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natalité. En 1848, au contraire, la nuptialité s'élève, mais pour retomber aussitôt après. La malheureuse année 1854, année de guerre, de cherté et de choléra, présente un abaissement de la nuptialité et de la natalité et une élévation de la mortalité. La cherté (d'ailleurs peu sensible) de 1866-67 n'a aucun efiet sur les mouvements de population. La guerre de 1859 n'a été accompagnée que d'une augmentation de mortalité. Celle de 1870-71 a eu au contraire une action considérable . Comme toujours, les années qui la suivent comptent beaucoup de mariages. Le nombre des naissances a été un peu moins faible, et la mortalité est modérée ; elle l'aurait été bien davantage sans la petite épidémie cholérique de 1873.
L'influence de la cherté sur les mouvements de population est loin d'avoir la régularité mathématique qu'on lui a quelquefois attribuée. Elle ne se fait réellement sentir que lorsque la cherté est telle qu'elle devient disette ou famine. A notre époque, où la rapidité des moyens de transport a presque supprimé les disettes, on n'observe que bien rarement des chertés assez intenses pour influer d'une façon apparente sur les mouvehients de populations.
L'étude des résultats anciens est plus démonstrative (1).
La conclusion qui en découle a été formulée ainsi par Achille Guillard :
(( La population tend à se pi^oportionner aux subsistances disponibles, »
Ce que l'on a traduit plus pittoresquement ainsi: « Là où naît un pain, naît un homme. Là où disparait un pain, disparait un homme. »
On exprimerait une idée analogue en disant que lorsqu'une société humaine a été frappée par un malheur public qui a fait périr un certain nombre de ses membres, en un mot lorsqu'elle a été blessée, cette blessure tend spontanément à la guérison : les naissances se multiplient, les décès diminuent, et en très peu d'années, la population est redevenue ce qu'elle était auparavant.
Cependant cette idée, ainsi exprimée, ne serait pas parfaite-
(1) Elle a été étudiée en France, par Achille Guillard, Eléments de statistique humaine ou Démographie comparée^ 1855 ; Bertillon, art. France du Dict. encycl. des se. méd, ; en Prusse, par M. de Fircks, Rûckblick auf die Bewegung der Bevolkerung im preussichen SLaate, 1816-1874 ; en Suède par M. Berg. ; en Angleterre, par William Farr, et pour des périodes moins étendues, en Saxe, par M. Engel ; en Bavière par M. de Hermann; dans les Pays-Bas, par M. Beaujon; par M. Muhlemann, dans le canton de Berne, etc., en Italie enfin dans la très remarquable publication intitulée : Inchiesta suUe condizioni igieniche e sanitarie dei comv/ni deU Regno 1886.
— aiment exacte. Les yides qu'une disette ou qu'une guerre a créés dans une population se font sentir en réalité pendant beaucoup plus de temps qu'on ne pourrait croire. C'est ce que montre avec clarté un diagramme célèbre que feu M. Berg, directeur de la statistique de Suède, a fait connaître à l'Exposition universelle de Paris en 1878.
On sait que les pays Scandinaves ont sur les autres nations de l'Europe l'avantage de posséder les recensements par âges depuis plus d'un siècle (la Suède en a depuis 1750 ; en France nous n'en avons que depuis 1851). M. Berg a eu l'idée ingénieuse de repré senter par un diagramme (1) le résultat de ces différents recensements, et il s'est trouvé que la simple traduction des chiffres absolus en grandeurs figurées a révélé avec évidence des lois très simples, mais très inattendues.
Voici les principes du diagramme construit par M. Berg. Il consacre à chaque période quinquennale, soit la période 1795-1800, une colonne large de quelques centimètres, et il prend une hauteur proportionnelle au nombre des naissances qui ont eu lieu pendant cet intervalle. Il y prend de même une hauteur proportionnelle aux enfants de à 5 ans dénoncés par le recensement. Cette hauteur est nécessairement moins grande que la précédente. Une troisième ligne, tracée à une hauteur moins élevée encore, indique par sa situation le nombre des enfants de 5 à 10 ans, et ainsi de suite, chaque ligne transversale indiquant par sa hauteur le nombre des individus d'un âge donné ; la plus petite de ces hauteurs indique le nombre des centenaires.
La composition par âges de la population à chaque recensement est représentée d'une manière analogue par des lignes prises à différentes hauteurs dans une colonne verticale, et toutes ces colonnes verticales sont juxtapoxées. Cette juxtaposition permet d'étudier l'histoire d'une génération née pendant une période donnée ; on n'a qu'à la suivre d'une colonne à l'autre. C'est là qu'est tout l'intérêt du tableau.
Étudions, par exemple, la génération née pendant la période de 1795-1800. Le nombre des naissances survenues à cette époque a été moins élevé que les années précédentes ne le laissaient prévoir, parce qu'à cette époque funeste tous les malheurs à la fois fondaient sur la Suède. Une série de mauvaise récoltes, la disette, des épidémies de fièvre typhoïde et de variole ; un peu plus tard
(1) M. Perozzo a représenté les mêmes chiffres par d'ingénieux stéréogrammes.
une guerre désastreuse soutenue contre la Russie, ont presque simultanément désolé le pays. Les naissances ayant été peu nombreuses en 1795-1800, il en résulte tout naturellement que le nombre des enfants de à 5 ans dénoncé par le recensement de 1800 a été également peu considérable.
