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Il ne faut pas oublier, en lisant le tableau qui précède, qu'il s'agit du nombre des enfants vivants au jou/r du recensement. Ainsi un couple marié depuis quelques mois ou quelques jours est compté comme n'ayant pas d'enfant quoique il y ait une bonne raison pour qu'il n'en ait pas encore. De môme, le recensement a trouvé n'ayant que 1 ou 2 enfants un certain nombre de ménages qui en auront davantage plus tard. Enfin, un couple qui a eu des enfants mais les a tous perdus, est compté comme n'ayant pas d'enfants quoiqu'il ne soit pas stérile.
Ces réserves faites, on ne peut manquer d'être frappé de la proportion considérable des ménages qui n'ont pas d'enfants ou qui n'en ont que 1. Si l'on fait le total des ménages qui n'ont que 2 enfants ou moins encore, on trouve qu'ils constituent les deux tiers (64 pour 100) des ménages français. Quant aux ménages de 6 et 7 enfants, ils sont exceptionnels, mais beaucoup plus nombreux cependant que ne l'avaient supposé les législateurs imprévoyants qui, sans s'éclairer aux lumières de la statistique,avaientgénéreusèment résolu d'élever aux frais de l'Etat le septième enfant des familles nombreuses, résolution qui s'est trouvée être inapplicable. On avait voté quelques centaines de mille francs, et il aurait fallu plus de 200 millions !
Nous avons quelques éléments pour comparer la situation actuelle à celle du passé. Cette statistique du nombre des enfants par famille a été tenté par Moheau, vers 1774, c'est-à-dire à une époque où la natalité de la France atteignait environ 38 pour 1,000
(1) Plus 189.594 faniille8,soit2 pour 100 pour lesquelles le nombre d'enfants était inconnu.
habitants, et était par conséquent comparable à celle de TAngleterre et de TAllemagne actuelles.
Cependant les chilïres qu'il a fait connaître sont bien plus défavorables encore que ceux que nous a donnés le recensement de 1886. Il faut se hâter d'ajouter que Moheau n*a eu à sa disposition que peu d'observations recueillies dans quelques régions qu'il ne spécifie pas, contrairement à son habitude constante, et dont il dit seulement qu'elles sont (( mal situées » (1).
TABLEAU 19. — Sur 4,000 familles, combien avaient :
Vers 1774 En 1891
enfant vivant 27 17
7 — et au delà 1 2
Nombre inconnu 2
II est certain que les chiffres de Moheau, chiffres recueillis dans un très petit nombre de localités mal situées, ne doivent être acceptés qu'avec les réserves les plus expresses ; en effet la natalité de la France était alors supérieure à ce qu'elle est à présent, et (tout en tenant compte de ce que la mortalité était alors plus forte) on ne s'explique pas que 1,000 familles élevassent alors moins d'enfants que 1,000 familles de notre époque.
En 1856, le recensement a distingué les familles ayant des enfants de celles qui n'en avaient pas (excepté dans le département de la Seine, où cette distinction n'a pas été faite).
Le tableau 20 compare les résultats de 1856 et ceux de 1886 :
Tableau 20.— (France moins la Seine).— Sur 100 familles de chaque catégorie, combien avaient un ou plusieurs enfants, combien n'en avaient pas ?
Avec enf ants. San s enfa nts.
r856!""^''Î886? 185r^^lK86?
Mariés 83.6 83.2 16.4 16.8
Veufs 77.9 76.0 22.1 24
Veuves 76.8 76.3 2H.2 23.7
Ensemble SÏX 81.3 18.1 IsTY
(1) La plupart de» statistiques de Moheau ont été recueillies dans la Sainlonge, à Paris, à Lyon, et dans quelques parUes de TAuvergne.
On voit que la proportion des familles stériles est restée très sensiblement la même qu'en 1856. Cette remarque est d'une importance capitale, car elle montre que si la natalité a baissé depuis cette époque, ce n'est pas que la proportion des familles complètement stériles ait augmenté, mais c'est que la fécondité des familles fécondes a diminué. En un mot on peut aujourd'hui en France faire des enfants tout aussi bien qu'en 1856, seulement on en fait moins.
