , l’acide sulfureux.

Tellurites.

Ces sels sont peu stables très-peu connus, et probablement isomorphes avec les sulfites.

Page 1