PRINTEMPS PARIS
Fig. 525. — Réduction de moitié.
Fig. 526. — Réduction d'un tiers.
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ÉCOR composé de feuillages et de figures. — Ce mode d'ornementation procède du principe de semis formant jeu de fond. Nous avons étudié plusieurs thèmes analogues avec des semis de fleurs et de feuilles. Ici les motifs principaux sont des figures humaines ou des animaux. Depuis une trentaine d'années, l'ornementation est presque uniquement inspirée de la flore, il est désirable de voir nos décorateurs s'inspirer également de la faune, ils renoueraient ainsi une tradition, en apportant dans le décor un élément de variété fort intéressant. L'emploi de la figure humaine ou d'animaux nécessite, plus encore que celui de la flore, une interprétation caractéristique ; la banalité dans le dessin d'une figure est plus insupportable que la médiocrité d'un dessin d'ornements ou de fleurs, parce que dans le premier cas le sujet attire davantage l'attention. Nous retrouvons de nouveau, avec ce thème, l'application du principe dominant de toute décoration : la nécessité d'une bonne répartition des taches, mais, plus ces taches ont de signification et plus leur dessin doit être soigneusement étudié.
Figure 527. Broderie de soie. Art portugais, xvie siècle, musée de Cluny. Fragment de bordure d'un riche tapis. La coloration est très variée. Fond bleu foncé, feuillages vert et bleu, fleurs, oiseaux et quadrupèdesmulticolores. L'harmonie générale composée de tons sourds rappelle les tapisseries anciennes.
Figure 528. Plat en cuivre repoussé. Art persan. Dessin naïf représentant un chasseur armé d'un fusil dans une forêt giboyeuse. Bel aspect décoratif.
Figure 52g. Plat en faïence à reflets métalliques. Art hispano-mauresque, xvne siècle, musée de Cluny. Les costumes des petites figures donnent un caractère particulier à cette œuvre, le dessin en est aussi naïf que celui de la précédente figure. Toute l'ornementation est en or rouge sur le fond blanc jaunâtre.
Dans ces trois œuvres les figures sont en harmonie parfaite avec les ornements. pIf; :,- Broderie Je soie. Réduction :i moitié.
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Cl. Giraudon.
Fig. 53o.
IGURES décoratives. Sculptures. — Avant de clore notre étude sur la décoration plane, nous voulons donner tout au moins un aperçu du rôle important de la figure dans la composition décorative.
C'est la figure humaine qui fournit à Fart son expression la plus haute et la plus complète. Traiter ce sujet avec l'ampleur qu'il comporte, ce serait écrire l'histoire entière de l'art. Il faudrait y consacrer des volumes. Nous sollicitons l'indulgence du lecteur, il comprendra que quelques pages sur un sujet aussi vaste ne peuvent nécessairement conteninque des notes sommaires. Il est permis de croire qu'une loi psychologique a toujours incité les hommes à représenter leurs semblables. C'est la première manifestation graphique de l'enfant et aans l'art des peuples primitifs et des sauvages on trouve des représentations de la figure humaine. En sculpture, ce sont d'abord des pierres vaguement dégrossies, des bois grossièrement entaillés, ce sont aussi des dessins gravés sur des matières dures, ivoire ou granit, puis, chez un peuple artiste, ces essais rudimentaires se développent et progressent, et l'art s'épanouit.
Mais, si l'image de la figure humaine offre naturellement plus de séduction que toute autre, elle exige de l'artiste qui en est l'interprète plus de sensibilité et une science plus étendue, car là, plus encore qu'ailleurs, la médiocrité est insupportable. Toutes les constatations que nous avons faites au cours de ce livre et toutes les réflexions qui nous ont été suggérées en étudiant les ornements géométriques ou floraux sont encore celles qu'il nous est permis de faire en examinant les œuvres où la figure constitue l'élément décoratif. On s'aperçoit que les progrès se réalisent suivant un même processus et que l'effet décoratif des œuvres fig. S3i. — Réduction A moitié.