Au recensement de 1810, on a trouvé pour la même raison peu d'enfants âgés de 5 à 10 ans ; de même en 1815, on a trouvé peu d*enfants de 10 à 15 ans et ainsi de suite ; cette génération de 1795- 1800 continue dans la suite des âges à être relativement peu nombreuse. •
Ce que je viens de dire de cette génération sacrifiée, il faut le répéter pour celle des périodes 1800-1805 et 1805-1810, car la guerre a été longue et ne s'est terminée qu'en 1808 par le traité d'Aabo ; pendant quinze ans, des calamités de toute espèce ont lourdement pesé sur la population suédoise et ont restreint le nombre de ses naissances. Après 1810, au contraire, et jusqu'en 1825, le nombre des naissances augmente régulièrement.
Reportons-nous maintenant au moment où les rares enfants nés pendant cette période malheureuse 1795-1810 ont atteint l'âge delà reproduction, c'est-à-dire l'âge de trente ans ; ce sera en 1825-1840. Étant peu nombreux, ils auront peu d'enfants, et en effet l'accroissement régulier que nous avions constaté dans le nombre des naissances s'arrête brusquement à cette époque et fait même place à une petite diminution que ne justifie ni l'état des récoltes ni aucune autre circonstance.
Au contraire, après 1840, le nombre des adultes augmentant, le nombre des naissances augmente aussi et reprend son accroissement normal.
C'est ainsi qu*uDe guerre qui a lieu au commencement du siècle et dont les conséquences économiques sont depuis longtemps effacées, influe au contraire sur la population longtemps après qu'elle a fait place à la paix. Il arrive pour l'humanité un phénomène analogue à celui qu'on a souvent noté pour les hannetons. Lorsqu'une gelée tardive ou tout autre circonstance en a fait périr un grand nombre pendant une année donnée, on peut prédire à l'avance que quatre ans plus tard, quoi qu'il arrive, ils seront peu nombreux. Pour les hommes, on peut faire cette prédiction trente ans d'avance, parce qu'il suffit de 4 ans pour qu'un hanneton devienne adulte, et qu'il faut trente ans à un homme.
Mais ce n'est pas tout. Suivons en efiet les enfants nés pendant
cette période 1825-1840 : ils sont peu nombreux, donc ceux qui leur survivront dans les recensements suivants seront peu nombreux aussi. Suivons-les jusqu'à Tâge de reproduction, à 30 ans, c'est-à-dire en 1855 1870. Nous trouverons qu'encore à cette époque ils sont moins nombreux que ne Tétaient les adultes de même âge, aux recensements précédents.
Il en résulte que les naissances sont aussi moins nombreuses, et en effet la ligne qui les représente subit une légère diminution pendant la période 1860 1865 et une diminution très accentuée (1) en 1865-1870.
Certes, si quelqu'un eût avancé que c'est à cause d'une guerre datant d'un demi siècle, et depuis longtemps oubliée, que les nais sances ont diminué en Suède en 1860-1870, personne n'eût ajouté foi à une assertion aussi paradoxale. C'est pourtant ce qui résulte de notre diagramme.
J'ai cherché à construire pour la France un diagramme analogue à celui de M. Berg. Mais les recensements français sont bien trop mauvais pour se prêter à des recherches de ce genre.
Du parallélisme des mouvements de population. — En général, et sauf exception, on remarque que les pays où la nuptialité est élevée, ont aussi beaucoup de naissances, et que les pays où les naissances sont nombreuses ont aussi beaucoup de décès.
Ainsi en Saxe, il y a beaucoup de mariages, beaucoup de naissances, beaucoup de décès. De même en Prusse. Au contraire en Belgique il y a peu de mariages, peu de naissances, peu de décès. En Suède, il y avait au siècle dernier une forte nuptialité, une forte natalité et une assez forte mortalité ; petit à petit, les trois mouvements ont baissé simultanément.
Cette règle, qui n'est pas sans exception, s'explique facilement : on conçoit assez aisément que beaucoup de mariages s'accompagnent de beaucoup de naissances ; et on s'explique aussi, lorsque les naissances sont nombreuses, que les décès le soient également, puisque les jeunes enfants sont soumis à des chances de mort exceptionnelles. D'autre part, dans les pays où la mortalité est forte, la loi de l'équation des subsistances exige que la natalité soit élevée de façon à réparer promptement les vides que la mort fait parmi les convives attablés au banquet de la vie.
(1) Cette diminuUon de la période 1865-70 n'est due qu'en partie au phénomène dont nous parlons. H ne faut pas oublier que les récoltes de 1866, 1867 et surtout 1368 ont été très mauvaises.
Tableau 9. — Mouvements de population des principaux pays de l'Europe, a différentes époques, par périodes décennales.
Tableau destiné à montrer les variations lentes de la nuptialité, de la natalité et de la mortalité.
France
Belgique
Pays-Bas
Italie.
Prusse
Saxe
Bavière.
Finlande
Suède