‹ Eléments de démographie par le Docteur Jacques BertillonChapitre 43 sur 58 · STATISTIQUE MORALE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE MORALE

Nous sommes obligé de passer presque sous silence deux des chapitres les plus importants de la démographie : la statistique du bien-être domestique (emploi des revenus, logement, vêtement, alimentation, excitants modernes tels que alcool, thé, café, tabac, etc.) et la statistique intellectuelle et morale (religion, instruction publique, la tendance au crime, au suicide, au divorce).

Le bien être des peuples a une inûuence considérable sur leur vitalité, sur leur état de salubrité et sur leurs qualités physiques et intellectuelles. On le prouve notamment en comparant les différentes provinces d'un même pays, ou les différents quartiers d'une même ville. On constate la proportion des riches, des gens aisés, des pauTores et des indigents par les statistiques suivantes : dans les pays où existe Timpôt sur le revenu (Prusse, Angleterre, etc.) par la statistique des différentes catégories de revenus. Dans les autres pays par des méthodes détournées : la fréquence des ménages qui ont des domestiques, la fréquence-des gens qualifiés ouwiers par le recensement, etc. La relation qui existe entre les salaires et le prix des vivres permet d'entrevoir le degré de bien-être de la classe pauvre. D'autres statistiques encore, variables avec les habitudes de chaque contrée, peuvent être utilisées; telles sont la fréquence des contrats de mariage, la fréquence des enterrements de différentes classes, etc. On constate, notamment à Paris, que la fréquence des maladies épidémiques est plus grande dans les quartiers pauvres que dans les quartiers riches et aisés.

L'emploi des revenus a été étudié par M. Engel au moyen de l'étude patiente des livres de ménage. Il a constaté ainsi que chez le pauvre, 65 pour 100 du revenu est absorbé par Talimentation, 13 par le vêtement, 16 par le logement, 6 par l'éclairage et le chauffage. Plus le revenu augmente, plus diminue la part proportionnelle

affectée à ralimentation. D'autres auteurs (Ch. Guyot, Foville, Hampke) sont arrivés à des conclusions analogues.

La statistique des habitations, très soignée dans plusieurs pays étrangers et notamment en Allemagne, est rudimentaire en France.

Celle du vêtement n'existe qu'à peine.

La statistique des aliments n'est faite que lorsqu'ils payent impôt. L'octroi de certaines villes fournit donc des renseignements précieux. L'alcool, le thé, le café, le cacao, le sucre, le tabac payant impôt dans presque tous les pays, sont l'objet de statistiques intéressantes mais qui ne sauraient être comparées entre elles sans de nombreuses précautions. Le savant mathématicien O.-J. Broch, ancien ministre de Norvège, dont la science déplore la perte récente, a fait preuve dans cette étude du sens critique d'un statisticien habile (Bull, de VInstitut intern. de statistigite, 4887),

Religion. — La religion n'a pas une influence nettement accusée sur les mouvements de population. On remarque pourtantleschiffres toujours favorables qui concernent les Israélites. Mais la religion a une influence très grande sur l'instruction, la fréquence du suicide et celle du divorce.

Instruction. — Le degré d'instruction des peuples s'évalue soit par la proportion des conscrits illettrés, soit par la proportion des époux illettrés, soit par le nombre des écoliers ; les meilleurs renseignements sont ceux que fournissent les recensements par âge. Les pays où l'instruction est le plus répandue sont les pays Scandinaves (0,4 illettré sur 100 conscrits) l'empire allemand (1,6 illettrés sur 100 conscrits ; dans la Pologne prussienne la proportion s'élève à 11), l'Alsace-Lorraine (2,2), la Suisse (2,8). On peut dire que,, dans ces pays, l'instruction est universelle. Elle est très répandue, sans être universelle, en France (15) en Belgique (17), dans les Pays-Bas (11), en Grande-Bretagne. Enfin elle est peu répandue en Autriche (39), en Italie (49), en Hongrie (51) et dans les pays slaves. L'instruction est plus générale dans les pays germaniques que dans les pays celtiques, latins ou slaves, dans les pays protestants que dans les pays catholiques; dans les colonies européennes que dans les pays de l'ancien continent, etc. Aucune de ces règles générales n'est sans exceptions. C'est parce que l'instruction est, toutes choses égales d'ailleurs, plus répandue dans les pays riches que dans les pays pauvres, que l'on a pu parler de l'influence hygiénique de l'instruction; l'instruction des parents parait pourtant avoir une influence sur la mortalité des enfants en très bas âge.

L*instruction ne diminue certainement pas la criminalité, comme on Ta souvent prétendu. Rien de plus illusoire que Tadage: « Ouvrez une école, vous fermerez une prison ». Peut-être même est-ce le contraire qui serait le plus vrai.

Criminalité, — M. Bodio, après avoir étudié comment la loi de chaque pays définit chaque espèce de crime, a dressé un tableau comparatif de la criminalité de chaque pays. Ce tableau nous a permis de calculer les chiffres suivants :

Tableau 4^. — Pour un million d'habitants de plus de i5 ans,

COMBIEN d'accusés ET DE CONDAMNÉS EN UN AN ?

PAYS

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