NOMBRES ABSOLUS
DBS ÉTftAHOBRS
recensés.
POUR
1000 HAIIITAIfTS
combien sont étrangers
Pour nous rendre compte des causes qui séparent à ce point de vue les différents États, il faut étudier généralement la Suisse, dont les documents sont excellents et qui a étudié avec soin pourquoi elle est ainsi exposée à subir la concurrence étrangère jusque sur son propre territoire.
La proportion des étrangers en Suisse a toujours été forte, et» en outre, elle a rapidement augmenté :
Pour 4000 habitants, combien d^étrangers en Suisse,
En 1850 30
Le tableau 41 indique la nationalité des étrangers qui habitent la Suisse, et l'augmentation de leur nombre. Nous y remarquons aussi les cantons où ils sont le plus nombreux.
La Suisse comptait 71,570 étrangers en 1850 ; 150,907 en 1870 ; 211,035 en 1880 et 229.650 en 1888.
L'immense majorité des étrangers établis en Suissç viennent
de pays limitrophes, et en ce qui concerne TAlIemagne tout au moins des régions les plus voisines de la frontière suisse, les Badois et les Wurtembergeois forment la grande majorité des Allemands établis en Suisse, et encore ne se donnent-ils pas la peine d'aller bien loin; ils vont à Bâle pour la plupart, ou encore à Zurich (1).
On remarque aussi un fait facile à expliquer : c'est que les étrangers vont plutôt là où on parle leur langue maternelle : les Italiens sont, il est vrai, répandus par toute la Suisse, mais la moitié d'entre eux restent dans la Suisse italienne. De même plus de la moitié des Français vivent dans la Suisse française.
Les nations' dont la langue n'est pas parlée en Suisse y sont à peine représentées.
L'augmentation du nombre des étrangers se voit dans les cantons suisses sans exception. L'invasion a été lente progressive. A Bâle- Ville, un tiers de la ville est allemande, le canton de Genève contient même jusqu'à 39,910 étrangers (soit 38 p. 100) et perd, à cause de leur présence, son caractère protestant (la majorité des habitants de Genève est aujourd'hui catholique). Le canton du Tessin contient 14 p. 100 d'étrangers. Le canton de Schaffouse, 13 p. 100 et le canton de Zurich, 10 p. 100. Tous ces chiffres ont été atteints petit à petit et sans bruit (2).
Sexe des étrangers, — Les immigrés sont généralement masculins plutôt que féminins. C'est aux âges de travail que l'inégalité des sexes est la plus grande, parce que c'est l'âge où arrivent les immigrants, et les immigrants sont en majorité des hommes.
Lorsqu'on étudie la composition par âges de la population indigène et de la population étrangère de la Suisse, on observe l'augmentation anormale des âges adultes pour la population étrangère. Nous l'avons remarquée aussi en étudiant Paris. Elle caractérise l'arrivée d'étrangers jeunes et besoigneux qui viennent chercher du travail. Aux mêmes âges, on voit Tinégalité des sexes s'accentuer dans la population étrangère, les liommes devenus d'un tiers plus nombreux que les femmes.
Enfin la proportion des mariés est moindre parmi les immigrés que parmi les Suisses (différence qui se remarque moins, et même qui disparaît pour le sexe féminin, sans doute parce que les femmes
(1) D'où il résulte que les petits pays dont les frontièras sont longues par rapport à leur étendue, reçoivent beaucoup d*étrangers (Suisbe, Saxe, Bavière).
(2) Uri contenait en 1870, Jusqu'à 27 étrangers p. 100 (Italiens et Allemands). Mais ce n'était qu*un événement provisoire causé par les travaux de percement du Gothard.
n'émigrent pas aussi volontiers que les hommes lorsqu'elles sont célibataires).
En résumé les étrangers qui envahissent la Suisse sont en majorité des hommes qui débarquent dans ce pays lorsqu'ils sont encore adultes et célibataires.
Occupation des étrangers. — Que viennent-ils faire en Suisse ? Ils viennent évidemment y chercher du travail. Leur sexe, leur âge, leur état-civil indiquent qu'ils en ont besoin. Le nombre des gens qui viennent s'y fixer seulement pour admirer le paysage est insignifiant. La profession exercée par les étrangers, que le directeur de la statistique suisse, M. Kummer, a fait rechercher avec le plus grand détail, est très instructive à cet égard.