Répartition géographique des familles stériles et des familles nombreuses. — Si Ton calcule sur 100 familles combien n'ont pas d'enfants, on voit que, en moyenne, en France, il y en a 17 pour 100. La proportion de ces familles stériles est plus élevée à Paris, puis en Basse-Normandie (Orne, Sarthe, Eure, Calvados, Manche), en Champagne et en Lorraine, dans le Rhône et la Loire, et enfin dans la Dordogne et la Gironde. Tandis qu'au contraire les familles stériles sont rares en Corse, en Bretagne, dans le Nord et dans quelques départements du Centre, (Lot, Gers, Corrèze), et enfin l'Hérault et les Bouches-du~Rhône. Ces derniers départements et notamment le Gers présentent une particularité curieuse : les gens mariés y sont nombreux: il est rare qu'ils n'aient pas d'enfants, mais il est rare aussi qu'ils en aient plus de deux; la natalité y est en somme des plus faibles.
Au contraire en Bretagne et aussi dans le Nord, en Auvergne, en Savoie, en Corse, etc., les mariés sont peu nombreux, mais une fois mariés, les gens sont rarement stériles, et en outre ils ont souvent de nombreuses familles; la natalité y est plus élevée que dans le reste de la France.
Le département de la Seine mérite une attention particulière; nulle part la stérilité n'est plus fréquente : presque nulle part les familles nombreuses ne sont plus rares.
On demande souvent quel est le nombre moyen d'enfants que procrée un ménage. Ce chiflre pourrait être calculé exactement si l'on relevait, au moment de la dissolution d'un mariage par la mort, combien d'enfants sont issus du mariage dissous. Malheureusement ce chiffre important n'est généralement pas élaboré par les statisticiens (voir tableau 21).
On peut encore déduire ce chiffre de l'enquête de 1886 sur le nombre des enfants existant dans chaque famille au jour du recensement. On trouve ainsi en France 2,07 enfants par famille. Ce chiffre est très faible, puisqu'il faut au moins 2 enfants par famille (à supposer que ces enfants vivent assez longtemps pour cela) pour
remplacer plus tard leurs deux auteurs, et qu'il reste à peine 7 enfants dans 100 familles pour remplacer les gens qui, pour une raison quelconque, restent célibataires. Mais ce chiffre si faible de 2,07 enfants par famille ne nous dit exactement pas combien une famille produit d'enfants en moyenne. C'est seulement au moment de la dissolution du mariage que ce chiffre pourrait être recueilli. Au jour du recensement, les ménages n'ont pas parcouru toute leur durée ; quelques-uns la commencent à peine et beaucoup auront encore des enfants. Le chiffre de 2,07 est donc un peu inférieur à celui qui nous intéresse.
La ville de Paris compte depuis plusieurs années le nombre d'enfants vivants ou morts laissés par chaque ménage ; malheureusement il n'est pas possible de recueillir le renseignement pour tous ceux qui meurent dans les hôpitaux ; nous ne l'aurons donc que pour la partie la plus aisée de la population.
Les chiffres de cet instructif tableau peuvent êtres présentés de plusieurs façons différentes. Considérons d'abord la fécondité totale sans nous occuper de savoir si les enfants nés ont survécu à la dissolution du mariage ou s'ils sont morts auparavant (tableau 21).
Tableau 21. — Paris (188ô). —Sur. 4.000 familles dissoutes par la mort, combien avaient procréé au jour de la mort du premier époux :
(Enfants morts ou survivants).
Paris
Alsàce-Lorràine
Villes.
(1874-75) Campagnes.
Total.
enfant
63famUles.
21 familles. 39 familles.
32fac
oilles.
1 enfant mort ou vivant. .
2 enfants morts ou vivants.
8 et plus —
Total 1000 familles. 1000 familles. 1000 familles. 1000 familles.
On voit combien sont rares les familles physiologiquement stériles.
Ce tableau nous montre déjà que la moitié des ménages parisiens sont stériles ou ne procréent que 1 ou 2 enfants (même en comptant les enfants mprts avant l'un de leurs parents). Un tiers des ménages procréent 4 enfants ou davantage encore. En général
les ménages parisiens procréent, pendant l'ensemble de la durée de leur existence, 3,2 enfants par ménage.