résulte de causes identiques. Ainsi que tout autre élément, feuille, fleur ou objet, la figure faisant partie d'un décor doit être subordonnée a l'effet général. Elle n'a dans l'ensemble qu'une valeur de détail et ce que nous avons dit dans l'introduction à propos de la composition d'une bordure avec de simples feuilles est tout aussi vrai pour l'emploi de la figure. Telle statue d'époque romane ou byzantine, aux plans énergiquement accentués, produit un meilleur effet décoratif dans l'ensemble architectural pour lequel elle a été conçue et à la distance à laquelle elle se trouve placée qu'une figure finement sculptée et dont tous les modèles seraient délicatement rendus.
Nous avons reconnu que les formes ont un intérêt artistique d'autant plus grand qu'elles présentent plus de caractère. Cet intérêt s'augmente encore quand il s'agit de la figure. Rappelons que les qualités d'expression et de vie sont celles qui doivent le plus retenir l'attention d'un artiste, ce sont les premières et les plus indispensables.
La perfection de l'exécution, la correction du dessin, l'exactitude des proportions peuvent concourir à atteindre ces qualités, mais ce ne sont que des moyens que l'on doit se garder de confondre avec le but.
La belle esquisse du maître sculpteur Dalou (fig. 53o), que nous avons placée en tête de ce chapitre, offre la meilleure des leçons. Elle montre d'une part que, pour la recherche d'une composition
en relief, la façon de procéder est la même que pour la décoration plane. Les taches colorées sont produites ici par l'opposition des ombres et des plans lumineux et la recherche de ces taches précède l'étude détaillée des formes. D'autre part, cette ébauche sommaire contient en puissance toutes les qualités essentielles de l'œuvre d'art. L'artiste peut parfaire les formes dans une exécution définitive, la pierre, le marbre, le bronze peuvent ajouter à l'œuvre la séduction de la matière, mais déjà cette terre grossièrement pétrie exprime complètement une pensée. Elle donne une large vision de toute une scène de labeur. Ce sont bien de rudes campagnards qui lient ces gerbes, la placidité des bœufs contraste avec les gestes animés des moissonneurs et l'artiste a traduit l'effet du soleil de messidor en disposant des plans qui reçoivent largement la lumière.
On trouve encore aujourd'hui de naïves représentations de figures présentant les caractères des œuvres d'art des primitifs. Le document reproduit ici (fig. 53i) provient de la province de Tver en Russie, c'est un gâteau ayant la forme d'une petite figurine aux vêtements ornés de broderies et qui ne manque point d'originalité. La figure 532 représente un document de même nature provenant de Munich, c'est un banal gâteau de pain d'épice décoré avec du sucre de diverses couleurs. En France, nos aïeux ne dédaignaient point non plus de revêtir d'une forme d'art les plus humbles
Fig. 532.
Réduction à moitié.
objets. Au musée de Cluny, l'on peut voir des moules à gaufres dont les empreintes ont un réel intérêt artistique.
L'art peut sans déchoir se manifester partout et les exemples que nous citons en fournissent la preuve. /
Nous donnons (figures 533 et 534) la reproduction de deux panneaux ornant le soubassement d'un portail de la cathédrale d'Amiens. Les signes du zodiaque, les vices et les vertus, les métiers, les travaux des mois étaient les thèmes fréquemment traduits par
Fig. 536. — Sculpture sur pierre, Dimension de l'original : 2 mètres de longueur.
les imagiers du moyen âge. L'un des panneaux que nous publions représente la moisson et l'autre le battage au fléau. On peut remarquer dans ces petites compositions le parfait équilibre entre les reliefs et le fond, et la jolie coloration formée par les lumières et les ombres, on peut aussi apprécier combien ces petits personnages sont vivants et expressifs, bien que leur modelé soit très simple.
