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Chapitre II

NUPTIALITE

Définition. — On appelle nuptialité (1) le rapport (-p-) du nombre des mariages au nombre des habitants. ^ '

La plupart des auteurs calculent la nuptialité en cherchant : « sur 1,000 habitants, combien de mariages en un an ». Ce rapport n'est pourtant pas irréprochable, car la méthode exige que Ton compare le nombre des mariages au nombre des mariables ; or, parmi les habitants d'un pays, il en est beaucoup qui ne sont mariables à aucun degré : tels sont les enfants de moins de 15 ans ; tels sont aussi les personnes qui sont déjà mariées. Il en résulte que dans un pays où les enfants seraient très nombreux, la nuptialité

calculée comme il est dit ci-dessus serait artificiellement abaissée,

Ma presque dans la fraction ^-r^ le dénominateur P serait grossi de

nombreuses non-valeurs. De là, des erreurs possibles : en France, sur 1,000 habitants il y a 7,5 mariages annuels et en Angleterre 7,4 seulement et cependant la tendance au mariage des Anglais n'est pas inférieure à celle des Français, loin de là : mais sur les 1.000 habitants anglais auxquels nous attribuons 7,4 mariages, il y a 365 enfants de moins de 15 ans auxquels il est, pour bonne cause, impossible de se marier ; tandis que sur les 1,000 Français auxquels nous attribuons 7,5 mariages, il n'y a que 267 enfants. Or, 635 adultes anglais (1,000 — 365) qui contractent 7, 'i mariages ont une nuptialité plus forte que 733 adultes français qui contractent 7,5 mariages. Eliminons donc les enfants de notre calcul ; éliminons-en aussi les gens déjà mariés, car il est évident que, pas plus que les enfants, ils ne peuvent contracter mariage; nous trouverons alors que, sur

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1,000 mariables anglais il y en a 50 qui convolent en un an, tandis qu'en France il n'y en a que 45. Ainsi la méthode imparfaite (mais généralement usitée) qui consiste à calculer (( sur 1,000 habitants combien de mariages » nous conduisait précisément à l'opposé de la vérité.

On peut peut-être la serrer de plus près encore. Les célibataires et surtout les veufs de plus de 60 ans sont assez nombreux et leur tendance au mariage est si faible que c'est véritablement un abus que de les compter comme mariables au même titre que les jeunes gens. On peut donc avec avantage les éliminer du calcul.

Nous venons d'indiquer quatre manières d'évaluer la nuptialité.

Mais il est un mode de calcul très différent pour apprécier à quel point un peuple est porté à vivre de la vie de famille ; il consiste à utiliser uniquement les données du recensement. Dans un peuple où la mortalité serait élevée et où le personnel de la nation se renouvellerait par conséquent assez rapidement, les mariages pour raient être nombreux sans que le désir de la vie conjugale fût très vil ; les veufs et les veuves y seraient nombreux et les seconds mariages viendraient s'ajouter aux autres. Dans un pays au contraire où la longévité est longue, tel que la France, les mariages seront par cela même beaucoup moins nombreux, parce que les ménages, une fois constitués, dureront plus longtemps. Il y a donc intérêt à calculer « sur 1.000 habitants, combien de couples » (voir col.- 2, tableau 11), ou mieux encore, en éliminant du calcul les enfants: « sur 1.000 habitants de plus de 15 ans,combien sont trouvés par le recensement en état de mariage » (voir col. 5, tableau 11).

Voilà donc deux autres méthodes pour apprécier le fréquence de Pétat de mariage. On ne devra pas appliquer à ces deux derniers rapports le nom de nuptialité.

II. Nuptialité des mariables. Elle doit être étudiée successivement chez les hommes et chez les femmes. On trouve toujours pour les hommes des chiffres supérieurs à ceux qu'on observe chez les

femmes. Cela s'explique aisément. Sans doute dans le rapport -p-,

le numérateur, c'est-à-dire le nombre des mariages, est exactement pour les hommes ce qu'il est pour les femmes ; mais il n'en est pas de même du dénominateur ; les veuves sont toujours plus nombreuses (environ deux fois plus) que les veufs ; ce qui tient à ce que le mari, étant généralement plus âgé que la femme, la précède généralement dans la tombe; et ce qui tient à ce que les veufs, comme nous le verrons plus tard, s'empressent généralement de se

remarier. Ainsi le dénominateur de la fraction — p- est plus faible

lorsqu'il s'agit des hommes que lorsqu'il s'agit des femmes ; donc Ja valeur de la fraction est plus forte. On ne sera donc pas surpris de voir la nuptialité des hommes l'emporter presque toujours sur celle des femmes.

Le grand nombre des veuves est aussi cause que les chiffres delà colonne 4 du tableau 11 sont toujours plus faibles que ceux de la colonne 3.

Nuptialité comparée des principaux pays de l'Europe.

— Ainsi chacune des 14 colonnes de notre tableau 11 indique une méthode pour apprécier la fréquence du mariage dans chacun des 34 pays considérés. Chacune de ces méthodes a une signification spéciale.

La plus commode est la colonne 11. On y compare le nombre annuel des nouveaux mariés à la populatiou susceptible de contracter mariage, c'est-à-dire à la population non mariée de plus de 15 ans. On verra, en la lisant, que l'un des pays d'Europe où la nuptialité est la plus élevée est la Hongrie (72,6 mariés annuellement pour 1,000 mariables) ; cette nuptialité est due en partie à la fréquence du mariage des veufs, et indirectement à ce que la mortalité est assez grande en ce pays. La colonne 6 nous montre que cette nuptialité est encore dépassée dans les pays purement slaves : la Croatie-Slavonie, la Serbie, la Russie; mais l'imperfection des documents ne permet pas de fixer bien exactement dans ces pays la nuptialité des seuls mariables, ni surtout d'indiquer la cause de cette forte nuptialité. En Russie, les mariages sont très précoces, ce qui tient en partie à ce que, au temps du servage, les propriétaires forçaient leurs paysans à se marier très jeunes afin d'augmenter le nombre de leurs corvéables. L'usage de se marier jeune a survécu au servage. La Pologne russe est le seul pays slave où la nuptialité ne s'est pas très élevée. Nous verrons plus loin que d'autres pays soumis à des persécutions politiques ont une nuptialité faible.

Après les pays slaves, le pays où la nuptialité est plus élevée est la Saxe (61). Puis, assez loin derrière elle, la Prusse (1) (51), l'Autriche cisleithane (50), l'Angleterre (50). D'autres chiffres nous permettent de caractériser plus nettement l'Angleterre, et de

(1) En Prusse, la nuptialité est moindre dans les provinces de Tcuest (Westphalie, Hesse, Rhin), que dans les provinces de l'est (Prusse, Brandebourg, Silésie, Saxe).

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