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ORIGINE DE LA FORMATION (PART. H

chlorite et de mica (*). Toutefois, on se demande naturellement comment, sur une vaste étendue sousmarine , il a pu se former, après une série de couches mécaniques , telles que le grès vert, un calcaire pur zoophytique et coquillier, comme la craie blanche. Pour répondre à celte objection , la première idée qui se présente à l'esprit est que les diverses causes qui, durant la première période, donnèrent lieu à des dépôts de limon, de sable et de galets, ont, depuis, cessé d'agir ; car il est évident qu'aucun sédiment de ce genre n'a troublé la limpidité des eaux de la mer dans laquelle la craie blanche s'est déposée. La seule hypothèse qui semble propre à expliquer de tels changements , est celle qui admet la submersion graduelle de certaines parties continentales ayant préalablement été exposées à la dénudation produite par l'action de l'eau, — opération qui peut s'être effectuée assez lentement pour que des changements considérables aient eu le temps de s'accomplir dans l'état du monde organique, et que, par suite, les restes de certains animaux qui vécurent successivement dans la mer, aient pu s'enfouir dans des séries de couches successives , lesquelles, commençant avec le grès vert inférieur et finissant avec la craie blanche supérieure, se sont ainsi trouvées , chacune en particulier, caractérisées par des fossiles distincts. De plus, il se pourrait que dans le nombre

O Filton, Gcol. Trans., Second Séries, vol iv, p. liO.

ce. xv.) DU GRÈS VERT. 389

des animaux en question, quelques espèces, au lieu de n'avoir existé que durant un certain temps de la période, eussent continué à vivre pendant sa durée entière, et fussent par-là devenues communes à toutes les formations que cette période embrasse.

Lorsque dans le chapitre suivant nous en viendrons à traiter des couches auxquelles on a donné le nom de terrain de Weald , on verra qu'un abaissement général de la terre ferme tel que celui que Ton suppose ici pour rendre compte de la manière dont s'est produite la succession de la craie par rapport au grès vert , peut avoir eu lieu sur de très-vastes étendues , par suite de preuves tout-à-fait indépendantes de celles dont il a déjà été question.

Toutefois, on ne peut supposer que la précipitation du grès vert, en Europe, ait cessé entièrement avant que la craie ait commencé à s'y déposer ; car , bien qu'en effet les choses se soient passées ainsi dans plusieurs parties de la France , de l'Angleterre, de la Belgique et du Danemark , on a tout lieu de croire qu'en de certains pays, le sable et l'argile continuaient encore à se déposer dans tel ou tel district, tandis que des couches de craie se formaient dans un autre, souvent très-rapproché du premier. En Westphalie, par exemple, on rencontre des strates qui, tout en renfermant les mêmes fossiles que la craie blanche d'Angleterre, consistent en sable et en marne à grains verts comme le grès vert supérieur. Des faits semblables ont été observés en Hongrie, dans la chaîne Carpa-

390 CONFIGURATION EXTÉRIEURE (part, il ,

thienne. Si rabaissement supposé de la terre ferme se manifestait partout simultanément, il n'existerait jamais de variations de ce genre ; et c'est par la raison que cet abaissement n'a pas lieu ainsi, que les petites subdivisions du groupe crétacé , tout en conservant avec la plus grande constance et la plus parfaite uniformité leurs caractères minéralogiques dans certaines régions, varient rapidement, et changent entièrement dans quelques autres.

