DÉCÈS
(mort-nés exclus)
En France, la nuptialité reste parfaitement stationnaire (excepté en ces dernières années, où elle a été faible, avec tendance à baisser, la mortalité diminue un peu, et la natalité diminue régulièrement et progressivement de décade en décade.
En Belgique, les trois mouvements de population restent à peu près stationnaires.
Dans les Pays-Bas, la nuptialité et la natalité augmentent, tandis que la mortalité diminue. En Prusse, les trois mouvements de population vont en se ralentissant, tandis qu'en Saxe, ils s'accroissent parallèlement.
En Bavière, une loi qui se croyait philanthropique (1) interdisait le mariage aux pauvres, et les réduisait à n'avoir que des amours illégitimes. Aussitôt après la réforme de cette loi le 16 avril 1868 et le 23 février 1872, les mariages sont devenus nombreux ; les naissances ont notablement augmenté, et, par suite, la mortalité a subi un léger accroissement. Puis, les mauvais usages consacrés par l'ancienne loi ont repris le dessus ; la nuptialité a baissé beaucoup ; la natalité et la mortalité ont baissé en même temps.
La Finlande subit durement les caprices de son climat redoutable ; sa mortalité est pourtant modérée, et sa natalité est assez élevée.
Les pays Scandinaves se distinguent, notamment depuis une cinquantaine d'années, par la faiblesse de la mortalité.
En Suède, nous avons déjà remarqué l'abaissement parallèle des trois mouvements de population ; cette diminution ne se fait guère remarquer en Norvège ni en Danemark.
En Angleterre, les mariages ont été d'abord en décroissant, depuis le commencement du siècle jusqu'en 1840, puis ils sont devenus nombreux, 'mais ils diminuent depuis cette époque, et ne sont guère plus fréquents qu'en France. La natalité et la mortalité anglaises diminuent depuis trente ans ; dans ces dernières années, la diminution a été particulièrement rapide.
Notre tableau montre encore qu'il est exagéré de dire que la natalité baisse partout comme en France. En France, la baisse est régulière, progressive, considérable. Ailleurs, elle est irrégulière et à peine sensible.
Après avoir jeté un regard général sur les lois les plus générales de la démographie, il convieut d'étudier avec plus de détail les trois mouvements de population. Ce sera l'objet des chapitres suivants.
Etude des recensements. — L Proportion de la population de chaque sexe, — En général, il y a en Europe un peu plus de femmes que d'hommes (1.019 femmes pour 1.000 hommes, c'est-à-dire 982 hommes pour 1.000 femmes), et cependant dans tous les pays,
(1) Elle ne 8*appliquait pas à la Bavière rhénane, qui est restée soumise aux principes du Gode civil.
il natt toujours un peu plus de garçons que de filles (i05 garçons pour 100 filles). Gomme la mortalité des petits garçons dépasse notablement celle des petites filles, les deux sexes ne tardent pas à être à peu près aussi nombreux l'un que Tautre. A Tâge adulte, les hommes émigrent plus facilement que les femmes ; leur mortalité est souvent un peu plus forte. Ainsi se fait que généralement leur nombre total est quelque peu inférieur à celui des femmes. Chez les vieillards la disproportion des deux sexes est encore plus forte.
IL Population par âge. — Ce renseignement est Tun des plus utiles que fournisse le recensement. Il est Indispensable pour le calcul de la mortalité, et on ne peut pas, sans son aide, apprécier exactement ni la natalité, ni la nuptialité, ni aucun autre chapitre de la démographie.
L'usage est de calculer le rapport suivant : « sur 1.000 habitants, combien de tel et tel âge». Ce rapport ne me semble pas très heureux, la proportion des vieillards telle qu'elle résulte d'un pareil calcul est toujours influencée par le nombre des enfants; dans un pays où les enfants sont très nombreux, le nombre des vieillards est toujours exprimé par une proportion faible (puisqu'il faut toujours que le total soit 1,000) sans que cela signifie que la longévité est moindre dans ce pays que chez les autres (1).
Pour éviter cet inconvénient, je propose de fonder le calcul de la population par âges sur les considérations suivantes :
La population se compose de trois grands groupes primordiaux très différents à tous les points de vue : les enfants (0-15 ans), les adultes (15 à 60) et les vieillards. Les adultes travaillent et reproduisent ; quant aux enfants et aux vieillards, leur âge les force à vivre aux dépens des adultes ; ils constituent le poids mort de la société; sa partie active sont les adultes. Pour comparer la grandeur de ce poids mort dans les différents pays, il faut la comparer dans tous à un étalon fixe, qui est la population adulte ; on verra bien plus clairement ainsi de quelle charge elle est alourdie soit pour élever la génération nouvelle, soit pour reconnaître les services de la génération passée.
Nulle part cette charge n'est aussi légère qu'en France, parce que nulle part les enfants ne sont aussi rares qu'en France. Il est
(t) Ajoutons que les enfants en bas âge étant presque partout (et notamment en France) mal recensés, il en résulte qu'aucun des chiffres du rapport critiqué n'est exact.
vrai que nulle part aussi les vieillards ne sont aussi nombreux. La France est le pays qui contient le moins d'enfants et le plus de vieillards. Le premier de ces deux faits est très inquiétant pour notre pays. Le second est à son honneur, puisqu'il montre que la vie y est douce et prolongée, mais cela n'ajoute guère à sa puissance. (( La France conserve longtemps ses vieillards : c'est un honneur pour elle, mais, à coup sûr, ce n'est pas une force ».
De même que la France, TAlsace-Lorraine et la Belgique ont un nombre de vieillards assez élevé, mais elles ont plus d'enfants; les trois royaumes Scandinaves, puis l'Italie et la Suisse ont assez peu d'enfants et un assez grand nombre de vieillards.
Au contraire, l'Allemagne, l'Autriche cisleithane et sur-tout l'Angleterre et l'Ecosse comptent plus d'enfants et moins de vieillards que les pays que nous venons d'énumérer.
Tableau io. — Composition par âge de la population
DES PRINCIPAUX EtATS DE l'EuROPE VERS 1880.
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