LA LUNE N'A PAS D'ATMOSPHÈRE
rement plus considérable au-dessus du fond de l'enceinte qu'au-dessus du niveau extérieur, et Ton a souvent mesuré Tune et l'autre de ces altitudes.
Quoi qu'il en soit, il est certain que, toutes proportions gardées, les aspérités du sol de la Lune sont beaucoup plus considérables que celles de notre planète. Les monts Dœrfel et Leibnitz sont, il est vrai, inférieurs de 1200 mètres environ au fameux Gaourisankar de THimalaya. Mais, tandis que ce géant des montagnes terrestres ne dépasse le rayon de la planète que de sa 720* partie, les monts Leibnitz et Dœrfel ont une hauteur égale à la 229* partie du rayon lunaire. C'est relativement plus du triple.
La Lune n'a pas d'atmosphère.
Ce fait semble démontré parles occultations d'étoiles. Lorsque, par le mouvement propre de la Lune à travers les constellations, un des points lumineux de la voûte étoilée vient k passer derrière le bord obscur du disque lunaire, il s'éteint soudainement, sans qu'aucune diminution graduelle de sa lumière accuse l^interposition d'une enveloppe gazeuse. Ce fait s'observe pour les plus petites comme pour les plus grandes étoiles, au milieu des éclipses de Lune, alors que l'atmosphère terrestre n'est plus illuminée par les rayons de notre satellite.
Si d'ailleurs une atmosphère enveloppait le sphéroïde lunaire, quelque faible que fût sa densité, elle serait réfringente, c'est-à-dire qu'une étoile, après son immersion réelle derrière le disque, resterait visible encore un instant. De même, elle redeviendrait visible un peu avant sa sortie ou son émersion. De sorte que la durée du phénomène de l'occultation serait, pour cette double raison, moindre que la durée assignée par le calcul et déduite de la connaissance précise et mathématique du mouvement de l'astre. Or, rien de pareil n'a pu être constaté. Il résulte de là que, si l'atmosphère de
cirques dea régions montagneuses. Leur sol est d'ailleurs plus uni, de sorte quMl pourrait servir de niveau commun pour la mesure des hauteurs; mais nous ne sachions pas qu'on ait déterminé avec quelque précision la difTéfence de niveau des deux régions.
la Lnne existe, sa densité est moindre, on l'a calculé, que la 2000« partie de la densité de Tatmosphère terrestre. Elle est plus rare que le vide qui subsiste, après une manœuvre aussi complète que possible, sous le récipient des machines pneumatiques les plus perfectionnées.
Quelques personnes ont émis l'opinion que l'atmosphère de la Lune est confinée au fond des plaines les plus basses et des cratères les plus profonds. Rien ne prouve ni ne con- ' tredit cette hypothèse. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne se forme point de vapeurs à la surface de la Lune, c'est qu'aucune image n'y ternit jamais la pureté de son ciel : des nuages même de faibles dimensions seraient aisément aperçus de la Terre.
Les paysages lunaires ont donc un aspect tout particulier. Là, les ombres ont partout la même intensité, aux premiers comme aux derniers plans. Tout au plus, la crudité des tons brillants et lumineux qui se détachent sur un ciel presque noir, sur des ombres noires aussi, y est-elle tempérée par les reflets, d'ailleurs fort nombreux dans un sol aussi accidenté. Là, pas de perspective aérienne; point de ces jeux de lumière, de ces teintes vaporeuses qui donnent aux paysages terrestres tant de charme et de douceur. La réfraction n'y décompose pas la lumière blanche en sept couleurs et en mille nuances variées, l'arc-en-ciel et les phénomènes du même genre sont inconnus à la surface de la Lune. Mais en revanche, les étoiles et les autres astres brillent en plein jour dans la voûte céleste.
L'absence d'air à la surface de la Lune implique l'absence d^eau. S'il existait des lacs, des mers, ou simplement des rivières, les liquides qui formeraient ces réservoirs ou ces courants, se réduiraient spontanément en vapeur, par le fait seul qu'ils ne seraient point maintenus par une pression atmosphérique. Mais la chaleur solaire agissant plus énergiquement encore, il en résulterait une enveloppe gazeuse, des nuages épais de vapeur. Un nuage de 200 mètres de diamètre serait aisément visible. Or, nous venons de le dire plus haut, jamais aucune tache mobile n'a été observée sur le disque de la Lune.
LA LUNE. 179
Point d'air et point d'eau! C'est l'absence forcée des vents et des courants, c'est Timmobilité partout, dans le ciel comme sur le sol. Tout au plus, sous l'influence des alternatives de chaleur et de froid, la désagrégation des matières et la rupture d'équilibre des corps pesants entraînant la chute de débris de roches, rompent la monotonie d'une immobilité et d'un silence étemels. Car le son, ne pouvant s'y propager par aucun milieu aérien, se transmet tout au plus au contact, par les vibrations des molécules solides. Pour un habitant de la Terre, l'astre des nuits n'est donc, selon l'expression d'Eumboldt, cpi'un désert silencieux et muet.