Configuration extérieure de la craie. — La configuration arrondie et la surface unie des collines de craie blanche, sont des circonstances bien connues de tous ceux qui ont voyagé dans le sud-est de l'Angleterre. L'absence d'arbres et de haies dans les plaines de craie, fait qu on y peut aisément observer la manière dont les vallées supérieures s'unissent avec d'autres vallées plus grandes, et comment ces dernières deviennent plus larges et plus profondes à mesure que leurs pentes se prolongent. Bien que le plus ordinairement elles soient sèches, quelquefois, cependant, et alors que la fonte deS neiges, ou bien de fortes pluies viennent à occasionner une inondation subite, elles se trouvent remplies d'eau, et, dans ce cas, offrent un système parfait de dessèchement. Leur excavation peut être attribuée à l'action des vagues et des courants qui s'exerça durant l'émersion graduelle de la craie hors de la mer. On peut aussi rapporter à cette môme action les escarpements ou longues suites de falaises à pic dans lesquels souvent la

ch. xv.) DE LA CRAIE. 391

craie se termine brusquement, et qui, bien qu'actuellement dans l'intérieur des terres, n'en ont pas moins été minés par les vagues, à l'époque où la craie s'éleva au-dessus du niveau de la mer.

Plusieurs exemples de ce genre se présentent en Angleterre ; mais en aucun lieu il n'existe d'escarpements de craie plus frappants que ceux qui bornent la partie inférieure de la grande vallée ou gorge dans laquelle la Seine coule en Normandie. Sur les flancs escarpés de ces collines , s'élèvent , à diverses hauteurs, des piliers et des pinacles d'une craie compacte et très-dure, qui, tels entre autres que ceux de Tournedos et d'Elbeuf, près de Rouen, doivent évidemment leur forme à l'action des vagues. (Voyez les Figures 168 et 169.)

Oi* remarque aux environs d'Elbeuf quelques petites colonnes qui , à différents niveaux , présentent des parties creuses ou rainures parallèles et horizontales (voyez Fig. 170). Ces colonnes ont la plus grande ressemblance avec certains piliers de calcaire décrits par le capitaine Bayfield, et observés par lui aux îles Mingan, dans le golfe de Saint-Laurent. Là, il est évident que la côte a éprouvé plusieurs soulèvements successifs par suite desquels diverses portions du rivage, en forme de bandes parallèles, ont, avec leurs coquilles récentes, été mises à sec, et ont formé une série de terrasses superposées les unes aux autres. Les masses isolées de calcaire conservent , aux hauteurs correspondantes aux rivages, les traces d'usure

392 AIGUILLES DE CRAIE. (part, il

Fig. 168. Fig. 169.

Tournedos, au-dessus de Rouen.

Fia. HO.

Aiguilles détachées et pilastres de craie présentant des sillons, près d'Elbeuf.

qui leur furent imprimées par les vagues. Ces traces, très-probablement, indiquent les intervalles de repos qui eurent lieu entre les divers soulèvements et laissèrent à la mer tout le temps nécessaire pour miner la pierre, ainsi que pour former un rivage au même niveau (*).

Les aiguilles de l'île de Wight, et les Roches du Vieux-Henry ( old Harry rocks ) , situées sur la côte du Dorsetshire, sont bien connues de ceux qui ont observé les falaises de craie du sud de l'Angleterre.

C) Captain Bayfield, Geol. Trans., Second Séries, vol. v, p. 94. Voyez aussi à l'Index des Prin. of Geol., « Niapisca island. »

cil xv.) AIGUILLES DE CRAIE. 393

Outre les colonnes ci-dessus décrites que Ion rencontre dans l'intérieur des terres, en Normandie, il en est d'autres encore, plus récemment formées, sur le rivage de ce même pays.

Fig. 171.

Aiguille et arche d' Elretat, dans les falaises de la Normandie. Hauteur de l'arche, 100 pieds (30 m. environ) (Passy) (').

Si l'on recherche à quelle époque eurent lieu l'émersion et la dénudation des roches crétacées, on trouvera que ces deux circonstances se manifestèrent, en très-grande partie, postérieurement à la production de diverses formations tertiaires marines, d'où suit que le soulèvement des couches crétacées et celui des couches tertiaires se firent en même temps. La plus grande élévation que la craie atteigne en Angleterre, est le sommet de l'Inkpen Beacon, dans le Berkshire, lequel a 101 h pieds (308m environ) au-dessus du niveau de la mer; mais dans les Alpes et dans les Py-

Seine-Inférieure, p, 142, et planche 6, fig. 1.