Ce nombre est très exactement celui que les statisticiens recherchent par des méthodes différentes, ou plutôt il le serait si la population pauvre qui meurt à l'hôpital n'était pas éliminée du calcul. Si l'on s'en référait à la méthode plus usitée, celle qui consiste à diviser le nombre des naissances par celui des mariages, on ne trouverait à Paris, en 1886, que 2,6 naissances par mariage, c'est-à-dire un chiffre inférieur à la vérité (1).
Mais beaucoup des 3,2 enfants que nous venons d'assigner en moyenne à chaque ménage parisien meurent avant que le mariage qui les a fait naître se soit dissous par la mort de l'un des époux. Cette période qui sépare la naissance des enfants de la dissolution du mariage qui les a fait naître, est généralement assez longue, comme on le voit par les chiffres du tableau 22 :
Tableau 22. — Paris (1882-1886).'— Sur 1.000 ménages dissous
par la mort, combien avaient duré :
1 an 35.6
2 ans 31.6
11 à 15 ans 124.2
On voit que presque la moitié des ménages parisiens durent plus de 20 ans. Lorsque la statistique attend que cette longue durée se soit écoulée pour savoir combien le ménage a procréé d'enfants, elle doit naturellement en trouver un plus grand nombre que lors-
(1) Cela vient de ce que, à Paris, viUe d'immigraUon dont l'au^nnentation est très rapide, les mariages augmentent très rapidement en nombre absolu. Les naissances de 1886 ne proviennent guère des mariages contractés dans Tannée, ma s surtout de mariages souvent très anciens et moins nombreux que les mariages actuels. Conipiirer au chiffre d£s naissances un nombre exagéré de mariages, cVst augmenter induement le dénominateur de la fraction, c*est-à-dire en atténuer la valeur.
qu'elle fait la même recherche au jour du recensement, car dans ce dernier cas elle a affaire à un grand nombre de ménages qui n'ont pas d'enfants ou qui en ont peu, simplement parce qu'ils n'ont pas eu le temps d'en avoir.
De là vient la différence que l'on trouve entre la fécondité des ménages d'après le relevé fait à la mort des époux, et la fécondité des ménages d'après les chiffres du recensement.
Tableau 23. — Paris (1886). — Sur 1.000 ménages, combien ont :
(Les enfants prédécédés ne comptent pas).
enfant vivant
Au jour
du
recensement.
Lors de
du
par
la dissolution mariage la mort.
On voit que les chiffres ne se ressemblent guère tant que Ton considère les familles peu nombreuses, celles de ou de 1 enfant par exemple, parce que beaucoup de ces familles sont, au jour du recensement, de formation récente. Elles n'ont pas encore d'enfants, mais elles en auront plus tard. Si l'on considère des familles un peu plus nombreuses (c'est-à-dire créées depuis un peu plus de temps), l'influence de la durée disparait et elles ont au jour du recensement autants d'enfants qu'elles en auront lorsque le mariage viendra à se dissoudre par la mort de l'un des époux.
On voit en lisant la première ligne du tableau que les mariages qui ont le plus de durée sont aussi ceux parmi lesquels les ménages stériles sont en moins grand nombre. La diminution des mariages sans enfants après la cinquième année du mariage est même plus notable qu'on aurait peut-être pu le prévoir.
On peut être surpris de voir des mariages qui ont moins de un an de durée compter néanmoins plusieurs enfants : ce sont des mariages légitimateurs (et notamment les mariages in extremis).
Si on lit la ligne intitulée « 2 enfants vivants », on voit les chiffres de cette ligne grossir d'année en année à partir de la deuxième colonne. De même si on lit la ligne intitulée « 3 enfants vivants » on voit les chiffres grossir à partir de la cinquième
année, et enfin sur la ligne suivante, les chiffres grossissent à partir de la sixième année. Les chiffres suivants ont moins d'intérêt.
Tableau 24. — Sur 100 ménages dissous par la mort, après la durée
INDIQUÉE, COMBIEN AVAIENT LE NOMBRE d'eNFANTS INDIQUÉ :