La composition reproduite figure 535 est un fragment d'une célèbre frise en haut relief de l'école de Délia Robbia, artiste florentin du xve siècle. Elle fait partie d'un ensemble connu sous le nom : Les œuvres de la Miséricorde, qui décore le portique de l'hôpital des Innocents à Florence. Cette frise en terre cuite émaillée est placée à faible hauteur, sa base n'est qu'à deux mètres du sol. A cette distance l'on peut juger les détails, aussi l'artiste s'est-il appliqué à les traduire dans toute leur finesse. Il est inutile d'insister pour faire ressortir la variété des caractères dont les diverses physionomies sont empreintes, la bonté sereine du personnage qui à la fois distribue des secours et console, l'avidité des miséreux, la reconnaissance des mères. Cette œuvre constitue un très beau décor, mais, encore là, le sentiment exprimé nous impressionne plus que la maîtrise remarquable de l'exécution et c'est le meilleur éloge qui puisse en être fait.
Le bas-relief que nous reproduisons (fig. 536) est dû à Bouchardon, il fait partie de la décoration de la fontaine de la rue de Grenelle. Conçu dans un tout autre esprit que les œuvres précédentes, c'est un exemple caractéristique du style aimable et gracieux du xvni6 siècle. Les saillies relatives des reliefs sur le fond et les plans de la sculpture sont tels que le contraste entre les lumières et les ombres n'est jamais violent; il en résulte une coloration blonde très agréable et assez variée pour ne pas être monotone.
Les bas-reliefs de la rue de Grenelle représentent les quatre saisons sous forme allé-
gorique : de beaux entants sont occupes à des travaux ou à des jeux symboliques. Le Printemps : on forme des bouquets et on tresse des couronnes, un jeune garçonnet en orne le front de sa mignonne compagne; l'Été (fig, 536), c'est la moisson: dans l'allégorie automnale, des enfants s'ébattent avec un bouc parmi des pampres et des paniers remplis de vendange : l'Hiver, un l'eu superflu semble réchauffer des membres potelés que le froid ne réussit point à engourdir.
Tout ceci n'est qu'aimable convention, mais on y remarque néanmoins toutes les qua-
Fig. 537. — Bas-relief en bronze. Réduction au tiers. (Cl. Neurdein.)
lités qui font l'œuvre d'art. Ces enfants ne sont pas figés dans des poses comme celles de modèles dans un atelier, leurs attitudes sont mouvementées, souples, vivantes; les détails sont vrais, le marbre traduit le frémissement de la chair et l'artiste a su donner de la vraisemblance à ces scènes irréelles.
Le statuaire belge Constantin Meunier montre une autre forme de la sculpture décorative. Il exprime la grandeur et la beauté du travail moderne, non sous une forme allégorique, mais par des scènes représentant des ouvriers en action (fig. 537). Les œuvres de Constantin Meunier inspirent de la sympathie et du respect pour tous ces ouvriers mineurs, métallurgistes, pudleurs dont il a traduit avec force l'âpre, rude et parfois douloureux labeur.
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IGURES décoratives. Décoration plane. — La couleur ajoute sa séduction à la grâce ou à la beauté des formes dans les œuvres où elle intervient, elle augmente ainsi les ressources de l'artiste, aussi la décoration plane, peinture murale, tapisserie, céramique, miniature, etc., n'est-elle pas moins féconde que la sculpture en œuvres décoratives.
Par leur technique même, ces œuvres sont essentiellement différentes, mais on reconnaît que toutes celles qui présentent un intérêt d'art, depuis la miniature d'un éventail jusqu'aux vastes compositions de Véronèse ou de Rubens, obéissent au principe que nous avons défini
dans les premières pages de ce livre : c'est l'heureuse répartition des taches qui constitue le
décor. Ne pouvant entreprendre, même sommairement, l'étude de la figure décorative, nous
Fia. 538. — Miniature persane. Légère réduction.
nous bornons à présenter plusieurs exemples typiques et de caractères très différents.
Figure 538. Miniature persane. Musée des Arts décoratifs. L'influence de l'art chinois est sensible dans le dessin des figures. La reproduction permet d'apprécier le charme exquis de l'original, la couleur n'est pas moins séduisante que la délicatesse du dessin.
