ENTIER
Mascalin
Féminin
Mais Berg a poursuivi ses études plus loin encore, et il a calculé la mortalité par jour d'âge pour les quatre premières semaines de vie. Il a trouvé que la mortalité pendant la première journée dépasse celle de toutes les autres.
Influence du sexe su/r la mortalité du premier âge. — Les médecins de Tenfance admettaient autrefois que, à cet âge où la difiérence des sexes n'existe pour ainsi dire qu'à l'état virtuel, il n'y avait entre la mortalité des petits garçons et celle des petites filles aucune différence. C'est pourtant le contraire même de la vérité, et à aucun autre âge de la vie, il n'y a entre la mortalité des deux sexes une aussi grande difiérence ; ce qu'on voit par le tableau 32.
Mortalité des adultes. — Mortalité par état civil et par âge, — La mortalité des adultes varie considérablement avec leur état-civil : Presque à tous les âges, les célibataires ont une mortalité plus forte que les mariés; et les veufs, une mortalité plus forte même que celles des célibataires. Le tableau ci-joint (p. 89), emprunté à l'article Mariage du Dict, enc. des sciences médicales^ permet de vérifier l'exactitude de cette loi.
Tableau 34* ~ Pour iooo habitants de chaque catégorie d'âge
ET d'état-civil, combien DE DÉCÈS ANNUELS ?
(Berlin, i875-i88i).
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Elle ne souffre d'exception que pour les hommes mariés avant
20 ans, dont la mortalité est toujours très élevée. Elle est moins strictement vraie pour les femmes et surtout pour les jeunes femmes que pour les hommes.
Considérons, par exemple, les chiffres qui concernent les hommes en France ; à chaque âge (excepté avant 20 ans), les chiffres des célibataires l'emportent sur ceux des mariés : ils sont presque doubles, et il en est ainsi jusqu'aux extrémités de la vie.
Quant aux veufs, leur mortalité l'emporte non-seulement sur celle des mariés, mais encore elle l'emporte de beaucoup sur celle des célibataires. On peut exprimer la même idée en remarquant qu'un célibataire de 30 à 35 ans a autant de chance de mourir dans l'année, qu'un homme marié de 45 à 50 ans, et qu'un veuf de 30 à 35 ans a la même mortalité qu'un homme marié de 55 à 60 ans.
En ce qui concerne les femmes, les différences sont moins tranchées. La mortalité des femmes mariées de moins de 25 ans l'emporte même un peu sur celle des filles du même âge. A partir de 30 ans, les femmes mariées prennent sur les filles un avantage marqué qu'elles conservent jusqu'à la fin de la vie. Quant aux veuves, leur mortalité est élevée dans le jeune âge ; à un âge plus avancé, elle reste toujours plus forte que celle des femmes mariées, mais elle est moindre que celle des vieilles filles.
Les règles que nous venons de résumer se vérifient dans tous les pays. Par le tableau que nous reproduisons, M. Bertillon père a prouvé leur régularité en France, en Belgique et dans les Pays-Bas, seuls pays où les documents permettaient alors de les établir. Depuis cette époque, presque tous les pays ont recherché leur mortalité par âge et par état-civil. L'Italie, la Suède, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, etc., ont observé la généralité des règles que nous venons d'établir. Quelque explication qu'on leur donne, elles ont par elles-mêmes un très grand intérêt. M. Bertillon père estimait que la régularité de la vie conjugale devait être regardée comme la principale cause de la différence qui sépare la mortalité des trois états-civils. Mais il ne s'était pas arrêté à cette idée sans l'avoir longuement discutée. Il s'était notamment demandé si l'on n'avait pas ici affaire à un fait de sélection naturelle, les gens malingres et chétifs restant plus volontiers célibataires que les gens bien portants. Cette objection, qui n'est pas sans valeur, a été réfutée par lui d'avance. Au moment où il publiait ces chiffres, il les accompagnait de l'important commentaire qui suit { Revue positive , 1872 ) ;
« Certes cette constante atténuation de la mortalité des époux, quels que soient leur âge et leur pays, révèlent des vertus singulières inhérentes à Tassociation conjugale. Je dis qu'elles sont inhérentes au mariage, et c'est une affirmation que je n'avance pas sans beaucoup de réflexion. En effet, on essaye en vain des objections. J'invoque tout de suite la plus considérable, à savoir: que le mariage appelant surtout les meilleurs, les mieux portants, les plus fortunés, les plus rangés, il n'est pas étonnant que ces hommes vivent mieux. C'est là une critique qui parait juste, mais qui ne tient pas; un examen plus attentif montre que cette sélection ne joue qu'un rôle très fîfible dans l'efficacité sanitaire du mariage. En effet, si ce choix supposé des mariés était la cause de leur extrême vitalité, comment expliquer la mortalité si considérable qui, partout, à tous les âges et en tous les pays, saisit le veuf? Aussitôt l'association conjugale rompue, la mort reprend tous ses droits; ces veufs, époux de la veille, étaient pourtant aussi les élus du mariage, et c'était si bien l'association conjugale qui faisait leur force, et non leur qualité supérieure, que, l'union rompue, ils ne se distinguent plus que par une mortalité plus rapide encore qu'avant leur mariage. Privés tout à coup de ce cordial, ils retombent plus bas que les célibataires eux-mêmes. »
Le même raisonnement peut s'appliquer aux divorcés, car leur mortalité est considérable, à peu près égale à celle des veufs. (Statistique de Suisse, de Berlin, etc.).
Ainsi l'objection qu'on a essayé de tirer d'une prétendue sélection opérée par le mariage parmi les meilleurs d'une population à été prévue et réfutée dès 1875, ce qui n'a pas empêché plusieurs auteurs de la rééditer comme venant d'eux, et comme étant tout à fait propre à dissiper le mirage trompeur où s'était, disaient-ils, laissé prendre M. Bertillon.
Cette objection a pourtant sa valeur, l'auteur lui-même n'en disconvenait pas. La mortalité très grande des veufs ne la supprime pas complètement, car il est probable que les veufs sont souvent des pauvres, et par suite de leur misère sont soumis à une assez forte mortalité. Voici pourquoi on peut soutenir que les veufs sont souvent pauvres : les ménages pauvres sont soumis à une forte mortalité ; donc ils ont une tendance à se dissoudre promptement par la mort de l'un des époux, et à laisser un veuf, qui est, après la mort de son conjoint, justement aussi pauvre qu'avant, et tout aussi soumis à une forte mortalité.
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