11 y a en Suisse 97,643 étrangers qui exercent une profession, c'est-à-dire que sur 1000 habitants de la Suisse travaillant par eux-mêmes, il y en a 80 qui sont étrangers. C'est justement la proportion d'étrangers qu'on trouve également à Paris.
La profession dans laquelle la concurrence étrangère se fait le plus rudement sentir aux Suisses, c'est la construction de chemins de fer. La moitié des ouvriers employés en 1880 étaient étrangers (il est vrai qu'on achevait alors le percement du Saint-Gothard).
Les étrangers établis en Suisse ne s'adonnent guère à l'agriculture (10,550 seulement soit 22 p. 1,000 de cette profession) tandis que la moitié d'entre eux (57,271, soit 109 pour 1,000 de cette profession) sont employés à l'industrie et notamment à celle du bâtiment.
Le commerce en emploie 13,761 (soit 149 p. 1,000 habitants de cette profession). Enfin beaucoup sont domestiques.
On voit qu'il n'est guère de profession (en dehors de l'agriculture) où les étrangers ne fassent aux Suisses une concurrence sérieuse.
En résumé, si la Suisse compte tant d'étrangers, c'est pour les trois motifs suivants :
1^ Parce qu'elle est un pays polyglotte, où Allemands, Autrichiens, Français, Italiens retrouvent leur langue maternelle.
2p Parce qu'elle a des frontières terrestres considérables par rapport à son étendue.
3° Surtout parce qu'elle a une natalité faible ; de là vient que les ouvriers suisses manquent à l'appel du travail.
Migration en France, — Le tableau 41 indique la proportion du nombre des étrangers et des naturalisés en France depuis qu'ils sont comptés parle recensement, c'est-à-dire depuis 1851.
On voit que Taugmentation du nombre absolu et aussi de la proportion des étrangers a été constante (encore faut-il tenir compte de ce fait que les chiffres de 1851, 1861, 1866 contiennent 50.000 étrangers établis en Alsace-Lorraine qui sont pour ainsi dire sortis de France sans bouger de place, et qu'il faudrait, pour avoir des chiffres bien exactement comparables, défalquer des trois premiers recensements).
Le nombre des Français de naissance n'augmente qu'avec une extrême lenteur. Quant aux naturalisés, leur nombre parait s'être maintenu constant jusqu'en 1872 ; depuis cette époque, il augmente presque en proportion géométrique, doublant presque d'un recensement à l'autre (1).
Le tableau 41 indique quelles sont les nationalités des étrangers recensés en France.
Il est de règle, en France comme en Suisse, et plus encore qu'en Suisse, que le nombre des hommes étrangers l'emporte sur celui des femmes. Il n'y a que deux exceptions qui concernent les Anglaises et les Allemandes, peut-être à cause du grand nombre d'institutrices de ces deux pays qui viennent en France enseigner leur langue.
Départements habités par les étrangers, — En ce qui concerne les nationaux des pays limitrophes, la règle est très simple et tout à fait analogue à celle que nous avons formulée pour la Suisse : ils sont surtout répandus dans les départements limitrophes des frontières de leur pays et spécialement dans ceux de ces départements qui sont industriels. Puis le département où ils sont le plus nombreux est celui de la Seine.
Ainsi les Belges sont répandus dans tous les départements qui bordent leur frontière et spécialement dans le très industrieux Nord (289,528), où ils forment 17 p. 100 de la population. Ainsi les Allemands sont nombreux dans les départements qui bordent leur frontière et surtout en Meurthe-et-Moselle. Us sont plus nombreux encore à Paris. — Ainsi les Suisses sont nombreux dans le Doubs et en Savoie, mais beaucoup plus nombreux encore à Paris. — Ainsi les Italiens sont nombreux dans les Alpes-Maritimes et
(1) n est vrai que la manière de les compter ne paraît pas avoir été toujours la même, sans que les instructions soient d*aiUeurs bien explicites sur ce point. En 1886, les femmes mariées étaient comptées d'après leur nationalité d'origine. En 1881 et tout au moins en 1886 et en 1891 il n'en a pas été ainsi, au moins otQclellemeat,
surtout à Marseille. — Ainsi les Espagnols sont nombreux dans les Basses-Pyrénées et les Pyrénées-Orientales.
Tableau 4i* — Nombre absolu des étrangers recensés en Frange
depuis l85l, classés par nationalités