CU. XIJ.) DES QUATRE CLASSES DE ROCHES
trouvé dans un état de fusion universel. Tout ce que nous voyons, au contraire, tend à prouver que la formation du granit, de même que la production des roches stratifiées , s est accomplie d'une manière successive, et que certaines portions de granit ont été dans un état de fusion à des époques nonseulement différentes entre elles, mais souvent même très-éloignées les unes des autres. Ainsi, par exemple, il a dû souvent arriver que telle masse fût solide et se fracturât longtemps, avant que telle autre, granitique aussi, s'introduisit, à l'état liquide et sous forme de veines , dans les fissures de la première masse. En un mot; la fluidité universelle des fondations cristallines de la croûte de la terre ne peut s'entendre que dans le même sens que l'universalité de l'ancien Océan. Et, de même que la terre entière a séjourné sous l'eau , sans pour cela s'y être jamais trouvée toute à la fois, de même aussi, toutes les roches souterraines non stratifiées auxquelles l'homme peut atteindre, ont été fondues, sans cependant l'avoir été simultanément.
Dans le présent ouvrage, les quatre grandes classes de roches, savoir : les roches aqueuses, les roches plutoniques, les roches volcaniques et les roches métamorphiques, formeront quatre colonnes parallèles, ou à peu près parallèles, réunies dans une table chronologique , et devront être considérées comme quatre suitesde monuments se rapportant à quatre séries d'événements contemporains, ou à peu près contemporains.
310 DISPOSITION CHBONOLOG1QLE U>aht II,
Le frontispice représente, autant du moins qu'il ma été possible de l'indiquer , la manière dont les membres de chacune des quatre classes ont pu, à chaque époque géologique, être produits simultanément.En admettant que les choses se soient passées ainsi, la terre, depuis les temps les plus anciens, et par suite de causes tant aqueuses qu'ignées, aurait été sans cesse déformée et remodelée, soit à la surface, soit à l'intérieur. Ainsi, par exemple, de même qu'à l'époque actuelle alieu,dans quelques mers, ou dans quelques lacs, la formation de certaines couches aqueuses et fossilifères, simultanément avec la production, en d'autres lieux, de certaines roches volcaniques qui, tout en se projetant àia surface, correspondent, à d'immenses profondeurs, dans les entrailles de la terre, arec des réservoirs de matière fondue, — de même aussi, à chaque période ancienne , des dépôts fossilifères et des roches ignées superficielles ont existé, ou se sont formés contemporainement avec d'autres roches souterraines et d'origine plutonique, en même temps que certaines couches sédimentaires, soumises à l'action de la chaleur, ont pris une structure cristalline ou métamorphique.
Quoi qu'il en soit, on ne peut admettre avec certitude que durant tous ces divers changements, la croûte solide de la terre ait acquis une épaisseur plus grande. Il a été prouvé d'abord, qu'en tout ce qui concerne l'action aqueuse, le gain provenant des dépôts nouvellement formés, et la perte occasionnée par la dénudation , ont dû, dans tous les temps, être par-
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faitement égaux. A l'égard de la portion inférieure de l'écorce terrestre, il est h croire aussi que ce qui d'un côté a pu être gagné par la production des roches cristallines nouvelles, a toujours contrebalancé ce qui, d'une autre part, a été perdu par la fusion des matières antérieurement solides. Quant à l'ancienneté relative des fondations cristallines de la croûte de la terre, et des roches fossilifères et volcaniques que ces fondations supportent, on doit se rappeler ce qui, dans le premier chapitre de cet ouvrage, a été dit à ce sujet , savoir, qu'il serait tout aussi difficile de résoudre cette question, que de décider à la première vue, lequel, dans une ville ancienne bâtie sur pilotis, remonte au temps le plus éloigné, ou des fondations de la ville, ou des constructions élevées sur ces fondations. Nous avons vu que pour pouvoir fixer son opinion à cet égard, il fallait préalablement être à même de dire si c'était en dessus ou en dessous que l'œuvre de la destruction et de la restauration s'était accomplie le plus rapidement ; si la durée moyenne des pilotis avait excédé celle des constructions de pierre ; ou si, au contraire, c'était l'opposé qui avait eu lieu. Eh bien ! de même, à l'égard de l'âge relatif des parties supérieures et inférieures de la croûte terrestre, on ne peut hasarder la moindre conjecture avant de connaître, en moyenne, lequel, de l'eau qui agit en dessus, ou du feu qui agit en dessous, est le plus apte à produire un changement de forme dans la matière solide.
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D'après les observations qui précèdent, le lecteur comprendra aisément, ou qu'il faut renoncer tout-àfditau mot primaire, ou que, si on le conserve, il faut non-seulement y attacher un autre sens que celui qu'on lui a donné pendant longtemps, mais encore renoncer à jamais s'en servir pour désigner une série de roches cristallines, dont quelques-unes peuvent être plus récentes que les formations secondaires. Bien que dans cet ouvrage, je compte suivre à très-peu près la méthode proposée par M. Boue, je m'en écarterai pourtant un peu en modifiant le nom de primaire, qui, ayant été donné par lui indistinctement à toutes les formations fossilifères plus anciennes que les formations secondaires, s'est ainsi trouvé substitué à celui de transition, en ce qui, du moins, regarde les couches sédimentaires. Afin donc d'éviter toute confusion , et pour me conformer à l'usage qui jusqu'à ce jour a consacré l'union, pour ainsi dire , inséparable du mot primaire avec l'idée d'une roche non fossilifère, j'emploierai toujours la dénomination de roches primaires fossilifères, pour désigner les formations fossilifères antérieures aux couches secondaires.
Si Ton pouvait prouver que certaines roches pluloniques , volcaniques ou métamorphiques, sont plus anciennes que les formations secondaires, ees roches, d'après un tel système, seraient primaires aussi. M. Boité ayant, avec raison, exclu les roches métamorphiques, commeclasse, des formations primaires, proposa de leur donner à toutes le nom de a schistes cristallins,» et de
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réserver la dénomination de « primaires » pour les couches fossilifères les phis anciennes, ou couches de transition.
De même que parmi les formations fossilifères il y a des couches secondaires, de même aussi parmi les roches plutoniques, volcaniques et métamorphiques, il existe des formations contemporaines auxquelles le nom de « secondaires, » que je me propose de leur donner, peut être tout aussi convenablement appliqué.
Dans le chapitre suivant, on verra que les couches supérieures à la craie ont été nommées tertiaires. Si donc l'on venait à rencontrer quelques roches volcaniques, plutoniques ou métamorphiques d'une origine postérieure à la précipitation de la craie, il faudrait aussi les classer parmi les formations tertiaires.
Peut-être le lecteur a-t-il eu la pensée que quelques couches métamorphiques, et quelques granits, pourraient bien être antérieurs aux roches fossilifères primaires les plus anciennes. Cette opinion , qui n'a rien d'improbable, sera discutée plus loin. Quant à présent, je me bornerai à faire observer que, lorsque dans une table chronologique, on représente les quatre classes de roches par quatre colonnes, il n'est pas à dire pour cela que ces colonnes doivent être toutes d'égale longueur : Tune peut commencer avant les autres, tandis qu'une autre se continuera pendant plus longtemps. Il n'est guère probable que dans la très-petite portion du globe qui, jusqu'à ce jour, a pu