39k DIFFÉRENCE ENTRE LA CRAIE (PART. Il,

rénées, certains autres dépôts marins du même âge s'élèvent jusqu'à la hauteur de 8000 pieds (22V0m). Il est assez probable que l'émersion de ces derniers eut lieu partiellement durant la période crétacée, précisément à la manière dont, en un point donné, se forment des récifs de corail dans quelques régions de la mer Pacifique ; et que d'autres portions de ces mêmes dépôts furent soulevées par Faction des forces souterraines, et converties en terre ferme.

Différence entre la craie du Nord et celle du Midi de l'Europe. — A l'aide de la superposition, du caractère minéralogique, et des fossiles, le géologue se trouve à même de rapporter certaines roches du nord et du sud de l'Europe à la même période crétacée, bien que ces roches diffèrent notablement entre elles, tant à l'égard de leurs fossiles, que de leur composition et de leur structure minéralogiques.

Si nous essayons de suivre les dépôts crétacés qui se succèdent depuis l'Angleterre et la France jusqu'aux contrées qui bordent la Méditerranée , nous découvrons bientôt que dans le voisinage de Londres et de Paris, la «raie et le grès vert forment une grande masse continue dans laquelle le détroit de Calais n'offre qu'une très-légère interruption, une simple vallée terminée de chaque côté par des falaises de craie. Nous observons ensuite que le corps principal de la craie qui entoure Paris s'étend depuis Tours jusque près de Poitiers. (Voyez la carte ci-jointe (Fig. 172), dans laquelle la partie ombrée représente la craie.)

ch xv.) DU N. ET CELLE DU M. DE L EUROPE. 395

Fig. 172. L'espace marqué A

sur la carte, et situé entre Poitiers et La Rochelle, sépare deux régions de craie. M.Elie de Beaumont suppose que cet espace, qui aujourd'hui est occupé par l'oolithe et par certaines autres formations plus anciennes que la craie, formait jadis une île dans la mercrétacée. Au sud, l'on retrouve encore une formation qu'à son caractère minéralogique on reconnaît de suite pour être de la craie, bien qu'en plusieurs endroits la roche devienne oolithique. Les fossiles aussi sont à très-peu près semblables partout, malgré que lorsqu'on commence à se rapprocher du sud , on rencontre, en très-grande abondance, quelques formes nouvelles qui, plus au nord , sont ou très-rares ou entièrement inconnues. Parmi ces formes, celles qui méritent le plus particulièrement d'être citées sont les Hippurites, les Sphœrulites, et divers autres membres de la grande famille de mollusques que Lamarck a appelés Rudistes, et auxquels rien d'analogue n'a été découvert dans la création vivante. L'une des es-

39G DIFFÉRENCE ENTRE LA CRAIE (faut, il ,

pèces de cette famille, quoique très-rare en Angleterre, a été trouvée dans la craie de cette contrée.

Fig. 174

Fig. 175.

Fig. 176.

Hippurilet Mortoni, Mantcll, Maidstone, Kent.

Diamètre réduii au septième de la grandeur naturelle.

Fig. 175. Deux individus prives de leurs opercules et adhérant ensemble.

Fig. 174. Les mêmes vus de dessus.

Fig. 175. Section transversale d'une partie de la paroi de la coquille, grossie pour montrer la structure.

Fig. 176. Section verticale de la même.

Du côté où la coquille est le plus mine, il y a une dépression extérieure et une saillie intérieure correspondante, a, 6, Fig. 175. 174 ; mais dans la nature., cette dépression et cette saillie sont ordinairement moins prononcées que dans les figures ci-jointes. Bien que cette espèce ait été rapportée aux Hippurites, je ne pense pas qu'à l'égard du caractère, elle s'accorde complètement avec ce genre. Je n'ai jamais vu la valve, nom que donnent à l'opercule les conchyliologistes qui considèrent les Rudistes comme des mollusques bivalves.

Cette famille si faiblement représentée en Angleterre et dans le nord de la France, devient tout-à-fait caractéristique de certaines roches de la période cré-

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