Figure 53cj. Revêtement en céramique. Art persan. Fin du xvie siècle. Ce chef-d'œuvre provient d'Ispahan, c'est une des plus belles pièces de la collection de céramique
- Faïence peinte Réduction au cinquième.
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Fig. 541. — Impression monochrome. Grandeur.
Fig. 542. — Impression monochrome. Grandeur.
Fig. S43. — Estampe en couleurs. Réduction d'un tiers.
persane du musée du Louvre. Nous n'en publions qu'un détail afin qu'on puisse mieux en apprécier le caractère. Une entière indépendance d'imagination s'allie à une traduction sincère et presque naïve de la nature. C'est à la fois un décor de rêve et une image de la réalité. Le dessin souple de cette figure traduit bien la grâce de la jeunesse féminine, il ne saurait être plus simplement expressif et vivant.
Figure 540. Panneau en étoffe appliquée. Art moderne français. Le caractère rude de cette œuvre contraste avec l'art affiné des œuvres précédentes. On y retrouve sous une autre forme l'expression de la vie. Tout comme dans la belle frise de délia Robbia (fig. 535) les modèles sont des gens du peuple, l'auteur a mis en scène des paysans d'Auvergne. Je risquerais de blesser la modestie de l'artiste moderne en comparant son ouvrage au chef-d'œuvre de la Renaissance italienne, mais je puis dire que les deux compositions procèdent du même esprit de réalisme et de la même sincérité d'observation de la nature. Si l'une de ces œuvres atteint les sommets de l'art, l'autre, ad valorem, plus modeste, est dans la voie qui y conduit.
Figures 541 et 542.. Illustrations. Art moderne français. Ce sont encore les qualités ae vie qui font le mérite de ces originales compositions. Nous avons déjà fait remarquer (fig. 225), dans les œuvres du même artiste, que la simplicité du dessin au trait, l'absence de modelé convenaient particulièrement aux décors typographiques, nous le constatons de nouveau ici. Ces deux vignettes sont imprimées en vert gris d'un ton fort agréable.
Figure 543. Estampe japonaise. Nous ne pouvons donner un exemple plus démonstratif de belles taches formant un décor. Que le lecteur imagine la somptuosité du manteau saumon brodé de fleurs d'or et du costume de soie noire enrichi d'ornements blancs, orangés et bleus dont sont revêtus ces deux figures. Imagination, rêve, fantaisie et convention d'artiste, mais aussi beauté issue d'une étude approfondie de la nature. Cette superbe estampe affirme avec l'évidence d'un fait la vérité que nous avons essayé de faire ressortir au cours de ce livre.
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Avant de clore ce livre, qu'il nous soit permis de jeter un coup d'œil en arrière et de résumer ce que nous avons tenté de réaliser.
En 3oo pages de texte et en 55o gravures nous avons donné un aperçu général de tout ce que comporte la décoration plane, c'est assez dire que nous ne prétendons point avoir tout défini. Cet ouvrage ne saurait être considéré autrement que comme un premier faisceau de documents utiles au début des études de composition décorative. Si ces exemples et les exercices indiqués sont insuffisants pour donner le savoir intégral des différents métiers dont se compose l'art du décorateur, ils peuvent du moins aider à acquérir un sens logique de cet art. Par la suite, il appartient à chacun d'étendre et de compléter cette documentation suivant un sens particulier et plus strictement professionnel.
Nous avons seulement essayé, en jalonnant le mieux possible une route difficile, de faciliter son accès afin que chacun puisse y faire des découvertes d'autant plus intéressantes qu'elles seront personnelles.
Si ce livre contribue à éveiller les curiosités vers de nouvelles interprétations, à rendre, par des études éclectiques, le goût plus averti et plus sûr, à faire rejeter les formules dogmatiques pour chercher la vérité et le renouveau dans l'étude de la Nature, l'éternelle Inspiratrice, notre but sera complètement atteint.
TABLE DES THEMES
i. Une bordure composée d'éléments végétaux, feuilles et graines 20